NOS SŒURS
I 'allais gémir .en voyant tous ces besoins, mais, eu vous accompagnant dans les ilorissantes maisons de nos Sœurs, je sens ma joie renaître. Voyez là, à quelques pas de l'évêché, l'Institut de Saint-.loseph, qui .est eu même temps la maison provinciale et le noviciat des religieuses de Saint-Joseph de Chambéry, notre orphelinat, la maison d'éducation des enfants de nos catholiques dispersés, et la maison d'école pour les filles de la paroisse de Saint-Olaf.
Le noviciat, fondé il y a quelques ajuiées seulement, compte en ce momenl trente-six novices et postulantes, destinées à recruter le personnel religieux de nos écoles et de iios hôpitaux dans tout le Sud- Est de Ja Norvège, assigné à cette congrégation. Ces généreuses viergeii, appelées a prêcher, non par la parole, niais par l'exemple, nous aiTiveJil de Ions les pays. A côté des .eiifants de la France, vous voyez de pieuses filles de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la Suède, de 1 Italie, et siu-tout de la iNorvège elle-même. Dernièrement j'ai donné le samt habit à ti^ois jeunes Norvégiennes, en présence de leurs parents et amis, pour la majeure partie protestants, ce qu'elles-mêmes étaient encore II y a quelques années. Impossible de vous dire l'impression que firent sur ces âmes, droites et chrétiennes malgré leurs erreurs, ces touchantes cérémonies el les paroles que j'adressai à ces enfants, qui allaient tout quitter pour suivre le Seigneur. A ces moments le protestant, lui aussi, devine la grandeur de cette Église qui sait hispirer à ses fidèles un tel renoncement, et c'est à ces scènes émouvantes que le bon Dieu attache souvent la grâce de la conversion.
Mais il me tarde de vous montrer une autre maison de la même congrégation, où les Sœurs mettent en pratique le dévouement qu'elles apprennent au noviciat. C'est notre magnifique hôpital de Notre- Dame de l'Espérance.
En 1895, cet hôpital ne consistait encore que dans quelques bara- (jues en bois, étmites, laides, malsaines, niais toujours recherchées par les nié(lecins et les malades, parce que la charité des Sœurs les changeait en paradis. Tout le monde, surtout les médecins, tous protestants, nous demandaienl à cor et là cri de remplacer ces huttes })ar un hôpital digne de ce nojn. On organisa des bazars pour venir en nide aux S(eurs; des institutions j)ubliques Jeiu' accordèrent des subsides; mais, nialgré loutes ces générosités, on n'arrivait pas à rassembler le quart de ce qu'il fallait pour élever un hôpital comme il le fallait, vaste, beau, répondant à toutes jles exigences modernes.
« Empruntez donc! nous disait-on de tous côtés. La pension des malades couvrira tout. »
Et, en tremblant de peur, nous avons emprunté; la mission a hypothéqué ses immeubles pour des sommes énormes. Je fis transporter l'ancien édifice en bois à 6 kilomètres de la ville, où, sous le nom de Villa de Noire-Dame, il sert maintenant de maison de convalescence aux jnalades sortis de l'hospice et de maison de campagne aux Sœurs souffrantes et aux novices. A sa place, vous voyez maintenant, sur une petite colline derrière l'évêché, Je plus bel hôpital de la Norvège. Surmonté d'une magnifique statue de la Sainte Vierge, don du Consul général de France, M. le niarquis d'Héricourt, il domine toute la ville et permet au regard étonné de se promener pai^dessus les innombrables îlots du fjord et d'embrasser les grandioses chaînes de nionlagnes qui ferment l'horizon de Christiania. Chauffage à la vapeur, lumière électrique, salles d'opérations vastes et étincelantes de propreté, tout ce que l'imagination d'un médecin saurait rêver, s'y trouve.
Les salles et les chambres sont bondées de malades, depuis les grands seigneurs et les dames de l'aristocratie jusqu'au simple ou\Tier et à la pauvre veuve. Les professeurs de l'Université, les premiers chirurgiens du pays y opèrent et traitent les patients. Et tous, médecins et malades, catholiques et protestants, bénissent ces vierges qui leur ont donné ce temple de la charité, et estiment cette Église qui a mis tant de bonté dans leurs cœurs. Et Jes dettes, et les rentes, et
A CIIHISTIAMA KT HWIHONS.
les ainorlissciiK'nls? Nous ne trcniljlons |)liis. Ali' oui, il r;iiil iiik; économie énorj^iciuo; dis ;i|)|) -is à la cliarilc' j)our les malades non juiyanls sont nécessaires. Mais laveiiir est assuré j)iu' la ^^éiiérosilé des malades, .el nos prières sont éeoulées, même j)ar nos coneiloyens proleslanls.
L'hiver derner. des tia.iies eîiarilahles de )a ville, la i>luj)arl i)rolestanles. ont organisé un bazar en laveur de I hùpilal. Combien pen-
HÔPllAL NolKh D.-.ME A CHRISIIAMA ,\oir p. 15).
sez-vous qu'il a produit? 5.000 couronnes, soit G.850 francs! Cela ne veut pas dire que nos bonnes Sxurs n'aient plus besoin d'être aidées; mais ce résultat, joint aux éloges qui leur sont prodigués, dit, plus éloquemmcnt que de longs articles, ce que la Norvège protestante pense des religieuses catholiques, que la France surtout leiu' a envoyées.
Du reste, les Sœurs de Sainte-Elisabeth, qui ont leur maison-mère à Breslau. et dont les maisons norvégiennes sont également réunies ■en province, sont les dignes é.nules des Sœurs de Saint -Joseph.
Pormenades tn Xorvtge. 2
18 PROMENADES EX NORVÈdi:.
A celle r<jiigrcgalioii, j'ai attribué la partie la plus (liriicilei de la Norvège, les régions arctiques, tandis qu'au !Sud-()uesl du pays nous retrouverons d'autres Sœurs encore.
.l'ai dû procéder à cette répartition entre les différentes conj^régations ix)ur que, vu l'énorme extension du pays, les maisons et les forces d'une même congrégation ne soient pas tix)p éparpillées. Il a été fait une seule exception en faveur des Sœurs de Sainte-Élir saJbetli, qui ont une maison dajis la paroisse de Samt-Halvard, à Christiania, où elles enseignent à l'école paroissiale en même temps qu'elles soignent les malades à domicile. Il leur fallait absolument un refuge dans la partie plus tempérée du pays, pour que les Sœurs, fatiguées par les rigueurs du Nord, pussent y retremper leur santé.