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UNE CATASTROPHE

POUR passer du Sognefjord au Xordfjord, nous pouvions prendre par terre en partant du petit .port de Vadheim. Nous aurions alors pu admirer des paysages dune rare beauté et nous embarquer soit à Sandene, soit à Utvikcn au Xordfjord. Mais cela aurait demandé beaucoup de temps, et dailleurs je désirais vivement voir de près la localité assez importante de Florœ, située ï\ l'entrée du Nordfjord et sm' le chemin des bateaux qui vont de Bergen à Trondhjem. Dans l'intervalle que \e bateau employa à déchai'ger et à charger ses marchandises, il nous fut facile de constater l'importance et de prévoir

ir»0 PROMENADES EN NORVÈGE.

revenir de ce pelil bourg; ce sera bientôt une ville dont le mouvement commercial sera assuré i)ar les grandes pêches du voisinage, l)ar la Jei'lililé de ses environs immédiats, et surtout par ses excellentes communications par eau, d'un côté avec le grand Nordljord, et d'un aulre avec les i)orls de la côte. C'est dire qu'il nous y faudrait au moins une annexe, dépendant soit de Bei'gen, soit d'Aalesund. Bonne note est prise de cette paroisse à l'onder... quand nous serons riches!

Non loin de Florœ le capitaine nous montra le tliéàtre d'une catastrophe dont une cinquantaine de touristes français faillirent être .victimes, le 11 juillet 189G. De même que des bateaux anglais et allemands organisent chaque été des excursions en Norvège, au Cap Nord et même jusqu'au Spitzberg, un bateau français, le Général Chanzy, était venu dans nos parages.

Le 9 juillet, ces cinquante touristes avaient rencontré au grand hôtel de Stalheim, au bout du Nœrœdal, l'empereur d'Allemagne, qui les avait charmés par son amabilité, et leur avait même cédé le pas à la salle à manger pour leur permettre de regagner à temps leur bateau. Or, dans la nuit du 10 au 11 juillet, en passant du Sognefjord au Nordfjord, le Général Chanzy fut surpris par un épais brouillard et une pluie battante. Le pilote n'en continua pas moins de marcher à toute vapeur. Mal lui en prit, car, un peu après minuit, le bateau donna contre un écueil. Le choc fut terrible. En un clin d'œil, tous les excursionnistes, arrachés à leur sommeil, se trouvaient sur le pont, dans le plus sommaire costume. Comme le bateau s'inclinait fortement d'un côté, le capitaine eut peur qu'il ne chavirât, et fit mettre toutes les barques à l'eau. Les pauvres touristes s'y jetèrent sans penser à compléter leur toilette et, au bout de quelques heures, ils se retrouvaient tous sains et saufs à Florœ. Parmi eux se trouvait, raconte le Morgenblad, un jeune couple en voyage de noce. Or la peur avait tellement étourdi le mari, qu'oublieux de tous ses devoirs envers sa pauvre petite femme, il sauta dans la première barque, «C songeant qu'à sauver sa précieuse vie; mais ce qui est impayable,

ENTRE nERfilN ET AALESIM». l.')l

c'est qu'au moincul d'y descendre, il cria au stcivarl coiffeur: «Monsieur, je vous confie ma femme. » Un autre touriste fut plus chevaleresque que notre héros et prit soin de la mariée jusqu'à ce qu'elle fût en lieu sûr. On rit beaucoup de l'incident, malgré la gravité de la situation.

Celte fois encore, l'empereur d'Allemagne agit en gentleman. Aussitôt qu'il eut appris l'accident, il envoya son aviso Gefion au secours des naufragés, et ce fut grâce à l'assistance du steamer impérial et d'autres bateaux que le Général Chanzy fut renfloué. Cette mésaventure impressionna fâcheusement les passagers et, au lieu d'aller voir le Cap Xord. la plupart s'en retournèrent en France par chemin de fer.

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