‹ Promenades en NorvègeChapitre 6 sur 72 · ET LES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ET LES RELIGIEUX

DE religieux, nous n'en avons pas encore. Un essai avait été fait dans le temps; mais comme la législation du pays ne leur permettait pas d'établir des maisons à eux, où ils pussent vivre d'après leur règle, les quelques membres des congrégations qui étaient venus en Norvège se sont retirés peu à peu. L'ai'ticle 2 dela Constitution norvégienne portait la disposition suivante: « "Les Jésuites et les Ordres religieux ne sont pas tolérés. » Or, si, en pratique, cette disposition ne nous gênait guère, il allait de l'honneur de notre Sainte Église d'en obtenir l'élimination. Nous lui avons donc donné l'assaut, tant dans notre journal que dans des. brochures, et ;cn même temps nous nous sommes mis en relation avec des députés tant de la droite que de la gauche.

Enfin, en 1892, nous eûmes la satisfaction de voir apparaître au Storting une proposition d'abolition de cet article. Comme cependant tout changement à la Constitution doit passer par trois législatures différentes, la proposition ne put être débattue qu'en 1897.

A ( lllUSTIANIA KT KN VIRONS. lî)

Vax Norvège, de nièmc (|ii ailleurs, les Jésuites ont le privilège d'être détestés par les adversaires de l'Église. On seinda la proïKJsition. La première partie, l'admission des Jésuites, eut bien la majorité absolue, 03 voix contre 18, mais non les deux tiers des voix requis par la Constitution. I-^lle fut donc rejetée, et elle la été uni(iuement l^arce qu à cette époque les journaux avaient répandu les plus odieuses calomnies contre les Jésuites à Madagasci»r. où les Norvégiens entretiennent d iniporlanles missions. Par contre, l'admission de tous les autres Ordres religieux a été adoptée par 77 voix contre 'M. Cependant les Jésuites ne tarderont pas non i)lus à reconquérir leurs droits. Il y a ({uekpies mois seulement, le i)résident i\u Storting luimême remit la (juestion sur le tapis, et elle ne fut écartée que parce ([uc le Storting ne voulait pas se déjuger à si court intervalle.

A l'occasion de ce changement à la (Constitution, le libéralisme de bon aloi des députés norvégiens s'est de nouveau manifesté d'une manière éclatante. Si quelques fanatiques n'ont pas pu s'empêcher de donner libre cours à leur haine contre les religieux, d'autres députés ont catégoriquement déclaré f[ue. ne voyant pas comment ces religieux pourraient menacer les intérêts de l'État, ils ne se reconnaissaient pas Je droit de refuser ce que, nous autres catholiques, nous prétendions appartenir a l'intégrité de notre Église; en principe, les catholiques seuls étaient juges des libertés qu'il leur fallait, et les sympathies ou antipathies personnelles des députés n'avaient pas voix au chapitre.

Voulez-vous un autre exemple du noble esprit de tolérance dont sont animés les législateurs d'mi pays où. il n'y a pas si longtemps encore, tout prêtre qu'on aurait arrêté aurait été condamné à mort, tandis que les catholiques étaient privés de leurs biens et bamiis?

Le 16 a\Til 1898. tn revenant d'un voyage, je Ais dans les journaux que la seconde Chambre du Storting était occupée à discuter une loi permettant la crémation des corps; Jes évêqnes de l'église de l'État, ccnsultés. n'avaient rien trouvé à y redire, et les deux premiers articles de la loi. déjà votés, contenaient des dispositions qui

20 i'ii<)Mi;\,\i)i:.s i;\ xonviKii:.

(Icvaifiil blesser i;i conscience {\ Ww c;illi()li(|ne. |)nis(|u'ils perniell;ii( ni. par exemple, à un père proleslanl de j'aii'e hniler le corps de son l'nl'anl ealliolicpie à^é de moins de li) ans, cl loi-çaienl ini eidanl (■allioli(pie à J'aire hrfiler le c )r|)s d i;n |;ai-enl proleslanl (pii I aurail e\i,u^' dans son li'slamenl.

Immédialenu'iil, j'écrivis a M. le Présidinl dn Slorling une lellre dans hupielk j'exposais mes objccliojis. en lui e\|)li(piajil; (|ue IH^lise JIDUS délendail, sons peine de péché mortel, de cooj)érei;* à uni- crviiialicJi. el en le [)rianl respecluensenunl de ,comniuni(jucr ma réclama lien à !la C.hambre.

Le 18 au matin, le curé de Sainl-Oial' porla la lellr(^ à IM. le Président, au .moment même où allait souvi'ii' ja séance pour continuel' la discussion de la loi. Dix minutes après, ma lellre était lue du haut du siège présidentiel, et. (juoicjue ce lie inlervention lardive causal des formalités bien compliquées, les articles déjà votés par le Storling lurent changés, absolument comme je l'avais proposé. J eus encore la .satisfaction d'être remercié par .des journau.x protestants pour être seul intervenu dans celte ([uestion délicate en faveur de la liberté des consciences.

Dans la question scolaire, j'ai toujours trouvé le même vrai libéralisme. Nos écoles catholiques sont absolument libres, et là où nous en avons, les catholiques n'ont i)as à payer la taxe pour les écoles publiques. D'après d'an.'iennes lois, les bureaux de bienfaisance, oiî siège encore le ministre protestant, avaient le droit de placer des enfants pauvres dans des familles, qui pouvaient leur faire donner une éducation protestante, et une commission avait ]e droit de placer, soit dans des établissements spéciaux, soit chez des protestants, des enfants catholiques abandonnés. Je m'adressai au fiouvernemeiit et au Storting pour qu'on apportât des changements a ces lois, afin de sauvegarder nos droits, et j eus la joie de voir accepter toutes mes demandes. En ce moment même, le Storting s'occupe d'une proposition que le Gouvernement lui a faite, à ma prière, (hms une nouvelle loi sur la bienfaisance puJjlique. prop;)silion ({ui sera admise sans aucun doute. .

A ClIUlsr AMA ET ENVIRONS. 21

On nii' Iroiivi- parfois (|iiel(|Ui' ptui ciitliousiasle. l«)rs(|Uf je |)arlt' (11' iiu's cliers compatrioles norvéfïiens. Coniinciil ne pas I èlri'. lors- (luOn voit (lo tels i'\i'm|)k's de largeur d'ospril t'I de ((l'iir pour loul ce <iui est vrai il juste?

Mais il est temps de dire adieu à Christiania i)our faire voir au\ leeteurs ce cpi On peul ai)[)eler la |)rovince .

Avant de jKuiir. nous allons cependant faire une j)etite excursion et saluer notre i)lus proche voisin. M. le curé de l'redriksstad. un Xécriandais plein de vie et d énergie. Ce n'est pas bien loin. 94 kilomètres seulement.

A FREDRIKSSTAD

Nous n'y trouvons plus la chaumière où Xotre Seigneur daignait résider en 189Ô. ni le trou c(ue nous décorions du nom d'hôpital et où nos lionnes Sœurs se tuaient en sauvant la vie à leur prochain. C'est que là nous avons eu de la chance. Xos tristes baraques couNTaient un terrain qui. tout d un coup, s'est trouvé dans le centre d'affaires tle la ville. Et voilà qu'un jour, au mois de juin 1898. un ^Monsieur, dont la femme est Française et catholique, vient m'bffrir. pour le terrain, une somme qui jue fit tout simplement tourner la tète.

Je calcule: voilà de quoi payer la dette cjui ^rève encore la propriété, acheter un emplacement plus vaste et plus beau dans une partie plus tranquille el mieux située, y emménager un magnifique hôpital pour les Sœurs, construire ime belle église, une maison d'école et un presbytère digne de ce nom. Accepté. Le lendemain, je suis à Fredriksstad. l'acte de vente est dressé, un nouvel emplacement acquis, notre prêtre et nos Sœurs sont en extase. Aujourd'hui, que voyez-vous? Un nouvel hôpital, en bois. oui. mais vaste et commode, est déjà en plein fonctionnement. La nouvelle église,

22 i'1U)mi;nai)i;s lix Noitviaii:.

Ii'colc cl je pi'i'shylèrc. coiislruils vu bois, eux aussi, mais vrais hijoiix (le raiiciiMi slylr noivri^ioii, ont iHé Jiiau^iirés le 12 novembre 1899, au luilicu duiic arilucncc iuei'oyablc de (uilholiques el de pro- Icstanls. Cv (|ui iu)us a surloul rendus beui'cux. «c-'esl (\uv j)res(jue loult's les aulorilés de la ville ont bien voulu èlre de la lêle.

.l'aime beaueouj) ce vieux style norvégien, si sérieux et si co(juel en même tem])s, el surloul si catholique; car il dale du temps où la Norvège était en connnunion avec Home.

Nos eonciloyens ])rotestants eux-mêmes nous ^savent gré de faire revivre dans jios constructions en bois les gracieuses formes inventées par leurs pères; ils avouent qu'au fond nous sommes plus Norvégiens (ju'eux-mêmes. Pour y arriver, nous n avons qu'à dépenser un peu de goût, car une belle construction ne coûte i)as plus qu'une laide.

Nous avons bâti dans le même slyle notre église de Stavanger, et les églises nouvelles de Drammen et de Porsgrund, que nous verrons bientôt, sont dans le même genre.

A FREDRIKSHALD

EN poussant notre promenade à 43 kilomètres plus loin, nous arrivons à lu pittoresque ville de Fredrikshald, ancienne forteresse, située au bord de la mer et protégée par d'énormes rochers à pic.' Là nous avons depuis longtemps une grande église et un joli presbytère, en pierre ceux-là. Mais là également, ce que nous appelons hôpital n'est (juime vilaine maisonnette en bois. Depuis des années les médecins réclament contre ce triste état de choses. Les pauvres Sœurs se sont mises au jeûne pour créer un petit fonds de construction. Une religieuse norvégienne y a versé son patrimoine. Le reste à été emprunté. L'automne prochain, nous l'espérons, Fre-

A CllIUSTIAMA 1:T KNVIRONS.

driksliakl aura son hôpital en pierre. Le jiouvel hôpital a été inauguré le 26 décembre liK)0/ lue lois dehoul. il se soulieii(h*a ])ieii hii-

AU VALDERS (voir p. 2$).

même, car les malades norvégiens ne se montrent pas ingrats envers les Sœurs, qu'ils voient se sacrifier pour eux. Il est vrai que, de

ru().Mi;.\Ai)i;s i:\ xonvi-i;; .

li'm|)s M aiilrc, (iucl(|ii(' l:iii:ili(|iic s'alliKiiu' à elles; mais le public s'en iii()(|iie eL coiilliiue à les aimer.

, ;||ij|»w*'

AU VALU. RS (voir p. 25;.

Parmi les nombreux amis qu'elles ont eu Norvège, M. le docteur: Scharlaclî, agent général de la Société Th. Cook et fils pour la Scan-

A (lIKiSl lAMA KT ENVIRONS. 25

(iinavie, occupe une pliicc iuiixuiMnlc. Illanl loinbc malade, il lut soigne el guéri par nos Sd'urs de Hergi'u, el depuis ce temps sa reconnaissance ne connaîl [)lus de bornes. Il ,s est même lait (piêleur pour elles en Angleterre. Le |)ère prolile nalurellement de l'estime qua i)()ur ses iilles ce généreux pi'oteslanl. Bien des lois il ma offert un voyage gratuit, el lorsqu'en 189.") il api)rit (\uv je désirais aller à' Bergen par Je Valders avec un évèque étranger, il mil gracieusement à notre disposilion un magnifi([ue landau. Jamais je n'ai l'ail de plus beau voyage.

La promenade que nous allons enlreprendre si' Jcra aussi gratuitement; car notre ami ma donné un billel pour ([ualre personnes, et je suis heureux ifen profiter afin d'explorer certaines parties du pays que je n'avais pas encore pu voir jus(|u'ici. Nous sommes cependant deux seulenienl. car. en dehors de ^I. le curé de Saint-Halvard, aucun de nos prêtres ne peut quitter son poste.

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