LA RDE TAILLE-PAIN EN
D'après une aquarelle de Houbron (Musée Carnavalet).
poutres noires étayant des masures disloquées, qui sans cette aide s'écrouleraient les unes sur les autres,
nous pénétrons dans un étrange lacis de ruelles baroques, sinueuses, étroites, calcinées comme par un incendie, — cela rappelle les sentes et les culs-de-sac d'Amsterdam et les dessins de Gustave Doré pour les Contes drolatiques de Balzac; les noms mêmes, datent du moyen âge : la rue Pierre-au-Lard, la rue Brise-Miche, la rue Taille- Pain se coupent, s'enchevêtrent et forment les plus pittoresques décors. Il faut vraiment constater que c'est bien l'église Saint-Merri qui se profile au bout de la rue Brise- Miche pour ne pas se croire très loin de Paris. Des voitures à bras sont remisées dans de vieilles cours du seizième siècle ; des fumées sulfureuses et acres passent à travers d'épais barreaux obturant les fenêtres d'un ancien hôtel rongé par le salpêtre et l'humidité: quelles étranges industries exerce-t-on dans ces casemates de pierres à l'aspect rébarbatif, closes par de lourdes portes hérissées de clous rouilles? — Des marchandes de chiffons, des revendeurs d'objets suspects peuplent ces rues minables où errent de maigres chiens affamés ; une odeur de vinasse et d'oignon brûlé saisit à la gorge.
Par la rue Simon-le-Franc et la rue Beaubourg gagnons la rue de Venise qui s'entr'ouvre comme une fente pratiquée entre deux murs sombres, plus sinistre encore que le reste. On y loge à la nuit dans des hôtels du dix-septième siècle mués en tanières de misère ; quatre lanternes raccrocheuses sollicitent les vagabonds et les « purotins » en quête d'un couchage à trente centimes ; un merle encagé siffle entre deux descentes
AUTOUR DE SAINT-MERRÏ 27i
d'évier cabossées ; on y croise d'horribles femmes sans
Musée Carnavalet. TToubron, vinrit.