PONTS ET CHEMINS AERIENS
SI, un jour, le lecteur veut iaire une belle excursion en Norvège, (lu'il aille, comme nous, jusqu'au fond du Nordijord, à Visnes, que là il s'établisse à l'hôtel Central, et que, de ce quartier général, il visite successivement, l'un après l'autre, les lacs Olden, Loen et Stryn, encadrés par des cimes d'argent, des cascades d'émail et des glaciers de diamant. Si l'extase ne l'enlève pas dans l'autre monde, son cœur sera conquis par la Norvège, car il ne pourra plus se soustraire à son charme.
Pour nous, nous devions nous contenter du Stryn, par où notre chemin nous conduisait au grand dédale des fjords cjui débouchent près d'Aalesund. Après que nous eûmes pris notre déjeuner à l'hôtel Central, les gracieuses karriols de la maison Cook nous enlevèrent et nous conduisirent pendant une heure le long de la rivière Strynselv.
Chemin faisant, nous eûmes Toccasion de voir un pont d'une simplicité extrême. Un gros fil de fer était tendu d'un bord de la rivière à l'autre; une sorte de fauteuil y était suspendu par une roulette, et un fil de fer plus mince partait des deux côtés jusqu'au rivage, où il était attaché. Voilà tout le pont. Voulez-vous éviter un détour d'une heure? Bien, mettez-vous dans le fauteuil, tirez le bout de fil de fer attaché à l'autre côté, et vous y serez en trois minutes. Le vertige? Cela ne se connaît pas en Norvège.
Préférez-vous un chemin de fer aérien? A votre service. Vous avez là-haut, un peu au-dessus des nues, un chalet, où vous faites paître vos vaches en été et où vous fauchez encore votre provision de foin pour l'hiver. Pai'fait; mais comment faire descendre, sans se con-
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(laïuiicr à des délours infinis, le lail, le. l)('in rc. k' l'i-oniage, le foin, dont vous avez i)esoin dans votre ferme, située dans la vallée, et vice versa, eoninienl l'aire monter les vivres? Vous allaeliez un gros fil de fer tout en haut; le fil se niofjue des ravins el des torrents de l'abîme; il est fixé en bas à un au Ire terminus. Ici encore un autre fil, plus mince, s'enroule en haut et en bas sur un tambour actionné à volonté par une manivelle. Une roulette circule sur ce câble. Maintenant attachez à celte roulette tout ce que vous voulez envoyer; avertissez d'un coup de sifflet celui qui est à l'autre bout, et vous verrez, en tournant, votre fardeau monter ou descendre en un clin d'œil comme par enchantement. ISfais si vous êtes en haut, lâchez de ne pas dévaler en même temps que la charge que vous expédiez, comme il arriva dernièrement à un jeune homme de l'étroit Osefjord, embranchement du Hardangerfjord.
Le câble transporteur traversait toute la largeur du fjord. Or, en y attachant une botte de foin, l'expéditem- glissa, et le voilà descendant comme l'éclair, d'une hauteur vertigineuse. Il tint ferme, mais le fil de fer lui aj-ant coupé les doigts, il tomba dans le fjord. Heureusement des spectateurs avaient vu l'accident se produire, et bientôt une barque repêchait le héros de l'aventure.
Malgré le danger auquel on s'expose, il arrive assez souvent qu'on profite de ces loiparstrenge pour descendre des .chalets.
C'est qu'ils n'ont pas de nerfs, les Norvégiens. Nous le remarquons dans nos hôpitaux; même les enfants y subissent d'effrayantes opérations sans faire entendre le moindre gémissement. Dernièrement un gamin, voulant passer par dessus une haie, s'était enfoncé un pieu dans l'estomac. Ne pouvant le retirer, il se contenta d'en rompre le bout qui sortait de la plaie, et se traîna jusqu'à la maison.
« Maman, dit-il, je ne suis pas bien, j'ai mal à l'estomac. » Figurez-vous l'effroi de la pauvre femme en découvrant la cause de cette indigestion !
On parle beaucoup de l'héroïsme des Norvégiens; de fait, le sangfroid avec lequel ils se comportent au milieu du danger est obsolument inouï. Or voilà qu'un de leurs grands poètes, Jonas Lie, nous
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(lit cjiic ('(.'l luToïsmc n'csl dû (iiià labscnco de iiorls chez eux, et (111 ils lie coinincncciil à lr(Mnl)lor fine le IciKlciiKiin du daiiffcr. Pour ma pari, je n'ose pas aller si loin, (ar sans neris, j)as de cœur, et l)our la .sensibilité, les Norvégiens ne le eèdenl à aucun peuple.