‹ Promenades en NorvègeChapitre 36 sur 72 · L'ISOLEMENT DU MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

L'ISOLEMENT DU MISSIONNAIRE

EN parlanl dr liililiU' des niissioniiaires anibiilaiils, jai fait allusion à î isok'incul forcé de beaucoup de nos prêtres, surtout de ceux (jui travailloiil au Tond de la Lapoiiie, à des centaines de kilomètres de leur plus proche conlrèrc. Pendant (pie mes compagnons et jnoi passons en bateau du Sogneijord. à son voisin vers le nord, le Nordfjord. lisez la lettre qu'à Ja date du 10 janvier dernier, lors(pie le soleil avait disparu depuis un long mois de l'horizon, m'écrivait de ces parages arctiques un ouvrier apostolique, à qui j'avais confié, depuis quelque temps, ce poste avancé.

« MoxsEuixF.rr,.

» Je suis triste, triste, et je n'aî personne à qui ouvrir mon cœur; je n'ai même pas le soleil pour relever un peu mon courage. Mais jai un père, et je sais qu'iil comprend et qu'il partage les peines de son fils. C'est vous, Monseigneur. Je vais donc vous dire ce qui désole ma pauvre âme. Rien que la pensée de vous parler est un rayon de lumière dans les ténèbres qui m'environnent.

» Votre Grandeur sait, — je vous l'ai Récrit dans le temps, — que le Seigneur a largement l)éni mes efforts dans le nouveau district que j'avais à défricher. Il m'a été donné de ramener au sein de la véritable Église bon nombre de protestants. Ils faisaient ma joie et ma gloire. Jeune missionnaire, dont ils étaient les premiers-nés spirituels, jetais fier d'eux, comme une jeune mère est fiôre au milieu de ses petits enfants. Je pensais au moment où je les présenterais à leur jière, à Voti'e Grandeur, pour recevoir le Saint-Esprit par l'imposition de vos mains.

» Ai-je été puni de cet orgueil? Les voilà presque tous partis! Ils étaient pauvres, et ils ont dû quitt'îr le paj's pour trouver le pain qu'ils ne pouvaient pas se procurer ici.

ENTEE BERGEN ET AAM-SIM). 1 11)

» Ils resteront fidèles, ils nie lonl promis, cl j'ai confiance en eux. Mais moi, je reste prescjuc seul au milieu de nos frères séparés! Ceux-ci sont bons, oui, et j'espère ({uc le jour arrivera oii eux aussi m'appelleront leur pasteur: mais en attendant je suis presque sans «nf ants !

» Pardon, Monseigneur, maintenant cjuc je vous ])arle, je vois que j'C suis moi-même un grand enfaiit, qui ne sais pas encore faire un sacrifice. Patience, je l'apprendrai, quand une fois je me serai mieux habitué à supporter l'isolement au milieu de cette interminable nuil arctique, et quand j'aurai mieux appris à connaître la nécessité du sacrifice pour celui qui veut sauver des âmes immortelles. Le Pasteur des pasteurs, cloué à la croix pour sauver ses brebis, plongé dans les ténèbres qui enveloppaient le Calvaire, se sentait même abandonné par son divin Père. Et moi, je sens que mon Père céleste est avec moi et me comble de ses grâces; je sais encore que j'ai en îToais un père qui pense à moi, qui m'aime, qui en ce moment prie pour moi et me bénit. Et je gémirais? Xon. je ne gémis plus! J'aurai d'autres enfants. Quelle joie!

» Bénissez, Monseigneur, votre fils consolé. »

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