MASSENET EN
Dessin fait à Rome par J.-C. Chaplain.
les dialogues — il y avait alors beaucoup de « parlé » dans les opéras-comiques. — J'avais tracé des portées de musique sur les peaux de mes instruments, et c'est là
que je piochais mes devoirs de fugue, mes blanches timbales me servant de tableau noir, c'était tout profit : je ne perdais pas mon temps et j'économisais quelques feuilles de papier à musique à trois sous le cahier de cinq feuilles !... Pendant l'entr'acte nous nous réunissions dans l'ancienne écurie du Théâtre Historique, que le bon Dumas avait construit pour y loger les chevaux ded'Artagnan et de Bussy d'Amboise ; M. Réty, le directeur, en avait fait notre foyer, pauvre foyer qu'éclairaient mal deux lumignons fumeux... »
« Que de belles batailles artistiques se sont livrées dans ce théâtre jeune, vaillant et qui marchait de l'avant !.. C'est là qu'en 1858 on a donné La Statue, une œuvre magistrale de notre grand Reyer que j'aime tant... et la première de Faust, le 19mars 1859 ! Gounod, l'admirable Gounod, nous avait tous conquis, nous avions foi dans son beau talent, Mme Miolan-Carvalho était sublime, quelle grande artiste! — Nous répétions dans l'emballement, sous la direction du bon Léo Delibes, alors chef de chant... on savait la cabale organisée... pensez donc, cette musique nouvelle était si dissemblable de celle qui triomphait alors !... Au théâtre, on était nerveux, inquiet, on trouvait cela trop long... et Gounod pleurait... oui pleurait... devant les coupures qu'on le contraignait à faire dans sa partition. Le soir de la première, Faust fut applaudi, mais pas autant que nous l'espérions et que ce bel ouvrage le méritait : tout le premier acte fut acclamé, on bissa le chœur des Vieillards, la Valse ;
Extrait du Plan annexé aux « Théâtres du boulevard du Crime ». par Henri Beaulieu.
av;
ue je piochaiè\ mes Jd^voirs de fugue, mes blanches baies me serv&nlj dé tab eau noir, c'était /tout profit : je\ne perdais pas [min tem >s et j'économisais quelques feu\jles de papier iq ie à trois soute le Cahier de
Veuilles !... Pénaaât lrei tr'acte nous iious réunissions ncienne éourfeSu T îéàtre Historique, que/e bon vait construit^ojur y loger les dievauxyâe d'Ary ti'AnJbo se ; M/Ryét£ le directeur,
1ieuV4aTnTgnons fumeux... »
Q|}e de héliez bal
f(^y#ï 4u/éclairaient
stiques^si
t lié -Vtre jeun e\ va l(à qu'ci/ 18&B pn îstrale de noir
L ne u«
ant et qui lopne La\ S ta
ér%i4 Rjyer W J'a
aust le i&rcar
archa t de l'avant!
sont livrées
ue\ une£ œuvre s tante*, et la
1859 ! I Go.upo l, l'admirable
avai , tijms çor quis, njous av ons fjoi dans ^sonJ beau talent, Mme Mjol< n-Carvàlho I émit sublime, Quelle grande arti ;tej! -i-jNoLis re;pé!tion3| dins l'ânballeWnt, soujs II dirîctïoaclu 30n \&\ Delïbe 3, alors chef ,^ere chajit... or savait fa'tatba e organisée... pensez donc, cett* niusiqpe nouvelle était fei disseinblabb de celle qui. trior îptait 4lol&LJ Aii théiâtrvW était nervW*5-^oguiet',' on t 'oiivait Icela tropilo&gl.. et Goynod pleurarj^^ui pleurait... deva^nt^Je's ooupirre^jj^/on le ^©rïïraigoai-t, airejdans sa partition. Le soir de la premiè«£^f5îS7fut c)i, mais pas autant que nous l'esj^éiions et que ouvrage -te méritait : g)it le premier acte iut 'acclamé, on bissa le efcjeur des Vieillard* , la Val^e ;
Ua — ~
Extrait du Plan annexé aux « Théâtres du boulevard du Crime ». par Henri Beaulieu.
quant à l'acte du jardin, on ne le comprit pas... Pourtant Mme Carvalho, Barbot et Balanqué, qui faisait Méphisto, y avaient été parfaits; Léon Carvalho avait réglé une adorable mise en scène : pour la première fois on vit au théâtre la lune se lever sur un jardin embaumé de fleurs naturelles... rien n'y fit... Aux actes suivants, on bissa le chœur des Soldats et le trio final... Pendant douze ou treize représentations, la lutte continua, tenace, entre les siffleurs obstinés et les enthousiates de l'œuvre nouvelle ; le commissaire de police — par ordre — se tenait en permanence dans la salle, prêt à mettre le holà entre les deux partis : ce n'est que deux ans plus tard, lors d'une reprise tentée par Carvalho, que le succès s'affirma, indiscuté, triomphal!... Que de souvenirs encore !... Orphée surtout, avec l'admirable Mme Viardot, — en 1859... J'entends encore cette gamme chromatique montante et descendante qu'elle lançait à la fin du premier acte... C'est bien loin tout cela, et cependant c'est inoubliable !... »
Le maître Massenet a raison et tous ceux qui ont connu cet amusant boulevard du Temple en ont gardé un ineffaçable souvenir ; nos pères, nos grands-pères en parlaient avec émotion et le tableau qui le retrace, dans une des salles du musée Carnavalet, est l'une des haltes préférées du public parisien.
Ce glorieux boulevard fut ouvert en 1670, par ordre de Louis XIV, il continuait « le cours qui traversant l'enclos et le marais du Temple, partait de la porte Saint-Antoine
pour aboutir à la rue des Filles-du-Calvaire ». Bien vite, cette belle avenue plantée d'arbres fut à la mode ; on se pressait à la « promenade des Remparts » ; ce joli coin ae Paris débordait de vie, de mouvement, de gaieté ; les voitures des élégantes s'y succédaient, à ce point nombreuses qu'elles ne pouvaient — vers quatre heures — avancer qu'au pas entre le boulevard des Filles-du-Calvaire et la Bastille: aussi les prisonniers qui jouissaient de la « faveur des terrasses » ne manquaient-ils jamais de s'y rendre à ce moment, munis de lunettes pour y lorgner et, de loin, saluer leurs belles amies... Il n'est pas à Paris de bonnes fêtes sans spectacles : les faiseurs de tours y installent bientôt leurs parades et Fanchon la vielleuse y débite les plus jolis couplets de l'abbé de Lattaignant, de Collé et de Panard ; Nicolet, en 1760, y dresse une baraque et tout Paris vient s'esclaffer devant le fameux singe qui, si comiquement, reproduit les tics de l'acteur Mole... Le Grimacier, autre célébrité du boulevard, y fait fortune et cède ses tréteaux à un camarade, sous cette délicieuse réserve de « toujours rester Grimacier en chef et sans partage...» Mlle Malaga, une jolie fille au sensationnel maillot rouge pailleté d'or, y tend la corde raide sur laquelle elle va s'élancer. Curtius y fonde une succursale de son fameux musée de cire et c'est là que le 12 juillet 1789, par un beau dimanche ensoleillé, le peuple arrache les bustes de Necker et du duc d'Orléans pour les promener triomphalement, recouverts d'un voile noir, dans les rues de Paris... On sait le reste,
Sergent, del.