‹ Promenades hors de mon jardinChapitre 17 sur 20 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

On me montrait l'autre jour avec un sentiment d'admiration, que je ne tardai pas à partager, un homme qui, absolument sans fortune, a raainé richement ses trois filles avec des hommes jeunes et riches. Quand vous saurez ce qu'on m'a raconté alors, il est probable que vous admirerez à votre tour le personnage.

11 avait un fils, plus âgé de sept ou huit ans que ses trois filles ; il commença par marier ce fils ; pour ce premier mariage, il se montra exigeant et inilexibie, il lui fallut absolument une grosse dot ; la dot payée, il consentit à se cliarger des affaires du jeune ménage pour qu'il n'eût à s'occuper que des délices d'une si douce union. 11 prit l'argent, en paya l'intérêt à 4 0/0 à son nls et à sa belle-fille, et le plaça chez un agent de change qui lui en donne neuf. Ce premie? tour fait n'était qu'une bagatelle pour se mettre en haleine ; il avait vu dans cette première bataille comment les pères se défendaient pour

ne pas donner de dot à leurs filles; il les avait vaincus et avait remporté une dot. Il s'agissait de jouer le rôle contraire et de marier ses trois filles sans dot.

M. *** ouvrit sa maison avec une espèce de luxe ; entre les jeunes j;ens qui hantèrent cette maison, on remarquait facilement le jeune comte de V — Mademoiselle de *** était jeune encore, jolie et coquette ; de plus, on ne pouvait que déplorer qu'elle fôt à jamais enchaînée parles liens indissoluhles d'un odieux hyménée, etc. Le jeune comte s'éprit de la mère. Sa cour fut accueillie de façon à ne pas le trop décourager. Un jour qu'il avait eu le bonheur de se trouver seul avec madame de ***, il mettait de son mieux les instants à profit, et il était à ses genoux.

Madame de "*, après quelques paroles sévères, commençait à répondre d'une voix tremblante, lorsque, par un malencontreux hasard, M. de *** entra dans la chambre. — Je vous laisse à juger de sa surprise, de sa douleur amère et de son légitime ressentiment. — Quelque chose de fatal se peignit sur son visage pâle ; ses yeux lancèrent des éclairs. — Heureusement madame de *** ne perdit pas la tête. — Mon ami, dit-elle à son mari, ce pauvTe comte me demande la main d'Aurélie, comme si cela ne dépendait pas d'elle et de vous, beaucoup plus que de moi. M. de *** jeta un regard soupçonneux sur sa femme et sur le comte de V , mais celui-ci, en admirant la présence d'esprit de madame de *'*, confirma un ingénieux menionge qui les sauvait tous les deux, et il

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épousa mademoiselle Aurélie, qui était la moins jeune et la moins jolie des trois filles de la maison.

Voilà la première mariée ; — on s'occupa de placer la seconde.

Un jour du mois de septembre;, M. de *** était allé à la chasse et ne devait revenir que le lendemain ; mais le temps était mauvais, le chien quêtait mal, M. de *** tirait plus mal ; il se décida à rentrer ;

Mais il s'égara, et...

Il devait être à peu près onze heures et demie du soir lorsqu'il arriva chez lui. — Il avait un passe-partout, il ouvrit sans bruit avec l'intention d'aller se coucher, sans réveiller personne, dans son appartement particulier.

II se déshabillait, lorsque, se mettant par hasard à la fenêtre, il aperçut de la lumière chez sa femme ; il craignit qu'elle ne fût indisposée et monta à sa chambre ; — il trouva la clef à la porte, et entra ; — mais quelle fat sa triste surprise ! un beau jeune homme était aux genoux de madame de **', et elle passait sa belle main dans les boucles noires et soyeuses de la chevelure du jeune homme.

M. le baron de T..., s'écria M. de '", sortons !

M. de T... resta stupéfait. Mais madame de *'*, gardant tout son sang-froid, fit un éclat de rire et dit, di s'arrêtant de temps en temps pour rire encore : — Ah ! ce

pauvre M. de *'*! Ah ! ce pauvre baron ! quelle maladresse! ua époux outragé, une femme coupable, un duel, ta, ta, ta, ta ! Allons, mon ami, calmez-vous et apprenez la vérité. M. de T... est éperdument amoureux. de notre fille Zéphyrine : il me demandait sa main. Le temps passe vite entre un amoureux qui parle de l'objet de sa flamme et une mère qui écoute l'éloge de sa fille. Je faisais quelques objections, le pauvre baron, prenant mes objections pour un refus, s'était jeté à mes genoux.

— C'est diff'érent, dit M. de *** ; et le baron de T... épousa mademoiselle Zéphyrine de ***.

Pour la troisième, qui s'appelait Noémie, voici comment elle fut mariée. — Elle n'a pas de titre, mais son mari est énormément riche.

M. de ***, un jour, surprit dans un kio^ue du jardin le financier B... aux genoux de sa femme ; la veille, en dînant, le hasard avait amené la conversation sur les maris trompés ; il s'était montré sérieux et intraitable sur ce chapitre. On pense de quel effroi le financier se trouva saisi en se voyant surpris aux pieds de madame de ***. Heureusement que celle-ci, qui vit le danger comme lui, conserva la présence d'esprit qui seule pouvait les tirer d'affaire.

— Voici mon mari, dit-elle à M. B... ; adressez-vous à lui : vous resteriez dix ans à mes genoux, que cela ne changerait pas les choses ; c'est de lui seul, comme je

VOUS le disais, que vous pouvez obtenir la main de Noémie.

Quelle femme étonnante ! pensa B... ; quel sang-froid quel génie 1 Et il épousa mademoiselle Noémie de ***»

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