‹ Promenades dans RomeChapitre 14 sur 27 · PRO INNVMERABIUBTS PIETATIS EIT · texte numérisé non relu

PRO INNVMERABIUBTS PIETATIS EIT

BENEFICIIS ET PUO QVIBTR

PROT.VRATA ITAL. AC CONSKUVATA LIBERTATE

HANC STATVAM VlUJestaTlS EIVS

AVRI SPLENDORE fulgemEU HVIC

SVBLIMI COLVMNAE od PERENNEM

1P8IV8 GLORIAM IMPOSVIT AC DEDICAVIT

DIE PRIMA MENSIS AVGTSTI INDICT. VND.

PC. PIETATIS EIVS ANNO QVINTO.

Cette colonne portail une statue du tyran, en l>ronze doré. Après la chute de Phocas, on effaça son nom, qui vient iVHw gravé de nouveau. Probablement Smaragde enleva cette colonne à quelque édifice du temps des Antonins.

Pour découvrir Tinscription en Thouneur de Phocas, on avait creusé le sol à quelques pieds seulement. Cette circonstance servit de pointe à un sonnet satirique qui, le lendemain de la découverte, courut dans Rome. Phocas parlai! : « Un omTier avec une bêche, en deux jours, a tout éclairci ; ma gloire renaît; sots savants, les volumes par vous écrits sur le nom à donner à ma colonne, placés les uns sur les autres, auraient formé une pile plus haute qu*elle. Combien vous eussiez été plus utiles et moins ennuyeux en jetant votre plume et prenant une bêche ! »

Près de cette colonne isolée et environnée d'une excavation profonde où nous sommes descendus, nous avons admiré trois i:olonnes magnifiques : elles sont on marbre pentélique, canne-

'MH tKi:VRRK DK STHHPHAL.

li'f'H. 1*1 dordre corinthien : ollefi ont quarante-riiiq p liiuil. Il n'y a pus longU^mpA que re niagiiifiqno n*sU' c iii|nilé Hsipiielail le U>mpl<* de Jupiter Stator. Les aav dmuienl anjourd*hnl le nom de (inecûstaiis. Lm phrases panvn*H g4*uft Hont hien ridienles; aussi ne faut-il p< lire : toute dÎHeussIou, même bien conduite, diminue le du voyageur, et 6le quelque chose à la beauté des mil inirablesde Tantiquité *.

l/(*ntablein(Mil supporté par les trois colonnes du > stfuis fait Tadmiration des connaisseurs. Le monumei (Hlen faisaient partie devait être comparable au tempk lonin le Vmn et au Panthéon. Il y a plaisir à revenir w trer de la beauté du Qrsecostagis toutes les foi» que Foi près du Fonim.

Le magnifique temple d'Antouin et de Faustine, q aperçoit presque en face, a l'avantage de donner au vo une idée parfaitement nette d*un temple ancien. Geluisur la Voie Sacrée, et, dit-on, hors du Forum; la Voie (commençait vers le Colysée, et, pn^Hant sons l'arc de devant le temple d' Anton! ii et de Faustino, et sou8 1' Seplime-Sévère, arrivait au Capitole par le ClivuA Gapit Ce fut 4lanH ec chemin, pratiqué au mill(Mi des arbrc*s foi vé» d'une forêt, que RomuhiH et Tatiiis, roi des Sabins durent la paix. Lch sacriflces que Ton fil eu cette occai les cérémonies religieuse» qui tous IcB mois avalent M la Via Sacra lui domiërent son nom.

Le temple que nous examinons f^it érigé par ordre du

* I would not their vile breath ihould crisp the streain "flThereifi t|i#t inuige ihall for ever dwell; T|w oorufOed inirror of tho loveliest dreani Tlut ever Icft the sky on Ihe deep soûl to hcqiii.

Chiidt'Harold, canto IV, niHuu f.tii

PROMENADES DANS ROMK âU5

eo Photaieat de Faiistino, la jeune femme de Marc-Anlonin. Après la mort de cet empereur, on ajoula son nom à riusoripliou. Le porlique est Xoirmé par di\ grosses colonnes d*un seul bloc de marbre cipolin ; elles ont quatorze pieds de circonférence et quarante-trois de hauteur. L^entablement est composé d'inmienses blocs de marbre. Ce temple, élevé en Thôniieor de la femme du souverain régnant, peut servir à nous donner une idée de la magnificence romaine.

La firise des deux parties latérales est chargée de bas-reliefs représentant des griffons, des candélabres, et d'autres ornemems très-bien sculptés. Le marbre cipolin est fort rare; les anciens rappelaient lapis carystius. Les blocs qui forment les colonnes de ce temple sont les plus grands qui nous restent de cette sorte de marbre. Ce qui rend ce monument si précieux pour les voyageurs qui commencent Tétude de Tantiqoité, c'est que les deux murs latéraux de la cella ou sanc- Uuûre, subsistent encore. Les Romains montaient au portique da temple Antonin et Faustine par un escalier de vingt et un degrés. Il y a environ seize pieds de la base des colonnes du portique au niveau de la Voie Sacrée. Ce qui a probablemoiii empêché que ces admirables colonnes n'aient été pillées par les Barberins ou quelques autres neveux de papes, c'est que ce temple avait été changé en une église dédiée à saint Laurent.

Rien de plus vénérable, par sa haute antiquité, que le (euiple de Romuhis et Rémus, que Ton voit ici près. Nous sommes sur le terrain où Rome a commencé. La cella de ce temple esi de forme ronde. 11 paraît qu'il a été réparé vers Tépoque de Constantin (310). En 527, le pape Félix IX bâtit ici une église qa^U dédia à saint Côme et à saint Damien ; du sanctuaire du temple des fondateurs de Rome, il fit le vestibule de sou église. Par les ordres d'Urbain VTIT, le sol ftit exhaussé ; un

11)4 «EDVilKS hK STKNIHIAL.

t*M*uliiT |>liin* pn*H (lu ^rmul aiiu*l ptTinei ik* dimceaàn II* itiiiplt* iii)li(|ii(*. (Voir Homa wtiu ac recetin, de dcMê,

OVhI là qiH* l'on tnuiv»» dans Ir quiiiKièiiiCHièclCyde grande uhl(*H lit* iiiaiiiro» hiir l<*HqiH*ll«*H (*hI grave I» plaii de Bone; «lopuÎH, on loH » iii('nislé*H daiiK 1(*h iniirH de reM!alicr du imh M^* ilii Dapitoh*. La |N>rU* ilr broiiKi* ili* rcKllM; de SaioUCône apparliMiail prohahlciiirnl au Irnipk «Ioh fondaleiirH de Romf. I/4*H iltMix grohHi'H f'oloiiiicH à tlt'nil <'iiUTm*H que Ton voitpm ilf* rrtli* |N)rii* soiii do marbre ripolin, et ont trente et an pUmIh de haut. Leur baM* n*poH<i Hur 1<*. pav(^ de la Voie Sacrer, KIleH deniaiulenl à quelque (étranger riehe et gëoérenx la charil<^. créln^ déterriM'H connue celle de PlioeaH. Un pape ami de» artH ne refuHerait paH la perniUKion nt^^^eHHaire.

*ilt janvu^r IK'jK. En avançant de quelquc^H pan vent le (lulyM^.e, le voyageur enl frappé par la vue de IroiH voûte» fo briqueH plarérH à une grande bauteur; on croit quNdleH appariiemieiil à la baHilique de OonHlanlin. Lorn de umn preniicrh voyagcH à Ibune, relie ruiiu^ ninguliêre était encore appeliîclp Temple de la Paix. L(* Hlyle des iiionu^aux de Hculpture qu'on v voit encore montre la dt'cadence de Tari et annonce le HitVle de Dioclélien. On en conclut qui; (M'h iminenHCH voût<*H de briqucH stuit un reste de la basilique ciMislruile par Maxence, cl à laquelle OtuiHtanlin doiuia son nom lornipril eut tué Maxence.

U'M troi» grandh arcH que nouH voyoïiH occupaient tonti* la longueur de la nef a droilt* de Tcnlrée; Hur les pilierH de cen arcadeH paraiHHc^it encore d(^H fragnnnilH (rentablenn*nt m inarbre; la voAle de la nef était Houtenue par buit granden colomiM de qiiarant<!-Kpiatre piedH de liant (;l de dix-neuf pied» «le eireonférence. Une de cch colonne» était debout ici, vem

PROMI^NADëS DA.NS ROME. tiUj

l6IO,etPaiiiy(Borglièse) la fit Iransporler au milieu delà pbcede Saiote-Marie-Majeure, ou la foudre vint la frapper lorsque Faimable de Brosses était à Rome (1740).

Les fouilles ordonoées par Napoléon ont découvert le pav(* de ce monument ; il est composé de marbre jaune antiquCy de marbre violet et de marbre cipolin. On a reconnu que cetic basilique avait servi d*église dans le moyen âge; ce tilre Tavait probablement préservée des pillages de tous les jours; mais elle aura été détruite dans quelque incursion de barbares. Ce* vaste édifice avait trois cent deux pieds de long sur deux cent dem de large. Li>s voûtes que nous voyons suspendues, pour ainsi dire, au-dessus de nos létes, servaient de cbapelles i\ droite en entrant dans Téglise.

Od voit au bout du Forum Téglise de S. Francesca Romaun, bâtie au buitième siècle, et ornée d'une façade sous le règiii! de Paul V. Elle appartient à des moines fort obligeants; et daos une des cours de leur couvent nous avons reconnu une grande tribune (vous savez que c'est le nom qu'on donne à cette partie du temple opposée à la porte). Cette tribune est adossée à une autre parfaitement égale, et qui appartenait à un temple qui s'étendait vers le Colysée. L'ornement de ces deux tribunes est le même; elles répondaient à deux cella égales. Un des côtés de ces cella est resté debout; on y distingue une suife de nicbes alternativement rondes et carrées; chaque niche était environnée de colonnes formant portique; les vuôtes étaient ornées de stucs dorés.

On reconnaît dans ces jolies ruines les restes du grand temple de Vénus et de celui de Rome, dont l'empereur Adrien luimême fot rarchilecte. Ce temple était placé entre deux portiques auxquels appartiemient les fragments de colonnes colossales de granit qui couvrent le terrain tout à Tentour. La bçade qui était vers le Colysée appartenait au temple de Vé~

^ ŒUVRES DE StËNDHAL.

uns; celle du temple de Rome était tournée vers le Forum.

Âpollodure, architecte de Trajan, trouva deux défauts au double temple élevé par Adrien; il n'était plus temps d*y remédier. Cette critique lui coûta la vie.

Je demande pardon de la sécheresse des articles précé dents. Pour taire en conscience le métier de ciceroue, j*ai été obligé de supprimer beaucoup de conjectures, dont plusieurs sont ciH'ieuses et même vraisemblables; je les soumettrai au lecleur vers la fin de Touvrage, lorsque son œil sera plus accoutumé à distinguer dans une même ruine les travaux exécutés à différentes époques de Tantiquité. Je voudrais que le lecteur ne crût rien sur parole et sans Tavoir vérifié, et qu'il se méfiât de tout, même de cet itinéraire. Croire sur parole est souvent commode en politique ou en morale, mais dans les arts c'est le grand chemin de Tennui.

Ou a fait une polémique immense à l'occasion des monuments du Forum. Il est bien que le voyageur place d'abord dans sa tète les faits que je viens de lui présenter, dont plusieurs sont incontestables et le reste fort probable.

« Vous êtes bien fier d'avoir vu Rome six fois ! me disait Paul ce matin au Forum, à propos des phrases que je viens d'écrire en abrégé. — Le plus grand malheur, ai-je répondu, qui puisse arriver pour un jardin anglais qui plaît, c'est de k* connaître. Que ne donuerais-je pas pour n'avoir vu en ma vie qu'un seul tableau du Gorrége, ou pour n'être jamais allé an lac de Gomo ! » Hélas I toute science ressemble eu uu |K)inl à la vi(Mllessc, dont le pire symptôme est la science de la vie, qui empêche de se passioimer et de l'aire des folies i>our rieu. Je voudrais, après avoir vu l'Italie, trouver à Naples Feau du liéthé, tout oublier, et puis recommencer le voyage, et passer mes jours ainsi. Mais cette eau bienfaisante n'existe point; chaque nouveau voyage qu'on fait en ce pays a sa physMH

PROMENADES DANS ftOME. 2U7

nooiie» et il eo^e par nualheur on peu ée science daus le sixième. Au lieu d'admirer les ruioeà du temple de Jupiter Tonnant comme il y a vingt-six ans, mon imagination est enchaînée par toutes les sottises que j'ai lues à ce sujei.'

Voulez-vous ne voir Rome qu'une fois, cherchez à vous former bien vite une idée nette des onze collines sur les^elles s'étendent les maisons de la Rome moderne et les vignes couvertes des ruines de la Rome antique. Parlez de la porte du Peuple, près le Tibre ; suivez le chemin hors des inurs, el laites le tour de la vUle jusqu'au mont Testaccio (formé de débris de pots cassés); montez au prieuré de Malte, afin de jouir d'une vue délicieuse; le lendemain, sortez des murs par la porte du Vatican, et venez rentrer dans la ville vis-à-vis le prieuré de Malte ; le troisième jour, montez à S.-Onuphre ou à la villa Lante. Jouissez de cette vue magnifique qui se déroule à vos pieds> et vous aurez une idée exacte des collines romaines. Mais si vous voulez revenir à Rome avec plaisir et y avoir des surprises, ne cherchez point cette idée exacte, foyez-la, au contraire. Il est vrai que vous ne pourrez briller en parlant de Rome; quelques personnes penseront m^e que vous n'y avez pas été.

27 janvier. — On nous raconte l'anecdote touchante du cokmel Bomaneiy, qui s'est tué à Naples, parce que la duchesse C. l'avait quitté. « Je luerais bien mon rival, disait-il à son domestique, mais cela ferait Irop de peine à la duchesse.» — Le Forum étant fini, nous avons voulu voir ce matin les ruines des Thermes de Caracalla, qui sont dans la ville, c'està-dire dans l'enceiule des murs. Nous avons fait trois quarts de lieue; et pendant la dernière demi-heure nous avons marché ao milieu des vignes el des collmes, loin de toute habitation. Après nous être avancés au delà du motit Capitolin et du

Golysée, nous avons suivi les ruines des murs de Romulus; l'cconnu celles du ^nd cirque, remonté le ruisseau nommé Acqua Grabra, et sommes enfin arrivés à ces immenses murs de briques, but de notre voyage.

Ces restes incultes, remarquables seulement par la grandeur des pans de murs qui restent debout, furent autrefois un des lieux de Rome les plus ornés. Il y avait dans ces Tbermes seize cents sièges de marbre, apparemment comme ce siège de porphyre que Ton a gardé au musée du Louvre, et qui rappelle une anecdote sur Félection des papes. Ici deux mille trois cents personnes pouvaient se baigner à la fois sans se voir; les petites chambres étaient revêtues de marbres précieux et ornées de bronze doré. A notre arrivée, un malheureux paysan, uiiué par la fièvre, a placé un bout de torche à Textrémitc d'un morceau de canne de dix à douze pieds; nous sonunes descendus dans un lieu obscur, où il nous a fait voir les restes de la première enceinte de ces Thermes.

Ces choses-là sont bonnes à voir pour servir de signe à un souvenir ; autrement rien de moins curieux.

^ Les grands pans du mur dont j*ai parlé forment quatre sales ; la barbarie des derniers siècles les a dépouillées de tout ce qu'il a été possible d'emporter. On ne distingue plus que les niches où étaient les statues. Quelques-uns d'entre nous se sont hasardés à monter un escalier en colimaçon, où Ton peut distinguer des restes de pavé en mosaïque. Parvenus au haut du mur, les voyageurs ont été frappés de l'étendue de ces Thermes. On y avait réuni tout ce qui peut convenir aux difftîrenls exercices du corps, si nécessaires même aux gens riches avant Tinvention de la poudre.

Ces Thermes n'ont point de colomies, ce qui, à mon gré, les prive de toute compression; ils sont pour moi comme des ruines de l'Orient. 11 y avait ici quelque chose de fort admire

PROMKNADKS DANS ROME. 2<ni

des aucîeus. Âutanl qu'on peul comprendre le texte d'Eliiis Spartianus, c'était une grande voûte appuyée sur une grille de bronze. Il est des jours où ces ruines incultes font beaucoup de plaisir; mais elles intéressent d'autant plus, selon moi, que la description qu'on en donne est moins compliquée. Il y a si peu de forme dans ce monument, qu'il n'a pour lui que la réalité; en d'autres termes : l'art, qui n'a pour moyen qu'un vain récit qui devient obscur pour peu qu'il veuille être détaillé, n'a pas de prise sur des ruines aussi informes; il faul absolument une vue pittoresque; et peu de peintres auraienl assez de talent pour lui donner du caractère. Nous avons été frappés de la belle verdure des plantes, la plupart vénéneuses, s'il faut en croire notre guide, qui croissent à l'abri de ces grandes murailles.

Les Thermes, chez les anciens, tenaient à peu près la place de nos cafés et de nos cercles. Les Thermes de Dioclétien, sur le mont Quurinal, étaient plus vastes que ceux-ci ; les Thermes de Titus et de Néron passaient pour les plus beaux. Nous verrons la preuve, à Pompéï, que les anciens se réunissaient dans des boutiques pour prendre le plaisir de la conversation, et s'y faisaient servir des boissons chaudes.

— Cette nuit il y a eu deux assassinats. Un boucher, presque enfant, a poignardé son rival, jeune homme de vingtquatre ans et fort beau, ajoute le fds de mon voisin, qui m<' fait ce récit. « Mais ils étaient tous deux, ajcmte-t-il, du quartier dei Monti (des Monts) ; ce sont des gens terribles. » Note/, que ce quartier est à deux pas de nous, du côté de Sainte- Marie-Majeure; à Rome, la largeur d'une place change les luœurs.

L'autre assassinat a eu lieu près Saint-Pierre, parmi des Transteverins ; c'est aussi un mauvais quartier, dit-on; superbe à mes yeux; il y a de Vénergiey c'est-à-dire la qualité I. 1^2

210 ŒUVRES DE STENDUAL.

«pii manque le plus au dix-Hneuvième siècle. De nos jours ou a trouvé le secret d'être fort brave sans énergie ni caractère. Personne ne sait vouloir; notre éducation nous désapprend cette grande science. Les Anglais savent vouloir; mais ce n'est pas sans peine quMls font violence au génie de la civilisation moderne; leur vie en devient un effort continu.

Quelle digression ! et encore du genre odieux ! me dit Paul. Mais n'avous-nous pas eu ces idées quand nous étions perchés sur les murs de briques des Thermes de Garacalla?

Parmi les Romains des basses classes, le coup de couteau . remplace le coup de poing. M. Tambroni nous disait qu'il y a vu dans TËtat papal dix-huit mille assassinats sous le règne de Pie VI, de 1775 à 1800; c'est deux par jour. U atrocité des lois de Napoléon, pour parler comme M. le cardinal N..., avait corrigé cette mauvaise habitude. A Rome, la pitié est loiijours pour l'assassin qu'on mène en prison, et si le goilvememeol pieux et rétrograde qui a succédé au cardinal Gonsalvi plaît au peuple par quelque endroit, c'est parce qu'il emploie rarement la peine de mort pour tout autre crime que le carbonarisme. Piuelli, le jeune voisin qui me conte tout ceci pendant une heure, discute eu quelque sorte, eu me parlant, si le bo«cher a eu tort ou raison de tuer son rival. « Ce rival, me dilil gravement, avait été averti plusieurs fois qu'il lui arriverait malheur s'il se laissait voir si souvent chez leur maîtresse, etc., etc. »

Pour me lier avec Pinelli, qui possède lui-même de fort belles armes espagnoles, je lui ai montré des pistolets. Je lui fais entendre que j'ai aidé un de mes parents, dans mon pays, à se défaire d'iui ennemi ; c'est à la suite de cet accident que j'allai à Paris, etc. Cette histoire m'a valu eu quelques heuia beaucoup de considération dans la maison. Rien n'est amuswl romme d'avoir à soutenir un mensonge bien absurde; c'est ui

de tirer pani même d'mi emiuyeux; mais Pinelli m* Ânt. Nous prenouf; de sa main les ouvriers que nous s dans le cas d'employer.

e à lui, j'ai enfin trouvé, après de longues recherches, blier bavard et jeune ; je le voulais absolument Transte- 3t je le paye fort cher. Le travail est une chose tellolontre nature pour un vrai Romain, qu'il lui faut de Us motifs pour se déranger tous les jours. Les Trausteprélendent descendre des anciens Romains; rien de prouvé', mais ce grand nom leur donne du cœur : nodblige. Mon barbier est fort gros, quoique fort jeune, ce voit souvent à Rome; il est bouillant d'énergie. Le du ridicule, aux yeux de ces gens-ci, serait de s'expole égratignure pour l'intérêt du pape leur souverain ; ils mi le souverain, quel qu'il soit, comme un être puis> eureux et méchant, avec lequel il est indispensable d-artains rapports. On parle toujours de sa mort ; on Fatti s'en réjouit, excepté certains personnages sombres, 3ht : « Le successeur sera pire.» Pie VII faisait exception I de son grand caractère, ou plutôt à cause de ses mai-

và mon jeune barbier me raconte quelque usage absurde se plaint, il ajoute toujours : « Che voleté, o signore! Otto i preti! (Hélas! monsieur, quoi de plus naturel ! ne s-nous pas gouvernés par des prêtres?) »

euple de Rome admire et envie mi Rorghèse, uii Aln Doria, etc., c'est-à-dire un prince romain fort riche connu, dont on a vu le père, le grand-père, etc. ; mais jamais trouvé ici cette attention pleine de respect qui ^Anglais à rechercher dans son journal l'annonce du I iriilord tel et du grand diner donne à une partie choir milady une telle. Cette vénération pour les hautes

classes passerait ici pour le comble de la bassesse el du rie cille. Le Romain est beaucoup plus près des mœurs de lai publique, et, suivant moi, beaucoup plus homme. Pour fiai une bassesse, il faut qu'on le paye bien et comptant.

J'excepterai de ce grand éloge tout ce qui, étant né av plus de deux mille écus de rente (plus de dix mille sept ce soixante francs), est étiolé par la vanité et les convenances, < plutôt par la société des laquais. On ne saurait se faire d'ide à Paris, des flatteries dont est Tobjet, dès Tâge de deux ai le fils aîné d'un marquis romain ; il y aurait de quoi hébéi TArioste. On connaît le mot de Johnson sur les fils aînés d pairs d'Angleterre : « Le droit d'aînesse a ce grand avantage ( ne faire qu*un sot par famille. »

Lord Byron faisait un récit plaisant de la révolution qui s'< péra autour de lui quand, à l'âge de dix ans, étant à l'école, succéda au titre de son cousin et devint lord. Il aurait été pli heureux et plus grand poète s'il n'eût été pair qu'à trente au Les universités de Cambridge et d'Oxford sont peut-être l< établissements les plus curieux du monde. Le pauvre bon soi est soigneusement écarté de ces cloîtres ; Locke est en dis grâce, mais ou y enseigne la mesure du vers grec nommé sa phique. Aussi le parti tory se plaint-il amèrement dans uo dt ses journaux, le Blackwood Magazine, de ne pas posséder oi seul homme de talent. Ce sont toujours des bourgeois anoblis qui mènent les affaires : les lords Liverpool, Eldou, Liudhurst, etc. (1828). Les pairs français dont on lit les discours étaient-ils uobles en naissant? Leurs fils les vaudront-ils?

28 février. — Ce soir, chez M. Gherardo de Rossi, M. l'ahfc^ Vileleschi nous donne des détails incroyables sur rignorantf et la faiblesse de caractère des princes et des cai-dinaux r^ mains. 11 confirme pleinement ce que le cardinal Lantemel'

sait autrefois. Le cardinul Spina, qui est présent, a des accr> de fou rire, mais ne dit mol. Sous Pie VII, en dépit des efforts du cardinal Consalvi, et surtout depuis la mort de ce pape, les Romains sont gouvernés suivant Yordre inverse. Ce sont les plus ineptes qui obtiennent les places et jouissent de toutes les distinctions. Gomme ces nigauds oui la conscience qu'on se moque d'eux, ils deviendraient facilement cruels; mais le poignard du carbonarisme les retient. Le peuple indigné croit qu*il est mûr pour la république. « Ce régime serait le pire de tous pour vous, disais-je à mes amis; songez que Robespiene, Marat et les auteurs des atrocités du régime de la Terreiu'. avaient été formés par le gouvernement faible et bon de fx>uis XVI. D Ce langage sincère me fait passer pour un bomnie de Textréme droite. Le plus éloquent de mes républicains a élc ravi le mois passé, panie que le sous-minislrc lui a envoya* une collection de gravures pour le remercier d'un sonnet en riionneur du pape. — Je me plaignais à un peintre de ce qut» les femmes du peuple, à Rome, souvent fort belles, ont rarement les deux épaules parfaitement égales. « Gela vient, m'at-il répondu, de Fusage de lancer de grands coups de poiu<» dans le dos des jeunes ûUes pour les faire grandir. Ce sont leurs mères qui leur donnent celle marque d'intérêt. »

La morgue grossière du banquier enrichi et le sourire de supériorité de l'homme de haute naissance sont également inconnus à Rome. On leur rirait au nez ouvertement; c'est ce qu'a éprouvé certain ambassadeur. Le [leuple de Rome est fin, moqueur, satirique au suprême degré. 11 n'est pas triste; il faut un commencement d'espoir pour être triste. 11 reconnaît bien vite le vrai mérite. Si les cours qui envoient ici des ambassadeurs voulaient savoir à quoi s'en tenir sur leur compte, eRes pourraient demander ce (jn'en pensent les bourgeois tU*

2 mars. — La noblesse romaine esl à peu près minée; elle (Ml est rëiiuite à se réunir lous les soirs dans les salons de quelque ambassadeur. Les xiendredis (ie madame la comtesse A*** étaient célèbres en 1825. Celte dame, née en Italie et élevée en Allemagne, est remarquable, dit-on, par les grâces de Tesprit. Le peuple romain Tadmirail beaucoup, parce qu'elle a fait son confesseur archevêque.

M. d'Italinsky pense que la pauvreté de la noblesse donnera une couleur particulière à la révolution d'Italie. A Naples, à Florence, à Rome, la noblesse, ne voulant pas se mêler de ses affaires par paresse, a été ruinée par ses gens d'affaires. Elle est à la mendicité ù Venise. Longtemps avant 1797, les nobles vénitiens ne se soutenaient qu'en abusant de leur droit de souveraineté : par exemple, ils ne payaient pas Timpôt.

I/esprit d'ordre répandu à Milan par Napoléon a porté à Tc- (Muiomie une centaine de familles qui ont quatre-vingt mille livres de renies et professent des principes rétrogrades, mais sans fanatisme.

La noblesse du Piémont, au contraire, est, ce me semble, fort altaclu'e aux principes politiques de l'extrême droite. M. le comte de Maistre était Savoyard, mais a vécu à Turin. La noblesse piémontaise jouit avec délices de sa suiMiriorilé sur le bourgeois ; elle a beaucoup d'argent et de bravoure. Quelques-uns des jeunot gens compromis dans réchauffouree de 1821 s(mt, dit-on, partisans d*un gouvernement légal. Le9 libraires font fortune à Turin.

La noblesse de Naples est fran<*.hemenl libérale; elle serait, au b(Soin, secondée par les prêtres. Ces messieurs lisent Pilangieri et Vieo, et raisonnent un peu comme nos Girondins.

La Romagne, Reggio, Modène et toute la haute Italie atlefilient aviU! la patience de la haine le premier moment d'emb•^ ras qui surviendra à TAulriche. La Lombardie espère alon

PROMENADKS DANS HOME. 215

faire caasc commune avec les bravos tfongrois; elle compte sur la France. Après la guerre, la paix pourra se faire en donnant un archiduc pour roi à Tllalie.

La noblesse de Naples a les yeux fixés sur FBspagne. Les abominables vexations dont ils sont les victimes font Téducation des Espagnols. Hs ont vu le serment de don Miguel, et, s'ils parviennent à se dégoûter de leurs moines, ils pourront, vers 1835, se donner une sorte de gouvernement représentatif. Je crois donc n'être pas chimérique en plaçant vers 1840 ou 1845 répoque de la révolution de Vltalie. iMais alors nous serons tous morts, me disait fort bien M. le cardinal Spina.

Y aura-t-il cascade ou pente douce ?

Si Louis XVl avait donné, mais de bonne foi, la charte dv Louis XVIII, aurait-il pu prévenir les excès de la révolution ? Probablement il eût été attaqué à main armée par le clergé ei la noblesse.

Les princes d'Italie pourraient-ils empêcher les flots de sang que va coûter la révolution de leur pays, exécutée par des gens outrés de colère, en accordant pour voter le budget une seule chambre composée des trois cents citoyens les plus riches de leurs Etats? A chaque session cette Chambre serait augmentée de vingt membres élus par les propriétaires payant trois cents francs.

J'ai eu Fhonneur de discuter ces hautes questions avec M. le cardmal Spin^. Cet homme supérieur ne voyait aucun moyen de prévenir les effets de la colère qui anime tout ce qui sait lire en Italie. Aux yeux des gens en colère, une concession ne prouve que de la faiblesse dans le prince qui l'accorde. 11 faudrait doimer sans délai le Gode civil des Français, déjà essayé pendant le règne de Napoléon. En cas de révolution, la classe moyenne de fioldgne, de Reggio, de Modène et de la Romagne défendraîi son rtpinion avec héfoïsrtje,

2IA iKi:VREft f)K STENDHAL,

A H»p\e%, le riergé «Kl libéral comim' ou l'éUit eu Vtwn (fu 1780. U^ iiigaiidH M?iilft (ont c*uï(*ptioa; Il £ia( y joindrr hfft fiKfmbn'H (riiiu* riTUiiiie MM'iéU^ «ecrèu*. Depiri» Joseph H, le clergé eiU iuiiih iiiflimice dau» le* Etat» de rAutridie ; t\\t joue avec le jihiiiiliHnie nau» le craîudre, et voudrai! le bucit aux aulren Miuveraiuft. Main, à riuslaiit de la révolle que j« voudrai» pnHiiiir, â partir du FA juM|u*aux Marais Pootiot», k <'iergt% dirigé par !<*« jéHuite», tiera eitpagnol ei antmé d'oiM* liaiiM' furilHiiide e(»iitn* tiiule aiiiélioratioii. Cent à regret qiw* j'ai parlé poliliipie ; mai», d<>ii qu'il y a iiitiiniU% ou ue park paft d*autre ithotM? en Italie ; et, |>our être hoanéie bomme etivern le leeleiir, j'aime à uotiT cliaque «oir \m Idée» enlendmi» lieudant la jounuk*.

De louK \i% iMtaux-artK il n'eu e»t qu'uu qui xh\fAe. k ki poK* ii<|ue. Ou parlait aujounl'luii avec patwimi du IHraU el de bi Slraniera, o|H*raK de Belliiii, Ou lut tteiitretieut de tableaux et de Htatiie» que «biiH le» uioineul» perduK pour ain«i dire, ou lorMfu on redouUf la préMfiice iUi quelque espion.

7) rnarK iH2H. - Ce m\r, à la chutr; du jour, hous le« grands arbre» si mm\m^ de la villa Strozzi, M. le vomUtC*** a récité avec un accent inimitable le sonnet qu'on va lire. Il mHis semblait entendre Talrna. Une w>rt^* <le mélancolie s'était emparée de la plus aimable siU'iélé du monde. Uts vers admirabbw de Foscolo ont redonbb* ce que cetti* situation de Tâme a de lou* cbant. Eu idéalisant b;s peines qui pensaient sur queb|U<ts âmes, il leur a (fulevé sans doute ce qu'elUts avaient de trop amer :

LA SEKA.

Vortui pcrchA delb fatal t\uu*Xe Tu êt-l l'irnago, a me ni cara irieni, ntirti ! E quanuk» ti corieg^çian lir^; Le riubi Miha a i x*itùrt nannï,

E qiiando dal ncvoso aère inquiète

Ténèbre lunghe ail' Uniyerso meni,

Sempre scendi inyocata, e le çecrete

Vie del mio cor soaveinente tieni.

Yagar mi fai co' miei pensier sull' orme

Ghe vanno al nulla eterno, e intaoto fugge

Questo reo tempo, e yan con lui le tormc Délie cure, onde meco egli si strugge;

E menlre guardo la tua pace, dorme

Quello spirto guerrier ch' entro mi rugge.

Ugo F08COL0, Mancato ui vivi in Londra, ncl 1828.

A mars 1828. — Nous avons passé la matinée à suivre une fouille qu*un jeune archilecle français a obtenu la permission de faire près de la colonne Trajane. 11 a fallu de puissantes protections, car les arts sont en défaveur sous Léon XII.

M. N*** veut donner la restauration de la basilique de Trajan, c'est-à-dire deviner la forme de Tancien bâtiment et nous en présenter les plans, coupes et élévation; mais qui jugera de la ressemblance ?

Je donnerai, comme à Tordinaire, le procès-verbal de la conversation qui a eu lieu à huit ou dix pieds au-dessous du pavé, autour d'une grosse colonne que Ton venait de déterrer.

« 11 faut toujours chercher Texplication des monuments antiques, disait Fun de nous, dans les habitudes des peuples qui les ont élevés. — El Paris! s'est écrié Paul. — A Paris, Ir peuple payant centécus commence seulement à être consulta'. Les ancêtres de ce peuple-là étaient avilis il y a cent ans * quand Dancourt les baffouait dans ses comédies, ils applaudissaient. Louis XïV ne songea qu'à ses palais et à ses convenances. Louis XV, Louis XVÏ, placèrent un homme (M. de Wnrigny, M. d'Angiviliers) à la tête des beaux-arts, et suivircnl ses avis. De nos jours cnfm on no hâlit plus de palais, qui U'>

•il(t (Kl)VUKS l>L HTENUIIAL.

IMMipIcrail? Mais on r*l4*vo tiiio HourM*, 4HI fait (l«*ii liHiltoin; «rici à viiigi aiiH ikmih arHveroiiH À Tarrhitortarfî raiMMiiiable. »

Jusqu'au tiMups «I^h (i(*H|N»lc*tt fuuH, M^Ih qui! Callgula H Héron, rai'cbiu*c(ur(' le fut loujcmrH à Rome, car le» palriciem ^'ouvc*ruai(*ul, inaÎH avec la condition de plaire au peuple; et rerlaiucs institutiouH empêchaient le» patricleiiH de tomber k rc que sont aujourdluii Ich paifH d*Angleterre. Un patrideo qui eôt pasM* Ha vie à cliatther au reuani, À marchander da tableaux et à boire, vùl été aecutM; devant le piniple et banni, ou du nioiiiK ray<; par les cenMmrK de la liHti» du tténat^.

Un patricien n\''lait pla(^. au premier rang que par le triomphe, et, pour h* demandi^r. Il fallait avoir tué cinq mille hommes à renuemi (on coiiqite troiH cent vingt-deux tHomplies de Ronndus à TemiNfreur Prohmi). l/oplnlcm publique gouvernait doue à Rome. LeH famine« et la guerre flreat que, pendant le« premiern Hlè<;leK d(* la République, on lie WMigea qu*à Vntile, Le beau parut en même tempH que la corruption parmi le» rich<!ft. C'cKt pourquoi le» Caton et aulren vieux R(iiii;iiiis boiiiTUs qui, roniiiie de Tlioii eu France, avaient plu» (r;ittacheiiieut aux aueiens usagen que de vertu, et plu» de \ertu que de lumières, furent toujours eu colère contre Ir hi'tiUy et par suite vttuint les rieheHH<»s et conlrcî la Grèce, pav>» d'où le beau était venu.

Le Panthcton, bâti |>ar le ^otulvc d'Auguste, fut le premier L'vand monument d'architecture non utile. \a*m jeux du eirque préparaient :i la guerre; les temples, form(*s de quatre murs H ('(MiverlH par des poutres de chêne pris<is dans le lM>is voisin,

< liul now ïm going lo bc imuiorui; now

1 riscau io show itiirig» reaily as iUcy nn;, Nol as th<!y ougbt to hf;.

Oh, pardon rrif; (litrre^Mion!

pfmjuan, canlo Xll, ^iauta m,.

PROME^ÂIIËS JiÂ>S AOMb. iiU

suffisaîeoi à la première des oëcessilés, celle d'apaiser la colère du fliatlre da lonoenre et de donner une garantie aux serments. (Voyes le t^nple de la Fortune Tirile.)

Auguste songea toute sa TÎe à n^étre pas assassiné par tous les grands seigneurs de Rome qu'il privait du pouvoir. (Voir les Letlres de Cicéron, quoique antérieures, et Suétone.) La tnifédie de Cirma peint fort bien sa position. H portail des robes filées par sa femme. Enfin il parvint à mourir dans son lit. Tan 14 de Jésus-Cbrist, et laissa à Tibère un pouvoir aflermi qui bientôt produisit ce que tout le monde sait, le» oieurtres de Rome et les turpitudes de Caprée.

Le plaisir de bâtir est, avec celui de la chasse, le seul qui soit laissé à l'homme qui peut tout. Gomme les empereurs avaient d^ailleurs une certaine envie de plaire au peuple, ils se mireDt à bâtir de grands édifices qui pussent être agréables ant Romains. C'est ainsi que Vespasi<?ii eut l'idée d'élever h* Colfsée.

La société de Paris comm uce à s'apercevoir que le portique de la rue de Rivoli est ui ressource en hiver. Dans la réfohitkHi on se promenait soi les arcades du Palais-Royal. Le besoîo de promenades à couvert se lait sentir bien <lavantage ea Italie, oè, pendam six mois, le soleil donne la flèvre. Les pluies d'orage sont d'ailleurs si subites et si extraordinaires à Rome, qu'au bout de six minutes on est mouillé comme si Tou sortit du Tibre.

De là la nécessité de promenades à couvert. La basilique Porlla, près du Forum, qui brûla lors de la mort de Claudius» Ali la première bâtie à Rome.

La forme de ces vastes édifices, nommés btuiliques, était un carré long. L'intérieur était divisé eu plusieurs nefe par des rangées de colomies ; ordinal remeut I<*h colonnes de la grandi* nef du milieu étaieut surmoutées par d'autres colonnes d'un

ordre plus léger, qui formaieut un premier étage eu (ribuues. I/ci basilique se terminait par une niche de forme demi--circulaire ; là siégeaient les juges du tribunal. Les Romains se donnaient rendez-vous dans les basiliques pour traiter de toutes sortes d'affaires; on y vendait une foule de menus objets; c'était un lieu de ressource pour les oisifs.

L'an 704 de Rome, Paul-Emile fit bâtir la basilique JEmiiia dans le voisinage du Forum ; elle coûta près de cinq millions de francs. César, qui était dans les Gaules, envoya cette somme, et sa popularité en fut augmentée. Les basiliques les plus vastes et les plus commodes furent élevées dans les premiers siècles du gouvernement impérial, et contribuèrent à faire oublier la liberté. Napoléon faisait peur aux Parisiens par sa garde et par le souvenir du 13 vendémiaire; les empereurs romains, tant qu'ils n'eurent pas une garde dévouée, firent la cour au peuple. Souvent ils faisaient tuer un homme riche, et sous un prétexte quelconque distribuaient sa fortune aux prolétaires.

L*im des plus grands plaisirs de ce peuple devenu oisif, depuis la tyrannie, était d'aller dans les basiliques; rien n'était plus amusant pour lui. Du temps de la république, toutes les affaires, grandes comme petites, pouvaient finir par un jugement. Un consul qui avait malversé, comme un citoyen qui avait volé un bœuf à son voisin, fmissaient également par être appelés en jugement. Les jeunes gens des plus grandes familles plaidaient. L'éloquence était le chemin des honneurs. Voir juger était pour les Romains ce que lire le journal est aujourd'hui pour nous. A Rome, on prenait beaucoup plus d'intérêt à la chose publique, parce qu'on était beaucoup moins occuini de sa famille. Les fenunes n'étaient que des servantes occupées à filer la laine et à soigner les enfants. Les Romains, comme les Anglais d'aujourd'hui, avaient eu l'adresse de per*

PROMENADES DANS HOME. -^Jl

siiader à leurs femmes que s'emiuyer était le premier devoir (l'une matrone respectable. Ce ne fut guère que vers le temps de César que les femmes riches sentirent la duperie de ce système; alors Catou cria que tout était perdu.

Je suis convaincu que les Romains contemporains de César vivaient dans la rue, comme on le fait encore à Naples : fréquenter les basiliques et les portiques était comme, aujourd'hui, aller au café, lire le journal, aller à la Bourse, aller dans le monde.

Si vous examinez, avec les idées que je viens de rappeler, la basilique découverte parFadministration française auprès de la qolomie Trajane, vous la comprendrez mieux. L'intérieur de celle immense salle était partagé en cinq nefs par quatre rangs de colonne?. Le pavé était formé de marbre jaune et violet. Un riclîl revêlement de marbre blanc couvrait les murs. Le laffibris était de bronze doré ; la plus grande longueur de ce magnifique promenoir était de Test à Fouesl. Trois grandes portes, décorées chacune d'un portique, formaient Tenlrée principale vers le sud; du côté du nord, la basilique était fermée par \ux pur.

Dans rétanëluel de nos connaissances, on pense qu'Apollodore de IHâJ&as, architecte célèbre que Trnjan avait admis à sa familiarité, éleva celle basilique immense (115 de J. C), d'après laquelle on peut prendre une idée des autres.

Les fouilles ordonnées par Napoléon ont donné la possibilité d'atteindre à la certitude pour les détails matériels de ce monument. La partie historique n'a d'autres fondements que quelques phrases obscures pour nous, échappées à divei*s auteurs. 11 faudrait les réunir et en déduire un sens, travail bien audessus de mes connaissances. Peut-être un jour quelque savimt allemand et consciencieux viendra-l-il changer tout ce que Ton répète sur les ruines de Rome.

A uie!»urL* que le voyaigeur s'iiislniira, je lui prédis qu'il sci iH^HiiR* du |ielit uoiubre de choses qu'il est permis de croii sur les aulitpiiU's ruuiaiues. Les écrivains les plus graves soi du|M*> d'uiH' i*quivoque ou d*uu mot uial lu. Le savaui Roliii Cl* professeur de ramieune université si renommé parmi noui fiarlait du groi^ de Lufkoon comme d'un monumeul penli Les nsultats des recherches raisonnables ne sont guère qii des coïK'lusious générales et des probabilités ; ils ne satisfoi |H>iul la curiosité qui veut (i«'s faits individuels, qui veut savoi ce que tel mur de brique informe était du temps de Gésaj tiette disposition jett4' (lius le rumau : on prend un cicerou roimiiu, el il vous inonde de certitudes qu'on aitue à croin

Nous soninii^ alk's au portique d'Octavie : à la place qu'a vait occupée le portique de Métellus, Auguste en construisit u nouveau, auquel il donna le nom de sa sœur Ocljjlit. C e por tique était formé de quatre galeries couvertes formant iKtere Chacune était soutenue par deux rangs de colonnes. Celle que nous voyons encore formaient rentrée du portique. Il y une inscription qui annonce qu'après un incendie il a été res taure par Septime-Sévère et Caracalla ; c'est pourquoi ou Tap pelle souvent le Portique de Sévère. Les coloonéB ont trente deux pieds et demi de hauteur, et trois pieds ijaatre pouce de diamètre. (Toutes les mesures sont données en pieds ro mains.)

7 mars 1828. — Ce malin, au niomeul de partir pour Ostie il s'est trouvé qu'on voulait voir le palais du Vatican.

Là se trotivent les quatre grands ouvrages de Ilaphaël : le st4m%ey les loges^ les ara%%i ou tapisseries, et enliu le lableai de la Tramfignrationy la Vierge au donataire , el cinq ou si: autres chefs-d'œuvre.

Le Vatican renferme aussi le Jugement dernier, vi la voûl<

. 1»110ME>ADES DANS llOMt. ±2:*

de la chapelle Sixtine. Quel que soit le nmg gue J opitiiou du voyageur assigne à ces tableaux, la manière dont ils ont été produits fait auecdocte dans Thistoire de Tesprit humain. (Voir Taja, Descri%ione del Vaticafw.)

Le Vatican a plusieurs parties d'une fort belle architecture, dix mille chambres et pas de façade. Il faut chercher sous lu colonnade de Saint-Pierre la porte qui y conduit. Le voyageur remarque, à l'extrémité de la partie ronde de la colonnade à droite, certaines figures grotesques, vêtues de bandes de drap jaune, rouge et bleu ; ce sont de bous Suisses armés de piques, et habillés comme ou Tétait au quinzième siècle. Les Suisses formaient alors la moitié de toute F infanterie existant en Europe, et la moitié b plus brave; de là vint Tusage d'avoir des Suisses.

Un escalier obscur et fort beau, qui est au bout du fiortique de Sainir-Pierre (La Scala regia), conduit à l'entrée du Vatican. Pendant la semaine sainte il est illuminé avec une admirable magnificence; le reste de l'année il est solitaire. Ou sonne à une porte de bois vermoulue ; une vieille femme vient ouvrir au bout de dix minutes; et vous vous trouvez dans une antichambre immense; c'est la Sala reale, qui sert de vestibule aux chapelles Sixtine et Pauline.

Nous avons examiné de grands tableaux qui représentent les faits mémorables de l'histoire des papes; par exemple, Charleinagne qui signe la fameuse donation à V Église romaine y par Zuccheri, et VAssa^inai de Vamiral Gaspard de Coligny, par Vasari. Ceci est tout simplement la Saint-Barthélémy, qui, comme on voit, est encore classée à Rome panui les événements glorieux pour le catholicisme. Il y a trois tableaux, voici l'inscription du premier :

GASPARD COUGNIUS AMIRALLIUS. ACCEPTO VULNERË. DOMUM REFËUTUl'..

^HKG. XUI. PONTIF. MAX. 157^2.

t^i4 (Kl'VHICS DE STBISUIIAL. .

Ou voit cm eiïel Coliguy blessé d'uu coup d^arquebose: m IMirle l*aiiiiral dans sa maisou.

O'c^l dans coUo nuiisou <|uc, deux jours après, Tamind fol assassiné av(;c Téligny, son gendre» et quelques autres. Ce meurtre sacré fait le sujet du second tableau, sous lequel on lit:

CEDES COUGNU ET SOCIORUM EJL'S.

U' troisième représente Charles I\, qui reçoit la nouvelle de la mort de Coligny, et qui eu témoigne sa joie :

KEX COLIONU XECEM PROBAT.

Je n^ii pas vu la médaille que Grégoire XIH fit frap|H;r eu rhouneur de la Saint-Barthélémy, mais je crois qu'elle existe; d'un côté est la tête de Grégoire Xlll, fort ressemblante, avec ci^ mots :

GREGORIUS Xni. PONT. MAX. AN. I.

Le revers représente un auge exterminateur, qui de sa maiu gauche lient une grande croix, el de Tautrc une épée dont il perce de malheureux huguenots déjà blessés.

On lil, dans le champ de la médaille, ces mots :

VGONOTTORVM STKAGES. 1572.

Ainsi, il esl un lieu en Europe où Fassassinal est publiquemcnl honoré. Cc.^ honneurs sont d'autant plus dangereux, que de nos jours des assassinais du même genre ont eu lieu à Nini(;s : sont- ils punis? (Voir la Bibliothèque historique de 1810.)

8 mars. — Les élrangers vont à la chapelle Sixtine le di- "«.mchc, pour voir le pape entouré de cardinaux ; c'est un

spectacle imposaiil: il y a messe avec musique de easlrals, ei quelquefois un sermon en latin. Le fond de la chapelle Sixtine es^i occui^ ]^iiT \ù Jugement dernier de Micliel-Ange ; le plafond est rempli de fresques du même auteur. L'étranger qui désire les voir de plus près peut se faire ouvrir la tribune étroite le long des fenêtres ; il ne faut pas y aller après avoir pris du café : on ne songerait qu*à la peur de tomber. Lorsqu'on veut regarder le Jugement dernier de Michel-Ange, on achète dans le Corso une gravure au trait, qui aide à comprendre ce tableau, composé de neuf groupo^ principaux.

C'est dans la chapelle Pauline, ainsi nonniiée parce qu*ellc fut bâtie par Paul III, qu*a lieu la superKe oAfémonie des quarante heures. La fumée des cierges a rendu invisibles de^ix grands tableaux de Michel- Ange; r un représentait la Conversion de saint Paul^ et Tautre le Crticifiement de saint Pierre,

Après avoir traversé, en sortant de la chapelle Pauline, plusieurs salles désertes et toujours ouvertes au public, nous sommes arrivés aux fameuses loges de Raphaël. C'est im portique donnant sur la magnifique cour de Saint-Damaze; on aperçoit de là toute la ville de Rome, et plus loin les montagnes d'Albano et de l'Abnizze. Cette vue est délicieuse, et, ce me semble, unique au monde.

Lorsque le roi Murât vmt à Rome, en 181 4, il s'étonna que le pavé et les côtés du portique où sont les chefs-d'œuvre de Raphaël fussent exposés à la pluie, il y fit placer des vitrages. Les montants en bois sont trop larges et interceptent la lumière, qui ne peut arriver aux fresques que par réflexion.

L^s petits plafonds, en forme de coupole, placés au-dessus de chaque arc, sont ornés chacun de quatre petites fresques représentant des traits de la Rible. La création esl le sujet du premier tableau. La figure du Tout-Puissant, tirant du néant la terre et les eaux, est, dit-on, de la main même de Raphaël.

•iiNî ŒUVRES DE STENDHAL.

J(' n'ai rien à dire an speclalenr, qui doit juger de lonl par sa propre impression : quanta moi, je crois que la peinture ue peut aller plus loin. Psous avons vu cinquante^eux fresques, toutes sont dessinées par Raphaël, peintes sous ses yeux, et quelques-unes retouchées par lui. Le portique immortalise ■ par ces plafonds sublimes est orné d'arabesques charmantes et qui donnent souvent la sensation de Timprévu. Le siècle aimable de Léon X est là tout entier; le monde aloi's n*étail /' |K)int gâté par le puritanisme genevois ou américain. Je plains i les puritoins, ils sont punis par Tennui. J'engage les goiis tristes à ne pas trop regarder ces arabesques ; leur âme n est pas accessible à celte gr«^ce sublime. Trois siècles de pluie u'onl pas effacé les amours de Léda ; il serait peut-être moral de les faire détiiiire par le marteau d'un maçon. Quoi ! LéonX, un ])ape ! faire placer les amours de Léda à côté des traits les plus célèbres de Thistoire sainte ! 11 y a loin de Léon X i Léon XII. Notre siècle est plus correct; mais aussi quel enimi! et partout !

Au troisième étage de ces portiques, on sonne ùl une petite porte, et un portier fort obligeant vous fait voir le musée du pape, compost'^ d'une; (dnquantaine de tableaux, tels que b Transfiguratiotiy la Communion de saint Jérôme, etc., elcCrt tableaux sont beaucoup mieux placés pour être vus qu'ils ue le furent jamais au nmsée de Paris ou dans l(»s églises de Ronie avant leur voyage.

mars. — A eftU' <le l'entrée du musée se trouve nue freî»que fort curieuse qui représente Saint-Pierre à demi couslruil. * Les jours de pluie, j'aime à eiTer seul dans les trois étages «te ^ ee portique chanuant; on y respire le siècle de Léon X élite Raphaël. Le pape habite à cent pas d'ici, et la présence de» eour ne Irouble eu aucune manière la solilude el le |)n>f(MHl ••-

ence ; à Rome, nulle jactance gasconne, nul fasUs nulh' os- Diation; toul le monde a Tair simple. On s*attarhe uniquc*em/L à kl réalité du pouvoir.

En descendant au premier étage ou trouve la porte de Timlense musée Pio-Glémentin. G*est Touvrage de Clément XIV L de Pie VI. Monsignor Braschi le commença lorsqull était linistre des finances, tesoriere, et lui donna un fort grand acroîssement lorsqu'il fut monté sur le trône. Là se trouvent 'Apollon du Belvédère, le Torse, le Laocoon, le Persée et les ithlètes, de Canova, les moins bous de ses ouvrages. Le Per- \ée est cependant bien joli; il plaît aux femmes bien plus que ^Apollon; c'est une figure dans le geure du Saint Michel des Capucins de la place Barberiui. Ganova ayant été romantique, c'est-à-dire ayant fait la sculpture qui convenait réellem(ïnt à ses contemporains (et qui leur faisait le plus de plaisir, puisj|a'eUe était taillée à leur mesure), ses ouvrages sont compris et sentis bien longtemps avant ceux de Phidias. Du vivaut de Ganova, deux hommes envieux, intrigants, fort

acti^y fort répandus dans le monde, empêchaient cet eflet.

Depuis la mort du grand homme dont la gloire les vexait, leur

crédit tombe, et les choses commencent à être laissées à leur

pente natureUe.

Les curieux réunis chez M. de D**** débattaient ce .soir ces

<leux questions :

1*^ Admirera-t-on les statues de Ganova aussi longtemps que

celles de Phidias?

2<^ Un homme de génie plus hardi que Ganova ne pourrait-il

fias fiiire des statues encore plus adaptées aux goûts et aux

prions du dix-neuvième siècle?

A mes yeux, une simple femme, mademoiselle de Fauveau, ^auteur du groupe de Monaldeschi, a résolu en partie c(»i(e Question.

"l'IS ŒUVRES DE STEiNDHAL.

10 mars. — Ce ninlin, au Vatican, nous avons élé arrêuîs [)ar une fresque modejme (Fuu jeune peintre allemand. Un des torts de la suflisance parisienne est de ne pas connailre celte école. Quelque ministre ami des beaux-arts pourrait faire acheter un tableau de M. Cornelius/un tableau de M. Bayez, de Venise;* une statue de M. Rauch, de Berlin, un buste de M. Daneker, de Munich. On placerait tout cela au Louvre, comme avertissement, à côté de ce Déluge de M. Girodel, que la France a adoré dix ans de suite par Teffet de dix mme articles de journaux ; car nous sommes un peuple que Ton prend par Tesprit, et nous trouvons beau ce qui est à la mode. Voilà ce qui m'afflige. — La vanité de mes amis se moque de ma douleur.

M. Quirino Visconti a fort bien décrit les statues du musée Pio-Glémentin. Ce savant n'admet dans son livre que les mensonges absolument indispensables. Son ouvrage est la source de toute bonne érudition sur les statues. Rappelez-vous toujours que Fauteur était pauvre et salarié par le pape. Pourquoi un homme indépendant comme Forsyth n'a-t-il pas eu la science et le goût de Visconti ? Il faudra désormais naître avec de la fortune pour inspirer quelque confiance ! Dans la suite nous parlerons plus en détail <le cette immense réunion de choses curieuses. Une de celles qui frappent le plus Télranger à cette époque de son séjour à Rome, c'est le tombeau original de Scipion Barbatus. Quel plaisir de. lire cette inscription tracée il y a tant d'années! Après avoir parcouru toutes les salles du musée Pio-Clémentin, et vu par les croisées tous les jardins du Vatican, l'on passe à une immense galerie dont les murs sont couveris de cartes géographiques peintes à fresque par Danli ; rien de plus amusant. Voilà ce qui aujourd'hui nous a fait le plus de plaisir. La mer est d'un bleu superbe ; on prend ici une idée fort nette de ritalie. Les batailles des au-

ieiis Romains sont peintes à la place où elles eurent lieu.

Lprès avoir marché dix minutes sur les briques mal jointes de

a galerie géographique, on arrive à plusieurs salltM^, où sont

endus \ingtr-deux morceaux de tapisserie exécutés d'a{)rès

es dessins de Raphaël. Enfin Ton se trouve dans les fameuses

chambres du Vatican peintes à fresque par ce grand homuu\

Lorsque Tarmée du connétable de Bourbon prit Rome d^is-

saut en 1527, sept ans seulement aprîis la mort de Rapliuël,

des soldats allemands établirent leur bivac dans les st;uizes.

Les feux qu ils allumèrent au milieu de ces salles enfumèrent

les fresques sublimes que nous avons revues aujounlhui |>our

la sixième fois.

lia plupart des étrangers qui arrivent à Rome préfèrent à toutes les figures de Raphaël les jolies lithographies enluminées que Ton vend à Paris sur le boulevard (ralphabet de M. Grévedon), ou les petites gravures fines et soignées du Keepsake et autres almanachs anglais. C'est peut-être un malheur d'avoir rççu du ciel une âme peu propre à sentir les beautés divines de Raphaël ou du Gorrége ; mais c\'st un ridicule bien facile à deviner que de feindre pour elles un senllment que Ton n'éprouve pas. On se moque encore à Home du goût que certain grand personnage se donnait pour les beaux- «rts. Ne désespérez pas de votre cœur; telle femme n'inspiii» rien le jour où on lui est présenté, dont six mois après vous voyez qu'on est amoureux fou.

Nous nous sommes dit ce matin en sortant : Allons au palais (TAuguste. Nous avions parcouru jadis le livre de Bianchini sur le Pala%%o dei Cesari. Hélas ! mensonge tie sa part, illusion de la nôtre !

Le site de ce palais est occupé par la Vigne Farnèse. Tout le sommet du mont Palatin est couvert de débris et de mines informes. Les barbares, on ne sait même lesquels, ont détniit

•230 «KllVBKS l)K STENDHAL.

jiis4|iraii% foiidalioiiH le palais de a^ despotes qui avalent efrt vingt millions dr snjets. Va* que nous voyons n*est que b ruines des siihlntctiom, amas de gros murs et de vcâtesde»* tinés à racheter les inégaliu'^s du terrain ; cela forme ud pbo horizontal sur lequel h* palais était élevé. Les rêveries de Bianchini, dépounues de toutes logique, suivant Tasage des arctiëologues, ne peuvent nous donner aucune idée du palais des Césars. En parcourant c<*s ruines, nous avons fait grand peur à une douzaine de serpents qui nous Font bien rendu. Je crains que cet arti<'le ne paraisse aussi plat (décoloré) qoe Ta été notre sensation. Les ruines trop informes ne supportent pas le récit ; il faut les voir.

11 mars 1828. — A Paris, des qu*on a Tidée de faire on voyage en Italie, on pourrait acheter et placer dans ta chantbre où Ton se tient le plus habituellement quelques gravures de Morghen, d*après les tableaux de Raphaël au Vatican. C'est une triste vérité : on n*a beaucoup de plaisir à Rome que lorsque réducation de l'œil est achevée. Voltaire eût quitté les salles de Raphaël en haussant les épaules et faisant des épigrammes, car Tesprit n>sl pas un avantage pour jouir dp Tespèce de plaisir que ces peintures peuvent donner. J'ai vii les âmes timides, rêveuse-i, et qui souvent manquent d'assurance et d'à-propos, goûter plus vile que d'autres les fresques de Luini à Sanmo, près Milan, et celles de Raphaël au Vatican.

La plupart des Français ne peuvent s'élever jusqu'à sentir les fresques «lu Corrége à Parme; ils s'en vengent par des injures, (y est quelque chose dans le genre des fables les plus délicates d(; la Fontaine. Pour moi, j'ai beaucoup d'estime pour un brave Genevois, M. Simond, qui se moque franchement de Michel-Ange et de son Jugement dernier, où l'on voit des hommes nrramif^a à la erapmuHne. M, Simond place dans

ce tabJeau le Tasse, qui, à la vérilé, irélait pas ne; mais la bonne foi et la bardiesse du Genevois n*en sonl pas moins foii remarquables. Genève, ville fort instniile, est faite |HHir ga~ jçner de l'argent et brûler Servet. Dans les mœurs du dixneuvième siècle, au lieu de brûler Servet, les femmes sortent d*un salon quand lord Byron y entre *. Lord Byron payait son litre par être affligé de la scène qu'on lui avait faite. Un homme de génie italien en eût bien ri.

Raphaël travaillait dans la salle de Constantin, où il avait déjà peint à V huile la figure de la Justice et celle de la Mansuétude y lorsque la mort arriva, et tout fut fini pour l'école romaine. Les sots s'emparèrent de sa manière, et la peinture ne fut grande de nouveau que lorsqu'un homme de génie (Ix)uis Carrache) osa abandonner le style de Raphaël. C'est donc le sec et dur Jules Romain, qui a peint à fresque cette grande bataille de Constantin contre Maxence, qui ce matin nous a arrêtés. Tous les peintres modernes chargés de représenter des batailles ont pillé à plaisir le dessin de Raphaël. Probablement jamais on ne se battit ainsi; mais c'est un beau mensonge. Ce tableau ressemble à une bataille des Romains comme Vlphigénie de Racine ressemble à l'histoire tragique qui se passa en Aulide. 11 a encore été imité par MM. Gros et Girodet. La Bataille de Monlmirailf de M. Horace Vernet, est enfin venue arrêter ce mouvement d'imitation. Pour la première fois un tableau a osé représenter la manière dont on se bat aujourd'hui. (L'amour du laid, qui caractérise nos jeunes peintres, ne paraît pas trop dans cette bataille.)

Nous avons terminé notre visite au Vatican par Texamen de la bibliothèque. H est singulier de voir le chef d'une religion qui voudrait anéantir tous les livres avoir une bibliothèque.

^ Historique,

Aussi il faut voir de quelle façon ou y reçoil les ëtraungefscirieu\, les Français surtout. Monsignor Mai m*y a refusé aiee imi)oliU*sse Texeniplairc de Téreuce, célèbre à cause des a^ niatures; on rroit y retrouver quelques traces de rhabilleMU des Romains. Monsignor Mai est le seul homme grossier <pe j'aie trouvé à Rome; il sera bientôt cardinal, et, si Too voit durer le système de Léon XII, les plaintes des étrangers baieront son avancement.

La découverte dos manuscrits palimpsestes était faite bien longtemps avant M. Mai. Les moines du moyen âge grattaient une feuille de parchemin sur laquelle était écrit nu morcean de Cicéron, et sur celle feuille de {>archemin gi-atlëe transcrivaient une homélie de leur abhé. 11 s'agit de retrouver le passage de Cicéron à Taide des traces laissées par le grattoir sur le pan*hemin. Malheureusement les palimpsestes ne nous oui donné jusqu'ici que des phrases de Torateur romain ; on n'a pas été assez heureux pour découvrir un récit de Salluste, de Tile-Live ou de Tacile.

12 mars. — Nicolas V, cet homme singulier, qui ne voulait pas accepter le pontifical, cl donl j'ai <léjà parlé à roccasion de Saint-Pierre, établit colle bibliothèque vers Fan 1450. On sortait à peine de l'époque pondant laquelle le clergé avail lormé la classe la plus instruite, et, à force de savoir-faire, dompté la force grossière par la perspective de l'enfer. Nicolas V, inalj^ré son esprit supérieur, ne pouvait prévoir que des livres mêmes qu'il rassemblait sortirait l'idée de soumettre la croyance à Vexamcn personnel^ idée si falale au saint-siége.

Arréloihî-uous un momcnl à rvl examen persomiel; à Rome, c'est comme l'idée île république à Paris, legraudcroqueniitaine du gouvernemeiil. Il faut, jiour être sauvé, suivre en aveugle les pratiques indiquées par le pape; telle est la théorie de la re-

. PR0XE5ADES DANS ROME. £m

ligioa ronuâme, BossMi, Hnlgré sa triste kbloirt des eouTerlîoiis opérées par les dnfMWS de LoéU^Xn\ esl presque re^^^ eonune un hérétique, ei ions les dunéUens français de ISi9 connue étant plus d'à nMMtié protestants ; il n y a d>\ception que ponr la congrégation da Sacré-Cœcr de Jésus. M. le* cardinal S., qui daignait m'expliquer cette Uiëorie, peut se tromper au fond, mais son raisounement est logique. Suivant la doctrine romaine, le pape, vicaire de Jésus-Christ, est charge du salut de tous les fidèles; il est général en chef. Chaque fidèle, au lieu d*obéir avec humilité, veul-il fjoammtr, il y a désordre dans rarqiée, et tout est perdu. Que sont les quatre propositions de Bossuet? Une excitation au désordre, un acheminement à la lecture de Voltaire et de Bentham: de là à prêcher la religion comme utile même dans ce monde, il n'y a qu'un pas. L'écrivain qui a répandu cette daomable rêverie est Montesquieu. Les chrétiens de France ont pris cette plaisauterie au sérieux; ue sert-elle pas d'épigraphe au Génie du chrisiianisme? Du moment que vous admettez Futilité des bouues actions, eonune ces actions peuvent être plus ou moins bonnes, plus ou moins utiles, il y a examen personnel; vous arrivez au protestantisme.

Le chrétien qui examine la plus ou moins grande utilité des actions est, ' sans le savoir, uu disciple de Jérémie Beulliain et d'ilelvétius. Vous u échappez à ce malheur, ajoutait S. E. M. le cardiuâl S***, que par la légèreté de l'esprit français. U* comble de rabomiualiou, me disait uu jour un fratone (uoni romain pour désigner un moine intrigant, alerte et fort puissant), le comble de l'abomination, c'est de. voir défendre la religion comme utile. 11 est une chose plus triste eueort», c'est de la voir défendre comme belle, c'est-à-dire comme utile à nos plaisirs. La cérémonie des Rogations est belle comme le serait un joli ballet (voir la charmante description dans le

Génie du christianisme). Telle est la subslance de vingt conversations que j'ai eues à Rome avec des gens graves de tontes les opinions. La plupart regardent une révolution comme in> évitable en Italie; serait-elle prévenue quant à la religion, en donnant aux curés Télection des évêques?

14 mars 1828. — Une révolution serait prévenue ou adoucie dans ses fureurs par les réformes; mais ces réformes diminueraient le bien-être de gens âgés qui sont convaincus qu'elle

n'osera paraître qu'après eux. Le mécanisme social des Etats romains est arrangé pour accumuler toutes les jouissances sur la lêtehl'une quarantaine de cardinaux et d'une centaine de généraux d'ordre, d'évêques, de prélats ; ce sont gens sans famille, la plupart fort âgés, et dont la vie entière semble calculée de façon à augmenter en eux cette habitude d'égoïsme si naturelle aux prêtres de toutes les religions. Les trois quarts de ces personnages heureux sont choisis dans les famill nobles; et, comme vous le savez, la noblesse actuelle est assez libérale en Toscane, et carbonari à Naples. L'esprit d clergé romain sera donc forcément changé plus tôt qu'on ii pense. Je crois qu'il n'existe plus que deux cardinaux de ceii que je vis en 1802. On n'est fait cardinal que vers cinquanti

cinq ans. La majorité de ce corps change tous les sept ai^b. ^ sept ans forment aussi la durée moyenne du règne d'un pa)]^ ^.

Quelque éclairé que soit un souverain pontife, réunît- il ■ <»s lumières du (;ardinal Spina au grand caractère de Pie VU , // est impossible qu'il ne soit pas un peu troublé par la hac ■ te position à laquelle il arrive, et qui toute sa vie a formé ToUJ^'/ secret de ses vœux.

A moins d'être un politique du premier ordre, et de réiiiiir à des lumières toujours fort rares un caractère de fer, ce pape n'apercevra pas la nécessité d'une réforme dans la religion

calholique. Si la religion ne prend pas une nouvelle forme, nous allons être témoins d*une gueiTe a mon entre le papisme ou la croyance^ et le gouvernement représentatif fondé sur V examen et la défiance.

Quelques lumières qu'aient les papes du dix-neuvième siècle, s'ils ne sont pas des hommes tout à fait supérieurs, ils protégeront le sacré-cœur et le jésuitisme, comme le seul moyen de ramener à Vanité. L'Autriche, qui a neutralisé le poison et qui ne craint nullement chez elle ses ligoristes ou jésuites, va faire tout au monde pour en embarrasser les autres souverains. Les jésuites seront ses espions en France, en Belgique, en Suisse, etc.

Mais, disais-je à mon habile antagoniste, M. Tabbé Ranucci0y la religion a eu Timprudence de se faire ultra en Espagne, en Portugal, en France; si ce parti succombe sous la mode des constitutions, que deviendra-t-elle ?

Je ne sais ce qui se passe en Espagne; mais je puis vous assurer que le Constitutionnel est le catéchisme de tous les Français nés vers 1800. Ils font bien pis que de ne pas croire au catholicisme, ils Tignorent. Si vous ne vous exécutez de l>onne grâce, quelque philosophe éloquent, comme M. Cousin, se lèvera, ira habiter une solitude affreuse à deux lieues de Paris, et se donnera le plaisir de fonder une religion.

A cela, mon antagoniste a répondu que Tan passé les dévots de France ont légué huit millions à la religion; et, comme je lui faisais observer que les vieillards ne pouvaient entrer dans nos calculs, il m'a fait entendre que la piété ne conférait pas J'immortalité physique, que chaque homme n'était responsa- Me que de ce qui se passait de son vivant, etc., etc., en un Wot, le mot de Louis XV : « Ceci durera plus que moi. »

Le 18 mars 1829, M. le cardinal Castiglioni, maintenant ^fe-Vin, qui se trouvait ce jour-là chef des cardinaux évoques,

a répondu, au nom du conclave, à M. de Ghàleaubriand, ambassadeur de France. Ce grand écrivain avait fail enUrevoir dans son discours certaines idées raisonnables sur le gouvernement de rÉglise ; voici quelques fragments de la réponse :

(( Le sacré collège connaît la difficulté des temps auxquels le Seigneur nous a réservés. Toutefois, plein de confiance dans la main toute-puissante du divin Auteur de la foi, il espère que Dieu mettra une digue au désir immodéré de se soustraire à toute autorité, et que, par un rayon de sa sagesse, il éclairera les esprits de ceux qui se flattent d'obtenir le respect pour les lois humaines en dehors de la puissance .divine.

a Tout ordre de société et de puissance législative venant de Dieu, la seule véritable foi chrétienne peut rendre sacrée Tobéissance, parce que seule elle consolide le trône des fois dans le cœur des hommes, parce que seule elle offre un appui inébranlable auquel la sagesse humaine s'efforce en vaui de substituer d'autres motifs fragiles, et (des causes de collision.

« Le sacré collège, pénétré de l'importance de l'élection qui intéresse la grande famille de toutes les nations réunies dans Tunilé de la foi et dans l'indispensable commimion avec le centre de cette même unité, adresse les prières les plus ferventes au Saint-Esprit, de concert avec les pieux et édifiants catholiques de la France, pour obtenir un chef qui, revêtu de la suprême puissance, dirige heureusement le cours de la nacelle mystique.

(( Fort des paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a promis d'être avec son Eglise non-seulement aujourd'hui et demain, mais jusqu'au dernier des jours, lo conclave espère

que Dieu accordera à cette Eglise un pontife saint et éclairé, lequel, avi^c la prudence du SiTpent et la simplicité de la (îolombe, gouvernera le peuple de Dieu, et qui, plein de son esprit et à l'exemple du pontife défunt, réglera sa conduite selon

PROMENADES DANS aOMK. 237

la politique de FÉvangile; politique découlant des saintes Ecritures et de la vcuérable tradition, unique école d'un hou gouvernement, politique par conséquent aussi élevée au-dessus de toute politique humaine que le ciel Test au-dessus de la terre.

(( Ce pontife, donné par Dieu, sera certainement le père commun des fidèles; sans acception des personnes, son cœur, animé de la plus vaste charité, s'ouvrira à tous ses enfants ; émule de ses prédécesseurs les plus illustres, il veillera à la défense du dépôt qui lui sera confié ; du kaut de son siège il montrera aux admirateurs étrangers de la gloire ancienne et nouvelle de Rome, outre un grand nombre d'autres monuments, le Vatican et le vénérable institut de la Propagande, pour démentir celui qui accuserait Rome d'être renncniie des lumières et des arts. Le Vatican prouvera que lous les arts, dans leur union fraternelle, ont atteint, à Rome, le comble de la perfection ; et, dans Tinstitut de la Propagande, on reconnaîtra le secours qu'il a 'prêté aux découvertes scienlifiques, au progrès des connaissances, et à la civilisation des peuples les plus sauvages. »

.15 mars. — Revenons à la bibliothèque du Vatican. Vers 1587, Sixte V, homme de génie, qui aurait dû comprendre k^ïV. danger des livres, fit élever, sur les dessins de Fonlana, Tédîfice où nous sommes. On ne voit pas de livres; ils sont renfermés dans des armoires. 11 est des cabinets remplis de manuscrits où Ton ne peut entrer sans être excommunié i^^o facto. Un libéral nous disait qu'on a détruit plusieurs manuscrits de i82G à 1829.

Je vous ai déjà engagés à remarquer au-dessus d'une porte la vue de Saint-Pierre de Rome, tel qu'il eût été si l'on avait suivi le plan de Michel-Ange. On trouve dans le cabinet des

Papyrus plusieurs fresques de Raphaël Mengs, qui, pendaul lui demi-siècle, a passé pour un grand peintre, grâce au charlalanisme adroit de M. d*Azara. En 1802, on admirait encorç le Moïse de Mengs.

Monsignor N***, qui expliquait la bibliothèque à nos compagnes de voyage, leur raconta ce trait de sévérité de Sixte^ Quint. Après qu'il eut renouvelé la défense d'avoir sur soi de^ armes cachées, il fut averti que le jeune prince Ranuce, fils et héritier d'Alexandre Famèse, duc de Parme et gouverneur des Pays-Bas pour rerafMreur, avait Thabitude de porter des pistolets. Un jour que ce jeune prince s'était présenté paii|MJifOir une audience du pape, on Tarréta dans une des salles dn Vatican, on lui trouva des pistolets, et sur-le-champ il fut conduit au château Saint-Ange. Le cardinal Famèse, instruit de ce qui venait d'arriver, se hâta de solliciter une audience da pape pour demander la grâce de son neveu; il essuya un refus. Le cardinal, qui connaissait Sixte-Quint et tremblait pour les jours du prince, revint à la charge, et obtint enfin sur les dix heures du soir l'audience demandée.

Pendant que le cardinal tombait aux genoux du pape, le gouverneur du château Saint- Ange recevait Tordre de faire couper la lêle à Ranuce. Sixte V prolongea pendant quelques instants l'audience accordée au cardinal, et enfin se débarrassa de lui en signant Tordre nécessaire pour la liberté du prince. Heureusement, sans perdre un moment, le cardinal courut au château Saint- Ange ; il y trouva son neveu, qui se lamentait entre les bras d'un confesseur. Sa mort n'avait été relardée que ])arce qu'il avait voulu faire une confession générale, b gouverneur, voyant la signature du pape, rendit le prisonnier. Le cardinal avait des chevaux tout prêts, et, en peu d'heures, Ranuce fut hors des Etats de l'Eglise. Pendant longtemps on a montré ses pistolets au château Saint- Ange.

PROMKNADKS DANS KOMK 239

C>si par des mesures analogues que les gém^ratix de Na|K>- \m avaient supprimé rassassinal dans les ('alabn^s et (*ii Vu*inoni. Vers 1802, ou envoya au supplice plusieurs centaines d'assassins en Piémont, ce qui semblait le combU» de rhorreur aox habitants. Je vis alors le célèbre Maino, voleur héroïque.

1G mars 1828. — f/on entre par une porU* grillée dans un

cbannant petit musée, bàft^ar les ordres de Pie VII. Ce prinr<^

avait un goût réel pour les beaux-arts. Raphaël Stemi fut Tar-

ebitecte ; c*est le dernier homme de cette profession à qui Ton

ait vu du talent. Dans ce petit musée, qu'on appelle Rraccio

ffoovo, se trouvent la Minerva Medica, achetée de Lucien

fionaparie par Pie VU ; et plusieurs excellent<^ statues. Le

buste de Pie Vil, par Ganova, est, de tout ce que nous

avons vu aujourd'hui, ce qui a fait le plus de plaisir à nos

compagnes de voyage. Nous avons cherché, dans le jardin Bos-

careccio du Vatican, un petit casin élevé {>ar Pirro Ligorio.

Nous étions fort curieux de l'examiner, car c'est une copie

d'un édifice antique qu'on voyait sur la rive du lac Gabinius :

ceci peut donner quelque idée de la manière dont les anciens

se logeaient.

1 7 mars. — Nous sommes venus lire quelques articles de Touvrage de Quirino Visconti, en présence des statues qu'ils décrivent. Nous nous sommes arrêtés longtemps devant celle de Tibère; elle a été parfaitement comprise. En revanche, le Torse n'a produit aucun effet réel ; on a reconnu que c'était là ce morceau de marbre si admiré par Michel-Ange et par Raphaël, qui Ta reproduit dans le tone du Père étemel de la Viêion (TÉzéchiel; on l'a étudié comme un caractère chinois, mais il n^a créé ni peine ni plaisir. Ge fragment appartenait probablement à une statue représentant Hercule élevé au rang des

dieux; on y lit le nom dn sculpteur Apollonius, fils de Nestor, Athénien. Les premières statues furent rasfu^mblëes sous <les remises, près du jardin du Belvédère, par Jules II, Léon X, Clément Vil et Paul III. Ces papes possédaient déjà Y Apollon, le Laocoon, le Torse, YAntinoûSf et la statue couchée, à laquelle son bracelet à forme de serpent « fait donner le nom de Cléopâtre,

Ce n'est pas à cause de leur beautêy mais bien de leur vénérable antiquité, que nous avons été touchés à la vue de tous les monuments extraits en 1780 de Tantique tombeau des Scipion, découvert près la porte de Saint-Sébastien. Ce site, qui est maintenant compris dans les murs, était autrefois en dehors de la porte Gapena. Nous ne pouvions nous éloigner du grand sarcophage de L. Scipion Barbatus. Quels souvenirs il rappelle ! Pourquoi ne le replace-t-on pas dans le lieu où on Ta trouvé?

La forme de ce monument et l'inscription sont également remarquables. La pierre est celle de la montagne d'Albano; Tarchitecture est dorique, et atteste la conquête de la Lucanic. Les peintures qui ornent les murs sont de Jean dUdiuc, restaurées par Unterperger.

Après avoir passé devant quelques fragments de .statues remarquables par les draperies, nous avons revu le fameux Méléagre, dont les Tuileries ont une copie.

Nous sommes entrés dans la pelile cour, autour de laquelle sont disposés, dans des cabinets élevés en 1803 : T le Pence et les Athlètes de Canova ; la figure de Persée, et surtout celle de Méduse, nous ont plu; 2® le Mereure, appelé autrefois VAntinom (lu Vatican , qui fut trouvé dans le seizième siècle sur lo mont Esquilin ; 3" le Laocoon^ trouvé eu 1 500 dans les Thermes de Titus. (Michel-Ange reconnut que ce groupe est formé dt* trois blocs de marbre. Le bras droit qui manquait fut ïn\l en

PUOMENADES DANS ROME. 241

marbre par Montorsoli el ensuite eu sluc par Goruaccliiui, et toujours fort mal); 4* Y Apollon du Belvédère, trouvé à Antium vers la fin du quinzième siècle, et placé ici par Jules II (on a cru que le dieu était représenté au moment où il vient de lancer un dard contre le serpent Python ; on pense maintenant que cette statue est un Apollon destructeur des maux); la vue des marbres d*Elgin, dont les plâtres existent à vingt pas d'ici, nuira beaucoup, ce me semble, au rang qu'occupait cette statue. La majesté du dieu sembla un peu théâtrale à nos compagnes de voyage. Nous avons lu la description de Wiukelmanu; c'est du Phébus allemand, le plus plat de tous. N*y a-t-il pas une description de V Apollon dans Corinne?

Nous avons regardé avec plaisir deux ou trois sarcophages que nos yeux ont distingués parmi la foule de ceux qu'on a placés sous les portiques de celte petite cour. On sent bien vite ici la nécessité de se faire une idée du beau antiquey le plaisir que donnent les statues en est centuplé. 11 faut d'abord écarter toutes les phrases vides de sens empruntées à Platon, à Kant et à leur école. L'obscurité n'est pas un défaut quand on parle à de bons jeunes, gens avides de savoir, et surtout de paraître savoir ; mais dlÉj^les beaux-arts elle tue le plaisir. Jérémie Bentham conduit àl'intelligence du beau antique cent fois mieux que Platon et tous ses imitateurs.

La salle des animaux fait un joli contraste avec ce que nous venons de voir ; plusieurs sont modernes, presque tous sont restaurés. Le beau Centaure fut trouvé près de l'hôpital Saint- Jean en 1780. Nous avons été frappés d'un lion de marbre gris qui tient dans ses ongles une tête de taureau ; il fut trouvé en même temps que le Centaure, Au milieu de la pièce se trouve una belle table du plus beau vert antique.

Nous avons remarqué dans l'autre salle une belle chèvre trouvée auprès de l'église Saint-Grégoire; une Ivuie avec ses

douze pelils, trouvée sur le Quirinal; le groupe iï Hercule qui tue Gérion.

Pour délasser uotre vue de la blancheur du marbre, uous avons levé les yeux dans la galerie des statues sur quelques peintures du Pinturicchio et de Mantègne; nous nous sommes arrêtés devant un bas-relief de Michel-Ange, qui représente rinfàme Gôme P^ qui rétablit Pise ; nous avons vu le Paris du palais ÀU(unps; une statue de femme assise, style étrusque, ce qui veut dire style grec des premiers temps ; la statue de Caliyala, trouvée à Otricoli ; un charmant groupe, un Satyre avec une nymphe; VAmawne Mastëe; la belle statue de Junon; la charmante petite Uranie assise.

La vérité parfaite de la statue du |>oëte comique Posidippc nous a délassés de Tidéal, elle fut trouvée à Rome sous Sixte- Quint. Nous avons remarqué la tête de Méuélas, dont les ïiom-Aim oui î^ïi Pasquin; la statue d* Auguste, déjà vieux, avec le front orné d'un camée, qui représente Jules-César; la statue colossale de Jupiter assis autrefois au palais Verospi; une belle tête de Nerva, trouvée près de l'arc de Constantin ; une tête de Corbulon, qui a passé pour un portrak de cet aimable Brutus, le héros du Jules^César, de Shaiu||^^.

20 mars 1828. — Je crains d'abuser de la patience du lecteur. Je ne citerai plus que les bustes en demi-relief, connus sous le nom de Catonet Porcie; une statue nue de Septimi; Sévère, dont Canova s'autorisait pour avoir représenté Na|H)léon dans le même costume ; un Apollon étrusque; un Adonis blesse à h cuisse droite par le sanglier, ce qui a permis au sculpteur d'exprimer la douleur et la crainte; une Vénus nue sortant du bain, copie de la Vi^nus de Guide; enfin, un fragment qui a pu appartenir à u\i groupe dllenion soutenant le corps de son Antigone et se donnant la mort. Nous avons comparé ce fragment

PROMtNADKS DANS IlOMh. '245

au fauieux groupe de la villa Liulovisi (la Gliaiubrc des députés à Paris en a une copie).

Eiiûn, uous avons lîfuvé au fond d'une grande salle celle Ariane abandonnée , qu'on appelait autrefois Cléo|>àlre. Je serais inintelligible si j'écrivais la ceuliènie partie de la dts(;ussion que cette statue a provoquée. L'habitude de vivre eusend)le donne un dictionnaire commun, et fait qu'on est compris à demi-mot en parlant de nuances qui demanderaient deux pages pour être placées sous les yeu\ d*un lecteur.

L*e\tréme fatigue nous a empochés d^examiner les statues du Gahinetto délie Maschere.

Ce qui fatiguait surtout nos amis, c'était la contemplation des statues nues et du beau idéal. Pourquoi se faire un devoir d'admirer V Apollon? Pourquoi ne pas avoucT que le Perséc de Gauova fait beaucoup plus de plaisir? En descendant des hauteurs de l'admiration oblig<>è pour le Torse et le Thésée, }i\ï remarqué que nos compagnes de voyage ont senti tout le mérite de plusieurs bustes représentant des gens comme il faut de la cour d'Auguste et de celle de ses premiers successeurs. Rien ne faisait plus de plaisir à ces dames que la facilité avec laquelle elles reconnaissaient dans ces têtes Vkabittide du désir de plaire et des goûts élésants. La tète de Musa, le médecin d'Auguste, nous a surtOijpnppés (Braccio Nuovo).

Onretrotfe au contraire, toute la rudesse imtique dans la plupart des bustes antérieurs à l'époque de (]ésar. La lête de Scipion l'Africain (qui probablement voulut faire un 18 brumaire, ne réussit pas, et prit le parti de l'exil de crainte de pis) a toute la physionomie d'uu grand seigneur moderne, j(! veux dire Thabitude de la représentation et la crainte du sarcasme dans les êtres devant qui l'on représente (voir V Essai Bur lesMœurSj de Duclos). Le beau buste de Scipion est aux Stu4j, ^ Naples; il est de bronze.

244 ŒUVUES DE STENDHAL.

25 mars 1828.— Plusieurs papes ont agrandi lé palais du Vi

tieau, dans lequel Gharlemagne prit son logement lorsqu'il se i

couronner empereur par Léon lll. Sixtè^, qui trouva lesecr^

de faire tant de choses en cinq ans de règne, a bâti Tédific

immense qui est du côté oriental de la cour de Saint-Damasi

Depuis mille ans tous les architectes célèbres de Fécole rc

maine ont travaillé au Vatican. On nous a montré des ouvrag<

de Bramante, Raphaël, Ligorio, Fentana, Charles Maderne,

euriu de ce cavalier Bernin, homme d'esprit, homme de talei

qui dans tous les genres a été le précurseur de la décadenc

Me permettra-t-on un mot bas? Le Bernin fut le père de

mauvais goût désigné dans les ateliers sous le nom un p

vulgaire de rococo. Le genre perruque triompha en Fran

sous Louis XV et Louis XVL Nos statues du dix-neuvièi

siècle se rapprochent du Bernin lui-même, bien supérieui

ses plats élèves. Ce grand artiste n'eût pas désavoué

Louis XIV de la place des Victoires. Nous sommes allés du

cher dans {"appartement Borgia cette fresque antique si •

lèbre au dix-huitième siècle sous le nom de Noces aldobrn

'7lines. Vous trouverez au musée de Naples des fresques an

ques bien plus importantes ; elles ressemblent au Dominiqi

(luand il est faible. Les Noces m nous ont fait aucun plais

Nous étions encore occupés à ûrt de certaines fresques rep

sentant les principaux événements de la vie de Pie VI daa

galerie de la bibliothèque du Vatican. Ces fresques, que la f

lion antifiançaisc a osé placer à cent pas de celles de Raph:

sont inférieures, pour le mérite, à ces papiers peints qui, i

porte des petits cafés de Paris, représentent une bouteille

bière en eflervesccnce qui d'elle-même va remplir le ve

d'un drajiion. Le peintre qui a été choisi pour faire ces table;

devait avoir un />/(/^ boti o^prit. Il nous a rappelé cerlai

croix distribuées aux dernières expositions.

PUOMENADES DANS ROME. 245

26 mars 1^28. — Quelle est la meilleure mauière d'aller de is à Rome? nous demaiide-M)u de France. D'abord la te ; mais il faut avoir une calèche construite à Vienne et

légère. Prenez ym de bagages; en traversant ces petits Ls soupçonneux, chaque caisse ou malle est une source de allons à la douane ou à la police. Nous avons fait voyager

caisses par la voie du roulage, qui nous a bien servis. lies les dépenses sont doublées en Italie pour un voyageur

Fou voit arriver en poste, et souvent les brigands n'arrêl que les voitures en poste, et dédaignent les autres. In peut prendre la malle-poste jusqu'à Béfort et Bâle, si I passe par le nord de la Suisse ; et jusqu'à Pontariier ou ney, si l'on veufarriver directement au Simplon. On prend aalle-poste jusqu'à Lyon ou Grenoble, si l'on passe par le it-Genis ; et eutiu jusqu'à Draguignan, si Ton veut éviter montagnes et entrer eu Italie par le beau chemin en corhe, chef-d'œuvre de M. de Chabrol. On arrive de Nice à B en passant par Gènes ; cette dernière route est de beauip la plus longue; on trouve, en côtoyant la plus jolie mer monde, des aspects délicieuiL. Rien ne ressemble moins à céan.

La plus expédilive, et, suivant moi, Tune des plus jolies lies, commence par quarante-huit heures de malle-poste ;

arrive à Béfort ; une petite voiture conduit à Bàle (douze ncs). On peut prendre la diligence pour Lucerne; on na- ;iie ensuite sur ce lac singulier et dangereux, théâtre des ploits de Guillaume Tell ; on voit le lieu où il repoussa du îd la barque de Gessler. On arrive à Altorff ; c'est sous les euls de la grande rue de ce bourg que Guillaume Tell fit nber la pomme placée sur la tête de son fils. On entre en lie parle Saint-Golhard, BeUinzona, Como et Milan. Comme le Simplon est à mon gré plus beau que le Saint- I. 14

i40 ŒUVUES DK STENUIIAL.

Gotiiard, j'ui pris souveul la diligence qui, de Bàlc, couduil ù Berne ; je suis arrivé dans la vallëe du Rh6ne par les gorges de Louecli, et à Tourdcmagne j'ai retrouvé mes malles, qui avaient Hûl le tour par Lausanne, SainUMaurice et Siou.

On rencontre une excellente diligence qui conduit de Lausamie à Donio d*Ossola, au delà du Simplon. Le conducteur (ist un homme parfait; le seul aspect de la mine tranquille de ce bon Suisse éloigne toute idée de danger. Dqiuis dix aut» il passe le Simplon trois fois la semaine. Il n'y a de danger par les avalanches qu'à Tépoque des dégels, au mois d'avril, b route du Simplon n'est pas bordée de précipices comme celle du Mont-Genis, ou plutôt le côté du préciiûce est garni d'arbres qui retiendraient la voiture en cas dft chute. 11 est beaucoup plus sûr de passer la montagne dans la diligence que dans sa propre calèche. Enûn je crois que depuis Fouverlure de la route du Simplon quatorze voyageurs seulement ont l>éri, et encore neuf étaient de malheureux soldats italiens revenant de Russie, et qui se hasardèrent avec impiiidence.

On trouve au village du Simplon, du côté de rit;die, uue des mtHlieures auberges d'Europe ; elle est tenue par un Lyonnais. Rien n'est plus pittoresque que les aspects de la valkic d'Izèle, qu'il faut suivre pour aniver au pont de la Grevoia, où commence la belle Italie.

Une petite voiture qu'on fait payer douze francs conduit de Domo d'Ossola à Baveno, sur le lac Majeur, vis-à-vis les iios Borromées. Eu vingt minutes uue barque lransi)orte k' voyageur à l'auberge del Dt^llino, dans l'Isola bella ; c'est lui (les plus beaux lieux du monde ; là vous pouvez vous reimser des fatigues du Siuiplou. Le fameux jardin bâti par le comU* i Vitaliauo Borromeo, HîHO, esta cinquante pas de Tauberge f del Dellino. Un bateau à va[>eur offre un moyen facile de visiter la statue colossale de Saint-Charles, près dAroua, ci

les rives délicieuses d'an des plus beaux lacs de Tunivers.

En quatre b^Ses le bateau à vapeur conduit des îles Borromées à Sesto Calende ; en cinq heures un vélocifère transporte à Milan.

Je trouve plus joli d'arriver à Milan par Varèse ; une barque vom transporte des lies Borromées à Laveno; on prend la posHl7usqu*à Varèse. Ce trajet me ^èmlb\e comparable à celui de Naples à Pompéia, qui est ceÂe je connais de plus sublime au monde. Un vélocifere con«l en cinq heures de Varèse à Milan. Si Ton se permet une excuislon d'un jour, on peut de Varèse aller voir le lac de Como. On suit des collines délicieuses, au delà desquelles, à gauche, on voit les neiges étemelles. ^g

On trouve à Milan des diligencesi^pilières pour Venise et Nantoue. De Mantoue une petite voitur^j n ène à Roupie, où Ton rencontre une excellente malle-pos?^écemmem^^ablie par le ministre des finances du pape. Elle conduit à Rome par la superbe route d'Ancône et de Lorette.

Je trouve plus amusant de venir de Milan à Rome par voiturin.

On est abordé, dans une certaine rue de Milan, près de la poste aux lettres, par une foule de vettunni, qui, pour huit ou dix francs par jour, vous offrent une place dans le fond d'une calèche ouverte, ou d*iilie voiture faite comme un fiacre, avec la différence que le siège du cocher tient à la caisse. Pour ces huit ou dix francs par jour le vetturino paye le dîner, qui a lieu à sept heures du soir en arrivant, et la chambre à Tauberge. On emploie trois jours et demi pour faire les quarante lieues qui séparent Bologne de Milan.

On peut trouver mauvaise compagnie dans la vettura; alors on la quitte à la première ville par laquelle on passe, en payant le prix convenu pour le voyage jusqu'à Rologne, trente ou

i48 (KlIVRKft DK STKfdiHAL.

lr<*iiU'-(;MM| ÏTMUM', maÎH, si Ton (^l liii*n Umilié ou »i Ton a la Itnimwv <l«* ftuppiirtirr Ii^h fa^'oiin un pi*u agretleft i\e% ccmipagiMiim (II* voyagi% on |ieu( sainir une i*%cdlenie occasion de cofinatln* l<! caractère italiHi. Souvent Ton trouve des voiturcf» fort bien eomposéeK* Tel homme riche et dédaigneux a eouru touti! Hlalie en |)OHte, et ne doit len trois ou quatre idées justes qu'il rapporte de son voyage qu'aux petites courses que la nécessité Ta obligé de faire en vetiurino. J'ai voyagé une fois avec trois prédicatinirs qui allaient prêcher des carêmes eu différentes rfllcs dltalic, et qui, le premier jour, me flrHit faire la prière le matin, à midi et le soir. Je fus sur le |M»int de les quitt<^r à la première couchée. Le désir de faire le métier de voyageur ijemporta ; bientôt la société de ces messieurs me parut fort agréable. Je leur dois les idées les plus Justes sur la manière d'être des f(*mmes dans les différentes filles d'itallei Au bout de deux jours, quand ils eurcnl pris quelque conHanee en moi, ils me racontèrent les aoec- (loles IcH pliiH gaies el les plus certaines. Elles leur avai(^nl éui ronll<'M*s au tribunal de la pénitence. La proleciioii paleliiK' de ces saints personnages m'exempta de (ouïe vexation de la ptu't de la (louant*, et Tun d'eux, prédicateur vraiment élo- (pient, est resté mon ami. Quand je vais en Italie, je me délourne de m» rouie pour aller le voir.

On trouve assez bonne compagnie dans les voiturins de Bologne ù Florence ; il faut deux jours pour faire ces vingt-deux lieues (vingt francs).

Toutes b»s auberges de Florence sont bonnes, et les vetlnrini très-attacbés i\ rargeul, mais honnêtes. Ou paye quarante ou (piaranle-cin(| francs, et Fou enqdoie ipuUre ou cinq jours pour aller de Florence à Home; j»» préfère la route de Pérouse h celle d(* Sienne. Ou voit Arexzo, dans laquelle on dirait que rien n'a élé changé depuis le sièide du Dante. Les abords du

lac de Trasimène sont de la première beauté. Eu approchant de Rome, les auberges deviennent tellement exécrables, que Ton fera bien de se munir de vivres à Gastiglione ou à Pérouse. Il faut apporter de Toscane quelques bouteilles de vin. A la frontière, la barbarie sauvage et méfiante remplace eu un instant la politesse la plus exquise.

J*ai vu quelquefois un vetturino devenir Tami de ses voyageurs; l'un d'eux, Giovanni Costa, de Parme, est un homme remarquable que je reverrais avec un grand plaisir et que je recommande à tous les curieux. A Florence, il faut traiter directement avec MM. Menchioni ou Pollastri, qui ont un grand nombre de voitures sur les routes de Rome et de Bologne. On signe un petit traité qui descend à des détails minutieux en apparence ; on spécifie qu'on aura un lit seul et le posto buono, c'est-à-dire au fond de la voiture. Les gens soigneux ont des modèles de traités contenant une foule de petites clauses.

Il faut, pendant ce voyage en Italie, être vêtu avec beaucoup de simplicité et ne pas porter de bijoux. Dès qu'on aperçoit un gendarme ou un douanier, on prend une pièce de vingt sous avec laquelle on joue de façon à ce qu'ils la voient. Toute la férocité de l'animal ne tient pas contre cette vue décevante. Le dimanche il faut aller à la messe ; quand ce ne serait pas un devoir ce serait un plaisir. C'est à l'église de' Servi, à Milan, que nous avons entendu le mieux exécuter la musique de Rossini ; à l'élévation, d'excellentes clarinettes allemandes nous donnèrent le duo iïArmide. On se fait conduire à Téglise à la mode par le garçon d'auberge, auquel on donne dix sous. Je conseille de payer comptant tous les petits services de ce genre. L'argent le mieux dépensé de notre voyage, ce sont trente ou quarante pièces de dix sous distribuées ainsi.

Dans les pays où la police est terrible, ou peut jouer le ma-

<Mi i|iiNiri* liHiri'n, «*l Ton imi ohllgtf^ fk r^fpofidr^ auin plm

• (jiii* vi*tii7.'Voii« fuin* im ri* f»Hy«? - iit viiffM pour voir li<H iiMHiiiiiMMiln ili* Titrl (*t li*H lii*(iiiU% ili5 Iji imUiri^ -— H n'y a rimi fil* v»rU'n% Uï, il ftiiil ipn* voii« tiyez un autre rtnHif qui; voiin Mil* vm'Uvf., Avi'X'ViMiK M iImii» iu« payn du Uttnp% A^ ffajioli^iM? •

l'iiU tout h itoiip on ri*KHnli* vimi tinbiu dvi*^ uni^ ;itU!fiiiiin nhiKull^Ti'. u (Jni«U Mint voh nioyiMiM ili* Hub^lKUru^it? car il mi <'o()ii« |wMir voyMK<*r. P#ti*«-VMiiM ritconunaiMii^ ft un Imnifui^ ii'l? (|ni<l <«4 iMHi nom? Vouk u-t-il itngtigi^ à iltnier? Svm' qui? gu'Hl-on (lit/i l(ibli«? n

i;i<Ui< qiM*iillon II |MMir but <lo vouh mituro i*n m\kre H (k voiiii fitin* oiiblliT la priuIrniM*. Noum avouM ri^Nmilii il'un atr IH'n IVolil : (I .li< MiU un \m\ Mouril, i»t nVnliMuU pan itit qu'on ilil ipiiiiMl Je nf< voIh puH lu pci'Minni^ qui piuio. Avi^x-vouh (li>i\ li«Mri<ti (lo riM'onunuiiiliillon? u Si ou n»ponil oitl.u Monh'f/ If^ti; M Hi l'on illl n'iMi pun avoir, ou jmmiI fain* viniu^r volri* uiititff Ku ui'iivdiil A honio d'OMMolii, uouM avouHUiiH non l(«iln*h (11* nMOMUOUMdtiliou il lii poMi*. iiviu' uoln* nom mui* r;t(ln*HHc («I n<lui do Im Nilli* 01*1 iiiMiM iMi (luroiiH hrKoiii.

Un (l(< uoh urnih a voyu^i^ mmiI imi ponlt* m ho rtiiMaiit pnVi!il(M pur un cnuniiM*; il u (I(«h rruU ol un tllro, Doll-ll roudn* IfK^ci't) )t (M<tt uvuoiu|(OH, ou oHl -(•(• )iur liuHard qn'auouu burouii di< pnliro m'u diMUiiodiMi l(^ vnlr? il u voyagi^ on Loniliardir ronuoo v\\ l<Vuuro, 1) nu uulro vW, uouh uvouh vn voxor indif^niMoiMil di^M Aui^IuIm l'orl rlrlu*M ol do Jimuiom oouuuiH voyagiMOH nulhM'h, is^i^n di< dU-luiil UOH.

Oh M* ih'o di* purioul ou mo dlnuiil uudado, on ullunt h lu iUi«Nho (liutpio |(un* i'( m prouiuu JumuU d'Iiniuour: Talr^ul

PROMENADES DANS KOMK i51

certe les commis de la police; ce sont des renégats

iars1828. — Nous venons' de voir la Descente de Croix inità de' Monti. G'esl une fresque célèbre de Daniel de *e, que Ton (rilait autrefois après la Transfiguration et la mion de saint Jérôme.

ne sais quelle invasion des Napolitains, vers 1799, je >n plaça un bataillon dans cette église ; ils abîmèrent 'esque. En 1811 je la vis cbez le célèbre Palmaroli, 'ateur de tableaux, dans Fancien palais de France au vis-à-vis le palais Doria. Le général Miollis, gouverneur its romains, le pressait de rendre le tableau, qui devait voyé à Paris. Palmaroli répondait que son travail n'était î; il Ta fait durer de 1808 à 1814. 11 disait à ses amis : *a déjà enlevé que trop de tableaux à notre pauvre Rome, s de sauver celui-ci. » 11 y a réussi. Nous étions huit ou fageurs à la Trinità de' Monti; cette fresque savante n'a isir qu'à M. Falciola, qui nous la montrait. Les autres leurs auraient préféré une bonne copie à l'huile. M. Faliidigné, a mis quelque malice à nous réciter le beau son-

Monti sur les chefs-d'œuvre des arts enlevés par les is en 1798 :

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