‹ Promenades en ItalieChapitre 3 sur 17 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

et les origines morales des peuples de la famille latine. Les écrivains qui, au début du siècle présent, prolongeaient encore en France l'esprit du xvnf, Mme de Staël et Stendhal, par exemple, ont admirablement goûté l'Italie grecque de Naples, l'Italie romaine comprise entre le tombeau de Cecilia Metella, le rocher du Capitole et le tombeau de Néron ; puis l'Italie élégante de Raphaël et du Corrège. Stendhal écrit, dans ses Promenades : « Il faut toujours avoir à la pensée les cinq âges de la ville éternelle. Elle a été la Rome des rois, celle de la république; elle fut magnifique sous les empereurs, misérable et en proie aux factions au moyen âge et jusqu'au règne d'Alexandre VI, ensuite somptueuse et toute royale sous Jules II et Léon X. » On pardonnera à Stendhal le peu de cas qu'il fait de ce troisième âge de misère pour le tableau ironique et parfois terrible qu'il nous a laissé de la Rome pontificale, entre la restauration de Pie VII et 1830. Après tout, Gœthe n'a su

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voir en Italie que l'antiquité et quelques aspects de la Renaissance, et Chateaubriand lui-même , qui prétendait être un grand chrétien, s'est toujours contenté d'une rêverie noble, inspirée par cette ruine grandiose, la Rome des Césars, et par cette autre ruine , si misérable , le peuple de Rome, et enfin par l'Église, triomphante et debout sur la nécropole éternelle. L'histoire vague plaisait à l'ambassadeur poète; un pan du Colisée, la colonne Antonine ou la coupole de Saint-Pierre éclairés par la lune l'enchantaient de mélancolie délicate. Il jouissait alors de son propre génie, de la même façon que Corinne, solennellement assise sur la pointe du cap Misène. Le spectacle tumultueux d'un passé très lointain qui n'est plus l'âge classique charme assez peu ces âmes toutes lyriques; elles demandent à la nature et aux monuments une émotion qui fasse vibrer leurs cordes les plus mélodieuses; une pression trop forte de l'histoire troublerait le concert qu'elles

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se donnent et veulent bien nous laisser entendre. La tombe de Virgile enfouie sous les vignes du Pausilippe et caressée parles flots de la mer de Sorrente ; l'avenue sépulcrale de la voie Appia au bord de laquelle se cache l'entrée des catacombes, basiliques primitives de l'Église; un petit pâtre déguenillé poussant ses chèvres à travers les ronces du Palatin, voilà des thèmes exquis pour un chant poétique, d'une note absolument personnelle, que déconcerterait l'écho de trop nombreux et trop pathétiques souvenirs. Songez qu'il suffisait d'une brise chargée de la senteur des citronniers, d'un sourire du soleil sur la mer bleue d'Ischia, d'un regard des filles de Procida pour faire pleurer la lyre de Lamartine.

Mais cette Italie toute subjective, qui changeait d'aspect selon le goût de ses visiteurs, devint sans peine à la fois conventionnelle et banale. Entre le président de Brosses et Chateaubriand, entre Gœthe, Stendhal et Lamartine, où étaient la sensa-

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tion juste, la couleur vraie? Pourquoi fermait-on les yeux à cette période sanglante du moyen âge italien, de si bonne heure éclairée par des rayons de Renaissance? On n'apercevait plus ainsi l'image complète de Rome, de Florence, de Rologne, de Pise; on sacrifiait Sienne, Assise, Pérouse, Ravenne, et la sauvage Campagne romaine, avec ses tours féodales, ses fermes bâties entre les murs énormes des forteresses guelfes ou gibelines, n'était plus qu'un motif de paysages académiques, ornés d'aqueducs brisés, de tombeaux consulaires revêtus de lierre et parsemés de chapiteaux corinthiens. Venise était sauvée, il est vrai, grâce à sa nature étrange, à la fantaisie byzantine de Saint-Marc, à l'élégance orientale du Palais ducal, à la fête de lumière de son Grand Canal, aux nocturnes mystères de ses lagunes.

Il y a trente ou quarante ans, quelques, écrivains et quelques peintres français avaient modifié déjà cette tradition littéraire

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