‹ Promenades en NorvègeChapitre 29 sur 72 · TEMPETES · texte numérisé non relu

TEMPETES

r A où la côte n'est pas garnie dîles. les écueils ne manquent

^— ' guère; alors c'est différent. Je me rappelle encore un voj^age que je fis au mois de septembre 1897, avec notre architecte, pour aller inspecter les travaux à réglise et à l'hôpital de Stavanger, en compagnie d'un jeune prêtre, récemment arrivé en Norvège et qui gagnait sa station. En partant de Christiania, ciui se trouve au fond d'un fjord, à l'abri des vents, nous ne nous doutions pas qu'au dehors une terrible tempête exerçait sa fureur. ]\Iême lorsque nous quittâmes le fjord, le capitaine pensait que la bourrasque ne durerait pas, et il lança hardiment dans la haute mer son magnifique bateau Christiania. >Iais la bourrasque dura et même se changea peu à peu en ouragan, et en un ouragan tel que, au dire des journaux, de mémoire d'homme les côtes de la Norvège n'en avaient vu de pareil. Et nous, nous nous trouvions au

lis I'U()Mi;nai)i;s i;n nohvikii;.

bran milieu des cciicils mal lames (luOii a[)i)elle Tanishcrf/shendcrnc^ sans aiicime possihililé de chercher un abri. Le clu;iial navigable y esl parfois si élroil, ([iie deux grands bateaux. Jie [xnu'raieid pas séviler. La Jureur des vai^ues élail lellemeid lorle, (pi'elles se bi'isaieul sur des rochers caches sous les eaux a 20 mèli-es de prolondeur, cl jaillissaienl eu hurlaul. eu écumaid. eu se reuversaid les unes sur les aulres, à des hauleurs iuouïes par-dessus les écueils découverls. TaïUôL soulevé sur le dos d'uue jiiouta^iie li(|uide, tanlôL plongeaul daus uu gouffre, entraîné tanlôt vers la droile, lautôl vers la gauche, souvent à deux mètres des rochers, notre (Jiristiania, qui cependant est un des plus grands navires de la côte norvégienne, chancelait comme un liomme ivre.

« — Ah! Monseigneur, me dit le capitaine, pourvu que la machine et le gouvernail tiennent bon! Si une seule yis cède, nous sommes perdus, et personne ne retrouvera jamais nos os. N'en dites rien; pour vous, je vous connais, vous n'avez pas peur de la mer. »

Pauvres passagers, dans quel état ils se trouvaient! Quant à mon brave compagnon, qui n'avait jamais vu de vagues et n'avait aucune idée du danger que nous courions, il trouvait tout cela admirable et essayait jnême de prendre des notes pour décrire plus tard, dans le journal de son paj'S, combien la mer était belle, pittoresque, etc., jusqu'à un certain moment où, à son grand étonnement, il se sentit venir des nausées inconnues, suivies d'un copieux sacrifice fait au dieu Neptune. Pour moi, j'ai la chance d'être absolument réfractaire au mal de mer.

Tout est bien qui finit bien. Avec un retard d'une demi-journée, nous arrivons i^i Laurvik. Mais là mon vieil architecte.se plante devant moi :

« — Vous me donneriez toute la ville de Stavanger que je ne vous suivrais pas plus loin. J'attendrai ici la première occasion pour retourner à Christiania, et puis je vous enverrai mon fils à Stavanger. Vous feriez .bien de ne pas continuer non plus le voyage. »

Il n'avait pas tort, car, comme nous l'apprîmes plus tard, dans cette journée du 7 septembre, un grand nombre de bateaux périrent dans

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ces parafes. Mais il m était impossible de suivre son conseil, car on m'attendait à Stavanger.

Le capitaine, croyant que la tempête se calmerait bientôt, reprit la mer. 11 alla de station en station, espérant toujours, toujours déçu. Mais le J)ateau portail le courrier, et il ne faut pas que les bateauxposte soient en retard. Après une journée et demie de dur ballottement, nous arrivions à Kkersund. doîi une liiîne de chemin de fer va à Stavanger. Comme nous avions nos billets ])our Stavanger. nous voulûmes continuer par bateau.

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