‹ Promenades en NorvègeChapitre 13 sur 72 · AU CŒUR DU TELEMARKEN · texte numérisé non relu

AU CŒUR DU TELEMARKEN

NOTRE chemin nous reconduit jusqu'à environ 10 kilomètres de l'église de Hitterdal, où nous prenons vers l'Ouest pour nous engager au cœur même du Telemarken. Vous ne me demanderez pas le récit de toutes les petites aventures inséparables d'un si long voyage, ni la description des paysages, qui se renouvellent à chaque instant. Tantôt suspendus au-dessus d'un torrent écumant, tantôt

PETITE NORVÉGIENNE EN COSTUME NATIONAL (voir p. 79).

DE CliUlSïlANIA A IIAHUANUEKFJORD. /^

nous mirant dans un lac paisible el riiuil, tantùl brûlés pai' le soleil, lanLùl ralraicliis par 1 ombre des majestueuses montagnes qui, d espace en espace, s élancent ver le ciel et nous éblouissent pai' le rellet de leurs neiges, nous avançons du matin au soir. Les liaJjitalions deviemienl de plus en plus rares, mais l'amabilité des ixabitauts reste jia même.

Voyez celle jeune lille qui suspend sm* des perches l'herbe ramassée pai' ses deux compagnes, pour la sécher {uoir la yravure^ page 81^: comme elle nous envoie en souriant son aimable God day (Bon jour).

Voyez ce mioche qui, tout comme chez nous, a malencontreusement oublié de relever la « trappe » de ses petits pantalons et nous montre son linge candide; comme il se précipite pour ouvrir devant nous une de ces portes primitives qui à chaque instant barrent le chemin et ont pom- but d'empêcher le bétail de sortir de sa clôture! En voilà encore un; il nous présente dans mi cornet, aussi grand que lui, de délicieuses fraises et empoche comme récompense un gros sou, tandis que sa petite sœur, haute comme une botte, fait des efforts désespérés pour me tendre une rose .cueillie au buisson d'à côté, en même temps qu elle tient sa poupée serrée contre son cœm*. {Y oyez la gravure^ page 77.)

De temps à autre, les fermes sont plus fréquentes. S'il n'y en a pas davantage, ici comme partout en Norvège, c'est qu'il y a trop peu de terre arable.

On prétend que, lors de la création du monde, les anges chargés de répartir la terre avaient oublié la Norvège. Ce que voyant, l'ange de la Norvège alla se plaindre au bon Dieu. Mais que faire? Tout est distribué; recommencer la création pom- la Norvège seule, c'était impossible.

« — Mais voyez un peu, petits anges, dit le bon Dieu, peut-être que vous trouverez encore quelques mgttes! »

Les anges se mettent donc à balayer le ciel, et le peu d'himius qu'ils

pciivciil réunir de la sorte, ils le preniieiiL dans leurs tabliers et le rcpandeiiL sur |es rochers de la Norvège. El voilà pourcjuoi nous sommes riches en pierres, mais très pauvres en terre.

Même dans les vallées, le sol est couvert de j)ierres roulées et erratiques et de blocs tombés des montagnes, et là où il n'y a pas de pierres, des marais s'étendent à perte de vue. Ce (jue nous avons donc de champs et de prairies a dû être conquis, dans la suite des siècles, par Je travail de l'homme, enlevant, au prix d'eiforts incroyables, les pierres, faisant sauter les roches et desséchant les marais.

Si l'on est arrivé à obtenir les résultats que l'étranger admire, c'est surtout aux Jiusmaends (petits fermiers) qu'on Je doit. Le propriétaire d'une ferme, couvrant souvent plusieurs kilomètres carrés, en livre certaines parcelles, ordinairement les moins cultivées et souvent encore en friche, à des husmaends, contre une petite redevance annuelle, qui se solde la plupart du temps par le travail. Le bail peut être résilié par le fermier à son gré; mais le propriétaire ne peut le résilier avant la mort du fermier et de sa femme. Cette disposition permet au fermier de se construire sur le terrain une maison en bois, facile à enlever, et de faire de sérieuses améliorations au domaine; si J'aire défrichée s'accroît d'année en année, c'est grâce au travail assidu de ces braves husmaends.

L'agriculture fait ici de réels progrès, et J'on est étonné de rencontrer, même dans des vallées très reculées, les instruments d'exploitation les plus modernes. Il va cependant sans dire que l'élevage du bétail et Ja production du lait, du beurre et du fromage, occupent dans ce pays, au caractère absolument alpestre, Ja première place dans l'agriculture. Grâce à ce genre d'exploitation. On arrive à conquérir les immenses terrains vagues des montagnes, où la chaleur de nos longues journées d'été couve des herbes embaumées, possédant des éléments nutritifs de premier ordre.

Par contre, la sylviculture n'existe pour ainsi dire pas en Norvège.

jPromenades en Xoivcge.

DE CHRISTIANIA A nAHDANC.KHI JOIU). 83

Ce ([lie \a iorcl i)r()(liiil d cUc-iiiônic, ou ic prend cl on le vend suiis penser à l'avenir. A côlé du bouleau, qui ne donne que du l)ois de chauffage, nous avons seulement le pin et le sapin. Ces essences couvrent, il est vrai, des superficies incroyables; mais, comme on exploite en aveugle, tant pour le commerce avec toutes les parties du monde que pour les besoins du pays, ces bois font peine à voir.

Ce qu'il y a de plus désastreux, c'est que nos paysans trouvent commode de vendre leurs coupes à des sociétés, souvent étrangères, qui alors, sans égard pour l'avenir de la forêt, y exercent un affreux ravage, qu'aucune loi n interdit. Et ce qui finit de ruiner nos bois, ce sont ces nombreuses fabriques de cellulose (matière à fabriquer le papier), qui ont surtout besoin de petits troncs.

Pour enrayer cette destruction, l'Etat achète beaucoup de forêts, et des sociétés particulières poussent les paysans à mieux ménager leiu-s richesses sylvicoles, à reboiser et à faire de nouvelles plantations, chose inconnue jusqu'ici en Norvège. Espérons que ces efforts réunis arriveront à sauver une des principales ressources du pays.

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