‹ Promenades en NorvègeChapitre 57 sur 72 · NILS · texte numérisé non relu

NILS

■QENDANT qiic 110 US Civusoiis, iic rciiiai'quez-y.ous pas cc baiiibiii qui -■- nous éœute, les yeux étincelaiils, comme si c'étaient ses expk>itg que nous racontons? C'est Nils.

« — Qui cela, Nils? »

Comment! yous ne connaissez pas Nils? Nils avait perdu père et mère. Or, d'après la loi sui* les dissenters, le bui'eau de bienfaisance et les autorités chargées de pourvoir à l'éducation des orphelins et des enfants négligés par leurs parents, avaient le droit de placer les orphelins catholiques ou enfants pauvres abandonnés chez des protestants, qui eux-mêmes avaient le droit exorbitant de les élever dans leur propre religion.

A ma demande, cet état de choses vient d'être changé pai' nos législatem's, qui. en ce moment même, sont occupés à en faire disparaître les dernières traces. Pour ne pas exposer notre petit Nils à changer de religion, nous le reçûmes à notre institut de Christiania. Là il retrouvait une mère et un père et même mie grand' mère, la Supérieure provinciale, et un grand-père, votre serviteur.

La maman, c'est Sœur Marie. Depuis plus de >dngt-ciiiq années cette Savoisienne dévouée fait aux Sœurs de Christiania des exhortations en allemand, en italien, en norvégien et en français, car elle connaît ces quatre langues. Elle est adorée par les petits pupilles de l'institut. Quand ils sont devenus grands et que Sœui' Mai'ie, à qui personne ne refuse jamais rien, leur a trouvé une place et du paui, c'est toujours elle qui reçoit leurs confidences.

Sœur Marie avait captivé le petit cœur de Nils à tel point qu'il lui confiait même les capitaux qu'il gagnait, soit en portant le clmrbon de M™e Sandhorg^ qui, en bonne Française, le rémmiérait l|u'gement. soit en servant la messe aux prêtres tomistes. Bien plus, lorsque M. le curé parlait des malheureux enfants de la Chine et d©

220 l'ROÎH/liNADLS LU ÎJWiUVÎiGE.

rciùiM'i' (le I;i Saiiilc-lùirancc ou de (|ii('l(|U(' autre Ixiune œuvre, Nils J'aisail rôijulièiciucMil à Sœuv Marie un si^^ue discret, connue qui dirai!: « Puisi-z dans mes i'onds, je vous donnerai décharge après. »

Le ixipa de NiJs, c'était le clier M. Mœllenbeck, qui se ]>réparait au niLiiislèrc ai)ostoliqne et à qui le bon Dieu a donné un grand cœur pour les petits garçons, et Nils savait apprécier ce cœur. Servir Ja messe à M, Mcrllenbeck, lui faire mie commission, têtrc admis à l'accompagner dans une promenade, c'était pour Xils le neuvième ciel. Dieu sait, du reste, combien de pommes ont passé de la grande iwche de M. Mœllenbeck dans la petite de Nils, et combien de gros sous de celui-là ont grossi les capitaux de celui-ci.

JNIais aucun bonheur n'est durable ici-bas. Tout d un coup la rumeur se répand que Monseigneur a nommé M. Mœllenbeck curé à Ilammerfest. C'était inouï; envoyer le bien-aimé prêtre à trois pas du Pôle Nord, où il fait si froid, où la neige ne disparaît pas pendant neuf mois de Tannée, où le soleil ne se lève jamais pendant l'hiver, où, au lieu des gentils garçons de Christiania, il ne trouvera que de sordides Lapons, où il n'y a pas de pommes, rien que des pierres et un peu de salade ! Pour sûr, il en mourra. Et les fillettes de pleurer, et les gamins de gémir. Jamais ils n'auraient pensé que Monseigneur fût si cruel.

Mais Xils ne pleure et ne gémit pas. Une grande résolution éclôt dans son âme. Adieu, Christiania! Adieu, soleil et pommes! Il suivra M. Mœllenbeck et mourra avec lui. Il va trouver Sœur Marie.

<< — Que coûte le voyage de Hammerfest? »

« — Au moins vingt-cinq œrc (35 centimes). »

« — Vingt-cinq œre! Et combien ai-je dans ma bourse? ;>

« — Dix œre en tout. »

Nils pâlit.

« — Ne pourriez- vous pas m'avanccr le reste? Je dois accompagner M. Mœllenbeck à Hammerfest. »

« — Impossible! Tu serais capable de quitter Sœur Marie?... Ingrat! »

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(< S(rur Marie, il vous reslora k's autres, laiidis que M. MœlkMil)eek iiaura plus personne. »

« — C'est vrai. Eli bien, écoule. Tu ne peu\ pas le suivre niainlenaiit; mais lu le suivras plus taril, (juand tu seras plus riche et un peu i)lus grand. En attendant, je farrangerai un beau trousseau, et toi, tu apprendras bien à l'école. i)()ui- (|u'en arrivant à Ilammerfcst tu fasses honneur à M. Mœllenbeck. »

C'est entendu, M. MirllenbccJv est parti. Nils fait des économies, et il n'y a plus (juc la Sainte-Enfance qui puisse lui arracher quelque aimiône. 11 étudie sans rejws et écrit souvent à M. Mœllenbeck. Qumze longs mois sont passés. Voilà que M. le curé de Harstad m'écrit que, dans sa nouvelle station, il n'a pas encore de servant de messe convenable, et me demande si je ne pourrais pas lui envoyer un brave orphelm pouvant servir la messe; il se chargerait de son éducation. Harstad n'est qu'à vmgt-cinq ou trente heures de bateau à vapeur de Hammerfest, un rien en Norvège.

Je choisis Nils. Il allait donc se rapprocher de Hammerfest. Il est en extase. Sœur Marie lui prépare son trousseau, lui obtient un billet de vacances gratuit jusqu'à Trondhjem, où il me rejoint, et voilà que nous naviguons ensemble vers le Nord. ^

Lorsque les touristes me lâchent un peu, il se glisse auprès de moi et me pose mille questions. En me montrant du doigt les huttes de pêcheurs au bord de la mer, il me demande si ce sont là les bains des gens du paj^s. A la vue de la multitude de harengs enfermés en d'immenses rets, il me demande si c'est à cause de ce grand nombre de harengs que la mer est si salée.

Pendant que nous passons le Vestfjord entre la terre ferme et la chaîne des îles Lofoten, je lui raconte comment chaque hiver, pendant la longue obscurité et les grands froids, vingt à trente mille pêcheurs se livrent dans ces parages, au péril de leur vie, à la pêche de la morue. A Kabelvaag, je lui décris l'intéressant spectacle de la sortie des bateaux pêcheurs à la luem' de l'aurore boréale, et leur rentrée vers le soir à la même lueur. En passant au fjord Ofoten, je

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lui o\|)li(jii(' ([uv hiciUôl on y vcM'ra (Irbouclier le clicniin de fer

viMiaiil (le Luiea an bord du i>()ire de Holhiiie par Gellivara, d'où il

nous anièneiM le iMclie minerai de Ter dont nous inonderons llùirope. « — Ce elieniin de fer ne passe l-il |)as près de; M. MœlleiibcckV»

demande vivenieid Nils en m"inlerrom|)aid. « — Non, mais sois sage, el la ne mancfueras quand même pas de

revoir M. Mddlenbeek. »

« — Si je nie faisais prôlrc, pourrais-je devenir vieaire de M. Mœl-

lenl)eek? »

Vous le voyez. M. Mœllenbcek, c'est le llième unique de ses pensées

cl de ses paroles.

Il était minuit, lorsfjuc je l'accompagnai vers sa couchette en lui

promettant de le réveiller avant notre arrivée à Harstad. A 4 heures

du malin, j'allai le secouer.

« — Sommes-nous à Hammerfest? » fit-il en se frottant les yeux, « — Non, mais nous approchons de Harstad: lève-toi. » A la hauteur de Harstad, je reviens voir s'il est en règle. Il s'était rendormi.

« — Allons-nous arriver chez M. Mœllenbeck? » « — Non, mon ami, mais hâte-toi pour descendre à Harstad. » Nous sommes arrivés au quai; mais Nils n'apparaît pas. Je cours le chercher; il était habillé, mais s'était rendormi à côté de son petit bagage. Je dus le prendre dans mes bras et le jwrter sur le pont. En voyant le prêtre qui venait nous recevoir, il poussa un grand cri: « — Ah! voilà M. Mœllen... Non, ce n'est pas lui! » Et, en pleurant de chaudes larmes, il nous suivit au presbytère.

Pauvre petit Nils! Pendant les cérémonies de la visite canonique et de la confirmation, il était ti'op occupé pour penser à son cher M. Mœllenbeck, Mais lorsque, la visite terminée, j'embrassai mon oonfrère pour reprendre la mer, Nils me dit à l'oreille:

« — Il est bon, Monsieur le curé, et je veux bien rester chez lui: mais, n'est-ce pas? vous direz à M. Mœllenbeck qu'il vienne bientôt vo4r son Nils. »

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Je hii <lonnai cinq couronnes (7 francs) pour sa pclile ])ours('.

« — Je les mettrai à la Banque, me dit-il; ou plutôt je les placerai dans deux banques, afin que, si 1 une fait faillite, il me reste encore de quoi faire mes études pour devenir vicaire de M. Mœllenbeck. >^

Depuis, il a rcN-u M. Mœllenbeck. O bonheur!

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