‹ Promenades dans ParisChapitre 42 sur 70 · DE SENS · texte numérisé non relu

DE SENS

Eau-îo le de Lachtlver.

travaillent et jacassent devant le;

sur des ruines de palais, évoquent des splendeurs abolies :

la rue des Lions rappelle l'ancienne ménagerie royale, comme la rue Beautreillis les treilles dorées de Charles V et la rue de la Cerisaie les longues allées de cerisiers de l'hôtel Saint-Paul!

La rue des Jardins, étroite, sale et puante, s'achemine en pente vers les quais dont on aperçoit au loin les horizons bleus ; deux lignes de maisons noires, cabossées, suintantes, abritent une population misérable ; des femmes en camisole, les cheveux dans les yeux, portes massives du

l'hôtel de sens 223

xvne siècle, et des enfants rieurs, malpropres, charmants, aux tignasses ébouriffées, jouent dans les ruisseaux on se poursuivent en criant le long de pauvres boutiques de misère alternant avec de déplorables hôtels borgnes où 1' « on loge à la nuit depuis 50 centimes ». C'est rue des Jardins, — assure la tradition,— sur l'emplacement de la maison portant le n° 9, que mourut le grand Rabelais, à quelques pas de la rue de l'Ave-Maria où vient s'encadrer la fière silhouette de l'hôtel de Sens. Ce noble logis, encore admirable dans sa déchéance, reste un des plus remarquables spécimens de l'architecture du xve siècle; des évêques, des cardinaux, des Altesses, dont Marguerite de Valois — la reine Margot — l'ont habité... Puis arrivent les mauvais jours : l'hôtel de Sens devint bureau des coches, — on prétend même que c'est de sa cour pavée que sortit, sous le Directoire, le fameux « Courrier de Lyon ». immortalisé par Dennery, apitoyant des générations sur les malheurs immérités de l'infortuné Lesurques. En 1830, la Révolution envoya dans sa façade un boulet qui est demeuré incrusté, c'est l'ordinaire cadeau que font les révolutions aux vieux monuments; tour à tour remise à voitures,, roulage, etc., etc., l'hôtel de Sens abritait dernièrement une confiturerie et sa noble effigie — déchéance suprême — servait à recouvrir des pots de mirabelles et de gelées de groseille. •

Au n° 15 de la rue de l'Ave-Maria, un hôtel meublé raccroche une clientèle passagère : c'était jadis le jeu de

''24 PROMK'M DES DANS PAhiS

paume de la Croix-Rouge ; Tllltistre Théâtre y donna la comédie et le grand Molière — qui habitait probablement au coin de la rue des Jardins — fut même arrêté, en août 1645, devant la porte, et mis au Ghâtelet sur requête d'Antoine Fausser, maître chandelier, qui lui réclamait la somme de 142 livres pour fourniture de luminaire. Dépassant, rue Saint-Paul, les restes de l'hôtel La Vieuville, poursuivons notre route jusqu'à la rue Charles- V, que les cochers de Paris s'obstinent à nommer la rue Charles-?;. Un vaste hôtel étale, au n° 12, son imposante façade, l'hôtel d'Aubray. Cet hôtel fut célèbre, la marquise de Brinvilliers l'habita; c'est là que se déroula cette effroyable série d'assassinats, de débauches et de crimes dont l'énumération — après tant de siècles — paraît presque invraisemblable. Dans son excellente étude sur « le Drame des poisons », notre érudit ami F. Funck-Brentano nous a raconté par le menu cette abominable histoire, comme la relation laissée par le P. Pirot, confesseur de l'empoisonneuse, nous avait montré cette « femme de petite taille et fort menue, le tour du visage rond, les yeux bleus, doux et parfaitement beaux, la peau extraordinairement blanche », semant la mort autour d'elle. De complicité avec son amant Sainte-Croix, elle préparait sa « poudre de succession », mélange « de vitriol, de venin de crapaud et d'arsenic raréfié », dit une chronique de l'époque 1 « Qui eût dit, écrit le lieutenant de police Ls Keynie, qu'une femme élevée dans une honnête famille,

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