‹ Promenades dans RomeChapitre 5 sur 27 · I.A FAÇADE · texte numérisé non relu

I.A FAÇADE

La uiaiiviiisf façade do Saint-Pierre, toute composéif (l<* petites parties, a cent einquante-sept pieds romains de haut et trois cent soixante-six de large. Les c(donnes, qui sont dispos<M^s dr manii'i'e à ne produire aucun effet, ont cependant quatre-vingt-six pieds de hauteur et huit pieds de diamètre (hauteur des (Mdounes, quatre-vingt-six pieds et demi, la corniche dix-liuit pieds, Tattique trente et un, la halustrade eiuij pieds et demi, les statues seize; total égal, cent cinquanlo* sept pieds).

Si \i' plan de Mieh<'l-Ange avait été respecté, du milieu de la place on vùi aperçu la <'oupole (à peu près comme on aperçx>it le dùni<> des Invalides du c6té du midi), tandis qu'aujourd'hui on ne voit qu'inie façade carrée comme celh^ d'un palais. Remarquez au-dessus cFune ))orle, dans la hihliothèque du Vatican, la vue de Saint-Pierre It^l qu'il eiU été d'après le plan de Michel-Ange. Est-il st)r (|u<^ llaphaël soit Tault ur du plan (pi'on a préféré?

La croix pla<;ée au haut de Saint-Pierre est à quatre cent Irenle-deux pieds de terre. Les '28 et 20 juin de chaque année, jours consacrés à saint Pierre et à saint Paul, cette façade, les trois coupoles et la colonnade sont .illuminées au j moyen de trois mille huit cents lanternes et de six cent qua* ire-?iDgt^Ux flamheaiix. r/est du halcon, au-dessus de la porte

principale, que, le jeudi saint, le jour de* Pâques et celui de TAscension, le souverain pontife donne la bénédiction urbi et orbi.

En avançant vei*s Féglise, on se trouve sous un grand vestibule sans physionomie. Aux deux extrémités sont deux mauvaises statues équestres qui portent les noms de Constantin et de Gharlemagne, bienfaiteurs des papes. Si Charlemagno avait eu le génie qu'on lui prête, il eût donné aux papes une province entière, mais située au milieu de la France.

Saint-Pierre a cinq portes; Tune d'elles est murée et ne s'ou^TC que tous les vingt-cinq ans, pour la cérémonie du jubilé- Le jubilé, qui une fois réunit à Rome quatre cent mille pèlerins de toutes les classes, n'a rassemblé que quatre cents mendiants en 1825. 11 faut se presser de voir les cérémonies d'une religion qui va se modifier ou s'éteindre.

ARTirXE IV.

VIE GÉNÉRALE DE l'iNTÉRIEL'K DE SAIST-PIERRE,

Ou pousse avec peine une grosse portière de cuir, et nous voici dans Saint-Pierre. On ne peut qu'adorer la religion qui produit de telles choses. Rien au monde ne peut être compaix' à rinlérieur de Saint-Pierre. Après un au de séjour à Rome, j'y allais encore passer des heures entières avec plaisir. Presque tous les voyageurs éprouvent cette sensation. On s'ennuie quelquefois à Rome le second tnois du séjour, mais jamais le sixième ; et, si on y reste le douzième, on est saisi de Tidée de s'y fixer.

Quand vous serez assez malheureux pour désirer connaître les dimensions de Saint-PieiTC, je vous dirai que la longueur de cette basilique est de cinq cent soixante-quinze pieds :

iSO ŒUVRES D£ STENDHAL.

elle a cinq cent dix-sept pieds de large à la croisée. La nef du milieu a quatre-vingt-deux pieds de largeur et cent quarantedeux de hauteur. Elle est ornée de grosses statues de saints de treize pieds de proportion. Saint-Pierre est si beau» qu'on oublie leur laideur. Le rococo, mis à la mode par le Beniin, osl surtout exécrable dans le genre colossal. C'est Dorai chargé de faire Foraison funèbre de Napoléon. C'est encore le Bernin qui a gâté Tintérieur de Saint-Pierre par une foule de mauvais médaillons de marbre représentant divers papes. On peut dire qu'ils donnent l'idée de la magnificence à qui ne les examine pas en détail. Cet effet est dû au grandiose de rarchiteclure, à l'extrême propreté et aux soins infinis que l'on se donne pour que tout, dans Saint-Pierre, rappelle au voyageur qu'il est dans le palais du souverain.

En arrivant près du grand autel (en vérité, c'est un voyage), on aperçoit une sorte de trou revêtu de marbres magnifiques ol de bronzes dorés. Cent douze petites lampes sont allumées jour el nuit autour de la balustrade de marbre qui environne ce lieu surbaissée Là reposent les restes de saint Pierre ; c'est ici que ce premier chef de l'Eglise souffrit le martyre; ce lieu vénérable s'appelle la Confession (l'apôtre a confessé sa religion en donnant son sang pour elle); on a placé ici la statue de Pie VI, qui mourut en France dans l'exil; elle est de Canova ; la tête est traitée avec mollesse ; elle n'en est que plus ressemblante.

Le grand autel est disposé comme dans la primitive église; le célébrant regarde le peuple ; le pape seul a le droit d'y dire la messe.

Heureusement cet autel est assez simple, je le voudrais d'or massif; un baldaquin en bronze d'une hauteur énorme le fait apercevoir de loin. Cet ornement était nécessaire; maison pfémit quaiid on se rappelle qu'il a été fait avec du bronze en-

levé an Panthéon. C'est le cavalier Bernin qui exécuta ce baldaquin en 1663. Croiriez- vous qu'il est plus élevé que le palais Famëse ? Le sommet est à quatre-vingt^ix pieds du pavé ; c'est vingt et un pieds de plus que le fronton de la colonnade du Louvre; ou y employa mille Imit cent soixante-trois quintaux de bronze <.

Rien ne sent TefTort dans rarchitecture de Saint-Pierre, tout semble grand naturellement. La présence du génie d(^ Bramante et de Michel-Ange se fait tellement sentir, que les choses ridicules ne le sont plus ici, elles ne S4mt qu'insignifiantes.

Je ne crois pas que des architectes aient jamais mérité un plus bel éloge.

Je serais injuste si je n'ajoutais pas le nom du Bernin :i celui de ces deux grands hommes. Le Bernin, qui, dans sa vie, essaya tant de choses à l'étourdie, a parfaitement réussi pour le baldaquin et pour la coloiuiade.

En levant les yeux quand on est près de l'autel, on aperçoit la grande coupole, et Tôtre le plus plat peut se faire une idé(i du génie de Michel-Ange. Pour peu qu'on possède le feu sacré, on est étourdi d'admiration. Je conseille au voyageur de s'asseoir sur un banc de bois et d'appuyer sa tête sur le dossier; là il pouna se reposer et contempler à loisir le vide immense qui plane au-dessus de sa tète.

Le diamètre intérieur du Panthéon est de cent trente-trois pieds romains; la coupole de Michel-Ange a cent trente pieds

^ On trouve sous le portique du Panthéon une inscription dans laquelle un pape se glorifie d'avoir fait faire, avec un bronze inutile, des canons et le baldaquin de Saint-Pierre. I^on X n'eût pas pens^; ainsi; rotis c'était un grand prince. Trop souvent, depuis la peur de Luther, le pape n'a été qu'un prêtre à léte étroite

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