‹ Promenades en NorvègeChapitre 17 sur 72 · UN TRAINEAU AU MILIEU DE L'ÉTÉ · texte numérisé non relu

UN TRAINEAU AU MILIEU DE L'ÉTÉ

Nous descendons; après avoir secoué la neige et l'eau qui nous inondent, et dégourdi nos membres, nous nous réconfortons par un bon dîner, agrémenté du récit des aventures que les autres voyageurs, surpris comme nous, nous racontent. Comme cette auberge n'est pas une entreprise privée, mais une sorte dhospice entretenu pai' l'État, tout y est réglé officiellement. Les tarifs y sont modérés et on y est si bien soigné, qu'on serait tenté d'y faire un séjour prolongé, si îe règlement ne défendait pas de s'y arrêter plus qu'il n'est

"90 l'UOMENAUICS I:N NORVÈGE.

iicccssaire, cL .cchi pour qu'il y ail toujours ahi la i)lacc disponible pour les nouveaux tUTivanls.

Pendant que nous dînions, les domestiques avaient J'ait sécher nos yèkMncnls et Je soleil reparaissait. 11 fallait partir.

Maintenant seulement nous pouvons jouir du panorama grandiose qui nous environne. Au centre le lac, encore en partie gelé. Près de l'auberge un joli pré, que la neige vient a peine de quitter et où l'herbe et Jcs fleurs se disputent déjà la place. Autour du lac d'immenses champs de neige, dont la blancheur, frappée par le soleil, nous éblouit. Autour de ces champs, de gigantesques montagnes plus éblouissantes encore. Puis voilà un troupeau de rennes, qui descendent des hauteurs pour se désaltérer aux eaux limpides du lac.

Après avoir salué quelques belles cascades, nous longeons un autre petit lac, entièrement gelé celui-là. Puis nous commençons à gravir le Stafsnut par une gorge si sauvage et si déserte, qu'on aurait peur, si l'on 36 trouvait seul. La peur serait justifiée, car la neige commence à nous disputer la route. A une certaine .distance on est arrivé à déblaj^er un passage large de deux mètres, juste ce qu'il faut à nos petites karriols; mais bientôt une immense javalanche nous arrête tout court. Nous devrons tourner cette montagne de neige en descendant dans Ja gorge, par un sentier marqué dans la neige par des branches d'arbre, et en remontant ensuite. Jl va de soi que nous devons faire ce trajet à pied, tandis que nos pauvres petits chevaux s'évertuent à jtraîner nos voitures, que nous devons soutenir à droite et à gauche, pour qu'elles ne se renversent pas quand les chevaux disparaissent à moitié dans la neige.

Haletants et couverts de transpiration, nous regagnons enfin la route. Encore une demi-heure dans la neige, et nous atteignons le col de Dyreskard, point culminant de notre voyage, à une altitude de 3,300 pieds. Ensuite nous dévalons la pente douce de l'autre côté, en traversant un désert de pierres et de neige. Bientôt cependant un

DE CHRISTIANIA A liARDANGERFJORD. 91

modcslc clialol. W MitltUicgcrsaclcr, nous reçoit cl nous ollrc à tous une bonne lasse de café et un verre de |ait excellent. IMentôt nous y fûmes rejoints par deux Danoises, qui avaient l'ait le trajet avec un petit giu'çon et sa bonne. Elles étaient à bout de forces, cai*, elles aussi, avaient dû quitter leur calèche et cheminer à pied. I^lles avaient lu dans les journaux (pie les voitures pouvaient passer, mais on avait oublié d'ajouter que les voyageurs ne pouvaient pas rester dans lem- yoiture. Et les voilà condamnées, tout comme nous, à marcher dans Ja neige jusqu'aux genoux.

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