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LES GLACIERS

SI nous avions eu linlcntion de gagner j)ar le plus court chemin 1 ouest de Ja Norvège, nous aurions dû descendre à la station dUlefos. d'où un autre bateau nous aurait transportés à Dale. en passant par les lacs I iaavand. Hvidesjœ et Bandaksvand. reliés entre eux par Je canal de Bandak. vrai chef-d'œuvre du génie norvégien. Cette route, (juon appelle la nouvelle route du Teleniarken. présente beaucoup de charmes, charmes dont j'ai pu jouir, il y a quelques années, en revenant de Stavanger à (>hristiania.

Cette fois, jai dû y renoncer, car le l)ut principal de ce voyage était de prendre connaissance de contrées que jii moi. ni aucun de nos prêtres navions encore vues, et de me mettre par là en étal d'adopter les dispositions nécessaires pour l'organisation ultérieure de la mission, et surtout de choisir les lieux où les futures stations devraient être histallées. Plus nos moyens sont restreints, plus il est important de bien fixer nos centres d'action dans cet immense pays, que bien peu de Norvégiens mêmes connaissent à fond. 11 faut tenir compte de la densité et du caractère de la population, des moyens de communication, du climat et dune infinité de circonstances locales, qu'on ne peut étudier que sur les lieux.

Une des contrées que je n'avais pas encore explorées, c'est le nord du Telemarken. et surtout les environs du grand lac Tinsjœ.

En partant d'Ulefos nous continuons donc vers le nord. Après une trentaine de kilomètres sur le lac il se rétrécit, et nous nous demandons par où nous pourrons sortir. Un demi-tom* du bateau, et nous voilà déjà engagés dans les eaux de la rivière Sauerelv. qui. se frayant un chemin à travers de puissantes moraines, nous conduit au lac de Hitterdal, long de 16 kilomètres.

Je ne sais pas si le lecteur a mie idée nette de la nature géologique des moraines. Chacun sait qu'à l'époque géologique antérieure à la

nôtre, loiil Je nord de Tlùirope fut couvert de glaciers. La Norvège, d'après sa distance de l'ilciuateur, devrait l'être encore aujourd'hui, si le (iulfstreanî, en lui ii|)p()rtanl les eaux tièdes du golfe du Mexique, ne gratifiait son littoral de la chaleur qu'il a emmagasinée dans la zone torride. Cependant, de nos jours encore, la Norvège a les plus grands

BONDHUSBRAF, BRANCHE DU GLACIER FOLGEFONDEN.

glaciers de l'Europe. Ainsi noire fameux Jostedalsbrae, situé entre le Sognefjord et le Nordfjord, n'a pas moins de 1.200 kilomètres carrés de superficie, et le Folgefonden, situé encore plus au sud et envoyant ses ramifications jusque dans les vallées du Hardangerfjord, a une longueur de 35 kilomètres.

Ces glaciers couvrent les hauts plateaux des chaînes de montagnes et sont formés par l'immense quantité de neige qui y tombe

I)i: (IIUISTIANIA A IIAUnANGERFJORD. 47

en loiilo ^saison, cl (|iii i\v loiul en élé pendanl ]v jour (juc pour geler ensuite pendanl Ja nuil, toujours l'roide à ,ces alliludes. Or, la glace ne mancpie ])as (l'élasticité. (A'danl donc à J'énorme pression de la neige ([ui Ja charge de plus en plus, elle descend, pareille à une cascade engourdie, Jcntement, mais d'une marche irrésistible, dans les vallées et les gorges ([ui entourent la jnonlagne, et arrive souvent jusque près du niveau de la mer, comme par exemple les bras du Svartisen au nord de la Norvège. Chemin faisant, Ja glace polit et raie les rochers qu'elle rencontre, en entraîne d'énormes blocs ou les écrase, les triture et les change en sable ou en vase.

Tout ce rnélange, rochers. })ierrcs polies, sable et vase, s'avance ensemble avec la glace vers le fond de la vallée et y est déposé au point où le glacier, ne pouvant plus résister à la température de ces régions basses, se fendille en mille crevasses, fond et se transforme en une rivière blanchâtre, qui fait les délices de nos truites et de nos saumons.

Rien de plus imposant que les grottes formées par la glace avant de se fondre, grottes aux parois de topaze et d'émeraude, qu'aucun pinceau ne saurait rendre. Mais malheur à pelui qui voudrait y entrer! A .chaque instant le palais fragile peut 3'effondrer; d'autres fois un torrent d'eau, sortant d'une de ces cavernes de glace, la remplit tout d'un coup.

Pendant que Ja glace fond, le produit de son action sur le rocher s'amoncelle dans la vallée. Si les étés sont très chauds, la fonte est plus forte et le glacier semble reculer. Arrive-t-il un été plus froid ou une chute de neige plus abondante, il regagne du terrain, et dans sa niarclie en avant il pousse devant soi, d'une force prodigieuse, tout pet amas de pierres et de terre, qui forme alors comme une énorme digue autour de son pied. Peu à peu, grâce à l'influence lente, mais constante du Gulfstream, il se retire de plus en plus avec des poussées périodiques en avant. Les digues artificielles se multiplient, se touchent, et forment après des siècles ce que nous appelons des moraines.

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Ce sonl CCS moraines, produit de iaclioii des anciens glaciers sur les rochers, qui coni posent aujourd'liui mu; Jxjnnc partie de la terre arable de Ja Norvèf^e. l.cs bancs de marne qui longent toute la côte ouest de Ja Norvi^'^N laissant entre eux et la (erre seulement un étroit mais profond chenal, sont, daprès nos ijavants, d'immenses moraines, que Jes anciens glaciers ont poussées devant eux en creusant dans le roc nos fjords, ces longs et étroits bras de mer, qui, en se ramifiant à l'infini, pénètrent jusqu'au cœur du pays, auquel ils donnent la chaleur, la fertilité, une incomparable beauté en même temps que des voies de communication sans pareilles.

A l'intérieur du pays les moraines, en traversant de part et d'autre les vallées, formaient souvent des lacs. Mais peu à peu les eaux sont arrivées à se creuser un lit au travers de ces digues assez peu consistantes, et c'est précisément dans un tel lit que nous avançons vers le lac de Hitterdal.

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