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LA RUE DE LA FERRONNERIE

suivant sa course, il s'engagea dans le faubourg populeux qu'a remplacé la rue Saint-Honoré, et trouva enfin gîte aux Trois-Pigeons, une humble hôtellerie ouverte devant le portail même de l'église Saint-Roch.

C'est de là qu'il partit, le 14 au matin, le couteau dans sa poche, pour reprendre son poste d'observation devant le Louvre. Il suivit le carrosse jusqu'à la rue de la Ferronnerie. Un embarras se produisit dans cette rue étroite et toujours encombrée qui longeait le cimetière des Saints-Innocents. Les valets de pied prirent au plus court, par le Charnier, pour aller attendre le Roi au coin de la rue Saint-Denis, et la voiture, gênée par deux charrettes, dut se ranger contre la boutique du « Cœur couronné percé d'une flèche ». Brusquement Ravaillac sauta sur une borne et, passant son bras par-dessus la roue du carrosse, « donna dans le côté du Roi deux coups de couteau ». Henri IV poussa un faible cri... Il était mort... Ce drame se déroula devant la maison — plus récente

quinze jours ou trois semaines, l'ayant en un sac en sa pochette. S'étant désisté de sa volonté, il prit le chemin pour s'en retourner, fut jusqu'à Étampes, ou y allant, rompit la pointe du couteau de la longueur d'environ un pouce à une charrette devant le jardin de Chanteloup, et, étant devant ÏEcce homo du faubourg d'Étampes, lui revint la volonté d'exécuter son dessin de tuer le Roi, il ne résista pas à la tentation comme auparavant et revint dans cette ville avec cette délibération, parce que le Roi ne convertissait pas ceux de la religion prétendue réformée et qu'on disait qu'il « voulait faire la « guerre au Pape et transférer le Saint-Siège à Paris ».

[Interrogatoire de Ravaillac.)

— portant aujourd'hui le numéro 8 (*). Ravaillac fut écartelé en place de Grève, après avoir été tenaillé « comme il convenait » ; de plus, un ingénieux magistrat, M. de Guesle, procureur du Roi, ajouta aux tenailles le plomb fondu, l'huile, la poix bouillante et un mélange de cire et de soufre. Enfin ce « gros maraud » fut achevé à coups d'épée par les laquais; on s'en partagea les morceaux rouges de sang, on en « brûla la viande » à tous les carrefours et, du Louvre, la Reine put voir les Suisses qui en rôtissaient un quartier sous son balcon! « Il n'y eut fils de bonne mère, assure L'Estoile qui n'en voulût avoir sa pièce. »

Le cimetière, près duquel le crime avait été commis, était alors le plus important de Paris; sur son emplacement s'élèvent aujourd'hui le square des Innocents et le pâté de maisons qui s'étend jusqu'à la rue de la Lingerie.

Ce large espace était une sorte de Campo-Santo, un lieu privilégié. Gorrozet assure que « la terre y est si pourrissante qu'un corps humain y est consumé en neuf jours. » Pendant six siècles, plus de la moitié de la population parisienne vint s'y engloutir. Pour les riches, on

(1) Lors de la reconstruction de la rue, sous Louis XIV, vers 1669, on traça une « Croix de Malte, peinte en rouge » sur la maison rem plaçant le « Cœur couronné ». Cette marque, visible encore en 1880, a disparu sous le badigeonnage administratif.

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