PBOMÉTHÉE , INVENTEUR DU FEU
L’avenir, sans doute,
Recèle un poison.
nisiosB.
Que craignez-vous? Venez! Quandle ciel tous écoute , Pourquoi murmurez-vous, plus tristes que les vents ? Pour tous j’ai préparé le banquet des vivans.
Avant vous, dans sa fleur, j’ai goûté l’espérance. Elle a rempli mon cœur d’une heureuse abondance.
[Elle leur prétenle la coupe.)
D’amour abreuvez-Tous dans le vase de miel.
Ah! la terre est bénie autant que l’est le ciel! Tendez vos pâles mains au foyer qui flamboie.
Le foyer rit. Voyez! tout est parfum et joie.
Touchez ce rameau d’or; il écarte le deuil.
Avec moi, du néant osez passer le seuiL
PROMETHKE.
Premiers nés du limon , voici le pain do vie. Répondez I A parler votre hôte vous convie.
Je vous ai tout donné , la vague immensité,
Le feu , père des arts , fils de la liberté ,
Des soleils renaissans les éternelles fêtes,
Mon souffle dans votre ame, et le ciel sur vos têtes , Hésione pour soeur, les Titans pour aïeux.
Que vous faut-il encore?
CHOOR DES HOMMES.
Ah ! donnez-nous des dieux !
(Le» ejclopes te réveillent sur le lommct du volcan de Lemnoi .)
cnaetns des ctct.opes.
La flamme immortelle est raiic ;
Au loin , sur ses fumans essieux,
S’élance le char de la vie.
La terre possède les deux.
Un autre univers se révèle ;
Dans l’amc a jailli l’étincelle D’où sortiront des jours nouveaux.
Autour du foyer qui pétille ,
Déjà la première famille Se réchauffe au seuil du chaos.
Les cieux enfantent la mémoire;
Et des prophètes révérés 9 Ébranlent, sur leurs gonds d’ivoire,
Les portes des hymnes sacrés.
Devant eux le noir encens fume -, Et de la lampe qui s’allume Se réjouissent les autels;
Les dieux s’entourent de murailles ; Mais la torche des funérailles Brûle aussi pour les immortels.
Gomme des oiseaux de passage, Vers le temps des migrations ,
Au premier souffle de l’orage Où se hâtent les nations?
Les chênes sacrés prophétisent,
Les aiglons divins sibyllisent Sur le front des peuples épars;
Et la cité qui vient d’éclore ,
Des vagissemens de l’aurore Remplit l’antre des léopards.
Au sein des forêts éternelles S’enracinent les pieds des tours; Au flanc des monts, les citadelles Montent jusqu’au nid des vautours.
Un marteau d’airain se soulève; L’homme a forgé le premier glaive Des héros s’allument les fronts;
Et les nations éperdues,
Gomme des armes suspendues, Frémissent aux cris des clairons.
Sur le foyer , onde écumante ,
Dans l’enceinte ardente des lois,
INVENTEUR DU FEU
La foule s’agite et fermente Sous le sceptre doré des rois.
En grandissant, l’esprit de l’homme • Veut posséder tout ce qu’il nomme ;
Il refait l’œuvre des géans;
Des cieux il change le mystère ;
D’un mot il déplace la terre Sur les épaules des Titans.
Hôte inquiet, partout il sonde L’abîme où s’endorment les dieux; Lui-même il détruit ce qu’il fonde;
La mort entre dans tous ses jeux.
Dans chaque état il vit une heure,
Et toujours changeant de demeure,
Il laisse après lui les déserts.
Pour le suivre, le temps mobile Renverse de ses bras d’argile Les vieux piliers de l’univers.
Au chant cent fois repris des éternelles lyres,
Les siècles faits de bronze emportent les empires Dans un des plis de leurs manteaux.
L’un l’autre se heurtant au seuil de la nuit sombre, Les peuples sous les dieux retentissent dans l’ombre Comme le fer sous les marteaux.
Du milieu des cités le concert qui s’élance Des premiers jours du monde a rompu le silence;
Les rois instruisent le néant.
Les cieux sont abaissés devant la créature;
Des empires détruits l’imbécile murmi^e Couvre la voix de l’Océan.
82 PltOMETIlÉE, INVENTEUR DU FEU.
Sous la rame d’argent la vague est profanée;
Le noir vaisseau commande à la mer indignée.
Du coursier se forge le frein.
Le Lycée a perdu sa sainte solitude;
Et l'univers muet, réduit en servitude,
S'agite sous un joug d’airain.
Car tout cède en grondant au joug de la pensée;
Les immortels ont peur quand sa flèche est lancée;
Tout pâlit devant sa clarté.
L’esprit souffle d’en haut plus léger que la brise; Plus puissant qu’un cyclopc, en souriant il brise L’immuable fatalité.
Détaché des liens d’un destin immobile,
Le monde se confie à des maîtres d’argile,
Et court au-devant d’autres cieux.
Loin de sa vieille orbite, amassez-vous, orages)
Il part , vaisseau bercé sur le roulis des figes,
Pour aborder chez d’autres dieux.
Mais nous , qu’un lien d’or dans Lemnos emprisonne, Nous, eufans du passé, que le présent étonne,
Ne quittous pas l’antique bord.
Errans sur les sommets où Jupiter commande,
D’un œil de feu suivons l’avenir qu’il gourmande. L’homme et le dieu sont loin du port.