ARTICLE V
LA COUPOIJÎ.
Vous savez que Bramante avait élevé jusqu'à la corniche les quatre énormes piliers de la coupole, qui ont chacun deux cent six pieds de circouférence. L'église de San-Carlo aile Quattro Fontane occupe exactement l'espace de ces piliers et ne paraît pas petite.
Bramante jeta les quatre grands arcs qui, comme des ponts, unissent ces piliers Tun à l'autre.
Voilà ce que Michel-Ange trouva; c'est la-dessus qu'il
m ŒUVRES DE STENDHAL.
éleva sa coupolo. Elle a cent ircnte pieds de diamètre, c'est-àdire trois pieds de moins que celle du Panthéon. EHe commence à cent soixante- trois pieds du pavé, et sa hauteur, prise depuis sa hase jusqu'à Touverture de la lanterne, est de cent cinquaute-cinq pieds. On ne croirait jamais que la petite lanterne qui est au-dessus a cinquante-cinq pieds de haut, rélévation d*une maison ordinaire. Ainsi la cou^iole de Michel-Ange, enlevée de dessus les piliers, et placée par terre, aurait deux cent soixante pieds de haut, élévation qui surpasse celle du Panthéon. Montons sur les combles de Saint- Pierre pour voir la partie extérieure du dôme : le piédestal de la boule de bronze a vingt-neuf pieds et demi de hauteur; la houle elle-même, sept pieds et demi. La croix qui couronne réglise est haute de treize pieds.
La hauteur totale de Saint-Pierre, depuis le pavé dePéglise jusqu'au dernier ornement de la croix, est de quatre cent vingt-quatre pieds. Les Romains comptent onze pieds de plus, je crois, parce qu ils mesurent l'élévation à partir du pavé de réglise souterraine, où est le tombeau d'Alexandre VI.
Cette hauteur fait frémir quand on songe que Fltalie est fréquemment agitée de tremblements de la terre, que le sol de Rome est volcanique, et qu'un instant peut nous priver du plus beau monument qui existe. Certainement jamais il ne serait relevé : nous sommes trop raisonnables. Deux moines espagnols, qui se trouvèrent dans la boule de Saint-Pierre lors de la secousse de 1730, eurent une telle peur, que l'un d'eux mourut sur la place ^
Pour que l'œil soit satisfait, le contour extérieur de la partie
1 Lors du tremblement de terre de 1815, le lit de M. Nyslrom, qui loge près de Saint-Pierre, fut éloigné de la muraille de sa chambre de trois pouces.
sphërique d'une coupole ne doit pas être le même que le contour intérieur; la coupole de Saint-Pierre a deux calottes, et entre les deux, rampe l'escalier par lequel on monte jusqu'à la boule.
Le tambour de la coupole (la partie cylindrique) est percé de seize fenêtres ; c'est à travers ces fenêtres qu'en se promenant au Pincio on aperçoit quelquefois le soleil qui se couche.
La voûte de la coupole est divisée en seize compartiments ornés de stucs dorés et de tableaux en mosaïque qui représentent Jésus-Christ, la Vierge, les apôtres, des saints, des anges. Gomme effet de peinture, tout ceci est mal arrangé; il fallait un homme de génie, un Gorrége, un Michel-Ânge, un Raphaël, un AnnibalGarrache, qui aurait osé inventer quelque chose. On ne trouva que de pauvres diables d'imitateurs, sans originalité ni audace, un cavalier d'Ârpin, pai* exemple, qui a fait le Père Éternel qui est sur la voûte de la lanterne. Les Quatre Évangélistes, aussi en mosaïque, qui occupent le haut (les façades principales des quatre piliers de la coupole, sont de Gésar Nebbia et de Jean de' Vecchi. Chacun de ces piliers est orné de deux niches, l'une au-dessus de l'autre, exécutées sur les dessins du chevalier Bernin. Elles produisent un assez bon effet. Les niches supérieures ont des balcons et des colonnes torses de marbre blanc ; ces colonnes, nommées Vitinée, soutenaient autrefois le baldaquin placé au-dessus de la Confession de Saint-Pierre, dans la basilique bâtie par Constantin ^ Elles avaient été enlevées au temple de Jérusalem.
Pour les quatre figures en marbre de quinze pieds de proportion, qui remplissent les niches inférieures des piliers du
^ Voir reiïet de ces colonnes dans un tableau attribué à Jules Romain, placé au Musée du Louvre, n** 1046, près le portrait de François !«'. C'est une circoncision du Sauveur, cérémonie qui a liou dans le temple de Jérusalem.
c6lc du grand autel, il eût fallu le génie de Michel-Ange. Rien n'est plus médiocre que la Sainte Véronique qui présente un saint suaire et la Sainte Hélène tenant une croix. Le Saint Longin est du chevalier Bernin. La quatrième statue, Saint André, est du célèbre sculpteur flamand François Duquesnoy, qu'en Italie on appelle il Fiammingo.
Je me fais violence pour ne pas placer ici deux pages de petits faits qui me semblent intéressants, parce que j'aime Saint-Pierre.