L'HOTEL DE VILLE EN
D'après un dessin de Raffet (Bibliothèque nationale).
Robespierre, les vêtements en loques, sans chaussures^ les bas rabattus sur les chevilles, la tête enveloppée de linges ensanglantés, Saint-Just toujours impassible, correct et hautain, sont transférés les uns à l'Hôtel-Dieu
pour être sommairement pansés, les autres à la Conciergerie pour être écroués. Et lorsque sonnèrent deux heures du matin, la tragédie terminée, le citoyen Legendre ferma les portes de l'Hôtel de Ville silencieux et vide et mit les clefs dans sa poche!
C'est alors que la petite rue des Barres, d'ordinaire si sombre, si calme et si tranquille, s'emplit de lumières, de clameurs, d'appels sinistres dans la nuit noire ; des persiennes s'entr'ouvraient, des têtes anxieuses et pâles apparaissaient aux fenêtres, contemplant avec effroi le spectacle horrible d'un homme couvert de sang, les jambes brisées, apporté sur une chaise au Comité de section siégeant en permanence à l'hôtel ci-devant des Barres — près du quai de la Grève. Le président Galibert, et Pajot, secrétaire-greffier, constatèrent alors « que le particulier était le citoyen Robespierre jeune, député de la Convention, dangereusement blessé, presque sans vie et hors d'état d'être transporté sans risque au Comité de Salut public». L'ordre arriva cependant bientôt de l'emmener « dans quelque état qu'il puisse se trouver », et ce malheureux, escorté d'une foule hurlante, fut emporté aux Tuileries!... Le soir même, à sept heures, tous étaient guillotinés (l).
(1) Les charrettes parurent, elles contenaient vingt et un condamnés. Dans la première étaient Couthon, Henriot et à côté de Robes-
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L'hôtel a disparu, emporté par la trouée de la rue du Pont-Louis-Philippe, mais la rue des Barres a gardé son caractère tragique : sombre, étroite et sinueuse, comme perchée au-dessus des ruelles avoisinantes, elle commence du côté de la Seine par une rampe raide et se termine rue François-Miron,par un escalier de sept marches de pierre. Au milieu de la montée, couronnant la rue, s'ouvre le porche noir aux colonnes délavées par les pluies d'une porte de l'église Saint-Gervais. Sévère, quasi mystérieuse, c'est un des rares sanctuaires qui sous l'ombre douce des vitraux garde un peu du charme intime et discret des églises de campagne. Bossuet y a prêché, Mme de Sévigné s'y est mariée, Ph. de Champaigne, Scarron, Crébillon y furent inhumés. A gauche du portail d'entrée à l'angle de la place, au n° 2 de la rue François- Miron, près d'une boutique de blanchisseuse, poussez une vieille porte d'un vert sale encadrée dans le badigeon jaune-serin d'une enseigne de déménageurs; elle cache le plus pittoresque des décors.
Au-dessus de quatre marches usées, après une voûte
pierre, les restes mutilés et sanglants de son frère qui mourait pour lui! Saint-Just, toujours calme, s'entretenait avec ses pensées. Le cadavre de Le Bas suivait. Sur le passage de Robespierre, que les gendarmes montraient de la pointe de leurs sabres on « criait ». « A mort le tyran » — et l'homme qui poussait ce cri avec le plus de fureur, c'était Carrier! — Histoire Parlementaire, t. XXXIV, p. 96.
« Une femme s'approcha, criant : « Va scélérat, descends aux « enfers, avec les malédictions de toutes les épouses et de toutes les « mères de famille ! » — Nougaret, t. IV, p. 343.
sombre, vous aurez la surprise d'apercevoir une suite de vieux logis du dix-septième siècle, minuscules, écrasés, tassés les uns sur les autres, tout noircis par la fumée et la crasse des ans, des bicoques basses qui semblent incrustées dans la haute façade fleurie de sculptures, hérissée de gargouilles de la tour carrée de Saint-Gervais ; des fenêtres étriquées, protégées par une double haie de barreaux de fer rouilles, de poussiéreux soupiraux obturés par des croix de Saint-André, au travers desquels sortent des tuyaux de cheminée cabossés, donnent sur un étroit passage où s'entr'ouvrent des portes qui ressemblent à des fissures.
C'est un vestige des anciens communs de l'église; le reste a disparu ou s'est modifié ; c'est ainsi qu'au numéro 15 de la rue des Barres un confiseur a installé ses fourneaux, ses alambics, ses bassines de cuivre rouge dans les restes désaffectés d'une vieille chapelle : on fond des caramels, on coule des boules de gomme, on glace des croque-en-bouche sous les voûtes ogivales du quinzième siècle, le long des piliers sculptés qui portent encore trace de la fumée des cires allumées devant les ex-voto !
Au premier étage les fenêtres d'une salle à manger s'ouvrent sur le merveilleux paysage des toits de l'église: un enchevêtrement de gargouilles, de clochetons, de contreforts ajourés à travers lesquels on aperçoit, embrumées, des échappées d'horizon; les hirondelles volent n criant à travers cette futaie de pierres ; des ondes
LES CIIARNIEnS DE L'ÉGLISE S Al NT -G ER VAIS
Cliché do M. Potier.