‹ Promenades philosophiquesChapitre 11 sur 40 · LA LOGIQUE D'UK SAINT · texte numérisé non relu

LA LOGIQUE D'UK SAINT

gneur. Devenu réformateur de la vie religieuse, il garde les mêmes allures. Le cœur s'était transformé, l'imagination restait la même et le langage aussi. La réforme de l'Eglise lui apparaissait comme une sorte de chevauchée épique. Les gestes des chevaliers sont pour lui sur le même plan que les actes des martyrs (i). On dirait par moments qu'il met Charlemagne, Roland et Olivier au-dessus de saint Augustin, de saint Benoît de saint Bernard (2). Le personnage qui hante son imagination, c'est l'empereur (3), et quand il veut féliciter ses amis, il les appelle ses chevaliers de la Table ronde (4). » Ce pauvre véritable, ce serviteur des lépreux, est

(1) « Carolus imperator, Rolandus, Oliverius et omnes palatini et robusti viri qui potentes fuerunt in praelio prosequendo infidèles cum muito sudore et labore usque ad mortem habuerunt de illis victoriam memorialiter et ad ultimum ipsi sancti martyres sunt mortui pro fide Christ i in certamine. » Spec, t\.

(2) C'est à propos de la règle qu'il a voulue pour ses frères. Il avait un certain dédain pour les constitutions anciennes : « Et ideo volo quod non nominetis mihi aliquam regulam neque sancti Benedicti, neque sancti Auçustini, neque sancti Bernardi, neque aliam viam et formam vivendi preeter illam quae mihi a Domino est ostensa misericorditer et donata. » Spec, 68.

(3) « Si imperator alicui servo suo integrum reçnumsuumdaret... Si locutus fuero imperatori supplicando et suadendo dicam sibi ut amore dei et mei faciat legem specialem quod nullus homo capiat vel occidat sorores alaudas... Si enim veniret Assisium imperator et vellet aliquem de civitate illa assumere in suuni militem, camerarium vel familiarem, nonne gaudere deberet? » Spec, ioo, 114 et p. 266.

(4) « lsti sunt fratres mei milites tabulas rotundae. TtSpec, 72.

évidemment un aristocrate. Il est né pour commander ; il n'en impose que par l'amour, mais il en impose. On ne se révolta jamais ni contre ses ordres, ni contre son enseignement, même quand sa bonté, peut-être alors un peu ironique, voulait protéger les voleurs et les loups. Il avait des fantaisies; il était poète. Malade, il dit : « Non habeo voluntatem comedendi, sed si haberem de pisce qui vocatur squalus forsitan comederem. » Et au même instant « ecce quidam venit apportans canistrum in quo erant très magni squali bene parati et cuppî de gammaris quos libenter comedebat sanctus pater (i) ». Il chantait volontiers en s'accompagnant d'une guitare et c'est ainsi qu'il composa ses cantiques. Il avait des idées singulières. On connaît son amour pour les bêtes, les oiseaux et surtout les alouettes (il leur souhaitait la protection de l'Empereur) (2); il avait également une sorte de culte pour les forces naturelles, pour le feu, et aussi pour les fleurs, les arbres, les pierres. Il y a dans quelques-unes de ses paroles une sorte de panthéisme naïf, assez traditionnel, d'ailleurs, et qu'on retrouve jusque chez Notker et chez Fortunat. Son sentiment de la beauté de la nature était

(1) Spec, 112.

(2) Vide supr., en note.

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