‹ ProméthéeChapitre 18 sur 26 · UNE SIBYLLE · texte numérisé non relu

UNE SIBYLLE

Moi, je languis, mes sœurs, sans savoir ce que j’aime. Tout me nuit. De mon front tombe le diadème :

Je meurs et renais tour à tour.

Des larmes j’ai tari la volupté sacrée.

Obi qui viendra verser sur ma tige altérée La coupe vive de l’amour ?

TOUT LE cnceUB.

Le dieul le dieu nouveau qui gonfle ma poitrine. Plus vite que l’aquilon ,

11 descend de la colline.

Sur mon front qui s’illumine Il s’abat comme un aiglon.

Il me cache sous son aile;

Il me frappe ; je chancelle ;

Dans mes yeux il étincelle.

C’est lui qui conduit ma voix;

C’est lui qui court dans ma veine ;

Il embrase mon haleine ;

De lui ma poitrine est pleine ;

Dans mon aine je le vois.

Je le seus dans toutes choses.

Dans le calice dcB roses ,

Dans les pleurs des nations.

Je l’entends dans le silence ,

Dans le cirque des lions.

Quand le thyrse se balance,

Quand la bacchante s’élance *.

enchaîné. m

Vers la couche des plaisirs;

1 Dans la lyre qui le brave ,

Dans la plainte de l’esclave.

Dans le volcan plein de lave,

Dans le cœur plein de désirs.

Où fuirai-je son étreinte?

Il habite en mon esprit.

Le temple est saisi de crainte;

L’autel vide lui sourit.

A travers mille murmures,

J’entends le cri des pics-verts ,

Qui, malgré les vieux augures.

L’annoncent à l’univers.

Dans l’enceinte virginale,

Il a surpris la vestale ;

Sous la pourpre triomphale Il agite les Césars;

Et dans les jeux d’Olympie ,

Le fils aîné de l’impie Le fait monter sur ses chars.

TJNB SIBYLLE.

Des trésors du passé j’ai rempli ma mémoire.

Mes sœurs, comment sera le dieu de l’avenir?

Sera-t-il fait d’airain, ou d’argent, ou d’ivoire? Recueillant les débris de sa fragile gloire, Verrons-nous son règne finir?

LB CHOEUR

Comme le chêne de Dodone,

Il germera dans les enfers.

Il verra ses feuilles d’automne Que glace la main des hivers. ^

Mais, rajeunissant chaque année,

s * gB.a"fc

Sa tfitc, de fleurs couronnée, Verdira dans l’éternité;

Et les peuples , sous son ombrage , S’endormiront pendant l’orage.

Au seuil de l’immortalité.

UHB SIBYLLE.

Craindra-t-il le sceptre d’un maître , Le glaive de ses ennemis?

LE ClIOEt’R.

Comme l’herbe qui vient de naître , Le destin lui sera soumis.

L’œuvre accompagne sa parole ;

Il tend son arc; sou penser vole,

Et tout l’Olympe est déserté.

Au loin les étoiles émues Diront ; C’est le vrai roi des nues , Sans aïeux , sans postérité.

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