H. — La Commission n'ose pas supprimer
ESSAI SUR LA SIMPLIFICATION DE l'ûRTHOGRAPHK 283
les h muettes initiales. Ce sera, dit-elle, pour la prochaine fois. Demain nous serons des homes; après demain des ornes, ou des om, tout bonnement, si le phonétisme vient à triompher de la tradition.
14. G. — Voici un chapitre important. M. Meyer en effet ne se propose pas moins que de remplacer le g doux et le groupe ge par j. Cela donne manjer, langaje, Jeneuiève, juje. La Commission regrette vivement de ne pouvoir attribuer au g un son dur uniforme. Alors, dit avec enthousiasme M. Paul Meyer, on pourrait écrire gé,gêpe, gérir, au lieu de gué, guêpe, guérir, et si le c était pareillement durci, nous aurions ceur, aceuil, ci, au lieu de ces grafies barbares qui déshonorent la langue française, cœur, accueil, qui. Un des avantages de cette réforme future sera que tous les livres imprimés antérieurement seront, c'est le cas de le dire, lettre morte pour tous les enfants instruits selon la nouvelle méthode. Un fossé plus profond que celui qui sépare le français d'aujourd'hui de celui du douzième siècle se creusera entre hier et demain . Il faudra de patientes études pour arriver à déchiffrer les littératures passées et celle que nous produisons aujourd'hui. Pour rendre quelques pages de Victor Hugo accessibles au commun des lecteurs, on écrira :
284 PROMKNADES PHILOSOPHIQUES
Chace ome dans son ceur crée à sa fanlèzie...
45. S. — Cette lettre a deux sons en français, cela est certain ; mais le son fort est représenté aussi par se, c, g, ce, t, x, et le son faible ou doux par x et z. Devant des habitudes si complexes, la Commission, par ailleurs si hardie, recule à demi. Elle se borne à proposer le remplacement de / par c dans les mots, tels que inercie, partial, iniciery nation. Mais, dit M. P. Meyer, ce n'est qu'un commencement; à une seule articulation, une seule consonne doit suffire et la vraie forme de ces mots seraient inersie, parsial, inisier, nasion. Ayons un peu de « pasianse », science deviendra sianse. En attendant, contentons-nous de pouvoir écrire soissante, comme soissons , c'est toujours cela.
« Pour la sifflante faible, continue le Rapport, la Commission propose la substitution générale de s à s. On écrira caze,extaze,fraze,braize,chaize, niaize, plaize, diocèze, pèze, tranzijer, cloze, roze, pauze, blouze, épouze, jaloaze, buze, confnze, ruze, deuzième, dizième, etc. » Cela fait beaucoup de z; l'italien va devenir jaloux. De toutes les imaginations de la Commission, celle-ci est une des plus nocives, en même temps que la plus inutile; c'est l'art pour Tart, le mal pour le mal.
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Pourquoi, après un bouleversement si radical, la Commission respecte-elle les finales en z, chez, venes, où cette consonne n'a aucunement le son de la sifflante faible? On n'en sait rien. Elle reprend sa hardiesse contre Yx final qui disparaîtra de partout, des pluriels comme des singuliers. On dira des veus ; on dira deus, ckevaus, beaus, sis> dis (six, dix) . Sis (six) se prononcera sice, et sis (situé) se prononcera st; de même pour dis (dix) et dis (dire); et voilà ce qu'ils appellent apporter de la logique dans la langue française. La Commission ne semble avoir réussi, en général, qu'à remplacer des exceptions par d'autres exceptions, un arbitraire ancien, connu et inoffensif, par un arbitraire nouveau, obscur et dangereux, autant pour l'esthétique orale que pour l'esthétique écrite de la langue française.
16. N. mouillé . — Un mouillée est figuré par gn. La Commission, pour entraver la prononcia tion usuelle, mais fautive, oi-gnon, poi-gnet, propose d'écrire ognon, pognet. C'est assez raisonnable, mais il est bien tard.