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AU MILIEU DES GLACES

T T N i)etit bateau à vapeur nous pi-jl à ])f):-d pour nous faire tra- ^^ verser le lae de Str^'ii. Nous eûmes tout de suilc l'impression que le capitaine savait ^ipprécier riionneur d'avoir à son bord des gens comme nous; car, à peine parli. il se mit à faire sur le pont même une toilette fin de siècle, à se laver, se peigner, etc. Mais voilà qu'un cri retentit:

« — Mon parapluie ! mon parapluie ! ! ! »

C'était sérieux. Immédiatement le capitaine interrompt ses intéressantes manipulations, jious virons de bord et retournons chercher le précieux objet, qu'une bonne femme avait publié. Cela nous fait perdre une demi-heure.

Et le Jac? Prenez un trou bien profond, emplissez-le d eau limpide, entourez-le de murailles de granit s'élevant à pic, déchirées çà et là par quelques fissures pour permettre au soleil d'y jeter de temps à autre un coup d'œil, couronnez leur sommet de neige et de glace, zébrez-le d'autant de cascades que vous voudrez, étendez par dessus un bout de ciel bien bleu, et voilà tout. Quelques fermes accrochées aux parois empêchent que ce soit une « nature morte ». N'oubliez cependant pas que voire trou mesure 16 kilomètres de longueur.

Après deux heures et demie, notre petit vapeur pousse un cri strident, répété cent fois par les échos. Nous sommes arrivés au bout du lac, à l'hôtel Hjelle, à Tentréo du Videdal, dans lequel nous allons nous engager. On nous averlit qu'à l'hôtel le dîner nous attend. Mais, de son côté, M. le curé de Berge'n nous dit qu'il est fatigué de

LE JALDROEN (voir p. l6j).

Prom enades en Xoivère.

ENTRE nERGEN ET AALEST ND. lO.'i

traîner dmis 3a valise le « dîner » dont les prévoyantes Sœiu's de Bergen l'ont muni en cas de détresse. Que ne l'a-t-il dit plus tôt? Cependant, pour faire honneur à ce dîner, il nous faut une salle à manger plus yasle avec une vue plus étendue. Donc en avant!

Nous montons pendant 6 à 7 kilomètres une pente douce encore, fertile et boisée. De temps à autre, nous tournons Ja tête pour voir les cimes du Tindefjcid et du BnTikkefjeld, au pied desquels nous avons passé, puis l'immense glacier Fosnœsbrœ.

Mais bientôt, près du petit hôtel Skaare, nous n'avons plus le temps de regarder en arrière. Devant nous se dresse le majestueux Aaspelifjcld, dont nous serons forcés de contourner le pied en lacets pour arriver à Ja première des trois terrasses du Videdal. Là, à notre droite, le sauvage Nuken, dont le front argenté s'élance jusqu'à 4.400 pieds, et d'où pendent des glaciers lançant dans le vide des cascades fumantes, tandis qu'en bas le Videdalselv fait des bonds incroyables.

Nous suivons durant quelque temps le cours du Skjaerringsdalselv. dans une gorge tellement étroite et profonde que, parfois, il nous est impossible de distinguer au fond le torrent qui mugit.

Au moment où nous venions de traverser Ja rivière par le pont Jalbroen, suspendu au-dessus de l'abîme, M. le curé de Bergen saute de sa karriol et se met devant nous avec un commandement de halte énergique.

« — Ou nous prenons notre dîner, dit-il, ou je mourrai de faim dans ce paradis de granit et de glace. »

Nous avisons une belle et large pierre où, avec l'adresse d'un garçon de restaurant expérimenté, il étale les délicates gourmandises qu'il avait en réserve, sur une nappe plus blanche que la neige des montagnes, tandis que son confrère roulait autour de la table d'énormes blocs devant servir de chaises. Jamais Lucullus n'a dîné comme nous.

Tandis que la bouche se régalait des plus délicieux produits culinaires, les méthiqiics des Sœurs, l'œil ne pouvait se rassasier des beautés du paysage, et l'ouïe se délectait du concert des cataractes. La seule ombre au tableau, c'est que le jeune curé de Saint-Halvard est trop remuant. Comme il était assis tout au bord de l'abîme, nous

l()l rnoMr.NADKS en NonvEriE.

nous alleiulioiis à I v voir disparaUre diiii inoineiil à 1 aulre avec sou sièj^o.

Knliii h; diiicr liiiil, cl il rcslail encore assez de vivres pour un repas. Pour reniellre en ordre la salle à manger, mes compagnons roulent table et chaises dans le précipice, et nous repartons à pied, pour ménager les chevaux, car il l'ait très chaud,

lui une heure, nous atteignons la seconde terrasse où, en allendanl l'arrivée des chevaux, nous nous fîmes servir nnc tasse de café dans un chalet solitaire, tenant lieu de relais, pour essayer ensuite, mais cette fois en voiture, de gravir la dernière terrasse. Mais bientôt, hélas! quelle surprise! la neige nous barrait le chemin. De la neige au mois de juillet!

« — Ce n'est rien, » dit le cocher.

Rien?... Nous dûmes descendre de voiture et trotter à pied durant huit kilomètres! Souvent nous enfoncions dans la neige jusqu'aux hanches. Puis le soleil s'était voilé, et les innombrables glaciers, que nous aurions pu toucher du doigt, et le Jac gelé Langevand exhalaient tous à Ja fois un froid tel que nous gémissions de ne pas avoir apporté nos yêtements d'hiver. Pour comble de malheur, à un moment donné, la semelle de mon soulier resta collée ,au sol. Tant pis ! marchons sans semelle.

Le cocher eut pitié de moi. Au moment où, arrivés au point culminant de la route (1330 mètres), nous ne voyions plus que glaciers et champs de neige, champs de neige et glaciers, il me dit:

« — Courage, nous approchons de la hutte du refuge de Vatsven; là vous vous chaufferez. »

Pour me prouver qu'il disait vrai, il nous montra à côté du chemin une énorme caisse à demi ouverte, remplie de bouteilles de cognac, de vin, même de Champagne, que le propriétaire du refuge avait dû y abandonner, parce que le chemin, d'ailleurs tout neuf et admirablement construit, n'était pas encore praticable. Ces provisions, toutefois, ne couraient aucun risque: en Norvège les gens de la campagne ne volent pas. Dans les villes, c'est différent.

i;ntri: rfrcikn et aalksim). Km

Enfin hi Jiiilk- csl alU'iulc. L'inléricur forninil une vaslu siillc, doiil la inolliô (Hail divisée en un grand nonil^rc de* comparliincnls avec des lils superposés. La salle était bien chautrée, la eafelière bouillait sur làlre. Si vous saviez (juel eliit produit je pai l'uni du niokîi sur un pauvre voyageur liansi de IVoid ! Vite, vile jious elianj^eons de bas, puis nous savourons rinlusioii réconlbrlimle, en même temps ((ue nous faisons preslemenl disparaître les grandes tartines (piOn nous sert. Béni soit le Seigneur d'avoir créé le e-idé et les laclines!

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