‹ Promenades en NorvègeChapitre 16 sur 72 · DANS LES RÉGIONS DES NEIGES · texte numérisé non relu

DANS LES RÉGIONS DES NEIGES

Nous dormîmes très bien, si ce n'est que, de temps à autre, mon compagnon m'éveillait par une véritable explosion d'élernuement, effet (d'une puissante imagination.

De bonne heure nous nous mettons en route.

Nous montons Ja solitaire et sauvage vallée du Faathylelv. En rapides bruyants, coupés de nombreuses cascades, Ja rivière vient à notre rencontre «et accompagne de son chant la récitation de notre bréviaire. Un peu plus haut, les eaux paisibles de plusieurs petits iacs reflètent d'autres cascades et les montagnes couvertes de neige qui nous saluent de loin. Plus de fermes, plus de huttes sur le grand plateau marécageux qui nous accueille ensuite. A de rares intervalles, quelques voitures où sont perchés des lords et des ladies, qvn nous jettent en passant un regard dédaigneux. Ne savions-nous donc pas que le monde entier est aux Anglais? Enfin, au loin, dans im enfoncement verdoyant, un beau lac, et sur ses bords, une, deux, trois maisons, toutes des hôtels, à l'usage non seulement des touristes, mais encore des gens du pays que leurs affaires appellent à travers l'immense phaîne de montagnes qui, en allant du nord au sud. divise tout le pays en deux parties inégales. Pour traverser cette chaîne, il n'y a en tout que six routes ou passes, celle du Telemarken. ùh nous sommes engagés, et celles du Hallingdal, du Valders. de Grotlid, du Romsdal et du Do\Te. Ces routes seraient impossibles sans les hôtels échelonnés sur leur parcours. La plupart de ces hôtels sont très confortables; bon nombre sont même luxueux; les étrangers y séjournent souvent longtemps pour se reposer et respirer l'air des montagnes pur de microbes.

88 l'UOMLNADES LN NORVÈGE.

L'hôtel Nyslœl est au bord du lac Voxlivaiid. Pendant que nos chevaux se j'eposent, nous y prenons un rafraîchissement. L'hôtelier est tout triste:

« — Nous yoilà au 18 juin, nie dit-il, et presque pas de touristes I C'est que, plus haut, la neige bloque encore Ja route. Vous aurez de la peine à y faire passer vos voitures. »

Cependant il lait si chaud, le soleil darde avec une telle ardeur ses rayons embrasés, que nous oublions de mettre nos babils de réserve avant de partir. Mal nous en prit.

Nous montons, montons toujours, par des gorges et des vallées arides. Plus d'arbre, plus de buisson, bientôt plus un brin d'herbe, rien qu'une maigre mousse, où suinte l'humidité. Et puis la neige s'approche de plus en plus des deux côtés de notre chemin. Jusqu'ici il ia fait bien chaud. Tout à coup, )c vent se lève, le ciel s'obscurcit, et sans dire gare, une averse mêlée de neige nous assaillit avec une telle violence, que nous avons à peine le temps de jeter nos imperméables sur nos épaules. Les chevaux, effrayés par ce déluge glacial que le vent leur fouette dans les yeux, s'élancent en avant en une course vertigineuse. Heureusement la route est bonne et aucun abîme ne nous menace.

« — Ce sera vite fini! » me glisse le cocher à l'oreille par manière de consolation.

Mais ce vite est une demi-éternité, semblable aux straks norvégiens, que les Anglais aiment à traduire par << une bonne demiheure ».

La demi-heure est dépassée depuis longtemps; mais les cataractes du ciel et le vent, qui a pris les tournures d'un ouragan, sont encore en pleine activité. Nous grelottons, nos dents claquent, je sens que, si cela doit durer une heure, j'en aurai pour le reste de mes jom'S.

« — Monseigneur, que disent vos rhumatismes? » me crie mon compagnon, dont ni pluie, ni neige, ni tempête ne sauraient entamer la jDonne humeur.

Di: (■.IIUISTIAMA A IIARDANGEUFJORD.

« — Voilà Toccasion d'élcrniier cl de tousser; profitez-en, » lui r6pliqu6-ji'.

Enfiu, oiifiiij yoilà un toit hospilalii'r' Béni soit l'État norvégit'ii d'avoir placé Jà, à côté du lac Staavaud, à 2.900 pieds au-dessus du niveau de la mer. la niagnilique auijerge Haukelisaeler !

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