‹ Promenades en NorvègeChapitre 66 sur 72 · AFFAIRES MILITAIRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES MILITAIRES

UNE grosse affaire me retint à Alten, la visite canonique terminée. Jusque-là les habitants de la Laponie avaient été exempts du sei-vice militaire. Une nouvelle loi venait d'abroger ce privilège, à la grande frayeur des petits Lapons, qui s'attendaient à une guerre immédiate et prévoyaient avec désolation qu'ils seraient même forcés de se laver!

Or, dans tout l'ouest de la Laponie, il ne se trouve pas de terrain convenable pour les exercices militaires en dehors d' Alten, et, à Alten même, la mission catholique est propriétaire du seul terrain auquel on peut raisonnablement penser. C'est une petite plaine sablonneuse, qui s'étend depuis l'église et le presbytère jusqu'au bord de la mer et ne nous rapporte absolument rien. C'est cette plaine que l'État voulait louer provisoirement et plus tard acheter.

Le commandant du bataillon du Finmarken était chargé de traiter avec moi.

Naturellement, il tâcha de me prouver que cette plaine ne valait rien et que l'État ferait mieux de faire exercer ses soldats un peu plus à l'intérieur du pays, où il possédait de vastes terrains...

LF, NOIU) l)i: \.\ NOHVHdK. 253

« — Où vos soldais sitoiiI innnj^rs pnr les inousluiiies, > fis-jc remarquer.

« — Je 11 aurais jamais cru (ju'un évè(iue ealholiciuc lût si mécliant. Allons, combien demandez-vous de location annuelle? ».■

« - Quatre cents couronnes, outre le dioil dulilisiîr iK)ur nos gens les déchets de cuisine et auti'cs substances pouvant servir d'engrais. »

« — Mais, vous plaisantez! 400 couix>nnes |>oui- un terrain qui no rapporte rien du tout .' »

« - Monsieur le colonel, vous oubliez que ce terrain sert tle promenade à notre prêtre et de champ de récréation à nos entants. »

Bref, le marché fut conclu. 400 couronnes [)ar an, plus les accessoires, et, depuis, les recrues sy exercent pendant (leu.\ mois de Tannée et fréquentent assidûment nos offices, tandis que Monsieur le curé a trouvé d'excellents amis parmi les officiers.

Seulement, un peu plus tard, les journaux annonçaient que TKtat, trouv^ant admirable notre propriété et trop élevées les sommes que je demandais, voulait nous exproprier et même prendre notre église, notre presbytère, notre école. Je ne manquai pas de répondre dans les jom'naux que. si l'État ne nous payait pas ce que j'avais demandé, nous ne pourrions pas reconstruire ce qu il nous fallait, et ([ue. par conséquent, une telle expropriation équivaudrait à ime expulsion manu militari. J ajoutai que je ne pouvais pas croire notre gouvernement si libéral capable dun tel acte de violence, et que les chefs militaires du Finmarken ne se sentiraient certainement pas flattés par la perspective de cueillir avec leur jeune armée leurs premiers lauriers en marchant contre nous, catholiques.

Depuis, on ne parle plus d'expropriation ; et ([uand ma prochaine visite pastorale me ramènera à Alten. nous arriverons probablement à un traité de paix acceptable pom* les deux parties ^.

I. En 1900 l'État a acheté le terrain loué et en 1901 les bâtiments.

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