KUVnKS |)K. STESDHAI
de diamètre; elle commeDce à roiii soixunic-iroift pieds du pavé. On compte, du pavé jusi]ii*;i la voâte de la lanterne, trois cent soixaiile-iieiir pieds. Pour soutenir le poids de ce temple élevé dans les airs, il a fallu donner au mur vingt-quatre pieds dVpaisseur.
Sur la frise de reutableuieiil. ou lil, eu caractères de quatre pieds et deuii de haut exikMités eu mosaïque, le fameux jeu de mots sur lequel est foudé<' la puissance du pape, et en vertu duqu<'l la totalité du sol de la France a été donnée trois fois à rÉglise.
Tu es Peints, et super hune petram miificabo ecclesiam meam, et tihi dabo claves regni cœlorum. Il faut avouer qu'on lui devait cet houiUMir.
Gardez- vous de chercher les noms de cette foule d'artistes médiocres qui ont rempli Saint-Pierre de tableaux, de statues, de bas-reliefs, d(> tombeaux, etc. De leur vivant ils étaient à la mode. Je uouuuerai ceux qui ont quelque mérite. La plupart ont été plus médiocres ici qu'ailleurs; ils avaient peur.
Lorsqu'on a pu s'arracher au spectacle de la coupole, on arrive au fond de l'église ; mais, si l'on a de l'âme, déjà l'on est abliué de fatigue et l'on n'admire plus que par devoir.
Au fou<l de la tribune on remarque quatre figures gigantesques <'n hrouz<', qui soutiennent du bout du doigt, avec grâce el couune feraient des danseiu^s dans un ballet de Gardel, un fauteuil aussi eu bronze. Il sert d'étui à la chaire de bois dont saint Pierre el ses successeurs se servirent longtemps pour leurs fondions ecclésiastiques. Au peu d'effet que produisent ces quatre statues colossales, placées dans le plus beau lieu du monde, vous reconnaissez ï esprit <lu Bernin. Que n'eût pas fait Michel-Ange avec cette masse de bronze, sur des spectateurs préparés par la colonnade, par la vue de l'église et par la coupole ! Mais Michel-Ânge manquait d'intrigue pour se
faire employer ^ Le génie dans le genre terrible n'ayant plus reparu sur la terre depuis la mort de ce grand homme, il ne nous reste qu'à le copier. Il faudrait construire en bronze une statue imitée du Moïse de San-Pietro in Yincoli, et dont la tèto !»erait couronnée par la Gloire^ telle qu'elle existe au-dessus de la chaire de Saint-Pierre.
On appelle gloire un amas de rayons dorés. Cet ornement, qui environne Tbostie consacrée dans un ostensoir, est une gloire. Ostensoir, c*est Tinstrument avec lequel on donne la bénédiction.
Voici des détails exacts.
Ces quatre flgures colossales de bronze représeutent deux docteurs de TÉglise latine : saint Ambroise et saint Augustin; et deux de TEglise grecque : saint Athanase et saint Ghrysostome. Ces deux derniers sont plus près du mur et ont qua> torze pieds de proportion; les docteurs latins ont seize pieds. Ces quatre statues en bronze pèsent cent seize mille livres. On peut monter à Taide d'une échelle et voir la chaire de Saint- Pierre, qui est de bois avec d'anciens ornements en ivoire et en or. On remarque deux anges debout sur les côtés de la chaire de bronze soutenue par les quatre docteurs; et, audessus, deux enfants qui portent la tiare et les clefs pontificales. On a tiré parti d'une fenêtre qui, au moyen de glaces de couleur jaune, éclaire le fond de la gloire et produit, au coucher du soleil, un effet assez piquant. Le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, couronne tout l'ouvrage.
Celte partie lumineuse, qu'on aperçoit de loin au fond de l'église, est environnée d'une multitude d'anges et de séraphins qui paraissent adorer la chaire de Saint-Pierre. Ceci ne laisse pas que d'être très-hardi sous le rapport des préséances.
* Voir V Histoire de la Peinture en Italie,
Ou employa pour celle gloire deux cenl dîx.-neuf miUe livres (le bronze airaché au porlique du Panthéon ; la dépense fut d*envirou six cent mille francs.
11 va sans dire que les vilres de couleur jaune sont de Tinvenlion du Beruin. UefTel total me semble jo^t, et par là peu digne de ce temple, qui est beau. Mais, au reste, ces deux mots ne sont pas bien séparés dans beaucoup de têtes du Nord.
Un pape homme d'esprit pourrait faire cadeau à quelque église d'Amérique des quatre statues du Bernin, admirables pour des bourgeois, mais tout à fait indignes, par leur exagéralion comique, de la place qu'elles occupent dans Saintr-Pierre.
En revanche, à c5lé de ces danseurs en mitre, le spectateur aperçoit à sa gauche un tombeau qui est d'une beauté sublime : c'est celui de Paul III (Parnèse). Giacomo délia Porta Texécuta sous la direction de Michel-Auge. Au-dessous de la figure du pape, qui est de bronze, se trouve celle célèbre statue de marbre blanc représentant la Justice, qui est si belle, qu'il a été nécessaire de la couvrir d'une draperie de cuivre. Examinez celle têle; c'est le caractère de beaulédes Romaines saisi avec un rare talent. Elle est belle sous tous les aspects, ainsi que doit être la véritable sculpture. Cette statue m'a valu l'honneur do disputer pendant dix ans avec l'inamortel Canova. Il y trouvait trop de force.
Le tombeau à droite est celui d'Urbain VIII (Barberini), mort en 1644, cent vingl-quatre ans après Raphaël, et il n'y a rien qui n'y paraisse. La figure d'Urbain VIII est de bronze; la Charité et la Justice sont en marbre. Le Bernin voulut plaire à la mode et réussit; on arrivait au siècle du joli, lequel change tous les cinquante ans. Le tombeau d'Urbain VIII n'esl guère meilleur que le monument de M. do Malesherbes au Palais de Juslice, à Paris, ou que lo lomhoau du cardinal de Belloy, à Notre-Dame.
On irouve quelque plaisir «^ regarder les bas-reliefs de stuc dore qui ornenl la voûte de la tribune de Saint-Pierre. Celui du milieu, qui représente Jésits-Christ donnant les clefs à saint Pierre, fut exécuté d'après un dessin de Raphaël. Le Cmcifieynent de saint Pierre est imité du fameux tableau du Guide, et la Décollation de saint Paul, d'un bas-relief de TAlgarde. Mais tout cela est exécuté mollement et en style académique; le malheureux statuaire avait peur d'être lui-même. Je parierais qu'il est mort riche et comblé d'honneurs.
L'axe de Saint-Pierre suit à peu près exactement la ligne d'orient en occident; la longueur de l'église, de la porte à la tribune, est de cinq cent soixante-quinze pieds et demi ; la largeur, prise au grand autel, est de cinq cent dix-sept pieds et demi.
En allant de la porte d'entrée vers le grand autel, on peut remarquer, après le troisième arc à droite et à gauche, que la grande nef se rétrécit de huit pieds; on entre dans la croix grecque projetée par le Bramante.
La aurait été l'entrée du temple si Ton eût suivi son plan.
Jules II eu posa la première pierre le 18 avril 1506, dans la fondation, derrière la statue de sainte Véronique.
Le jour de l'Ascension, nos compagnes de voyage ont vu avec étonnement, et même avec une sorte de terreur, plusieurs- centaines de paysans de la Sabine; ils étaient réunis dans la grande nef, autour d'une statue de saint Pierre en bronze. Ils ont usé, par leurs baisers, le pied de bronze de cette idole. Ces paysans descendent de leurs montagnes pour célébrer la grande fête dans Saint-Pierre et assister à la funzione. Ils sont couverts de casaques de drap en lambeaux; leurs jambes sont entourées de morceaux de toiles, retenus par des cordes en losanges ; leurs yeux hagards sont cachés par des cheveux noirs en désordre; ils portent contre leur
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poilriiic (lofï chapeaux de feutre auxquels la pluie et le soleil n'ont laissé qu'une couleur d*un noir rougeâtre ; ces paysans sont accompagnés de leurs familles, non moins sauvages qu'eux.
Après les avoir examini^s dans toutes les parties de Téglise où leur dispersion nous pomiettail de les voir de près, nous sommes revenus au saint Pierre en bronze placé à droite dans io grande nef. Cette statue, roide, fut un Jupiter; c'est maintenant un saint Pierre. Elle a gagné en moralité personnelle ; mais ses sectateurs ne valent pas ceux de Jupiter. L'antiquité n'eut ni inquisition, ni Saint-Barthélémy, ni tristesse puritaine. Elle n'eut point le fanatisme, cette passion mère des cruautés les plus inouïes. Le fanatisme a été créé par ce passage : Multi sunl rocatiy panci vero électif hors de l'Église point de salut.
Le son de voix de ces paysans, qui me semble beau, fait horreur à nos compagnes de voyage. Telle est l'origine de tous nos différends : beaucoup de choses insignifiantes à mes yeux leur semblent jolies, et ce qui est la beauté sublime pour moi leur fait peur. Les Romains, qui entendent parler de Michel-Ange^ depuis leur enfance, sont accoutumes à le vénérer, c'est un culte. Leur âme simple et grande le comprend.
Les habitants de la montagne entre Rome, le lac de Fiicino, Aquila et Âscoli, représentent assez bien à mon gré l'état morul de l'Italie vers l'an 1400. A leurs yeux, rien ne se fait que par miracle; c'est la perfection du principe catholique; si la foudre tombe sur un vieux châtaignier, c'est que Dieu veut punir le propriétaire. J'ai retrouvé le même état moral dans l'île d'ischia.
Nos compagnes de voyage ont remarqué des paysans à genoux à huit ou dix pas d'un confessionnal ; on voyait s'abaisser sur leur tête une longue verge blanche qui venait enlever
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leurs péchés véniels. Quelques confessionnaux privilégiés étaient occupés par trois moines tenant chacun une gaule. On De rit jamais en Italie; tout ceci était fort grave. Du reste, il n'y avait pas dans Tcglise un seul Romain des hautes classes.
Pour mettre un peu d'ordre dans notre description de Tlnlérieur de Saint-Pierre, nous allons parler :
r De la coupole.
2° Parvenus au fond de l'église, nous suivrons le mur du nord; en revenant vers la porte d'entrée, nous examinerons les tombeaux, les. tableaux en mosaïque, etc., qui se trouvent dans la nef du nord (à la droite du voyageur qui entre).
Nous arriverons ainsi à la première chapelle à droite en entrant, remarquable à cause du fameux groupe de Michel-Ange nommé la Pietà (la Madone soutient sur ses genoux le corps de son fils).
5** Enfin nous retournerons de la porte au fond de Téglise, en suivant le mur du midi, et nous arriverons ainsi au tombeau de Paul 111, qui termine ce côté; nous aurons vu tout Sainl-Pierre.