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COMMENT ON VOYAGE EN HIVER

LE lecteur me demandera natm-ellement comment, puisque la neige est déjà si gênante en été, on peut voyager ici pendant nos interminables hivers.

En hiver, il n'y a chez nous, en ville et à la campagne, je dirais presque par terre et pai' eau. qu'un seul véhicule, le traîneau. C est en traîneau que je me rends aux réceptions et aux invitations de la cour; c'est en traîneau que le petit commissionnaire ponduit à la maison les provisions achetées à la foire par la ménagère; ce sont les traîneaux qui transportent les lourdes chai'ges du voiturier; c'est en traîneau que nous franchissons monts et yaux, lacs et rivières, car en hiver Jla neige et la glace ont construit partout de magnifiques routes et d'admirables ponts. Même en été les voyageurs et les touristes se servent de traîneaux légers pour traverser les contrées couvertes d'une neige éternelle. Il va de soi que le petit traîneau fait encore les délices de nos enfants, à côté des patins de glace.

Un autre moyen de déplacement, pour Jes piétons celui-là, ce sont les patins de neige, appelés skis. Le ski consiste en une longue et très étroite planchette .bien mince, mais douée d'une grande élasticité, un peu relevée et taillée en pointe à l'avant. Sa longueur réglemen-

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liiirc doit dépasser d'un tiers la hauteur de Ja personne (jui doit s'en servir. Le ski est attaché au soulier un peu en arrière de son milieu. Armé de ices patins, le Norvégien n'a i)lus a craindre la neige. Pourvu qu'elle Jîc soit ni lro[) dure, ni trop collante, il marche dessus avec la vitesse d une llèche, lorsque son chemin <lesccnd ou se trouve en plaine. Doit-il nionler, il s'appuie sur un ou deux bâtons. A la campagne, les gens ne se séparent presque jamais de leurs skis. C'est chausse de ses skis (pie l'enfant se rend à l'école, que les fidèles, jeunes et >ieux, vont à l'église, que le paysan entreprend ses voyages, que le Lapon surveille ses troupeaux de rennes, que les touristes font leurs excursions.

Le ski donne encore occasion à l'un des sports préférés des Norvégiens. Partout jl y a des sociétés de ,sA/, {(ui ont leurs exhibitions annuelles. Le skircnd ou course aux skis de Christiania constitue une des plus grandes fêtes populaires de la capitale. Les amateurs du ski-sport arrivent par centaines de toutes les parties du pays; les spectateurs se comptent par dizaines de mille; les bureaux, les écoles, les ateliers, les fabriques chôment; tout le monde est sur skis. Et que voit-on aux champs des courses? De jeunes athlètes à demi déshabillés, haletants, tout en transpiration par J5 degrés de froid, se lançant yers un môme but à une distance énorme. Ceux qui arrivent les premiers, sont les vainqueurs et reçoivent le prix. C'est le langrend.

Reste la pièce de résistance, le hop. Une Jongue pente très rapide et dégarnie de toutes broussailles forme le .champ clos. Vers le haut de la pente on a pratiqué une saillie artificielle. Des deux côtés de cette carrière on a construit des tribunes pour le roi, les autorités et les notables.

En bas on a réservé un immense parterre, où se pressent les spectateurs assez riches pour acheter un Ijillet. Plus loin, formant un amphithéâtre vivant, Ja foule « non paj^ante ».

Un coup de trompette. Du sommet de la pente descend, lentement d'abord, vite comme l'éclair ensuite, un skilœbcr. Arrivé à la saillie (voir la gravure p. 100, il se plie en deux pour prendre un élan; le

I)i: CIllUSTIANlA A IIAUDANGEIUJOHI). 96"

voilà lancé dans le vide; il rend l'air on décrivaiil une parabolo (|ui donne le yerlige (voir la grauurc p. 101), il touche df nouveau la terre, et avec une incomparable élégance il ponlinue à descendre le reste de Ja pente, dessine une courbe et se met à remonter. Tonnerre d'applaudissements! Les juges notent r[u'il a tait un saut de vingt mètres sans lomber.

Après ce premier chami)ion, d'innombrahles concurrents entrent en lice. La plupart commettent des incorrections soigneusement consignées. Les uns se renversent dans l'air et touchent la terre là oii les jambes commencent; mauvaise note. D'autres se retrouvent bien debout en louchant le sol, mais ils tombent à trois pas de là. ou pendant qu'ils font la courbe réglementaire; impossible de prétendre à la coupe du roi ou des dames. Ah ! par exemple, en voilà un qui semble s'être lenvolé pour toujours. Non, il revient à d'autres idées, prend terre, continue son vertigineux voyage et fait sa courbe comme si de rien n'était.

« — 25 mètres! » crie-t-on.

Fanfare triomphale; compliments du roi; hourras à faire fendre les rochers. Celui-là reste le héros de Ja fête, et le lendemain les journaux portent son nom jusqu'au cap Nord. Sa renommée est faite à tout jamais. Faut-il ajouter que même les femmes ont leur skihop? Cela, par exemple, n'est pas beau. Un tel sport ne sied qu'aux hommes.

On peut n'être pas enthousiaste du ski-sport, mais on est bien obligé d'avouer que c'est dans ces exercices que se forment ces fiers Norvégiens qui traversent sur skis le Groenland d'un bout à l'autre et donnent J'assaut au Pôle Nord.

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