LE MARCHÉ DES INNOCENTS
dressait un monument en plein air ou sous les charniers adossés contre le mur du cimetière, à l'intérieur. Pour les pauvres, on descendait par une échelle les corps dans des caves creusées à cinq ou six mètres de profondeur;
PASSAGE VOÛTÉ RELIANT LA RUE DE LA FERRONNERIE A LA PLACE DES INNOCENTS
Cliché Manille.
ces fosses communes reçurent jusqu'à 1,500 cadavres. On y accédait par des puits recouverts de planches; deux ou trois de ces puits étaient toujours ouverts. Le bon La Fontaine y fut enterré le jeudi 14 avril 1695. Ce n'est qu'en 1780 que hs inhumations cessèrent, à cause de
l'odeur méphitique, dangereuse pour la santé publique, qu'exhalait cette terre funéraire. Le fossoyeur Poutrain, un ivrogne célèbre, accusait 90,000 inhumations en moins de trente ans ! On vida le cimetière et les charniers furent supprimés.
Mais dès le xvme siècle la rue de la Ferronnerie avait perdu tout caractère tragique; on n'y rencontrait plus, comme autrefois, le « Clocheteur des Trépassés », sinistre sous un feutre noir, recouvert d'une dalmatique noire peinte de têtes de morts, de croix et d'os entrelacés ; il agitait une énorme sonnette et hurlait la nuit, d'une voix sépulcrale :
Réveillez-vous, gens qui dormez !
Priez Dieu pour les trépassés!
Les lingères, les ^modistes, les marchandes de frivolités y avaient élu domicile. Mlle Morphise, « une fantaisie de Louis XV», y fut apprentie, et la future Mme du Barry, qui, modestement, s'appelait alors Jeanne Vaubernier, était trottin chez MmeLabille. Rue Courtalon, à deux pas des Innocents, se trouvait le bureau des Lingères, dont survit Télégante entrée, érigée comme une relique dans le square, à quelques mètres de la fontaine ornée des délicieux bas-reliefs de Jean Goujon, qui formaient autrefois les panneaux décoratifs extérieurs d'une sorte de loggia faisant l'angle des Innocents et de la rue Saint- Denis, presque en face de l'actuel restaurant Baratte. Elle comptait six panneaux seulement. C'est Pajou qui,