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Va I l'infortune enseigne la Pythie.
A tes sermons plus que toi je me fie;
Je lis dans tes douleurs.
D’un ciel de plomb j’ai percé l’artifice ;
Et j’entrevois, marchant dans la justice , L’espérance aux longs pleurs.
Quel invisible jour dans mon cœur vient de luire? Aux malices des dieux j’ai reconnu l’enfer.
De la loi du plus fort je déteste l’empire.
L'injustice régnant, au sein de Jupiter Je ne puiserai plus les trésors de la lyre.
PROHÉTHÉB.
S’il est un dieu plus sage , il est lent à venir.
Pour affranchir mon cœur des nœuds du souvenir , Attend-il que les vents dissipant ma poussière,
Mon ombre aux pieds légers lui porte ma prière ? Aussi bien, moi , que sais-jo où son front est caché ? Pour assurer qu’il est, mes doigts l’ont-ils touché? Où, comment, dans quel temps, par quelle préférence, M’a-t-il fait confident de sa toute-puissance ?
Ailleurs qu’en mon esprit, l’ai-je vu de mes yeux ? Quels démons ont pour moi sondé ces vastes cieux ? Les dieux m’ont trahi tous après l’apothéose. Pourquoi ce dieu nouveau ferait-il au#e chose? Fantôme si longtemps caressé dans mon cœur ,
124 PROMÉTUÉE
Il peut être, comme eux, fumée, ombre, vapeur*
Qui l’empêche? Faut-il croire chaque présage?
Et, pour être dévia, que sais-je davantage?
Quelle main, après tout, mit i’o racle en mon sein? Où l’avenir m’a-t-il enseigné son dessein ?
Moi seul, moi j’ai tout fait, tout puisé dans moi-même, Et mes deux n’étaient rien qu’un splendide blasphè- Descendcz du trépied, vierges qui m’écoutez ! [me. Tous les cieux sont déserts ; je les ai visités. Croyez-moi ; le néant est l’unique prophète.
Il en sait plus que nous qui célébrons sa fête.
Tout hymne vient de lui ; tout temple est son séjour. Il aime aussi l’encens qui fume avec le jour.
O volupté! mon coeur rit dans chaque parole, Quand, mon sein déchiré, j’en arrache l’idole. le eu ce lia.
Comme la sombre mer , au pied du mont AthoB,
Le désespoir sur toi précipite ses flots.
Toi-même de ton sein rejettes le miracle.
Et , le démon absent, tu ris de ton oracle.
Mais mon cœur a gardé , tel qu’un Tase d’autel ,
De tes discours sacrés le parfum et le sel.
Des hymnes d’avenir qui calment toute peine ,
Je puis verser sur toi la coupe encore pleine.
Des chants harmonieux éprouve la vertu.
PROUÉTBÉB.
Rendez-moi donc d’abord le dieu que j’ai perdu. Que ne peut le vautour , déployant sa grande aile, Loin d’ici m’emporter dans la paix éternelle.
Au pied de l’invisible, où dorment les remords 1 Au moins je^oûterais l’esclavage des morts.
Car , je veux bien le dire , oui , mon ame est domptée.
Mais Prométhée a bcuI subjugué Prométhée.
Que les dieux, s'il en est, soient bénis I J’y consens; Et de ce dernier deuil je les tiens innocens.
LE CHOEUR
Laisse-nous voir ton mal , et sonder ta blessure.