I. iô
258 iEi;VHKS DE SlEiNDHAL.
grippa. C<; voslibuli^ est formé par des pilaslres caïuielés de marbres oi orné d*urie frise sur laquelle sout sculptés diveis inslrumcnls servant aux sacrifices.
La porte de bronze que Ton voit au Panthéon n'est pas celle qu'Agrippa y avait fail placer, et qu'oM dit avoir été enlevée par 6enseri(s roi d<'s Vandales. C*cst dans la grosseur dn mur, à droite, qu'on trouve l'escalier de cent quatre-vingt-dii degrés, par letpiel on monte sur la coupole. U existait à gauche un escalier tout semblable, maintimant détruit.
L'intérieur du temple, que les anciens appelaient CellUt forme un cercle parfait de cent trente-trois pieds de diamètre ; il n'y a pas de fenêtres. La lumière descend d'uue ouverture circulaire placée au haut de la voûtt» ; elle a viug^sept pieds de large, et laisse jiénétrer la pluie dans le temple. C'est le vestige le plus frappant que l'on trouve dans uue église chrétiemie, d'un culte où Ton brûlait certaines i)artia des victimes.
La hauteur totale du Panthéon (cent trente-trois pieds), «I divisée en deux parties égales ; la moitié supérieure est ocdpée par la (tourbe de la grandes voûte ; l'architecte a divise il moitié inférieure en cinq parties. Lcîs trois premiers ciftquièmes, à partir du pavé, sont occupés par un ordre corinthien parfailemeul semblable à celui du portique. Les devs autres cinquièmes tbrnienl un atlique avec sa corniche.
Cet espace fut gâté par Septime Sévère, qui y lit couslruiw de petits pilastres en marbre coloré, qu'on a remplacés veil ^ 1750 par \\u ornement encore plus mestpiin.
Après le premier moment de respect, hii'sque vous vuuiirei vous occuper des détails de ce tcnqile admirable, vous n^ marquerez h' long du nnu* circidain* «pialorze ccdonnes i'Mnelées ; les hases e( les chapiteaux sont de marbre blaiu' rt iijppartiennenl à Tordre corinthien. La plupart de ccscolouue*»
VHCIMKNADKS DANS HuMl. !2.Vt
qui uni viugt-tiept pieds de haut, soni d*iiii neul bUn- ; Umiiiliainètre est de trois pieds six iNMicf^i. On rii rompu* liiiil en oiarbn.* j:iiiu<' ; les six aulnes s(»iil <*ii pnvonaxwtto, Cliaqiir coloiuie a sou contrc-|>ilaslrc du uiéuir marine. I);iiis le luiir, qui a dix-neuf pieds d*éi>aisseur, rarchiUH-it^ d'A^rippa pratiqua deux, niches eu dtnni-eenïh' el qualrr rorlaiigiilaiios, oèi*on voil maintenant dfs chapelles; un septième intervalle est occupé par la |H>rte, et celui qui est vis-à-vis par un«* Iribune semi-circulaire. G*(^t là prohablemenl qiu^ Tenipereur Adrien, grand amateur de beUe arehileelure, avait placé le Mbunal où, assisté de certains ma|;islrats, il avait coutume fc rendre la justice.
Huit petits autels chrétiens ont remplacé les statues «les fieax d'Agi'ippa. Quatre dt; ces aiUt^ls cons4M'vent h'urs (!0- Omies de jaune antique cannelées : deux autr«'s ont des c<»- (Hiues de porphyre; on les croit mis<^ ici par Septime Sévère. bfin, des colonnes de granit ordinaire sont placées devant îs deux dernières chapelles, cet arran{(ement fut fait, dit-on, gur les chi'étiens.
Pline nous apprend que ce tc^mple avait des cariatides cébbres qui ont iHÎri, ainsi que tous les ouvrages du sculpttuir lîogèue. La statue de Jupiter Vengeur occuiiait, sans doute, a I^ce du grand autel vis-à-vis la porte. Ou peut sui)pos<M' [ue les cariatides s'élevaient vers le centre du teuii>le, à peu ces comme celles du temple d'Ërechtée à Athènes. Ces eaiatides servaient à séparer du reste du tem])le, et; que nous fipellerions aujourd'hui la chapelle de «Mipiter. On dit que es cariatides furent ainsi nonunées, parce qu(^ ces statues qui oiitiennent des fardeaux expriment le ehàliuienl d'une tralison dont les Gariens s'étaient rendus coiii)able,s.
Le Panthéon est ce (|ui nous reste de plus parfait de rareliixsture romaine : nous demandons la penuission, conmu^
"M) ŒUVnKS Dli STK.NDllAL.
pour Saint-Pierre, de suivre sou histoire avec quelques détails.
l/au 75'2 de Rome, la foudre frappa le sceptre placé daus la maiu de la statue d'Auguste. L'an 80 de Jésus-Christ, il y eut un incendie dont les ravages furent réparés par Domitieu. Mais à quoi le feu put-il s'attacher? 11 faut convenir qu'il nous reste de grandes incertitudes à ce sujet. La foudre alluma un autre inceiulie sous Trajan, et le temple fut réparé successivement par Adrien, par Antouin le Pieux, et enfin par Septime Sévère et Caracalla, nommés dans Tinscription.
En 608, lorsque Boniface IV changea ce temple en église, il fit enlever non-seulement toutes les idoles, mais probablement aussi les cariatides, dont la forme humaine pouvait rappeler les idoles aux chrétiens fervents. L'on déplaça quatre des petites colonnes de porphyre. Constance II dépouilla cette église de toutes les plaques de métal qui la couvraient, lor&- (|u'en 0()'2 il fit embarquer pour Constantinople tout ce qu'jf put arracher aux édifices de Rome.
Vax 715, Grégoire III fit remplacer les tuiles de bronze ptfj dt^s lames de plomb. Grégoire IV, en 830, consacra cette j église à tous les saints, et ordonna que cette fêle serait câé-; Urée le 1©' novembre. Eugène IV ordonna divers changemeoll <lans l'église. A cette époque l'on voyait, sous le portique, hi Ix^lle urne de porphyre que Clément XII a fait transporter! <lans la chapelle Corsini à Saint-Jean-de-Latran. La coloi angulaire du porli<|ue, dans le chapiteau de laquelle ou vc une abeille, a été élevée par les ordres d'Urbain Vlll ; il ei ploya ailleurs le bronze qui restait dans la couverture, ol construire les deux mauvais clochers. Alexandre VII coniplt le porlicpie en faisant élever les deux colonnes qui mai quai<Mit au côté droit.
On démolit les petites maisons bâties contre le Panthêoi
I*1\0MKNA1)KS DANS IU».MK. 161
i> papt' coinmonç;! uiio ivslaiiralioii bifii plus ossciilidli'; il fit enlever mie petite partie de la terre tombée sur la place aQlique ; mais l'ou u*arriva point jusqu'à Tanc^ieu pavé.
L*aimable Laïubertiui, Benoit XIV, eut le tort «le ut; pas savoir choisir sou architecte; il {<àt:) bien des choses <lans ce temple, et surtout la partie qui est entre les colouu<s el la voûte. On dit que la grande sUUue de marbre blaue représentant la Madone que Ton voit ici fut faite par Lorenzt^tto, d'après les dernières intentions de l\aphiu>l. Wiukelmann tpii, ou sa qualité d'Allemand, est un peu sujet à taire du pliébus, la regarde comme un des meillein*s ouvrages modernes.
Ce qui nous reste à raconter est Tabomination de la dtisolalion. A répoqne de la mort de Raphaël, ses restes furent dé|M>sés au Panthéon; plus tard, le peintre (Uuules Maralte plaça le buste de ce grand homme sur son tombeau. De nos jours, m certain parti a obtenu sur Raphaël le même triomphe <pie Bous lui avons vu remporter à Paris sur Voltaire H Rousseau. Le buste de Raphaël a été enlevé à son tombeau et relégué' dans une petite chambre basse du ('apitoie. Au Panthéon il étsài éclairé par la lumière religieuse qui descend de l'ouverksre de la voâte; dans le lieu obscur où on Ta placé', il est Comme hiWsible. Qui aurait dit, h>rs de la chute de Napoléon, que la réaction religieuse atteindrait Raphaël morl en ijSSO ! Le buste d'Ânnibal Carrache a suivi celui du grand iMwime qiril avait tant étudié. Vous remarquerez ces ihMiv [ifMDbeaiix mutilés, auprès d'un autel à gauclie en entrant. Je sais pourquoi ou n'a pas effacé les vei's charuiants du carlinal Bembo, assurément fort peu catholiques :
llle liic est Raphaoi, etc.
L L'inscription du tombeau d'Annibal Carrache est touchante.
sas ŒIIVRKS 1)K STENDHAL.
elle rappelle avec siiiiplieiK'^ la mauvaise fortune qiii ne c< lie pimrsiiivre ce grand nîformaleur de la peinture. S11 M'cu quelques années d<; plus, il aurait vu s'accomplir la > olution à laquelle il avait travaillé avec tant de courage (Juide et Lanfram!, deux de ses élèves, vécurent riches honorés.
A quelques pas de Tinscription qui raconte la mort préi lurée et la pauvreté d'Annihal, vous remarquerez un bi <|ui donne ime bien (\uisse idée de la physionomie si fm( cardinal Consaivi; M. Thorwaldsen en a fait un curé de a pagne. Le parti rétrograde n'a pu empêcher que ce buste fût phu^é ici; le cardhial Consaivi était titulaire de Sal Marie ad martyres; c'est le nom latin du Panthéon, qui lui donné, en 008, quand Boniface IV y fit transporter vingt-! <tharrolées d'ossements de saints martyrs.
1^ cardinal Consaivi a eu pour successeur, dans ce titit Sainte-Marie ad martyres, le fameux cardinal Rivarola, coi lequel a eu lieu, aux portes de Ravenne, cette tentative d' sassinat, qui a fait tant de bruil à Rome et dans toute l'Itâ ('( dont à Paris personne n'a entendu parler. Le 6 mai 18 il y a eu <les exécutions à ce sujet; la terreur règne dani Homagne. C'est le pays qui a fourni les plus braves soldai Tannée italienne de Napoléon, les Schiassetti, les Severoli, Nerboni, elc.
La statue de marbre blanc (îlevée à M. le cardinal Rivaw d<' scm vivant, est placide sur le pont du Santerno, près ( inola; nous l'avons vue criblée <!e petites taches grises, i indiquent les balles qu'on lui a tirées, et maintenant elle j<ard(''<' par nue sentinelle qui a grand'peur. Nos postilli nous ont engageas à descendre pour voir (C'tle statue; ils m mil raeonté beaucoup <le détails que je ne puis redire. Lep pie de la Rouiagne abhorre les prêtres, <*t les flatte ponrt
HROMKiNAOES 1»ANS KOMK. ^->
ivre la dernière bassesse. NcMift avons rencontré au pitMl de la statue du cardinal Rivarola deux voilures remplies de caiboiiarî enchaînés. Paul est allé leur oiïrir des s«*cours el deux rx<nnplaires du Constitutionnel. Silenci profon<l dans celte fmde de paysans qui est accourue pour voir les cariKinari ; ce •amt «les martyrs à leurs yeux.
Les Thermes d*Agrippa contenaienl cent soixanle-dix baius, K furent les premiers que Ton vit à Rome: ce fut un signe de «iécadence dans les mœurs; César et (!alou allaient S4' haigneiau Tihre.
Lr»s restes des Thermes d* Agrippa touchent le nmr exUTieui- Al Panthéon, du côté opposé au porti<pu\ En mourant, Tlieuretix gendre d'Auguste laissa ces Thermes an peuple romain, «Bsi que les vastes jardins arros<'s par TAcqua V<»rgin<*. Ils àaieut situés dans le lieu où est maintenant Tare <lella CiamàHIa.
Qàneol XI a fait placer devant le piulique du Panth<*oii un JHîlit obélisque chargé d'hiéroglyphes; cet orneimiiil <'sl on xw peut pas phis mal entendu. Au lieu de charger la ])lace qui ftiiterre le Panthéon, il faudrait en faire <»nlcver douze pieds lie terre. Lorsque le Tibre inonde Rome, tous les rais du quartier se réfugient sur la partie du pavi' du PanllH'on, qui <;si pheée au-dessous de la lanterne, où on les fait attatpu^r par les troupes de chats *.
A Chaque monument de Rome a donné naissance à deux ou trois priomes iii-4®. On voit, dans ces ouyrap:cs, la mode qui réirnait dans la de l'antiquité du temps de l'auteur. Ces gros volumes no sont même d'accord sur les mesures des monuments qu'ils décrivent. L de la Cotidamine, Français fort exact, a mesuré plusieurs monu- Ils de Rome (Mémoires de l'Académie des Inscriptions pour 1757K il MM. de la Condamine et Desgodets, l'intérieur du Panth(!!on a Il trente-sept pieds deux pou(;rs de dianiôtre entre les axes des co-
jr^i ŒIIVIIKS ])¥, STKNIiHAL.
Uiio ivparalioii qui uo sirrait pas irès-coiUeuse roiulrail iv Panlhéou à sa beauté proniièro, et nous lerait jouir exactement du coup (l'œil qu'il présentait aux Romains. Il faudrait exécuter pour ce temple ce qu'un préfet, homme d*esprit, a fait pour la maison Carrée à Nimes, enlever les terres jusqu'au niveau du pavé antique'. On pourrait laisser une rue de quinze pieds de largeur le long des maisons de la place, vis-à-vis du portique. Cette rue serait soutenue par un mur de douze ou quinze pieds de haut, dans le genre de celui qui est autour de la basilique près la colonne Trajane.
Plusieurs jeunes prélats, dans les mains desquels le pouvoir arrivera nécessairement d'ici à un demi-siècle, sont tout à fail dignes de concevoir cette façon de restaurer l'antique.
En 1711, on croyait qu'il fallait orner l'antique, et l'ou mettait un obélisque vis-à-vis le Panthéon. En 1611 on démolissait les arcs de triomphe anciens pour élargir les rues, et Ton pensait bien faire. Chose singulière, le despotisme ûe Napoléon a retrempé le caractère d'un peuple étiolé par Irois cents ans d'un despotisme tranquille et pacifique î C'est qitf .Napoléon n'était pas ennemi de (ovies les idées justes.
5 avril 1828. — Enfin nous avons reçu de Paris la traduetion française de la vie de Benvenuto Cellini, écrile par hii-
lonncs, cent trente-trois pieds dix ponces entre la surface ou le vif iio< colonnes. 1/ouvertnre de la voûte a vingt-sept pieds cinq pouces (k dianu'tre. Le portique du Panthéon a quatre-vingt-dix-huit pieils dii pouces entre les axes des colonnes. Les colonnes ont quinze pieds dii pouces de circonierence.
Le pied antique, dont se servaient les Romains, conaparé au piM de roi de Paris, a dix pouces dix lignes, et trente-sept (*tnlièuies tte ligne.
Le pied romain actuel est an pied de roi comme 11, 82 est ù 10, 83. ou comme 1 1 est à 10.
P1U)MKNA1)KS DANS HOMK. 2(0
aèffne. Nous Tavous lue jusqu'à (nus heurtas du maliu. Avant a publication des Mémoires de Casauova (W Sciugalt, Tourrage de Gelliui était le plus curieux de ce genre. Le traducexiT de Cellini a sagement supprimé les passages les plus icabreux. Ce seul volume en apprend plus sur Tllaru' <pie MM. Botta, Sisinondi, Roscoe, Rohortsou, r tutti (f nanti.
Frédéric est enchanté des Villaui, hisloriens n<u*enlins originaux, il vient d'en acheter une superbe iHlitiou faite à Florence il y a deux ans.
Milan est ime colonie dont la ntaison d'Autriche à peur; les rigueurs de sa police sont célèbres en Europe; ce])endaut on y imprime une foule d'ouvrages originaux Florence jouit d'une honnête liberté, et toutefois la presse n*y produit rien de neuf. Telle est la force du levain de civilisation j<^t<'' en lombardie par Napoléon et par les deux ou trois mille honi- ' nies distingués qu'il mit dans les emplois l>e noble milanais le plus rétrograde par sa position dans le monde, s'il avait cinq ans en 1796, a été élevé au milieu d'une ville passiomu^e pour le grand homme qui a tiré Tltalie du néant. Le privilégié que je prends pour exemple, né vers 1791, a aujourd'hui trente-huit ans, et sous peu d'années entrera en possession de la fortune de sa famille. Voilà pourquoi la librairie de Milan remporte sur celle de Florence.
Paul nous raconte qu'un de ses nouveaux amis lui a fait voir une clef avec laquelle un prince Savelli empoisonnait ceux de ses gens dont il voulait se défaire. La poignée de cette clef i une petite pointe imperceptible. On la frottait d'un certain poison, le prince disait à un de ses geutilshonunes, en lui remettant cette clef : < Un tel, allez chercher un papier dans telle armoire. » La serrure ne jouait pas bien, le gentilhomme lerrait la main et faisait un petit effort auquel la sernn e cédait. Mais, sans s'en apercevoir, il s'était un peu écorché la
2«« IKIIVKES DK STENDHAL.
inaiu avec la pelilc poiute du manche de la clef, et vingt-quatre heures après il irëtait plus.
Nos compagnes de voyage ont eu une grande discussion sur les poisons avec M. Agostino Maniii, le premier chimiste de Home; c*est un homme de beaucoup d'esprit, que M. DemidofT nous a fait connaître,
M. Agostino Maimi pense que Vacqua tofana existait encore il y a quarante ans, du temps de la célèbre princesse Giustiniani, qui fut sur le point d'en être la victime. Vacqua tofana était inodore et sans couleur ; mie goutte administrée toutes les semaines faisait périr au bout de deux ans. Si la moindre maladie survenait dans rinlervalle, elle était mortelle, et c'est sur quoi comptaient les empoisonneurs. Vacqua tofana pouvait être mêlée au café et au chocolat sans perdre de sa force. Le vin la neutralisait en partiel
M. Manni a connu un diseur de bonne aventure, dont le père vivait dans Taisance sans industrie apparente; il suppose que cet homme vendait des poisonsi Cet art est heureusement penlu. Il croit que dans les beaux temps de TempoisouDement, vers iO.M), il a été possible de couper une pêche en deux moitiés avec un couteau d'or empoisonné seulement d'uH côté. On partageait cette pêche avec la femme dont on était jaloux ; on pouvait manger sans danger la moitié qui avait été touchée par la partie saine du couteau; l'autre moitié donnait la mort. M. Manni pense que presque toujours le premier breuvage que l'on donnait à un malheiireux qui éprouvait lespre-
J.jr
* Le fameux médecin G me dit qu'il connaît telle substance pov
vant être étendue dans l'eau, et qui, sous celte forme, n'aurait pas (k gortt bien marqué. Deux gouttes de cette eau, administrées toulos l«i semaines, donnent la mort en deux ans. Donc Vacqua tofana existe. ■- ' quoique probablement la recette du quinzième siècle ait été perrtw ^f
PROMENADKS DANS KOMIi. . 267
inières douleuis de rempoisonnenient était prépaiv do. façon à assurer TeiTet du poison. Les plus chers ('taient ceux dout reffel ne se manifestait qu'au bout de plusieurs années. Il pense qu'une personne affaiblie par Vucqun tofana éUiit beaucoup plus sujette à prendre la ûèvr(^ et, dans ce cas, U^ quinquina devait être fatal.
M. Manni nous dit que V arqua tofana cl (raulrcs poisons d'un effet presque surnaturel, sont connue
L'uraba Fenir.r Gbe vi siu ognun lo dice, Dove sia nessun lo sa.
k force de discuter avec cet homme d'esprit, il a cependant tini par nous eu apprendre plus qu'il ne voulait; par cxemph'. comment expliquer la mort dos cardinaux M et M ?
M. Manni est bien plus à son ais(; quand il nous parle de la bague de mort. 11 ne nie point avoir vu cet iusirunumt singulier, (pli se compose de deux grittes de lion fabriquées avec Tacier le plus tranchant. Ces detix griffes, longues de plusieurs ])ouces, se placent dans l'intérieur de la niaiu droite ; elles liennent au doigt par deux bagues. Lorsque la main est fenné<', rien ne paraît que ces deux bagues. Les griffes suivent la direction des deux doigts du milieu. Elles sont rayét^s profou dément, et probablement Ton plaçait du poison dans les rai nures.
Dans une foule, au bal par exemple, on saisissait avec un(>
apparence de galanterie la main nue de la femme d(mt on vou-
bii se venger; en la serrant et retirant le bras| on la déchirai I
profondément, et, en même temps, on laissait tomber la bague
^mort. (Comment, dans une foule, trouver le coupable? Qui
^Qrait voulu acc^user un prince romain, un neveu du pape, ou
'H\S ŒUVRES DK STENDHAL.
tel aulre grand personnage sans avoir deâ preuves à donner? Il ne restait que la maxime célèbre :
Gclui-ià fuit le crime à qui le crime sert.
Au seizième siècle un empoisonnement était vengé par un autre. Ou pense maintenant que le plus grand empécheint^u pour ces sortes de crimes, c'est la crainte de voir Topinion de Rome divulguée deux mois après dans quelque jo!u*nal anglais. On cite plusieurs reporters de journaux anglais, dont le voyage eu Italie est défrayé par les lettres qu ils font insérer dans le Times ou le Moniing Chronicle. Ainsi, la liberté de la presse est utile même dans les pays qui en sont privés. M. Manni aura la bonté de faire voir à une partie de notre société plusieurs instruments singuliers destinés à guérir de leurs terreurs certains maris du moyen âge. Us remplissaient parfaitentent leur objet.
Obsédés par toutes ces idées de mort et de poison, nous avons cherché dans Bandello Thistoire de la belle Pia Tolomei, de Sienne, que le Dante a ciiie innocente.
Voici ces vers si touchants du cinquième chaut du PurgalolrCy poëuie que l'on a tort de ne pas lire autant que Xluferno.
Dell! quundo tu sarai tornnto ai mondo.
Ricoriiali di me, chc son la Pia.
Sicuna rui fè : disfecemi maremma; Saisi colui, die inaiineiluta pria, Disposando, m'avca con la sua gomma.
Purgalorio, V ^
^ « Hélas! quand lu seras de retour au monde des vivants, daigne aussi m'accorder un souvenir. Je suis la Pia, Sienne me donna la vie,
PUOMKNAHKS IIANS lUJMK. 4(V.»
* La femme qui parle avec laul dt^ releuiio avail eu eu st^crel
le sort de Desdemona, el pouvait, par un mot, faire conuatlre
le crime de son mari aux amis qu elle avait laissés sur la
terre.
Nello délia Pietra obtint la main de madonua Pia, Tunique héritière des Tolomei, la famille la plus riche et la plus noble de Sienne. Sa beauté, qui fi\isail Tadmiration de la Toscane, et une grande dilîéreuce d'âge tirent naître dans le cœur de son époux une jalousie qui, envenimée par de faux rapports et d(*s soupçons sans cesse renaissants, le conduisit à un affreux projet. Il est diflicile de décider aujourd'hui si sa femme fut tout à fait innocente; mais le Dante nous la représente connue telle. ^
Son mari la conduisit dans la uiareinme de Sienne, célèbre alors comme aujourd'hui par les effets de Vaina cattiva. Jamais il ne voulut dire à sa malheureuse femme la raison de son exil en un lieu si dangereux. L'orgueil de Nello ne daigna prononcer ni plainte ni accusation. 11 vivait seul avec elle, dans une tour abandonnée, d(mt je suis allé visiter les ruines sur le bord de la mer; là il ne rompit jamais son dédaigneux silence, jamais il ne répondit aux questions de sa jeune épouse, jamais il n'écoula ses prières. Il attendit froidement auprès d'elle que Tair pestilentiel eût produit son effet. Les vapeurs de ces marais ne tardèrent pas à flétrir ses traits, les plus beaux, dit-on, qui, dans ce siècle, eussent paru sur la terre. Eli peu de mois* elle mourut.
M. Demidoff nous a procuré un professeur fort instruit, M. Dardini, qui nous donne d'excellentes leçons sur le Dante. Il nous fait sentir les moindres allusions de ce poète, qui,
je trouvai la mort dans nos niarcmmes. Celui qui, en ni'épousaul, m'a- Tait donné son anneau, sait mon histoire. »
270 lEUVItES DE STENDHAL.
comme \im\ Byrou, vit d*alliisions aux évéïiemenls contemporains.
17 avril 1828, — M. Vou***, que nous avons rencontré à la Villa Pamfili, nous disait ce matin qifil regarde comme fort douteux que saint Pierre soit jamais venu à Rome ^ La vérité sur ce point restera à jamais hors de notre portée. Non-seulement les contemporains, mais tous les copistes de manuscrits, ont eu intérêt à mentir pendant quatorze siècles. 11 en est de rhistoire des premiers temps de l'Ëglise comme de celle des r.arthaginois, qu'il faut chercher dans les récits des Romains leurs ennemis. Quiconque, à Rome, osait démentir le Bulletitt officiel du consul, était regardé comme ennemi de la patrie et puni par Texécration |)ublique. Si Tindiscrel avait im eunemi, cet ennemi pouvait le tuer impunément, assuré d'être absous par le peuple si on le traduisait en jugement. « Il faut savoir ignorer, » nous répète souvent le savant Von
18 a>Til 1828. — Nous avons fait aujourd'hui la plusiolii* -j promenade; jamais peut-être nos compagnes de voyage nV vaicut M aussi (îontcntes (rêtre à Rome. Nos lettres de P;iris lie parlent que de mauvais t(înii>s et {\v. froids tardifs ; ici, i\fpuis le milieu de février, nous jouissons (Puu printemps p)w agn'ahU* que Tétc'.
' Le siècle étant pédant, rétablir la note suivante que j'ai supprimée sur l'épreuve.
Saiiil-Pierro est-il venu à Home? consultez Basnage, t. V^, page 348. Itasnage, digne successeur de Haylo, dit ce (ju'il veut dire iiett«uii*| et sans phrases, sccimîI perdu dopuis cin(|uante ans. Consultez II cnLe A | V Histoire des papes, m-4", pajios \7) o\ 14. Crt ouvrage est d'un béw* diclin défroqué, rélngié en Hollande.
Cette note, nécessaire pour être estimé des soU, ôte la netuk Hourenir au lecteur.
PROMENADKS DANS ROMK. «71
Nous avons eu ces jours-ci d'assez jolis bals douués par des lames anglaises; là se voyaient les figures les plus grotesques i quatre ou cinq jeunes filles de la plus céleste beauté. Ce [u'U y avait de mieux, à ce que prétend Paul, ce sont les [gares d'honnêtes gens. Nous coimaissous sept ou huit Au- [lais que nous regardons comme la perfection de la probité, les bonnes manières et de la sûreté de caractère ; ce sont des ;ens que Tétre le plus méfiant choisirait pour exécuteurs tesamentaires ou pour juges. Plusieurs pousseraient la probitt' osqu'à rhéroïsme; c'est ce qu'ils ont prouvé quand il Ta àllu, et jamais ils n*y font la moindre allusion. Ces hommes Ton âge mûr ne sont pas plus moroses que de jeunes lords le vingt-cinq ans. En un mot, ils approchent beaucoup de la perfection sociale. Mais, si Ton peut compter sur eux pour la ^tique des vertus les plus difficiles, rien n*est plus comique fEie leurs théories. Le plaisant de leurs raisonnements nous frappe surtout à cause de la gravité qu'ils y mettent. Quelque esprit qu'aient ces messieurs, ils ne peuvent concevoir que l*oa agisse ailleurs autrement qu'eti Angleterre, Suivant eux, cette petite île a été créée pour servir de modèle à l'univers.
Mais qu'importent les théories d'un homme quand on est ^ de sa conduite? Au-dessous de ces Anglais, qui seraient Waits sous les rapports sociaux s'ils avaient des mines H>ins sévères et l'air moins découragé, nous avons distingué eux classes d'hommes, malheureusement trop nombreuses tàez ce peuple.
i* Les ministériels ëhontés, qui louent le pouvoir toujours • de tout, sont hypocrites sur tout, et avides de jouissances Ihières, comme l'homme qui n'est pas accoutumé à avoir de argent. Ces gens nient les vérités les plus évidentes avec une i^radence qui quelquefois pourrait donner un mouvemenl de 'vacité.
272 ŒUVKKS DE STKNDIIAL.
T Nous voyous des hommes riclies, nobles, parfaitement honnêtes, qui ne trouvent de plaisir qu'à se fâcher. Le plus mauvais tour qu*on puisse leur jouer, c'est de leur ôter toute occasion de se mettre en colère ; c'est ce que nous avons bien vu ces jours-ci, pendant une course que nous avons faite à Pcsenta sur le lac de Fucino, et à Subiaco. Paul, Tordonnateur de la partie, et qui avait ses raisons pour plaire, voyant que les femmes anglaises sont toujours les victimes de la mauvaise humeur de leurs pères ou de leurs maris, avait réussi à écarter toute occasion de contrariété. Pour y parvenir, il avait étudié jusqu'aux bizarreries des Anglais qui voyageaient atce nous. A la fui, ces messieurs avaient de l'humeur de ne pouvoir en prendre contre rien.
Les hommes de cette race ne sentent la vie que lorsqu'ils se mettent en colère. Gomme ils ont beaucoup de prudence, de s.»iig-froid et de résolution, leurs accès de colère sont presque toujours suivis d'une petite victoire ; mais ils n'y sont guère sensibles. C'est avoir un obstacle à surmonter qu'il leur faul. Ils ne peuvent conserver de liberté d'esprit pendant le combat qu'ils livrent à l'obstacle ; on les voit entièrement absorbés, t»t ils réunissent toutes leurs forces. Ils ne savent rien faire en riant. Les met-on en présence d'une chose charniaule, ils se disent : a Je ne jouis pas de ce plaisir, et cependaui (M)nibien je serai malheureux lorsque je serai hors d'état doit' goûter I quels regrets atroces troubleront mon ànie ! » Ce soiii des gens incapables de sentir la joie, et dont la morosité redouble lorsqu'ils voient les autres avoir du plaisir sans leur en demander la permissitm. Alors ils deviennent hautains ei distants. Si on laisse sa liberté à un Anglais qui est dans celle disposition, et qu'on ne s'occupe pas de lui, son chagrin redouble, et le soir il est capable de faire une scène à sa fenuw- Par de douces paroles et des attentions pleines de grâce ^"^
IMIOMKNAIIKS h.VNS IU)\IK 27r.
amilÎ4\ clierchoz-YOïis à venir an srroiiis de vHW iiiaiivaisi» sposîlioiiy vous la voyez s'aiigniculor, H \oici |M»iii'quoi : est le brio qui éclale daus votre conduilo^ c*est Vnnimation je vous mettez à lui parler qui double le chagrin de TAnâis, ea lui nioutraul claireuieut que sou âine manque de ce u qu'il voit dans la vôtre et dont il est jaloux. Nous sounues irvenus à égayer un de nos Anglais, ou du moins à le tirer e son humeur massiicrante, en lui donnant un mulet rétif ni, trois fois, Ta jet*'» par terre. Nous Ten avions prévenu ; lais 11 ue Ta monté qu'avec plus d'empressement : il trouait une difficulté à combattre. Au fond, c'est là le se»il laisir de cette nation morose, et ce qui rappelle aux plu^ rands succès. — Ils s<Tont les derniers en Europe à croire à enfer.
M. le duc de Laval-Montmorency a donné un bal déguis<* .harmanl, comme tout ce qui se fait au palais de France; le naître de la maison a été d'une grâce et d'une amabiliu'^ paràites. Paul dit que dans ce grand seigneur il n'y a rien du /arvenu, ce qui est fort rare en France. Rien de plus diffuile lue de porter un cordf^n bleu. Au fait, en IS'ii), ne sounnes- Quas pas un peuple de parvenus? Personne dans la socitUé Q*occupe la place que sou père aurait deviniV pour lui lorsqu'il avait douze ans.
Une jolie Bohémiewie, madame de \V*\ était la reine de iaféte, au grand chagrin d'autres dames à liantes prétentions. Comme il y avait beaucoup plus de gens du Nord que d'Italiens au bal de M. de l^val, l'opinion s'est décidée pour les ^lés anglaises, qui ont obtenu la préfértMice sur les Ht»ïWiues. La jolie madame de R*** a été prise pour une EspaiNe. Nous n'avons peut-être jamais vu douze femmes plus ^^i^biisantes réunies dans un salon. Ce bal ne s'est point pass<* •^os amener de ces grands événements dont toute une ville
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M»( cupo pendaul deux jours; ces bous petits caquets nous ont (It'lassês do Tadmiralion.
Le voyageur solitaire et puritain qui refuse les invitations de siHi ambassadeur et se prive du spectacle des petits événeuienls de la société peut dire n'avoir pas vu Saint-Pierre. Au bout d'un au, qu'estroe qu*avoir vu Saint-Pierre? C'est un souvenir. Le voya{?eur est-il arrivé à Saint-Pierre morose et fatigué d'athnirer, le souvenir qu'il en garde est terne et sans plaisir.
Le but de noire promenade d'aujourd'hui était de jouir d'uu lemps voluptueux (couvert, avec des bouffées de chaleur, et de tous côtés une légère odeur de fleur d'oranger et de jasmin). Nous avons porté des cafetières, des petits pains et du café au lombeau de Menenius Agrippa. Ce patricien jovial et bonhomme esl connu de nos compagnes de voyage, à cause de Shakspeare (tragédie de Coriolan).
Nous avons débuté par une visite, la vingtième peut-^tre, à ri'glise de Santa-Maria-degli-Angeli, et par un acte d'admintiou pour Michel-Ange. De là nous sommes allés voir une cid'nu' ornée de marbres dans le jardin attenant à l'église de Sainte-Suzanne. Les ciceroni romains attribuent celte citenie à Michel- Ange. Nous sommes restés une heure peut-être dans re ilélicieux jardin ; souvent on passait cinq minutes sans par- U'r. Non, il n'est point dans le Nord de sensation semblable; (•('îtait une flânerie tendre, noble, touchante; on ne croit plus aux méchants; on adore le Corrége, etc., etc.
.l'en ai tin'î un petit prône impromptu sur le peu de casque Ton devait faire de vingt vexations essuyées à propos de uo's pass(îports, et de deux ou trois réceptions meno civili de ^'^ part de nos agents français. Que nous importe maintenam»^disais-je à nos compagnes de voyage, d*avoir été pris pour l^**^* jacobins par de pauvres diables à six mille francs d'appoin ^^* ment et mourant île peur d'être destitués?
PROMRNADKS HANS HOMK '2T:.
La fonlaine de Termîni u a pu obU'iiir do immis un uionioiil d^attenlion; elle osl groî^sière. Nos âmes élaioiil à la liauhiu' des l>eaulés les plus délicates; il nous aurait fallu «les arabesques de Raphaël ou des fresques du (lorn^ge.
Nous sommes entrés dans Téglise de SaïUa-Marianlella- Vittorîa. L'intérieur fut décort' conmie nu boudoir par (Iharles Mademe; mais ce nVtait pas pour rarehileclure que nous avious fait appeler le frère portier. Toutes ces églises peu fn'queiitées des hauteurs de Rome sont feriné<*s après les mess«'s, à onze heures du matin. Trois paoli font d*uii pauvre moine rétre le plus heureux du monde, et il nous fait avK^ gràee les honneurs de sou église.
« Où est le San-Francesco du Domiuiquin? » lui avtuis-nous dit. Il nous a conduits dans la seconde chapelle à dr<)it4'. Entin nous sommes arrive'^ au fameux groupe du Berniu el à la chapelle célèbre élevée par un des grauds-oneU^s de noire ami Taimable comte Corner.
Sainte Thérèse est représentée dans TexUise de Tainour diviu; c'est Texpression la plus vive et la plus naturelle. Un aoge qui tient en main une flèche semble dée(Hivrir mi i)oi- Iriue pour la percer au v.œw ; il la regarde «run air tranquille ^ en souriant. Quel art «liviu! quelle volupU'? Notre bon mome, croyant que nous ne comprenions pas, nous expliquait ce groupe. « £ un gran peccato, a-t-il fini par nous dire, que (:es statues puissent présenter facilement Tidée d'un amour profane. »
Nous avons pardonne au c;ivalier Bernin tout le mal qu'il :^ ûût aux arts. Le ciseau grec a-t-il rien produit d'égal à cette tôte de sainte Thérèse? Le Berniu a su traduire, dans cetu* ^tue, les lettres les plus passionnée» de la jeune Espagnolt*. '^ sculpteurs grecs derilUssus et de l'Aiiollon ont fait mieux, ^t l'on veut ; ils nous ont donné rex()ression msgestueuse de
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la Force »H ilo la Justice : mais qu'il y a loin de là à sainlt* Tliérès** î
Un tableau du Guerchiu et deuK tableaux du Guide, dans la chapelle voisine, ne nous ont fait aucun plaisir; nous avions besoin de prendre Tair.
Nos petits chevaux noirs et malins nous ont conduits bien vite à Tangle de la rue de Macao. Là, on enterrait les pauvres vestales coupables; c'étaient encore des âmes passionnées (umime sainte Thérèse. Deux d'entre nons avaient vu jadis riinniorlel ballet de Vigano. Frédéric a ouvert un volume de Tite-Live si plaisamment traduit par M. Dureau, et nous a lu le récit du supplice de deux vestales, l'an 536 de Rome. Nous avons répété les noms d'Opimia et de Floronia, plus de deux mille aimées après la mort cruelle qu'elles souffrirent en cf lieu. Tous les détails nous en ont été donnés par Frédéric : madame Lampugnani et moi, qui avions vu le ballet de Vigano, étions touchés profondément.
Nous nous sommes promenés dans les jardins des Sciarrn ci des (lostaguti, parmi des orangers en fleurs; tt)ul cela est encore dans Rome. Enfin, nous sommes sortis de la ville par la porte Pia, achileiîture de Michel-Ange.
Sur le trottoir d<^ la grande route au delà, nous avons rencontré trois ou quatre cardinaux qui se pnmienaient; c'esl un lies lieux que les ('mineuces fréquentent le plus volonlieis. M. le ('ardinal (lavalchini nous a fait riionneur de nous iudi- (|uor la villa Palrizj, sur la hauteur à droile de la roule. Sou iMuinence nous en a très-bien raconté riiistoire, avec esprit' et sans importance; eu revanche, nous lui avons donné m>^ voix pour être pape à la première occasion. Il protégerait l»'^ arts, qui en ont bon besoin.
Au sortir de la villa Patrizj, nous sommes allés à deux niil^*'^ «le là monter sur le Monte Sagro (le Mont Sacré). Nous av*»'"'
l'ROMKNADKS hA.NS lUl.Mi:. ^111
uuvé ce lieu célèbre tout couvert de grandes herbes et (rairisscaux très-verts, dout la végétation vigoureuse lui donnt* Il aspect singulier.
Ici, 1c peuple de Rome se retira, abandonnant la ville aux •alriciens, qu il regardait comme ses tyrans, mais sans les atta- [uer; il ti osait pas (au de Rome tîGO). Li religion, toujoui's si it'ile aux puissants, IVn empécbait^ U*s plébéiens lurent raneués dans Rome par Tingénieux a|)ologue de Menenius Agrippa.
Quarante-cinq ans plus tard, éums par le spectacle atroce d'un père tuant sa fille iMiur la soustraire aux désirs du décemvir Appius, les plébéiens revinrent au Mont Sacré; mais ils iiuilèrenl la modestie de leurs pères : modesUam palrum $uorum nihil violando mitati. Ijc peuple, cette fois, obtint des iribims inviolables. (C'est notre chambre des députés.) 11 ne Au plus possible d'attenter à la liberté qu'en corrompant les tribuns. Parmi douze cents députés qui ont siégé depuis 181 i, uesl-ce pas mille qui ont obtenu des places ou au moins un ruban?
Rien ne pouvait toucher ces Romains si durs, que le san^ d'une femme : Lucrèce et Virginie leur donnèrent la liberU*.
Eu descendant du Mont Sacré, nous songions beaucoup au ^beau du jovial Menenius. Nous étions à trois milles de Hoioe, nous sommes revenus sur nos pas, et, avant de repas- ^ le Teverone sur le pont Lanu^ntano, détruit par Totila e( i^fail par Narsès, nous avons trouvé, en descendant un peu <laus la vallé<% de très-bon café préparé par notre domestique ilalieu, l'excellent Giovanni. Les vaclu.^ qui liahilent maiiile- \m\{ lo loinbeau de Menenius avaient fourni le lait.
Voir radinirable tragiueiit «le MoiUe»f|uieu iiilitulé : VnlUvive. dpn '''"kiiHi iant la religion. Piiniavcra dcll Vciiliiiovc; L foi>HinHiil m\*\
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Nous soiuiueb allés voir la villa Albaui. 11 t'audrail ici viugl liages (le deseriptious, et uous avious de grands projets. M. \v canliual S. nous avait procuré uu billet qui uous peruicltiiil de voir une des plus belles choses du monde, la villa Liidovisi. Ce qui u est que curieux nous semblait froid. Nous avons bien regardé le buste d'Amiibal, les statues de Brulus et dr César, f/architeclure de cette villa, quoique tout à fait uiodeme, n'csl point ridicule. Rien de plus singulier, pour des gens du N(»rd, que ces jardins remplis d'architecture dont les Tuileries et Versailles sont une imitation aiïaibUe.
L(» style étrusque du bas-relief de LeucotJiée, nouiTie<' ûv Bacchus, nous a (du. Nous avons trouvé dans le Parnasse de Mengs les portraits bien froidement exécutés des beautés célèbres à Rome sous le règne de Pie VI; le portrait de madame lj<'pri nous a uitéressés à cause de Tanecdote si connue ^
1^ statue de Junon méritait d'être vue avec recueillemeul, mais il fallait partir. Nous voulions voir la villa Ludovisi : elle a surpassé Fattente de nos compagnes de voyage.
' Le mari, Tort âgé, de cette l'emme charmante, vient à mourir; quinze jours après elle uunoncc qu'elle est grosse, et lui donne un hèritier neuf mois et quelques jours après sa mort. Le frère du niar(|ui Lepri, privé d'une succession fort considérable par cette naissanc» intente un procès scandaleux à sa jolie belle-sœur. Au moment de perdre, il Ic^ue ce procès au pape régnant. Pie VI, qui le fait Mon; gnore. Les juges condamnent le pape; il leur fait défense de se p senter devant lui, et s'empare de l'inmiense succession Lepri. Qu M. Janet administrait les fuiances ù Uome, en 18ii, il me semble cette alTairc n'était pas encore terminée. Voir Gorani, Mémoires les Cours d'Italie.
La ligure de la belle niar(|uise Lepri a «{uelque chose de méi lique : on attribue son aventure à un sentiment de délicatesse ' vaut de son mari, clic n'avait pas voulu le tromper tout à lait. %u résister à un amant qu'elle ndoratl.
l'UOMKNADbS UA.NS KOMK. 271)