UNE SIBYLLE
Moi, je languis, mes sœurs, sans savoir ce que j’aime. Tout me nuit. De mon front tombe le diadème :
Je meurs et renais tour à tour.
Des larmes j’ai tari la volupté sacrée.
Obi qui viendra verser sur ma tige altérée La coupe vive de l’amour ?
TOUT LE cnceUB.
Le dieul le dieu nouveau qui gonfle ma poitrine. Plus vite que l’aquilon ,
11 descend de la colline.
Sur mon front qui s’illumine Il s’abat comme un aiglon.
Il me cache sous son aile;
Il me frappe ; je chancelle ;
Dans mes yeux il étincelle.
C’est lui qui conduit ma voix;
C’est lui qui court dans ma veine ;
Il embrase mon haleine ;
De lui ma poitrine est pleine ;
Dans mon aine je le vois.
Je le seus dans toutes choses.
Dans le calice dcB roses ,
Dans les pleurs des nations.
Je l’entends dans le silence ,
Dans le cirque des lions.
Quand le thyrse se balance,
Quand la bacchante s’élance *.
enchaîné. m
Vers la couche des plaisirs;
1 Dans la lyre qui le brave ,
Dans la plainte de l’esclave.
Dans le volcan plein de lave,
Dans le cœur plein de désirs.
Où fuirai-je son étreinte?
Il habite en mon esprit.
Le temple est saisi de crainte;
L’autel vide lui sourit.
A travers mille murmures,
J’entends le cri des pics-verts ,
Qui, malgré les vieux augures.
L’annoncent à l’univers.
Dans l’enceinte virginale,
Il a surpris la vestale ;
Sous la pourpre triomphale Il agite les Césars;
Et dans les jeux d’Olympie ,
Le fils aîné de l’impie Le fait monter sur ses chars.
TJNB SIBYLLE.
Des trésors du passé j’ai rempli ma mémoire.
Mes sœurs, comment sera le dieu de l’avenir?
Sera-t-il fait d’airain, ou d’argent, ou d’ivoire? Recueillant les débris de sa fragile gloire, Verrons-nous son règne finir?
LB CHOEUR
Comme le chêne de Dodone,
Il germera dans les enfers.
Il verra ses feuilles d’automne Que glace la main des hivers. ^
Mais, rajeunissant chaque année,
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Sa tfitc, de fleurs couronnée, Verdira dans l’éternité;
Et les peuples , sous son ombrage , S’endormiront pendant l’orage.
Au seuil de l’immortalité.
UHB SIBYLLE.
Craindra-t-il le sceptre d’un maître , Le glaive de ses ennemis?
LE ClIOEt’R.
Comme l’herbe qui vient de naître , Le destin lui sera soumis.
L’œuvre accompagne sa parole ;
Il tend son arc; sou penser vole,
Et tout l’Olympe est déserté.
Au loin les étoiles émues Diront ; C’est le vrai roi des nues , Sans aïeux , sans postérité.