LE MARCHÉ DES INNOCENTS
lorsqu'on résolut de faire une fontaine avec les arcades de la loggia démontées pièce à pièce, exécula la quatrième face. Cette fontaine devint, dès la Révolution, le
L'ANCIEN BUREAU DES LINGÈRES RUE COURTALON ( AUJOURD'HUI DÉMOLl)
Cliché Marville
centre d'un très important marché, qu'abritaient des centaines d'énormes parapluies rouges; elle reste toujours charmante, malgré les remaniement et les nettoyages
administratifs qu'elle eut, hélas, à subir trop souvent!
Les charniers furent transformés en boutiques; quelques-unes subsistent encore. Au numéro 7 de la rue des Innocents, une remise de voitures à bras nous montre intactes les voûtes cintrées d'autrefois (*).
Sous Louis XV, la très pittoresque corporation des scribes et écrivains publics tenait ses assises le long des piliers. Le petit peuple était fort ignorant; les valets, les servantes et autres illettrés s'adressaient alors à ces ingénieux secrétaires pour rédiger leur correspondance, et les prix variaient avec le style employé... « Si c'est du haut style, la lettre vaut 10, 12 ou 20 sols ; le bas style ne coûte que 5 ou 6 sols seulement. »
Suivons cette rue des Innocents, jonchée de feuilles de choux, encombrée de paniers, de caisses, de mannes, embaumée des odeurs de citrons, d'oranges et de mandarines qui viennent heureusement contre-balancer les aigres relents des fromages entassés sous les halles voisines : au numéro 15 se lit une enseigne énigmatique : « Au Caveau », — c'est un des plus curieux tapis-francs que recèle le Paris nocturne; un industrieux marchand de vins a eu l'idée de transformer en cabarets les cellules occupées autrefois par les moines. Au fond de
(1) Même installation un peu plus bas, chez un marchand de vins « A l'Escargot d'or ».