‹ Promenades philosophiquesChapitre 30 sur 40 · LE ROUGK ET LE NOIR PAR LE ROUGE ET LE NOIR FAR STENDHAL M. ALBALAT · texte numérisé non relu

LE ROUGK ET LE NOIR PAR LE ROUGE ET LE NOIR FAR STENDHAL M. ALBALAT

Julien admirait avec tran s- Julien contemplait avec

port jusqu'aux chapeaux... ravissement jusqu'aux chapeaux...

Admirant la beauté et l'ar- S'extasiant sur la beauté

rangement de tout ce qu'il et l'arrangement de tout ce trouvait... qu'il touchait. ..

M™* de Rénalyde son côté, Mmc de Rénal, de son côté,

trouvait la plus douce des goûtait (ou savourait, ou voluptés à instruire ainsi... éprouvait) la plus douce des

voluptés à instruire ainsi...

Cette rhétorique enfantine aurait bien amusé Stendhal; mais elle n'était pas possible de son temps. Les écoles primaires supérieures n'étaient pas inventées.

Stendhal, le mauvais écrivain, est tout de même,

un grand écrivain : voilà le fait contre lequel se brisent toutes les rhétoriques. Casanova, bien plus mauvais écrivain encore, et dont, à vrai dire, on ne connaît pas même le style, est, lui aussi, un grand représentant des passions humaines; et j'y ajouterais volontiers Restif et quelques autres physiciens de la vie. Mauvais écrivains, non; c'est mauvais rhétoriciens qu'il faut dire, ce qui est bien différent. La conclusion de tout cela, je la trouve dans ce mot de Stendhal lui-même : « Ce n'est pas le tout de faire de jolies phrases, il faut avoir quelque chose

à mettre dedans, b

iqo3.

ESSAI SUR LA SIMPLIFICATION DE L'ORTHOGRAPHE (i)

Pour répondre à un vœu déposé à la fin de l'année 1901 par quelques membres du Conseil supérieur de lTnstruction publique, le ministre constitua une Commission « pour étudier les simplifications à apporter à l'orthographe dans l'enseignement de la langue française », — car, ainsi que chacun Ta appris à ses dépens, on enseigne aux Français la langue française ; on ne la leur enseignait pas du temps de Rabelais et de Montaigne, de Pascal et de Molière, de Voltaire et de Montesquieu : « Peu de personnes, disait Rollin vers 1780, sçavent la langue françoise par principes, parce que peu de maîtres prennent soin de l'enseigner. » Depuis ces temps d'insouciance, il s'est fait dans les mœurs de grands changements. Satisfait d'avoir quelques

(1) Examen du Rapport de M. Paul Meyer sur la simplification de l'orthographe, publié par ia Revue Universitaire, i5 novembre

libertés nouvelles, et surtout apparentes, le peuple a permis à l'Etat de mettre la main sur quelques libertés anciennes, très utiles et même primordiales. On verra peut-être, cette année même, un ministre de l'Instruction publique, sur l'avis de quelques professeurs de philologie, hommes éminents d'ailleurs, modifier par un simple décret l'aspect séculaire de plusieurs milliers de mots de la langue française. C'est un pouvoir tel que n'en connurent ni les empereurs romains ni nos rois absolus. Le fait dépasse de beaucoup la matière linguistique; son importance est sociale.

Ceci dit, et dit pour bien montrer que la question est des plus sérieuses, j'aborde aussitôt l'examen du rapport. Les idées générales qu'il suggère, et celles qui naîtront de la critique que j'ai entrepris d'en faire, viendront au cours de cette étude ou en conclusion.

SIGNES DIACRITIQUES : ACCENTS, TREMA

i. Accents. -»• La Commission admet l'utilité des accents aigu et grave portant sur la lettre e. M. Meyer rappelle que le premier fut imaginé par Geofroy Tory (1529), et le second par Pierre Corneille (i664). Ce dernier accent a usurpé un autre

ESSAI SUR LA SIMPLIFICATION DE i/ORTHOGRAPHE 25g

emploi; les grammairiens l'ont utilisé pour établir une distinction entre a et à, la et là, ou et o«. Rien ne nous semble plus commode et plus logique; mais tel n'est pas l'avis de la Commission, qui proscrit cet accent, « dans tous les cas inutile ». C'est aller un peu vite. La distinction de ou et de où est si peu oiseuse qu'elle sert de pivot à une scène fameuse de théâtre. M. Paul Meyer a oublié de consulter Beaumarchais. Les deux mots ont d'ailleurs une origine différente, l'un représentant aut (ou) et l'autre ubi (où), et il est bon que, dans ce cas, des mots de sonorité pareille soient légèrement différenciés dans l'écriture; c'est une remarque que l'on aura l'occasion de reprendre un peu plus tard.

Il y a peu de chances de confusion entre là et la, l'article ne s'employant jamais seul ; cependant le dialogue, avec ses suppressions, ses hachures, peut, à l'occasion, utiliser une distinction en apparence un peu subtile. Ici encore la question d'origine pourrait être invoquée. Elle le sera, à plus forte raison, s'il s'agit de la particule à et de la forme verbale a. Ici la distinction est tellement nécessaire que pour la maintenir les Italiens n'ont pas hésité, proscrivant partout Vh initiale, à la maintenir devant ha, verbe. « La fille à Nicolas », dit bonne-

ment La Fontaine en un de ses contes, cela ne veut pas dire sans doute la même chose que : « La fille a Nicolas. » Il faut maintenir ces accents, sans hésitation. Qu'on le supprime sut déjà, cela sera sans inconvénient: ainsi les méditations de la Commission sur l'accent grave n'auront pas été tout à fait infructueuses.

Je lui accorderai, de plus, que l'accent aigu n'a aucune raison d'être sur des mots tels que irréligieux, dorénavant, énamourer ; que le second e de événement est ouvert et qu'il y a lieu d'écrire événement, comme on écrit d'ailleurs avènement ; qu'il est fâcheux que les accents, souvent mal placés, ne soient pas allés se poser sur bloc ou sur broc, sur œuf ou sur œufs, qui auraient pu ainsi manifester clairement la différence de leurs sonorités. « Faute d'un signe diacritique, dit excellemment M. P. Meyer, la prononciation de certains mots est actuellement en voie de détérioration. » Gela est vrai, mais il y a une cause plus générale, au moins quand il s'agit des pluriels et des singuliers à sonorité différente: c'est que le singulier emporte le pluriel et tend à l'effacer. On entend œufs prononcé comme œuf; coqs, comme coq; et il n'est pas jusqu'à chevaux qui n'ait peut être commencé un très léger mouvement de recul devant chevals. Il est vrai

KSSAI SUR LA SIMPLIFICATION DK l'ORTHOGRAPUZ 2ÔX

qu'en certains coins de province c'est la forme du pluriel qui a influé sur le singulier, devenu chevau.

Les remarques de la Commission sur l'emploi souvent fautif de l'accent circonflexe sont assez raisonnables, mais les exemples qu'elle donne ne sont pas très clairs. Il suffirait,pour montrer l'incohérence de l'C^de mettre en regard rose, dontl'o est fermé long-, et hôpital dont Vo est fermé moyen; si l'un des deux mots demandent le circonflexe, c'est rose assurément. Mais il y a tant d'autres nuances ! Si Ton ne peut demander à l'écriture de figurer la parole, on peut lui demander toutefois de ne pas la défigurer.

2. Tréma. — En ce qui est du tréma, la Commission semble professer pour ce signe, difficile à écrire nettement, et qui vient rarement bien à l'impression, une passion immodérée. Elle le supprime, il estvrai.à Noël, ce qui est une faute, parce que les primairesauront la tentation de le prononcer comme moelle (moile', mais elle en gratifie tous les mots où la séparation des deux voyelles est marquée par h ou y. Cela donne: ébaïr, traïson, caïer, baïadêre, etc. Mais si bayadère est incohérent vis-à-vis de abaye,payemeV est pas moins vis-à-vis du même abaye, puisque la Commission conserve en leur

2Ô2 PIVOMS.VADES PHILOSOPHIQUES

présente forme ces deux mots qui se prononcent l'un pêier et l'autre abéi.

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