LE COUVENT DE SAINTE - SG HOL ASTIQUE ET L'ABBAYE DE SAINT-BENOIT
A environ vingt-quatre milles de Rome, dans une des plus belles vallées de la Campagne romaine, arrosée par l'Anio aux eaux glacées, s'élève la fameuse abbaye des bénédictins de Subiaco. Le fleuve impétueux est serré entre deux chaînes de hautes montagnes couvertes de châtaigniers et d'oliviers, sur le sommet desquelles se dressent les sombres châteaux moyen âge de Filettino, Trevi, Jenne, Subiaco, Agosta, Cervara, Marano, Anticoli, Roviano, Cantalupo, Saracinesco, Vicovaro, San-Polo, Gastel-Madama et Tivoli, presque tous construits sur l'ancien territoire du vieux couvent, berceau du monachisme de l'Occident.
C'est dans cette sauvage solitude, au milieu de ces hauteurs rocheuses et brûlées par le soleil, que prirent naissance les monastères, lesquels, sous la forme de colonies de l'Église romaine, se répandirent dans toute l'Italie, la Sicile, l'Allemagne, la France et même dans la lointaine Angleterre. Les moines établirent ainsi des liens étroits entre ces pays et Rome : au milieu de la barbarie des siècles obscurs, ils jetèrent les germes de la civilisation — mérite qu'il faut leur reconnaître — et continuèrent à s'adonner aux études classiques, copiant, écrivant et annotant les manuscrits, à la faible lumière de leur petite lampe, au fond des cellules obscures, et rapportant les événements de leurs temps en des chroniques d'une valeur inestimable. Ces hommes, qui, en principe, s'étaient éloignés du monde, écrivaient, en réalité, des relations historiques souvent très passionnées, et cela n'est pas surprenant, quand on pense qu'à cette époque, les cloîtres avaient des rapports continuels avec la vie politique extérieure.
Au point de vue intellectuel Subiaco a été certainement supérieur au Mont-Cassin, et de beaucoup; pendant tout le moyen âge, il fut le phare solitaire de la science, comme l'attestent aujourd'hui ses précieuses archives et la haute culture de ses moines. Mais l'histoire de Subiaco est également intéressante pour la chronique des événe-
ments du moyen âge dans les États romains et c'est aussi un riche foyer de renseignements sur la féodalité ecclésiastique. Or, tandis que sous la dépendance de ce couvent se formait peu à peu un vaste État féodal, il entrait lui-même comme un principat puissant dans la juridiction territoriale romaine, dont l'abbé était le roi et les moines les puissants barons : juridiction souveraine à laquelle pendant longtemps obéirent les villes, les chevaliers et le peuple de la Campagne romaine.
La fondation de l'abbaye remonte à l'époque où la race héroïque des Hoths dominait Rome et l'Italie avec Théodoric, et, grâce à la sagesse de ses lois, retardait d'un demi-siècle la chute définitive de la civilisation romaine; mais l'écroulement de l'empire s'était déjà produit. Alors, tandis que le vieux monde se désagrégeait lentement et que les liens entre les villes et les États se brisaient peu à peu, il se manifesta dans le peuple le besoin de fuir la société et de se réfugier dans une vie de solitude et de paix, comme cela était déjà arrivé au commencement du quatrième siècle. Benoît fonda le clergé régulier occidental et fut, avec son jeune contemporain Grégoire-le-Grand, un des créateurs de la hiérarchie romaine. Ce pontife le reconnaît lui-même dans le second livre de ses Dialogues et parle de l'œuvre de son frère d'armes de Subiaco, qui avait délivré l'Occident de la domination des
byzantins, institué une règle religieuse nationale romaine et envoyé des disciples dans toutes les régions, en les rattachant solidement à Rome. Benoît naquit à Nursia, dans la Yaleria, en 480, et vint à Rome à l'âge de quatorze ans, pour y commencer ses humanités. Mais bientôt pris par le désir de la solitude, il se mit à errer dans les monts Simbruini et vécut dans une caverne, absorbé en d'extatiques méditations. L'endroit s'appelait Sublacus; Pline en parle, à cause d'une belle villa que Néron y avait fait construire, et dans laquelle se trouvaient trois petits lacs artificiels où l'empereur péchait des truites avec des filets d'or. Les truites sont encore célèbres de nos jours, mais elles se trouvent dans l'Anio, car les lacs ont disparu au moyen âge. A l'époque où le jeune ermite vivait là-haut dans sa retraite, la ville de Subiaco (2) n'existait pas encore; cependant sur les ruines de la villa de Néron, on avait élevé un couvent voué à saint Clément, et un des moines appelé Romano portait tous les jours quelque nourriture dans la grotte où vivait le jeune Benoît. Ce dernier, sur les instances de sa sœur jumelle Scholastique, sortit enfin de sa caverne, comme
(1) Aujourd'hui Norcia, dans l'Ombrie.
(2) On assure que les esclaves chrétiens employés par Néron à la construction de sa magnifique villa sublacense donnèrent naissance à la ville.
Mahomet; sa réputation de sainteté s'était déjà répandue alentour, et comme beaucoup de jeunes Romains s'étaient groupés autour de lui, il jeta les règles fondamentales de l'Ordre et distribua ses frères en douze petits cloîtres. Ceux-ci se trouvaient tous dans la même vallée, au milieu de la sauvage solitude de ce rude paysage. En contemplant ce solennel amphithéâtre de montagnes, qui se dressent vers le ciel, tantôt dénudées et pelées, tantôt couvertes de forêts sombres, on ne peut qu'admirer l'esprit de mortification qui emplissait l'âme du jeune exalté. Ici, aucune de ces vues merveilleuses dont la Campagne romaine est peuplée, qui attirent et charment l'œil — rien; l'horizon est fermé par des roches roussies et sauvages. Vers le Nord s'élèvent deux grandes montagnes, pareilles à de gigantesques promontoires, entre lesquelles l'Anio s'ouvre violemment un chemin et fait mugir ses eaux tumultueuses. C'est là, sur ces parois rocheuses, que s'élevaient les douze couvents dans lesquels habitaient les disciples de Benoît, semblables à de noirs corbeaux, et la vallée de Subiaco pouvait se comparer à ces terres d'Egypte, où Athanase et Antoine réunissaient autour d'eux une petite armée d'anachorètes.
Mais l'envie et la jalousie d'un prêtre des environs de Vicovaro (Varia) chassa le patriarche de Subiaco; celui-ci, appelé Pélasge, essaya un jour
de perdre ces cloîtres, de concert avec quelques belles filles, qu'il eut l'impudence d'envoyer dans les cellules mêmes des moines; alors Benoît abandonna l'endroit profané, où il avait étudié et médité pendant de longues années en la compagnie de trois jeunes corbeaux élevés par lui; il alla au Mont-Cassin et, en l'an 529, y fonda le célèbre monastère. Mais quelque chose de lui était resté à Subiaco : il y avait laissé Honoré, son successeur, en qualité d'abbé. L'histoire des douze cloîtres est peu connue : il semble que l'effroyable guerre de destruction des Goths les ait empêchés de prospérer. Honoré construisit le cloître supérieur, consacré aux saints Cosme et Damien; c'est le seul qui soit demeuré debout et il porte maintenantie nom de Sainte-Scholastique. Les Lombards saccagèrent les autres en 601 et les bénédictins se réfugièrent à Rome, où le pape leur ouvrit le couvent de Saint-Erasme, sur le mont Célius.
Grégoire-le-Grand se présente à nous comme le vrai fondateur de la puisssance mondiale de l'abbaye de Subiaco; on lui attribue un acte dans lequel, en 599, il aurait accordé à cette maison religieuse une quantité de bénéfices et de privilèges, et ce parchemin apocryphe est devenu par la suite la base sur laquelle les bénédictins se sont arrogé de nombreux droits. L'original en est contenu seulement dans un rescrit soi-disant authen-
tique, de 1654. Il y a aussi d'autres documents du même genre, donations de Grégoire IV et de Nicolas Ier, des rois Hugues et Lothaire, en l'an 941, qu'aucun savant un peu consciencieux ne peut considérer comme véritables. Les falsifications furent si nombreuses dans le cloître, que Léon IX, en lOol, brûla beaucoup de documents de sa propre main.
L'abbaye de Saint-Benoît resta abandonnée pendant cent quatre ans, jusqu'au huitième siècle, époque à laquelle Jean VII la repeupla de nouveau. Mais les Sarrasins la détruisirent en 840 et elle fut réédifiée sous l'abbé Pierre Ier, un peu plus tard. Abattue pour la dernière fois par les Hongrois, en 938, elle fut définitivement reconstruite par Benoît VII, en l'an 981; ce pontife consacra, le 4 décembre, l'église du cloître sous la protection de saint Benoît et de sainte Scholastique. Depuis lors, monastère n'a plus souffert aucun dommage et a commencé à devenir florissant, enrichi par des donations valables et non contestées.
Les chroniqueurs rapportent que la puissance féodale de Subiaco naquit au onzième siècle, au moment où la féodalité s'étendait dans toutes les régions. L'importance du couvent était devenue si grande que les puissants barons de la Campagne romaine offraient à Saint-Benoît des châteaux et des biens; par exemple, le comte de la Marsica, Ray-
nold, donna aux moines les villes d'Arsoli, d'Anticoli, de Roviano et, avec elles, un grand nombre de donjons devinrent la propriété du couvent. Les abbés de cette époque étaient de véritables barons. Mais il est étrange de constater que Subiaco ellemême, qui s'était beaucoup accrue et agrandie sous la protection du cloître, ne tomba pas au pouvoir des religieux. Dans la cour du couvent de Sainte-Scholastique, on voit, près de la porte de l'église, une pierre scellée dans le mur : c'est une inscription de l'an 1052, de la quatrième année du pontificat de Léon IX, disant que le vénérable abbé Hubert éleva la tour du cloître en l'honneur du Christ, de son représentant Benoît et de la sœur de celui-ci, Scholastique ; elle énumère ensuite tous les biens du couvent, la grotte de saint Benoît, les deux petits lacs qui existaient encore, le fleuve Anio, avec l'usage du moulin et le droit de pêche, et vingt-quatre châteaux dans le territoire de l'Anio.
Cependant, la ville de Subiaco n'y est pas nommée (1). Très probablement, elle se soumit au monastère après que l'abbé Jean V, en l'an 1068, eut. construit à cet endroit la rocca ,u citadelle, comme l'affirme un des chroniqueurs de saint
(1) La forteresse abbatiale, construite au onzième siècle par l'abbé Jean V, sur le point culminant du pays, ferait croire que Subiaco était un fief du monastère.
Benoît. Cette forteresse, quoiqu'elle ait changé d'aspect, s'élève encore près du palais municipal, en haut du rocher sur lequel est bâtie la ville. Jean V, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Domnica, à Rome, abbé puissant et guerrier, semble avoir été le véritable fondateur de la puissance temporelle de Subiaco. Pendant cinquante-neuf ans, il y régna comme un prince; il dirigea d'heureuses guerres contre les barons des environs, et après avoir comblé le monastère de richesses et édifié une église sur la grotte de Saint-Benoît (sacrum specus), pour en perpétuer le souvenir, il mourut fort âgé en 1121. Depuis cette époque les abbés bénédictins furent comptés parmi les princes guerriers et redoutés de la Campagne romaine, comme les Colonna et les Orsini, avec lesquels ils rivalisèrent. Leurs vassaux, les paysans et les habitants des châteaux qui leur appartenaient, gémissaient sous un despotisme féodal, d'autant plus terrible qu'il était exercé par des hommes dont les passions ne pouvaient être atténuées ou limitées par aucun ménagement politique. Ils étaient eux-mêmes les ministres du despotisme monacal et du pouvoir de l'abbé souverain, qu'ils avaient élu; et, d'un autre côté, ils pesaient lourdement sur les classes inférieures comme mandataires chargés de percevoir les impôts, comme secrétaires et juges ayant sans appel le droit de vie ou de mort.
L'abbé envoyait dans chaque château un moine, qui y exerçait en maître une justice barbare; et, pour la première fois, en Tan 1232, Grégoire IX décida, pour adoucir le sort des vassaux, que lorsque les châtelains auraient à rendre justice, ils devraient s'adjoindre un espèce de procureur légal, choisi dans la population. Au début, on l'appela selon l'usage du temps, bon homme, puis, châtelain. Enfin, le droit de rendre justice fut enlevé aux moines, qui restèrent cependant administrateurs et receveurs des impôts, avec l'autorisation de surveiller le peuple; le préposé du château, nommé par l'abbé, exerçait la justice indépendamment de lui, mais en son nom.
Les sujets du monastère se divisaient en trois catégories : les libres, qui n'étaient pas obligés de servir le cloître comme soldats, car ils n'apportaient pas de redevances fixes au fief; les milites, qui, en leur qualité de vassaux du cloître, devaient l'aider avec les armes; et enfin les paysans ou serfs de la glèbe, qui dépendaient tous d'un connétable. L'abbé régnait ainsi sur une petite armée; plus tard, il prit des troupes à sa solde, ni plus ni moins que les autres barons et, quand il était d'esprit belliqueux, il conduisait lui-même à cheval ses bandes au combat, avec Fépée au côté et l'écu à la main.
Les hostilités avec les évêques voisins de Pré^
neste, de Tivoli et d'Anagni, avec les barons des environs, donnèrent souvent lieu à de sanglants faits d'armes et on enterrait toujours l'abbé avec son épée au flanc.
Les abbés de Saint-Benoît appartenaient aux plus nobles familles de la Campagne romaine, comme, par exemple, le belliqueux Landus, neveu d'Innocent III, de la haute lignée des comtes de Segni; celui-là mourut en 1244. Mais ni une autorité de fer, ni une discipline sévère ne purent préserver le cloître des plus funestes bouleversements. Les événements qui frappaient la papauté à Rome se répercutaient à l'abbaye de Subiaco.
Les moines étaient animés d'un vif esprit de parti et l'audacieuse ambition de quelques-uns d'entre eux se moquait des lois instituées par saint Benoît. Après la mort de l'abbé, en 1276, le moine Pélasge réunit des hommes d'armes pour se constituer seigneur temporel du lieu; il attaqua le cloître, chassa les religieux et, après avoir saccagé le trésor, retourna à Cervara, un endroit sauvage et escarpé, situé au-dessus de Subiaco; il y demeura sous les armes pendant quatre ans, attendant que l'abbaye restât sans défenseur et sans chef.
Le pape choisit alors un nouvel abbé et l'envoya avec des troupes nombreuses pour s'emparer du moine rebelle : celui-ci ne se rendit qu'après un siège long et difficile.
Cet état de chose empira encore pendant l'exil papal en France et le monastère fut longtemps sans direction; puis, le Saint-Père y expédia d'Avignon un abbé qui, par son gouvernement tyrannique, jeta la terreur parmi les moines autant que parmi les vassaux. Bartholomée de Mont-Cassin, consacré abbé en 1318, y mena l'existence la plus scandaleuse ; il établit dans la forteresse un véritable harem de belles filles et quelques religieux suivirent son exemple.
Le monastère menaçait ruine et, s'il n'en fut rien, il faut en rendre grâce à la sévérité du Français Adhémar. Ce petit tyran devint abbé en 1353 : il n'hésita pas à faire pendre par les pieds sept moines, ses ennemis, et à les brûler à feu doux. C'était un gibelin convaincu; il battit une fois, près de la porte de Subiaco, les troupes de l'évêque de Tivoli, partisan du pape. Aujourd'hui encore, les habitants montrent à l'étranger, le pont à une arche unique, flanqué de tours, qui conduit à Subiaco, traversant l'Anio : ce pont fut construit par Adhémar avec le butin enlevé aux prisonniers de Tivoli.
Le désordre était arrivé à son comble; l'un après l'autre, les abbés étaient obligés d'abandonner leur dignité. En voyant que les réformes ordonnées par des décrets de la curie romaine restaient infructueuses, Urbain VI résolut de mettre
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fin à cette anarchie par une action répressive et vigoureuse. La bulle rendue en l'an 1388 enleva aux moines le droit d'élire leur abbé. Depuis la fondation du monastère, ils avaient nommé cinquante-sept abbés et étaient fiers du privilège de leur petite principauté élective, qui dépassait par son âge vénérable tous les royaumes de la terre ; ils durent se plier de mauvaise grâce devant l'ordre pontifical et la splendeur de l'abbaye bénédictine commença à décliner. Ce furent les pontifes eux-mêmes qui choisirent les abbés, et ces nouveaux chefs du couvent s'appelèrent monnaies, parce qu'ils recevaient l'investiture des mains du Saint-Père. Le premier de ceux-ci fut Thomas de Celano, un ardent disciple d'Urbain et un homme doué de qualités supérieures. Cet ordre de choses dura jusqu'en l'an 1455, où les abbés, jusqu'alors arbitres de la juridiction féodale, se virent aussi enlever ce droit. On assure que la tyrannie continuelle qu'ils exerçaient sur leurs subalternes fut la cause de cette perte. Leur administration pesait si lourdement sur tout le pays environnant, que les gémissements du peuple finirent par se faire entendre. Un hasard marqua le moment de la délivrance. En novembre 1454, quinze jeunes gens se moquèrent dans la rue de deux moines et lâchèrent leurs chiens contre eux : les religieux allèrent se plaindre à l'abbé et, la nuit suivante,
celui-ci envoya ses sbires dans les maisons où habitaient les agresseurs, qui appartenaient tous aux meilleures familles de l'endroit; au lever du soleil, la population terrorisée vit les quinze malheureux pendus à un gibet, dressé sur le lieu qui s'appelle encore aujourd'hui la colline des potences. Alors, la plèbe se souleva, attaqua le monastère, tua les moines en les jetant par les fenêtres et dévasta tout le cloître. A la suite de ces faits, Calixte III. le 16 janvier 1453, lit de Subiaco une simple commende, à la tête de laquelle il mit un cardinal, avec le titre d'abbé; le premier fut un savant espagnol, Juan Torquemada, cardinal de Sainte-Marie au Trastevère, à qui il enjoignit de réformer l'organisation de Subiaco et de tous les châteaux en dépendant. Alors, on établit un nouveau statut, par lequel chaque abbé était obligé de faire le serment devant les membres de la communauté de Subiaco, de gouverner et d'administrer loyalement le monastère, tandis que la population de son côté était tenue de lui jurer fidélité. Au cardinal-abbé Torquemada et au couvent de Subiaco reviennent la gloire d'avoir publié la première œuvre imprimée hors de l'Allemagne. Les éditeurs en furent Conrad Schweinheym et Arnold Pannartz qui, avant d'établir l'imprimerie romaine au palais Massimo, trouvèrent un accueil hospitalier à Subiaco. Ils v achevèrent le 30 octobre 1465
les Istituzioni de Lactance et, deux ans plus tard, firent paraître le De civitate Dei, de saint Augustin.
Torquemada mourut à Rome en 1467 et un autre Espagnol lui succéda, Rodrigue Borgia, qui devint Alexandre VI.
Les œuvres précieuses imprimées à Subiaco ne portent pas le nom de Borgia, mais la citadelle du château garde son souvenir, car, en 1476, il y lit ajouter une aile, surmontée de la grande tour carrée. On voit encore le tore de ses armes sur le mur extérieur, où une inscription dit que le cardinal Rodrigue Borgia fortifia la citadelle pour la défense du monastère et pour la sûreté des frontières de l'Église romaine. Seize ans plus tard, il fut élevé au siège pontifical; il tint la promesse qu'il avait faite pendant le conclave au cardinal Jean Colonna : il lui donna l'abbaye, dont jusqu'alors il avait eu lui-même la jouissance. Mais F amitié entre Alexandre VI et les Colonna eut une brève durée : la puissante famille romaine commença à contrecarrer les desseins des Borgia, qui voulaient former un grand pouvoir temporel, basé sur la force et la duplicité, au préjudice des barons. Le cardinal Colonna dut faire voile pour la Sicile et abandonner la commcnde, qui, pendant toute la durée du règne d'Alexandre VI, fut occupée par le Palermitain Louis d'Aspri.
A peine ce terrible pape fut-il mort, que le cardi-
nal Colonna fut réintégré dans son poste par Jules II, le successeur de Borgia; en 1508, il le passa à son célèbre neveu, Pompée Colonna : celui-ci, de tempérament amoureux et d'âme assez basse, conduisit à Subiaco la belle Marsilia, fille d'Attilio Gorsi. Un jour, le père, brandissant un poignard, réussit à pénétrer dans la chambre du séducteur; mais, il fut saisi par des domestiques et jeté dans un souterrain. Pompée s'était déjà brouillé avec Jules II, qui avait réuni l'abbaye de Subiaco à celle de Farfa; celle-ci était la troisième des anciennes maisons bénédictines; elle avait été fondé au sixième siècle dans le territoire de la Sabine et considérablement agrandie par les ducs lombards de Spolète. Les relations entre les deux monastères ne furent plus alors qu'une suite de luttes continuelles : un parti voulait se joindre aux moines du Mont-Cassin, ce qui eut lieu en 1514; l'autre, le parti allemand, au contraire, penchait pour la fusion avec Farfa. Or, Farfa avait le titre d'abbaye impériale et comptait beaucoup d'Allemands parmi ses religieux : ceux-ci souvent eurent recours à l'empereur et les bénédictins, plusieurs fois chassés du Mont-Cassin, y furent réintégrés par les papes.
Pompée Colonna, excommunié par Jules II, mais de nouveau admis dans le giron de l'Église par Léon X, passa la commende à son neveu Sci-
pion. Les Colonna étaient puissants dans la Campagne romaine, où ils s'étaient formé un petit royaume avec les villes des pays herniques et volsques; ils pensaient aussi incorporer Subiaco dans leurs possessions et, comme les cardinaux de cette famille avaient obtenu le droit de transmettre encore vivants, la commende à leurs propres neveux, les Colonna purent ainsi rester les maîtres de Subiaco pendant cent seize ans. Pendant toute cette période, le pays appartint aux Colonna, malgré leurs luttes continuelles avec le Saint-Siège. Clément VII subit de ce chef une effrayante défaite. Ses troupes détruisirent en 1527 la citadelle de Subiaco, mais le 21 juin de l'année suivante, elles furent complètement battues sous le commandement de Napoléon Orsini. Le drapeau enlevé ce jour-là à l'armée pontificale est encore conservé, comme trophée, dans l'église de Sainte- Scholastique et, tous les ans, à pareille date, on célèbre a Subiaco par une imposante procession la victoire remportée sur un pape.
Ces souvenirs historiques sont encore vivants dans toute la région.
La domination des Colonna fut un régime féodal, arbitraire, sans loi ni justice; les cardinaux ne voyaient dans le pourpre qu'ils revêtaient que l'emblème du pouvoir; des brigands à leur solde, connus sous le nom de bravi9 obéissaient fidèle-
ment à leurs moindres signes, et ni les biens, ni l'honneur d'une famille n'étaient respectés par ces bandits, campés dans la vaste cour de la forteresse. Tandis que les querelles entre le Mont- Cassin et Farfa duraient encore, une nuit. Scacciadiavolo (1), le bravo redouté de Pompée Colonna, fondit sur le cloître de Sainte-Scholastique avec quarante-quatre hommes armés, le ravagea et en chassa tous les moines. On assure que le cardinal ne fut pas étranger à ce coup de main : le fait est qu'il fut destitué par le pape, mais pour être aussitôt remis à sa place. L'histoire de ce temps est pleine de semblables violences et beaucoup d'endroits de Subiaco en gardent encore le souvenir : par exemple, on montre l'emplacement où quelques habitants furent enterrés vivants. Subiaco vit, entre autres atrocités, l'épouvantable matricide qui empêcha la grâce de la famille Cenci : un membre de la maison Santa-Croce, de Rome, avant en 1599 étranglé sa propre mère à Subiaco, le pape, dès qu'il apprit ce crime, signa la condamnation à mort de Béatrice Cenci, de sa bellemère et de son frère.
Mais l'histoire des Colonna est liée à celle du monastère : ainsi, Marc-Antoine, Camille et Ascanio furent successivement cardinaux-abbés de
(1) Chasse-le-diable.
Subiaco. Ce dernier habitait effrontément dans le château avec sa maîtresse Arthémise, qui le remplaçait dans l'administration du couvent toutes les fois qu'il était obligé de s'absenter; mais, ce fait souleva un tel scandale que, du coup, la commende fut définitivement enlevée aux Colonna. Après la mort d'Ascanio, en 1608, le pape la donna à son neveu Scipion Caffarelli Borghèse, qui la conserva jusqu'en 1633.
Les Colonna n'ont laissé aucun souvenir intéressant à Subiaco ; on voit seulement dans la forteresse, qu'ils firent construire et embellir, des salles ornées de leurs armes.
Si, au seizième siècle, les Colonna et les Orsini étaient les seuls et véritables maîtres de la Campagne romaine, cet empire leur fut ensuite disputé par des familles plus récentes, les Borghèse et les Barberini, soutenues par le népotisme de certains papes. Ils firent l'acquisition des plus belles propriétés du Latium, dont ils possèdent encore quelques-unes. Les villes de ces régions montrent des palais vastes et massifs, aux murs desquels sont appendus les portraits des barons de cette époque. On trouve beaucoup de ces peintures, même dans les simples bourgades des monts Herniques, qui représentent d'anciens cardinaux et de majestueuses dames du dix-septième siècle; parmi les princes de l'Église, on reconnaît facilement le
visage rond et rose de Scipion Borghèse. C'était l'époque de l'absolutisme galant et sensuel, en perruque poudrée et en bas de soie, dont le caractère était lâche, effronté et scandaleux, autant que prosaïque. Les rudes barons du moyen âge, en cuirasses et en cottes de mailles, s'étaient changés en des princes efféminés qui, étendus sur les divans de leurs boudoirs, goûtaient nonchalemment aux fruits que des vassaux tremblants apportaient au château. Chaque fois que les cardinaux faisaient leur entrée à Subiaco pour prendre possession des bénéfices, ils arrivaient à la tète d'une petite armée de mercenaires, accompagnés d'une nuée de serviteurs, et recevaient à la porte les clefs de la ville, que les magistrats leur offraient sur un plat d'argent.
Les Borghèse furent vite chassés de Subiaco par les Barberini. Urbain VIII, chef de cette riche maison, donna la commende à son neveu Antoine, en 1633; les Barberini surent fort bien suivre l'exemple de leurs prédécesseurs, et l'abbaye resta pendant un siècle entre leurs mains. Antoine augmenta encore la puissance du cardinal-abbé, et il ajouta au droit de justice baronnal celui épiscopal, qui jusqu'alors avait été exercé par les évêques de Tivoli, d'Anagni et de Palestrina, sur divers châteaux environnants; et ainsi le commendeur de Subiaco fut à la fois évêque et baron, à la grande
terreur du pauvre peuple. Les lois étaient si barbares que seulement pour avoir pris un faisan ou une caille, un homme était condamné à dix ans de galère.
Toutefois les Barberini firent quelque bien dans le pays : Subiaco, par sa position naturelle, audessus d'un fleuve au cours rapide, était spécialement vouée à l'industrie et dut aux fondateurs de cette famille ses fabriques de papier, de coton et d'étoffes imprimées, qui occupent encore aujourd'hui quelques centaines d'ouvriers.
Cependant les moines n'avaient pas oublié qu'ils avaient été aussi les seigneurs féodaux de l'abbaye; ils saisirent l'occasion de la mort de François Barberini, en 1738, pour faire valoir leurs anciens droits. Ils nommèrent leur nouvel abbé, et Don Bernard Cretoni se laissa conduire dans l'église de la ville, y reçut le serment des vassaux par l'entremise du gonfalonnier du peuple, jura lui-même de respecter les statuts et après une complète cérémonie de prise de possession, fut conduit solennellement à Subiaco, imitant ainsi l'exaltation d'un nouveau pape. Ensuite, comme s'il était encore un des abbés du treizième siècle, il promulgua des édits, installa ses agents dans les châteaux, rendit la justice, rappela les exilés et se conduisit comme un prince. L'édit d'inauguration de son gouvernement commençait par ces paroles pom-
pcuses : « Nous, Don Bernard Cretoni, de l'ordre de Saint-Benoît, moine et profès du sacré cloître impérial de Sainte-Marie de la Farfa, et, par la grâce de Dieu, abbé régulier du sacré cloître de Sainte-Scholastique, et, par grâce du Saint-Siège apostolique, vice-régent temporel et spirituel. » Mais, l'audacieux abbé trouva la résistance la plus obstinée dans le peuple, à qui ne souriait pas l'idée de retourner sous le despotisme du froc; il rencontra une égale résistance dans le clergé séculier de la ville. Les uns et les autres recoururent au Pontife, et celui-ci donna la commende au cardinal Spinoza, qui s'installa finalement à Subiaco, comme plénipotentiaire.
Vers la moitié du dix-huitième siècle, la haine contre toutes les institutions féodales était devenue aiguë, et les moines, en opposition avec les états laïques, devaient en ressentir les effets. A Subiaco, il se forma un complot contre les bénédictins; on chantait des chansons où ils étaient ridiculisés et, dans les rues, des conteurs lisaient à haute voix l'histoire du cloître, excitant la population par le récit des violences et des vexations infligées par les religieux. Ceux-ci, qui n'avaient pu réprimer un soulèvement arrivé le 13 mai 1753, demandèrent l'aide des troupes romaines : une compagnie de Corses entra à Subiaco et, avec elle, un commissaire pontifical pour faire une enquête. La
cause du mal ayant été reconnue, le pape résolut d'abolir les droits féodaux des bénédictins. Ce pontife qui portait le nom de Benoît XIV, eut le courage de renier son saint patron, et, tandis qu'il annulait une des plus anciennes principautés ecclésiastiques du monde, il entrait en même temps dans la voie des réformes, où devait le suivre plus tard son malheureux successeur. Il abolit pour toujours, le 7 novembre 1753, la juridiction temporelle du cardinal-abbé de Subiaco, lui laissant seulement quelques titres et revenus de nature féodale, qui subsistent encore en grande partie et sont assez lourds. La principauté temporelle passa à l'État; elle fut exercée par un gouverneur et par un juge, que nommait la Sacra Consulta. La comrnende cardinalice resta un bénéfice purement spirituel : son premier titulaire clans cette nouvelle forme fut Jean-Baptiste Banchieri. Telle fut la fin de l'organisation moyenâgeuse de la célèbre abbaye, et, à partir de cette époque, son histoire perd tout intérêt. Cependant, parmi ses cardinaux-commendeurs, il en est un digne d'attirer l'attention par la manière résolue et pratique avec laquelle il favorisa la civilisation dans ces régions : c'est Pie VI, Braschi, qui, nommé cardinal-abbé en 1773, conserva ce titre quand il fut fait pape et combla Subiaco de bienfaits. Non seulement il construisit différents édifices, tels que la
cathédrale, un grand séminaire, une partie du palais, et bien d'autres monuments encore, mais son titre principal à la reconnaissance de cette population, fut, sans contredit, la belle route qui longe l'Anio et conduit à Tivoli : grâce à cette large voie, il relia l'abbaye à la capitale de cette région. Aussi les habitants lui élevèrent-ils un arc de triomphe, sur le modèle de celui de Titus, et Pie VI, quand il vint visiter sa bonne ville de Subiaco, en 1789, passa sous cette porte d'honneur.
Mais la République franco-romaine défit bien vite tout ce qui restait : deux fois elle supprima le cloître, que Pie VII rétablit définivement en 1814. L'organisation du monastère est restée depuis lors comme elle avait été fixée en 1753; le cardinal-abbé possède un des plus riches bénéfices de l'Église; les moines, non plus maîtres des vasseaux et des châteaux, ont encore beaucoup de biens et de fermes : leurs terres, qui consistent en bois d'oliviers et en vignes, arrivent jusqu'aux pieds des monts Volsques.
Tous les châteaux qui appartenaient autrefois à l'abbaye sont situés, excepté celui de Subiaco, sur les sommets rocheux des montagnes environnantes et sont gris comme les pierres calcaires qui les entourent. La curieuse manière de bâtir, la solitude sauvage, les usages, les coutumes, le
langage, l'habillement des paysans, tout cet ensemble étrange et suranné donne un aspect fort original à cette contrée. Mais la misère de ces montagnards est épouvantable : leur nourriture, qui se borne souvent à quelques grains de maïs, est moins abondante que celle des animaux; ceux-ci, au moins, peuvent paître l'herbe fraîche des prairies. En aucun autre endroit d'Italie, je n'ai vu une misère plus épouvantable que dans cette région. Il faut entrer dans les taudis de ces fermiers de montagnes ou les voir péniblement bêcher la terre, en chantant un mélancolique stornello, pour les plaindre comme ils le méritent. On lit sur leurs visages pâlis par la fièvre, mieux que dans les vieilles chroniques du temps, l'histoire effroyable du pouvoir féodal des barons et des moines.
Il existe deux cloîtres à Subiaco. qui sont sous la direction d'un seul abbé et forment une seule corporation : celui de Sainte-Scholastique et celui de Saint-Benoît, appelé aussi le Sacrum specus. Tous deux sont en dehors de la ville, sur la rive droite de l'Anio, dans la vaste solitude des forets et des monts. Le premier est le plus ancien : c'est une masse étrange et pittoresque d'édifices, au milieu desquels s'élève une tour carrée, bâtie par l'abbé Humbert, en 1053. Le mélange de style roman et gothique des fenêtres révèle la trace de diverses époques, mais clans l'ensemble montre seulement quelques restes de la période la plus ancienne. Le cloître fut plusieurs fois restauré et son église actuelle date du dix-huitième siècle, à qui nous devons aussi attribuer la façade du couvent, tandis que la seconde cour intérieure remonte au dix-septième siècle, comme le prouvent l'arc roman et les pilastres. Des peintures modernes en mauvais état, rappelant l'histoire de l'abbaye,
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couvrent les murs et les pilastres; les papes et les princes qui visitèrent le couvent y sont représentés de grandeur naturelle, et, parmi eux, il faut noter l'empereur Othon III et l'impératrice Agnès. Quelques inscriptions contiennent la liste complète des biens que posséda autrefois le monastère.
De là, on passe dans une cour intermédiaire, située devant l'entrée de l'église : elle possède quelques fragments d'architecture gothique, et surtout un grand arc de pierre, orné de figurines et de spirales. Ici, on trouve le monument le plus ancien que possède Sainte-Scholastique : un grossier bas-relief en marbre de l'an 981, du temps des Othons allemands et de la barbarie romaine. C'est un carré de quelques pieds de largeur et d'égale hauteur, avec des images sculptées, représentant un tronc d'arbre garni de feuilles sur lequel est posé un vase : deux bêtes avec de larges oreilles grimpent à quatre pattes le long de ce tronc et se dressent pour boire le contenu du vase. Leur aspect est si énigmatique, qu'on ne saurait deviner si ce sont des loups ou des cerfs, des renards ou des chiens, ou d'autres animaux. Sur le dos de l'une d'elles, un petit oiseau est fort occupé à picorer. Tout autour, courent des frises et des festons en pierre. Le corps d'une des bêtes porte une inscription rap-
pelant que Benoît VII consacra l'église du cloître le 4 décembre 981.
EDIFICATIO UIUS EGGLE SGE SCOLASTICE TEMPORE
DOMM BEXEDICTI VII PP. AB. IPSO PPA DEDICATA
Q. D. S. AN. AB. INCARXATIOXE DNI CCGCGCGCCLXXXI
M. DECB. D. III. IXDICTIONE VIII
Sur le bas-relief on trouve une autre inscription presque effacée; mais il m'a été impossible d'en déchiffrer le commencement.
L'église elle-même, dont la construction primitive avait été consacrée par Benoît VII, n'a plus rien d'ancien. Mais si on entre dans la véritable cour du cloître, à droite, s'élève un puits orné de ces petites colonnes et de ces arcs ronds, comme on en voit à Rome dans beaucoup de cloîtres : celui-ci date du treizième siècle, souvenir du puissant abbé Landus et de la célèbre famille des artistes romains, les Cosmas.
Les hexamètres tracés sur l'entrée principale disent :
Cosinus et filii Lucas et Jacobus alter Romani cives in marmoris arte periti Hoc opus eœplerunt abbatis tempore landi.
Ces dignes artistes furent plus heureux dans leurs monuments funéraires et dans leurs tabernacles, que dans cette construction, qui ne peut en
aucune manière soutenir la comparaison avec le cloître des bénédictins de Saint-Paul, à Rome. Les colonnes sont simples et grossières, et les chapiteaux, fort laids, ont le profil d'une poutre; aucune mosaïque, aucune sculpture n'ornent l'arc ni l'entablement. L'art semble s'être modelé sur la rudesse de la campagne.
Ce sont les seuls restes d'un passé, dont les trésors artistiques ont subi de nombreuses dévastations. Les édifices du cloître, spacieux dans l'intérieur, avec beaucoup de corridors, de cellules, de chambres et de salles destinées à des usages divers, sont en grande partie récents. Par contre, j'ai visité avec plaisir et curiosité les bibliothèques et les archives des bénédictins : les rayons contiennent des matériaux précieux pour l'histoire du Latium au moyen âge; on peut facilement consulter les documents, qui sont soigneusement catalogués; parmi eux, il faut noter le Regestum insigne veterum monumentorum Monasteri Scholastici, en parchemin, recueil de pièces remontant du huitième siècle jusqu'à nos jours. Les documents antérieurs manquent. Aucune des chroniques de Subiaco n'a été imprimée, excepté une anonyme, qui arrive jusqu'en 1390 et fut publiée par Muratori. On lui défendit d'éditer une chronique plus détaillée, écrite par un Allemand de Trêves en 1629: Clironicon Sublacense P. D. Cite-
rubini Mirtii Trevirensis anno Dni 1629 (1). Les moines permettent de la feuilleter : elle est bien plus complète que l'autre écrite par Guillaume Capisacchi de Narni, en 1573, et qui n'a jamais été publiée non plus; ce n'est pas un travail remarquable, mais seulement une compilation de documents. L'histoire du monastère gît encore au fond de ces archives; le chanoine Janucelli en a écrit une, mais son œuvre n'est pas scientifique. J'ai eu dans les mains un manuscrit de 1833. qui contient une relation assez exacte et dont Fauteur est Silvio Mariani de Subiaco, mort en Grèce. Il s'est servi des chroniqueurs susnommés et aussi de quelques documents, mais l'ouvrage est inédit. Il est écrit avec un esprit libéral et contient quatre cent quatre-vingt-douze pages : je lui dois beaucoup des faits que j'ai rapportés ci-dessus.
La bibliothèque est petite et riche en ces très vieux incunables allemands, dont j'ai déjà parlé. J'ai examiné avec joie ces précieux in-folio que me tendait un jeune bénédictin. En tête de l'œuvre de Lactance, j'ai trouvé écrit : Lactantii Firmiani de divinis institutionibus adversus gentes libri septenis nec non ejusdem ad Donatum de ira Bel liber unuSj una cum libre de opificio hoîs ad Demetrianutn
(1) Le Regestum et le Chronicon Sublacense de Mirzio ont été publiés en 1884 par les soins de la Società romana di Storia pairia.
jmiunt. Sub anno Dm MCCCCLXV ' pontiftcatus Pauli papae. Anno ejus secundo. Indictione XIII die vero antipenultima mensis Octobris. In venerabili monasterio Sublacensis. Deo grattas.
C'est un cri de joie spontané, poussé par ces braves imprimeurs, qui n'ont même pas signé leur nom. Cela me rappelle la devise que les grecs et les latins du moyen âge mettaient en tète du manuscrit copié, pour couronner l'achèvement de leur laborieux travail :
Comme il est doux au voyageur de voir sa patrie, Ainsi au copiste de voir la fin de son livre...
Sainte -Scholastique compte encore une cinquantaine de moines, qui sont soumis à un maigre régime et à une sévère discipline : mais en visitant la belle cuisine, aux voûtes profondes, une louable odeur de graisse, digne d'Homère, m'a chatouillé les narines et ne m'a pas paru être exactement conforme à la règle de saint Benoît, qui défend l'usage de la viande.
Passons maintenant au vrai sanctuaire des bénédictins, au second petit cloître, qui fut édifié au onzième siècle sur la grotte de saint Benoît et pour cela même est appelé le sacro speco — la grotte sacrée. Les moines du Mont-Cassin, en 1688, ouvrirent une route pour y monter, un chemin escarpé qui conduit à la caverne, à travers les rochers et
offre de magnifiques panoramas. L'Anio mugit presqu'à pic sous les pieds du voyageur, au fond de l'étroite vallée de Subiaco, tandis qu'au loin, dans les forêts obscures, on découvre le village alpestre de Jenne, la patrie du pape Alexandre IV et du célèbre abbé Landus, de la maison des comtes de Segni. Avant d'arriver à la grotte, on traverse un fourré sombre et épais, planté de chênes, où peutêtre le solitaire saint Benoît aimait à méditer et qui, aujourd'hui encore, comme le bois sacré des anciens, annonce le voisinage d'un mystère.
Les petites constructions, bâties les unes près des autres sur la caverne sainte, sont accotées contre la paroi escarpée de la roche et nous montrent un mélange original de styles : elles sont ornées de peintures, même à l'extérieur. On passe sur un pont couvert, qui doit avoir été un pont-levis au moyen âge et on pénètre dans une longue galerie, dont les murs sont couverts d'images modernes représentant les évangélistes. Sur une des parois, on lit ces bons distiques :
Lumina si quœris Bénédicte quid eligis antra? Quœsiti servant luminis antra nihil.
Sed perge in tenebris radiorum quœrere lucem, Nonnisi ab obscura sidéra nocte micant.
et au-dessous :
D. 0. M. ordinis S. Benedicti Occidentaliuiu Monaehorum Patriarchœ cunabula.
En vérité* je crus être réellement transporté dans l'atmosphère mystérieuse de ces temps extraordinaires, quand, au sortir de cette galerie qui conduit dans la première église, je me trouvai brusquement dans un petit temple, d'une merveilleuse architecture gothique, dont les murs et les voûtes disparaissaient sous le miroitement multicolore de fresques aux tonalités adoucies. Un chœur de moines invisibles chantaient vêpres; leurs puissantes voix de basses résonnaient solennelles et rythmiques, dans l'ombre crépusculaire, et pendant les pauses de leurs litanies, on entendait le rauque croassement des corbeaux. En effet, trois de ces animaux sont nourris dans le monastère en souvenir de saint Benoît et il semble que le nombre traditionnel de ces vivants emblèmes de l'Ordre des bénédictins, ne doive jamais être dépassé.
Il est difficile de faire une description détaillée du cloître, célèbre par ses belles peintures. On se perd dans un dédale de sanctuaires et de chapelles, en parties édifiés sur les grottes elles-mêmes, en partie appuyés contre la paroi rocheuse de la montagne. On descend d'une église dans l'autre, au moyen de larges degrés et on croirait se trouver dans des catacombes profondes, aux couleurs chatoyantes, toutes scintillantes des cierges allumés sur les autels. Dans ces cryptes, il n'y a pas une voûte ou un mur qui ne soient ornés de
fresques, reproduisant les épisodes de la vie des fondateurs ou de différents saints, et des scènes allégoriques. L'histoire du monachisme, du reste, atteint, avec la vie de saint Benoît, son point culminant, à la fois héroïque et épique, en même temps que se déroulent dans les langues néolatines les poèmes de chevalerie. Cette sereine existence n'est pas terrifiante comme les légendes des martyrs chrétiens, qui soutenaient une lutte désespérée pour la vie; mais, elle est pénétrée d'une douceur un peu chimérique, qui explique la surprenante richesse de ces compositions artistiques. Les miracles de saint Benoît me semblent avoir plus de poésie que ceux des autres saints, à peu d'exceptions près. L'amour fraternel y tempère l'égoïsme d'une existence isolée, séparée du reste du monde; les aventures de Scholastique et de Benoît sont très nobles, avec leur longue pérégrination à travers la montagne, leur solitude, la destruction des temples païens et l'érection de nouveaux couvents. De nobles jeunes gens viennent s'unir au maître : parmi lesquels Placide, l'apôtre de Sicile, et Maur, l'apôtre de France; ceux-ci ouvrent la retraite un peu bornée de l'anachorète sur des horizons plus larges et plus beaux. La vie de saint Benoît se prête donc à de belles scènes picturales; et c'est pourquoi le cycle grandiose du monachisme, qui a eu aussi son influence
sur les poèmes du Graal, a trouvé à Subiaco sa représentation classique.
Le Latium tout entier n'a rien de semblable à ces peintures, si ce n'est peut-être celles de la crypte du Dôme d'Anagni. L'étude des fresques de Subiaco est utile pour l'histoire de Fart, car elles appartiennent à des époques diverses : à celle byzantine^ à celle de Cimabue et de Giotto, au quinzième et au seizième siècle.
Je vais en parler brièvement.
La première chapelle édifiée, selon une inscription, par l'abbé Jean Y, en 1116, fut ornée de fresques en 1220, sur l'ordre de Jean VI; elles couvrent littéralement les murs et, bien que d'un dessin grossier et imparfait, elles montrent toutefois une grande fraîcheur de vie et une véritable puissance épique : on dirait que les artistes ont essayé de transporter dans leurs œuvres le style extraordinaire des chroniques de l'époque. A droite et à gauche, il y a des scènes de la vie du Christ, son entrée à Jérusalem, la Passion, les événements qui se passèrent après sa mort. Une grande partie de ces peintures sont noircies et enfumées; mais, grâce à d'intelligentes restaurations, celles qui reproduisent la vie de saint Benoît sont moins abîmées. Dans l'une, on voit le bienheureux se rouler dans des buissons d'épines, pour éloigner l'apparition tentatrice d'une
belle femme; une autre le montre en train d'écrire les règles de l'Ordre, dans sa grotte et, en dessous, est inscrit ce vieux tétrastique léonin :
Hic mons est pinguis, multis claruit signis, A Domino missus sanctus fuit Benedictus, Mansit in cripta, fuit hic nova Régula scripta. Quisquis amas Christum talem sortire Magistrum.
Une petite tribune, creusée dans la voûte même de la roche, ferme cette chapelle; devant elle, à l'extrémité de la nef, se trouvent trois arcades ogivales posées sur d'élégantes colonnes, comme un espèce d'arc triomphal, dont les lunettes sont ornées des portraits du père et de la mère de saint Benoît, Probe et Abondance (1). Derrière, se dresse un petit autel-tabern^le, l'unique travail dit alexandrin que j'aie trouvé dans le cloître, et dans cet autel, contrairement à l'usage du temps, la mosaïque a été remplacée par une fresque.
Une série de toutes petites chapelles, communiquant entre elles, conduisent dans l'intérieur; elles forment un passage court et obscur, qu'on pourrait comparer à la nef transversale d'une église. Là aussi, les peintures étendent partout leurs chaudes tonalités, donnant une étrange intimité à ces lieux sacrés. On y découvre saint
(1) Probe ou Euprobe de la famille Anicia, et Abondance de la famille des Reguardati, furent le père et la mère des deux jumeaux, Benoit et Scholastique.
Benoît soupant avec sa sœur, la mort de ces deux saints, et celle de Placide et de Maur. On y trouve encore un ancien sarcophage d'enfant, entouré de jolis bas-reliefs représentant des oiseaux; il est placé sur une petite colonne et sert de bénitier. Un escalier conduit dans l'église inférieure, particulièrement remarquable; là encore, les peintures habillent les murs et quelques inscriptions nous ont conservé le nom de l'artiste. On y lit en caractères gothiques : « Magister Conxolus pinxit hoc opus » ; ou bien : « Stamatico Greco pictor perfecit A. D. MCCCCLXXXX. » Conxolus fut un peintre de la fin du treizième siècle, avant Cimabue, et avant même que la peinture italienne se fût libérée des caractères typiques du style byzantin. Peut-être est-ce le même artiste qui orna de peintures murales le vestibule de Saint-Laurent-Horsles-Murs, à Rome, sous Honorius III? Les deux œuvres sont de la même époque et de la même école. Les fresques de Conxolus — et la plus grande partie de celles du cloître sont de lui — conservent encore la manière grecque, sans toutefois en avoir la violente et rude sécheresse. On y rencontre des figures d'un dessin très noble, avec des draperies d'une simplicité qui rappelle l'antique. De toutes façons, cet ancien maître, dont le nom semble révéler une origine hellénique, a une grande puissance et il a dû travailler également à Rome, à
Subiaco et dans la crypte du Dôme d'Anagni, comme les maîtres mosaïstes, les Cosmas, ses contemporains grecs et eux aussi.
Il y a dans cette église souterraine des peintures dont les sujets sont très disparates; cependant, la plus grande partie se rapporte à l'histoire du monastère. Sous l'escalier, on voit Innocent III remettre un diplôme à l'abbé Jean VI, et Grégoire I" offrir à l'abbé Honoré l'acte de donation. D'autres tableaux traitent la vie de saint Benoît; dans l'un, il est représenté avec sa nourrice, une belle figure de femme, merveilleusement drapée; un autre nous montre sa mort : le saint, dans son froc noir, gît sur un grabat et de sa bouche sort un rayon de lumière qui porte son âme, sous la forme d'une petite figure nue, clans les mains d'un ange ailé. Celui-ci à un profil grec, des traits purs et des yeux en amandes. La douce inclinaison de la tête rappelle vivement les meilleures compositions des catacombes. Cette admirable figure, d'un ton brunclair, n'a pas été retouchée. Il y a beaucoup d'autres scènes dont il est inutile de parler : toutes ne sont pas du même artiste et quelques-unes appartiennent déjà au onzième siècle, car elles sont strictement fidèles aux pures formes byzantines. Tels sont les apôtres colossaux du plafond, qui font un si étrange contraste avec les fresques des murs et ont été restaurés d'une manière si barbare !
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Dans le centre de l'église gît la grotte de saint Benoît, qui m'a rappelé celle de sainte Rosalie, à Palerme, sur le mont Pellegrino. Sous un très riche autel, l'image marmoréenne du jeune saint est agenouillée, en adoration devant la croix; c'est une œuvre assez bonne de l'école du Bernin, de Razzi, dit le Lombard, dont l'effet -est peut-être encore augmenté par la pénombre qui l'entoure. Ici tout a un caractère de gaieté; l'harmonieuse petitesse de ces sanctuaires, églises, chapelles et grottes multicolores et resplendissants, semble un aimable jeu de la fantaisie. On imagine feuilleter un livre illustré, plein d'images magnifiquement coloriées, contenant de poétiques légendes, douces et sévères comme la vie des pieux anachorètes dans le désert.
La religion y prend l'apparence d'une très belle histoire, d'une fable merveilleuse et presque invraisemblable: du reste, le caractère du cloître s'y prête parfaitement, et il est peut-être unique en son genre. L'esprit n'y est pas porté à de graves pensées; dans cette grotte sacrée le plus fervent catholique ne peut éprouver de grands élans de foi, car les artistes eux-mêmes qui auraient voulu exciter la dévotion et de la piété avec des compositions émouvantes, ont subi invinciblement la souriante sérénité de l'ambiance et ont pris le ton général. Je l'ai parfaitement senti en regardant
deux fresques qui sont sur un mur étroit, près d'un escalier conduisant de la grotte dans une chapelle souterraine; elles représentent le Triomphe de la Mort, d'après les vers bien connus de Pétrarque : la Mort, funèbre cavalier, après avoir sauté à cheval sur des cadavres, frappe d'un coup d'épée un jeune homme, qui s'entretient avec un camarade. En avant, trois tombes sont ouvertes : dans la première gît une jeune femme, qui depuis peu a rendu le dernier soupir; dans l'autre, on voit son corps déjà en décomposition et exhalant une odeur nauséabonde, et, dans la dernière, est allongé son squelette, la peau collée sur les os. Un vieillard semble expliquer ces différentes phases du néant et faire de la morale à trois beaux jeunes gens, élégamment habillés, le faucon sur le poing, qui l'écoutent gravement. Le nom de l'auteur de cette œuvre remarquable qui, malheureusement a beaucoup souffert, est ignoré; il appartient visiblement à l'école de Ghirlandajo; le Massacre des Innocents à Bethléem, doit aussi être de lui. Ce sujet est traité avec un art profond et une grande simplicité : un groupe de mères tiennent leurs nourrissons dans les bras et les serrent contre elles avec une tendre angoisse, tandis que des guerriers s'approchent, brandissant leur épée. Je n'ai jamais vu cet épisode horrible rendu avec un sentiment plus dramatique et plus esthétique
à la fois; et on doit en louer davantage l'artiste, si on se rappelle l'effroyable charnier que nous montre les arazzi du Vatican. L'inconnu de Subiaco a compris qu'on pouvait émouvoir le public en faisant seulement deviner ou craindre l'acte inhumain...
J'ai aussi trouvé d'autres tableaux originaux, surtout deux figures de saint Etienne et de saint Laurent. Le premier saint est lapidé : le peintre, pris d'un zèle étrange, a voulu enchâsser dans le tableau de véritables pierres et a brisé l'auréole dorée avec des cailloux réels. L'autre saint est une figure juvénile, vêtue d'une riche draperie; il tient dans la main droite la palme des martyrs, dans la gauche un livre et se dresse tout debout sur le gril.
Il faut ajouter que de cette chapelle, on descend dans une dernière grotte, assez petite, couverte de stucs et de peintures fort ancienne, où l'on assure que saint Benoît enseignait les Écritures Sacrées à ses disciples.
Telles sont les principales curiosités du monastère : mais n'oublions pas la partie supérieure, d'où l'on a une vue admirable sur le pays environnant. Tous ces sanctuaires sont construits sur un rocher gigantesque, effrayant, absolument à pic, qui domine le cloître et semble vouloir l'écraser ; mais heureusement que non loin de là, dans la cour, se trouve l'image du saint, dont la main
étendue paraît vouloir arrêter la pierre massive et lui dire : « Ne fais pas de mal à mes enfants... »
Quand je suis descendu dans la cour, j'ai trouvé les trois corbeaux croassant gravement, aux pieds du vénérable ermite. Ces sinistres oiseaux, avec leur voix lugubre et leur plumage pareil au froc des bénédictins, sont les attributs véritables du bienheureux, comme autrefois dans l'antique mythologie certains oiseaux étaient spécialement consacrés à des dieux, qu'ils personnifiaient. Or. les corbeaux ont joué un rôle important dans l'histoire de saint Benoît : ils l'accompagnèrent dans son voyage de Subiaco au Mont-Cassin et lui sauvèrent la vie. En effet, un ennemi ayant envoyé à l'anachorète des mets empoisonnés, cette gent emplumée s'en empara et les emporta loin, très loin, dans la forêt. Le corbeau des montagnes m'a toujours paru être le véritable oiseau des moines, qu'il représente à merveille; c'est, en tout cas, un symbole plus exact que celui des dominicains, consistant en un chien avec une torche dans la gueule.
Il y a aussi dans le couvent un jardin plein de roses, tout au sommet du rocher. Autrefois c'étaient des ronces, et justement celles dans lesquelles saint Benoît, une nuit, avait roulé son corps nu, pour échapper à la tentation d'une belle apparition féminine. Quand, en 1223, saint François d'Assise, le fameux fondateur de l'ordre des fran-
ciscains, visita Subiaco, il greffa sur ces épines les roses que nous voyons encore fleurir. Elles ont, assure-t-on, des qualités merveilleuses. Un moine me déclara que, réduites en poudre et avalées comme de simples pilules, elles guérissaient toutes les maladies et conjuraient le mauvais sort. Ce religieux ne me dit pas si elles possédaient la précieuse vertu des roses d'Apulée : en tout cas, je n'aurais pas pu la vérifier...
LE MONT CIRCEO