I. Japet et ses ffls
(Hésiode, Théogonie, vv. 507—526).
Au fond de chaque légende et de chaque mythe il y a toujours un fait réel, soit une observation astronomique, soit un phénomène de la nature, soit un événement dans la vie d'une race ou d'une tribu, et il est de la dernière importance pour l'intelligence de la légende ou de la tradition de tacher de déterminer dans quelle catégorie de phénomènes doit être classé le fait qui forme la base de la légende, pour saisir la véritable signification du fait qui l'a produite.
Près de la légende religieuse, dont la source est un hjTnne pieux qui célèbre les splendeurs de la nature et de la force inconnue, redoutable, mais miséricordieuse qui la régit, ou de la légende qui raconte dans un langage allégorique le mouvement d'un corps céleste, nous trouvons la légende que nous nommerons historique, car sans avoir la précision et l'exactitude de l'histoire, elle commémore cependant quelque fait, quelque événement, qui a eu lieu réellement, abstraction faite des broderies poétiques, des écarts d'une imagination désordonnée, de l'amour du merveilleux et des statures colossales que prennent ordinairement les héros des événements préhistoriques.
Ce sont ces légendes, qui racontent sous divers déguisements mythiques, les migrations des tribus, leurs guerres, leurs
alliances ^), leurs mariages avec des individus d'autres tribus ou d'autres races, leurs premiers pas dans la voie de la civilisation, leurs premières inventions ; elles parlent dans cette même langue mjthique et emblématique des sacrifices humains, des habitudes d'antropophages, des moeurs cruelles et barbares, elles parlent aussi de l'amélioration des moeurs (le plus souvent sous l'influence d'une race plus civilisée), de de la lutte des indigènes contre les civilisateurs, de la destruction des bêtes féroces, de la guerre acharnée que les héros font aux brigands qui infestent le pays, des routes que la civilisation naissante trace pour les besoins de l'échange, de la dessiccation des marais, et enfin de la vie agricole qui met fin aux vagues légendes préhistoriques pour ouvrir la voie à l'épopée sémi-historique, qui forme déjà les propylées de l'histoire.
Nous croyons devoir ajouter que les légendes ayant un fond ethnique ne se prêtent que difficilement au symbolisme; les héros de ces légendes deviennent immortels, mais ne deviennent jamais dieux, comme les grandes forces de la nature, célébrées dans les hymnes ou dans les légendes cosmogoniques et astronomiques; et si quelquefois ces héros ou leurs attributs reçoivent un sens astronomique, ce n'est qu'en suite d'un symbolisme postérieur, qui ne se retrouve jamais dans la légende primitive. Les héros de ces légendes restent toujours hommes soumis à la divinité ; ils n'acquièrent jamais le pouvoir suprême, divin, quoiqu'admis quelquefois au panthéon des dieux. Ce sont les légendes des héros, purement ethniques qui forment le sujet de se travail. Ces mjthes restent toujours des hommes-géants ; jamais ils ne sont élevés à la dignité d'uH dieu régulateur des forces de la nature, ou d'un dieu présidant aux fonctions de l'âme humaine, idéal du bien, père miséricordieux des hommes, dont l'idée se retrouve dans Homère , quoique les broderies du polythéisme avaient déjà
1) Nous rappelons les harépo des lies de la Polynésie ; voir les Polynésiens de Qaatrefages, tout le cb. FV. et surtout pp. 49 sq. ; 53 sq. 116—181.
envahi la croyance simple et primitive à un père céleste de l'humanité^).
Nous remarquerons ici à propos que la religion de Homère, amalgame et fusion de croyances diverses, quoique son point de départ fut la religion des Aryas védiques, nous offre le tableau d'une décadence de l'esprit religieux des Aryas, qui dégénère quelquefois jusqu'au sourire malicieux au dépens des dieux du polythéisme, tout en gardant cependant un véritable respect pour l'idée de la divinité en général.
Japétos, un Titan, fils d'Ouranos, dans le récit d'Hésiode se marie à Climène Océanide.
Nous verrons plus tard les variantes de cette tradition. Du mariage de Japetos et de Climène naissent Atlas, Menoetius \ Prométhée et Epiméthée. Toute cette famille est malheureuse : Atlas est condamné à soutenir le ciel, Menoetius superbe et arrogant est foudroyé par le Zeus grec et* jeté dans l'abime, Prométhée lutte contre Zeus et est châtié par le dieu; Epiméthée reste seul sur la terre, parcequ'il accepte le Zeus grec, mais la femme qu'il reçoit des mains du dieu le rend malheureux. (Cf. 590—602 de la Théogonie).
Les sommités de la science de nos jours sont tous d'accord que Japétos ou Japet est le nom antique d'une partie de l'hu-
1) Comparez Alfred Ma ur y: (ries légendes et les croyances de l'antiquité»; la religion des Aryas et surtout ce qu'il dit au si\jet de Tlndra des Védas (avec les notes et citations du Rig-Véda) pp. 10 et 19.
Sur Zeus-pater et Dius pater comparez l'Iliade, I, 524—30; III, 277; VIII, 48; XI, 27-28; XVI, 385, 390; Odyssée, VI, 120, etc., etc.
Souvent Homère parle de la divinité sous le nom général de daimon, mais totgonrs dans le sens de la providence ou de la volonté divine, comme par exemple Iliade, VII, 291, 377, 396 et autres. Comparez encor à ce sujet ce que dit Gladstone: Juventus Mundi, p. 219 de l'édition de 1870, Londres.
2) Nous suivons la transcription deLehrs; Le norm an t transcrit le grec lettre par lettre et écrit Menoitios (Origines etc., y. II, p. 175).
manité, et que ce nom est un collectif pour désigner toutes les races et tribus qui prétendaient que Japet était leur ancêtre et qui admettaient une parenté entre elles ^).
Nous laissons de côté une question d'une grande importance, mais que nous ne saurions traiter ici, nommément de la différence qui existe entre le deux légendes Homérique et Hésiodique de la génération des dieux, car Homère (Iliade, XIV, 200, 202, 246) les fait descendre de l'Océan et de Thétis, tandis que la légende cosmogonique d'Hésiode les fait naître de l'union du Ciel et de la Terre, ce qui nous rapproche de la légende védique^). Nous remarquerons cependant qu'à partir de Cronos, les deux légendes sont d'accord quant à la descendance des dieux.
Dans Homère, Cronos et Japétos sont invariablement nommés ensemble comme les représentants d'un certain ordre de choses qui avait existé dans l'antiquité.
Dans le chant VIII de l'Iliade, v. 479—481 (comp. v. 16), Zeus dit à Héra :
«Si tu arrivais jusqu'aux limites de la terre et des ondes , là où Japétos et Cronos sont enfermés, et ne peuvent jouir ni de la brise, ni de la clarté du soleil, car le Tartare profond les environne».
Ce monde antique, Cronos le dieu et Japétos l'homme ont fait place au nouvel ordre des choses, à la tête duquel est Zeus le représentant d'un nouveau culte et le dieu d'une nouvelle race.
La race antique avec son culte est toujours représentée comme ennemie de la nouvelle société^): jusqu'au moment, —
1) Comparez FouTrage déjà cité de Fr. Lenormant «les origines de l'histoire d'après la Bible, v. I, (1880), p. 363; v. II, (1882\ ch. X, pp. 173—174, 193, 217—239.
2) Voir Alfred Maury Légendes et croyances; la religion des Aryas, p. 62 (édit. 1863).
3) Le nom de Japet comme le remarque Hugo Eoch dans son édition du texte de Tlliade (note du ?. 478 de Tlliade VIII) peut être dérivé du ?erbe ixTCTb), et peut être traduit dans le sens de celui qui jette (des projectiles) ou de celui qui attaque.
comme nous le verrons ci-dessus, — quand les derniers représentants de cette race antique ou plutôt de cette antique société font leur paix avec le Zeus des Grecs , se soumettent à son culte et acceptent les formes de la vie agricole et de la vie de famille des Grecs.
«Japétos et ses fils .... sont dans le groupe des enfants d'Ouranos et de Gaïa, — dit Lenormant^), — ceux qui personnifient l'humanité primitive et en même temps ceux auxquels s'attache tout spécialement l'idée d'antagonisme avec les dieux Olympiens».
Nous ne saurions donc douter que Japet est un type ethnique ; quand quelques traditions, comme celle que nous a conservé ApoUodore (I, 2. § 3) lui donnent pour épouse l'Océanide Asia, il semble que la légende cherche à indiquer la partie du monde qui fut le berceau de la tradition.
En supposant même que cette légende fusse d'une origine plus récente que la tradition d'Hésiode qui nomme l'épouse de Japet Clymène, cela prouverait seulement que les Grecs, ayant trouvé la légende de Japet dans la péninsule de la Grèce ne surent que plus tard que cette légende, non seulement existait en Asie, mais encore y était originaire, ce que nous semblent prouver les paroles des Océanides, dans le Prométhée enchaîné d'Eschyle' quand elles lui chantent (v. 411): «Le règne de tes frères ils le pleurent, tous ceux qui habitent la sainte terre d'Asie, et à ta déchirante torture ils compatissent les mortels».
Les fils de Japet ne représentent pas certainement dans la légende la personnification des races issues d'un commun ancêtre.
Que nous acceptions cette étymologie, ou celle de VOlcker (Myth. des Jap. Gcschlechts, p. 319), qui dériye le nom de Japet du verbe TTiTopLai — opprimer et traduit le nom de Japet par les épithétes de souffrant, opprimé, obsédé, voué au malheur, — en tout cas la race que Japet était censé de représenter était une race ennemie de ceux qui transcrivaient la légende et qui probablement cherchaient des étymologies au nom antique de Japétos ou du Japhet biblique.
1) Les origines de l'histoire, ?. II, p. 174. Voyez encore les citations dans les notes et surtout PrelUr, Griech. Mythol. (2 édit.), t. I, pp. 86—54, etc.
ce ne sont pas des noms ou des types de certaines tribus ou de certains peuples , comme dans la Bible , ce sont comme nous croyons des personnifications de certaines cultures, de certaines croyances religieuses, groupées par la légende autour du nom des fils de Japet, cultures, cultes et croyances antérieures à l'existence de la société telle qu'elle fut créée par les derniers immigrants en Grèce au culte védique.
On a longtemps regardé le nom du premier fils de Japet, Atlas, comme un nom purement géographique. Nous croyons que le nom d'Atlas attaché à une montagne, qui au dire de Strabon (XVII, 3, § 2, Caus. f. 825) portait parmi les barbares le nom de Diris, ne reçut sa signification géographique que fort tard. Déjà Vôlcker (Myth. des Jap. Geschl., pp. 51 — 65) avait soupçonné qu'Atlas représentait la civilisation d'un peuple de navigateurs, et qu'il «séparait la terre du ciel» en avançant ses découvertes, en écartant les bords de l'horizon là où il semblait que la terre et le ciel était réunis.
Et certainement ce n'est pas une expression géographique, ce n'est pas le nom d'une montagne qui est présent à l'esprit de l'auteur de l'Odyssée quand il le nomme oXooçpovoç «à Tesprit pernicieux», ou sorcier: que nous acceptions cette leçon, ou une
autrequ'indiqueCreuzer^)d'aprèsNitsch:ôXo6(ppovo(;«àresprit sain». Dans l'un et dans l'autre cas Atlas était un* représentant d'une certaine idée, et d'une certaine civilisation.
Dans le Sanchoniaton de Philo de Biblus Atlas est nommé parmi les fils d'Ouranos et de Gaea.
«Ilus, dit le document*), qu'on nomme Cronos, Baitilus et Dagon, qui veut dire Siton, blé^) et Atlas furent les enfants d'Ouranos et de Gaea».
1) Symb. I, p. 9, la première leçon est celle d'Ameis: OdysBée dans l'édition de Tenbner, 1879 (recensuit Hentze).
2) Cor y 's Fragmenta éd. of. 1876. Sanchoniaton. Kenric k 's Phoenicia, translation of tbe same. — London, 1855.
8) Nous ne relevons pas ici la confusion que fait le document entre dagan et dagon, blé et poisson. Comp. Genèse XXVII, 28 et I Rois (Samnel) V, 4.
Il parait que Diodore de Sicile puisait à la même source quand il dit (III, 60) qu'Atlas fut frère de Saturne (Cronos) et qu'il donna son nom au mont Atlas, et aux peuples qui habitaient les contrées voisines de l'Océan.
«Ce même roi fut, (dit Diodore) à ce qu'on rapporte trèshabile en astrologie et le premier qui traça et fit connaître aux hommes la sphère céleste, C'est de là qu'est venu la fable d'Atlas, portant le monde entier sur ses épaules».
Comme fils d'Ouranos dans la cosmogonie phénicienne, comme observateur des étoiles, comme esprit pernicieux ou sorcier, comme fils de Japet qui certainement est un tj-pe ethnique, comme individu avec lequel l'Hercule phénicien (devenu plus tard Grec) entre en relations probablement commerciales^), — Atlas dut être dans l'esprit primitif de la légende un être qui représentait la civilisation d'un peuple ou d'une race qui habitait le littoral de la Méditerranée en Afrique, et dont le nom fiit donné à la plus haute montagne de cette contrée, ainsi que le disent Diodore et Strabon (voir ci-dessus).
Il n'y a pas à s'étonner qu'avec le temps on arriva à oublier un peuple qui probablement fut englouti et assimilé par les Phéniciens, ces grands «écarteurs» de l'horizon, comme Atlas, et qui furent ses héritiers.
Partout dans les légendes populaires les peuples géants et les peuples nains, (les peuples guerriers et les races métallurgiques) se métamorphosent en pierres, rocs ou montagnes, quand ces peuples perdent leur individualité, s'eflfacent et disparaissent engloutis par des peuples conquérants , ou par des races qui leur imposent leur civilisation.
Le second fils de Japet Menoetius — ouMenoitios, comme le transcrit Lenormant — nous apparaît sous une forme purement
1) C'est ainsi que nous entendons la légende des pommes d*or ; il est probable que le mythe solaire, jeu d'esprit, ne fut inventé et adapté aux travaux d'Hercule en Grèce que plus tard, sous l'influence des idées astronomiques des religions Syfo-Euphratiques.
hamahie quoique gigantesque ; jamais aucune idée géographique ou astronrnnique ne fut rattachée à ce nom. VOlcker (Myth. des Jap. Geschl., p. 50) croit voir en ce nom la personnification de la passion en général (du Grec oévs^). Guignault l'envisage comme un des quatre grands types moraux de Thumanité auxquels il assimile les fils de Japet ^). Mais tout en acceptant ce symbolisme, nous observerons que le symbolisme n'apparait que tard : Tanalyse de la tradition, et les efforts de Tesprit pour lui trouver une explication raisonnable, sont les indices d'un manque de foi naïve ; c'est déjà une des dernières phases d'un culte ou d'une croyance. Dès que la légende commence à être expliquée elle est prête à disparaître comme croyance. Mais si nous tâcherons de nous reporter aux temps de la légende naïve qui croit raconter un fait réel, quoique miraculeux, nous accepterons plutôt la supposition de Pic te t*) qui voit dans le nom de Menoitios un souvenir du Manou Indien, supposition acceptée par Lenormant') qui croit pouvoir ramener le nom de Menoitios à une forme primitive M an va t qui ne serait qu'une simple variante de Manou, le premier des humains, une expression de l'idée de l'homme».
La légende Hésiodique dit que Menoitios fut précipité dans l'Erèbe ou dans les ténèbres à cause de son arrogance et de son courage insolent (Théogonie, v. 514 — 515).
Apollodore (I, 2, § 3) ajoute, qu'il fut précipité dans l'abime pendant la guerre des Titans contre les dieux. En tous cas Menoitios, comme toute cette famille de Japet*), est un des adversaires de Zeus, ennemi de son culte et du peuple qui le révérait, représentant d'une race qui méprisait les dieux grecs et luttait contre eux.
1) Voir Maary, Hist. des Rel.; I, p. 865.
2) Origines Indo-Européennes, y. II, p. 626.
8) Origines, ?. II, p. 176.
4) Excepté Epiméthée, rallié à Zens par Pandore; voir ci-dessons*.
Manou, Menou, Men, Man ou mann, l'homme en général, verbalement «le pensant» ^) fut une expression qui s'étendait à toutes les tribus aryennes parlant des idiomes dérivés du Sanscrit ou d'une langue inconnue mère générale de tous les idiomes apparentés au Sanscrit. •
Ce n'est pas seulement l'Arya Védique qui était Manou ou descendant de Manou, car comme l'a très-bien prouvé M' Barth^ Arj'a et Védique sont loin d'être synonymes; près de l'Arya védique habitait une masse de tribus du même sang que lui, mais qui professaient d'autres cultes, et dont plusieurs étaient probablement à l'état demi-sauvage et nomade.
Et nous le verrons ci-dessous que la Grèce elle-même fut le théâtre d'une lutte acharnée entre les immigrants védiques et leurs frères les Pélasges que les Grecs croyaient autochtones et qui professaient d'autres croyances et étaient censés appartenir à cette race antique de Japet, dont le Cronos détrôné par Zeus était le dieu dans les légendes grecques.
Ainsi Menoitios d'après notre conviction, est le type d'un peuple d'origine aryenne, comme le prouve son nom, — mais ennemi des races védiques.
Et Prométhée dont nous parlerons plus loin en détail, est un adversaire du Zeus védique, jusqu'au moment de la reconciliation des cultes et des peuples, quand Prométhée est admis dans la société des dieux olympiens.
Même Epiméthée, celui des frères, par lequel la fusion des peuples commença, garde dans la légende autochtone, transcrite par les Grecs védiques, le caractère général de cette tradition hostile aux Grecs, car il est frappé de mépris pour avoir accepté le don de Zeus qui était la femme grecque, Pandore.
1) Voyez Max Mal 1er, Lecturee on the science of Language (7. édition, 1873), V. I, p. 437.
2) Keligions de Plnde, dans PEncyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1879, et voyez plus loin à ce sujet.
Nous tâcherons d'analyser cette légende plus loin, mais nous le disons d'avance, pour nous Pandore est la femme grecque, libre, hautaine, habillée par la déesse des arts Athène, qui ne ressemble nullement à la femelle craintive et esclave des autochtones; femme grecque qui boit le vin (substitut du soma védique) qui charme le Pélasge demi-sauvage, le rend malheureux et le fait renoncer au culte de ses ancêtres. Nous ne saurions le répéter sufisamment, toute cette légende qui raconte les malices, les bienfaits et les souflfrances de Prométhée et l'histoire de Pandore est un récit, né parmi les autochtones envahis par les Grecs, récit que nous connaissons dans la rédaction grecque, et que ces derniers tachaient de rattacher à leurs traditions et leur théogonie, mais qui garde néanmoins son caractère hostile des peuples autochtones qui se sentaient sombrer au milieu du flot envahissant d'une race plus douée , plus intelligente et plus forte que les tribus demi-sauvages dispersées dans la péninsule, — antiques habitants de la contrée. .
Ainsi le mythe de Pandore est pour nous le souvenir des premiers mariages mixtes entre les autochtones et les Grecs, savoir des mariages dans lesquels la femme Grecque est donnée, comme nous le soupçonnons, aux chefs des tribus indigènes par raison de politique astucieuse ^) et Epiméthée est le tjT)e de ce chefs qui ont vendu leurs croyances et leurs coutumes au prix de la possession de la femme grecque.
En nous résumant, la famille de Japet représente les croyances, le culte, les coutumes et la vie sociale des races qui ont précédé les Grecs dans la péninsule, ou qui comme Atlas étaient apparentées à cette race quoique habitants de contrées lointaines.
«Les fils de Japet, Titans comme lui, sont les ancêtres et les types symboliques de la race humaine» — dit Lenormant^), mais
1) Les mariages des Grecs avec les femmes autochtones ont dû être un fait ordinaire, qui n'avait pas d'importance. Il en est autrement avec le mariage d'une fille de la race védique à un roi sauvage. '
2) Lenormant, Origines, v. I, p. 363 et comp. ses renvois à Welcker, Braun, Gerhardt, Preller etc., etc.
dans la légende telle que noos la donne Hésiode, ils sont avant tout les représentants des tribus non védiques.
n. îmMi
(Théogonie t. 685—689).
Nous commençons par analyser la légende telle qu'elle commence au vers 535 de la Théogonie en réservant pour plus tard la partie de la légende qui parle du Prométhée enchaîné et de sa délivrance par Hercule, partie évidemment Grecque qui traite de la fin de la lutte des races et de leur reconciliation.
La grande et sublime figure mystérieuse de Prométhée bienfaiteur de l'humanité et cependant si hostile au dieu suprême que révéraient les Grecs est certainement le mythe le plus curieux de l'antiquité, mythe presque incompréhensible, si nous n'acceptons pas l'hostilité des races comme fond de la légende.
Commençons par exposer la tradition d'après le récit de Hésiode :
La légende raconte qu'à Mécone (nom antique de Sicyon*^) eut lieu ime dispute, une discussion sur les droits respectife, ou enfin l'établissement d'un modus vivendi entre les dieux et les hommes.
Prométhée — indubitablement im homme — sacrifie un boeuf et, avec l'espoir de tromper Zeus, fait deux parts de l'animal tué, dont l'une contient toute la chair de l'animal, mais est recouverte de l'estomac et des intestins qui n'ont aucune valeur, et l'autre n'est qu'un amas d'os, recouvert d'une couche de graisse brillante et apétissante à l'oeil. (Théogonie, v. 537 — 541).
Zeus, à dessein, (comme le dit la tradition grecque) choisit la part qui ne contient que les os, et depuis, dit Hésiode c'est une coutume de brûler les os blanches sur les autels fumants.
1) Strabon VIII, 6, § 26. Fol. Caufl. 882.
«Ex ille vero (tempore) immortalibns super terram genen hominum
adolent ossa alba odoratis in aris». (Théog. 556 — 557).
Nous avons devant nous une coutume, un fait réel de la vie du peuple que nous n'avons pas le droit d'ignorer, ou d'expliquer en y cherchant une allégorie ou un S}'mbolisme.
Zeus est indigné (v. 558 — 561); il enlève le feu aux mortels ^), mais Prométhée apporte le feu aux hommes dans la concavité d'un roseau (v. 562 — 569).
Zeus en voyant le feu briller parmi les mortels invente un nouveau mal et fait créer Pandore. Cette dernière légende quoiqu'elle ne fusse pas organiquement liée à la légende de Prométhée, le larron du feu, semble indiquer un moyen de mettre fin à la lutte.
Du reste nous traiterons cette légende séparément en concentrant en ce moment notre attention sur Prométhée seul.
Prométhée dans la Théogonie d'Hésiode (v. 507 — 510) est le fils de Japet et de l'Océanide Climène; dans la bibliothèque mythologique d'ApoUodore (I, 2, § 3) fils de Japet et de l'Océanide Asie, mais dans le Prométhée enchaîné d'Eschyle (w. 18, 217, 218) il est fils de Thémis (©ifxiç), qui n'est pas fille d'Ouraiios et de 6aea comme dans la Théogonie d'Hésiode (v. 135), — mais Gaea (la Terre) elle même :
«divinité unique sous des noms divers» (Prométhée enchaîné V. 210).
Peut-être devons-nous avoir en vue que fils d'un disciple de Pythagore Euphorion, — Eschyle fut lui-même adepte des mystères d'Eleusis ') et comme tel appartenait à l'école philosophique qui cherchait à expliquer les mythes en tâchant d'y
1) Le sacrifice fait supposer qac les mortels avalent déjà le feu, et qu'ici il 8*agit d'une privation de feu qui oblige les hommes à le retrouver.
Nous croyons voir dans cette légende Tétat sauvage dans lequel les Aryas- Védiqucs trouvent quelques tribus des Pélasges.
2) Voir les Grenouilles d'Aristophane, v. 886—7.
découvrir des intentions symboliques, et que la naissance de Prométhée de la Terre-Thémis put être un symbolisme de date postérieure à la légende originaire.
Cependant les adeptes des mystères d'Eleusis comme les Orphiques se vantaient de posséder à fond les légendes antiques, en leur donnant leur véritable signification ; et il est plus que probable, que ces institutions mystérieuses se faisaient un devoir de recueillir minutieusement et d'étudier toutes les traditions antiques des races dites aborigènes, car c'est de la fusion de l'esprit investigateur Grec et des légendes des indigènes avec leur culte des esprits, que dut naître et cette mystérieuse figure de Hécate, déesse magicienne si honorée par les orphiques, et ce culte des dieux infernaux protecteurs de la magie.
Aussi nous croyons que le Prométhée d'Eschyle est non seulement un sublime tableau tracé de la main de maître, mais encore une figure dessinée d'après les traditions les plus vénérables et les plus antiques.
Eschyle ne diffère pas quant aux traits généraux de la légende du récit d'Hésiode, mais son Prométhée présente un développement sublime de pensée et de détail, qui doit être étudié pour comprendre le véritable sens de cette tradition, dont la base est cependant la haine vouée au Zeus le dieu grec, et la révolte contre son autorité, caractère fortement marqué par Eschyle, qui dans les paroles qu'il place dans la bouche de Prométhée et des Océanides semble parler le langage des aborigènes envahis par le flot védique.
On sait que la tragédie d'Eschyle, dans laquelle Prométhée est le personnage central, formait une trilogie qui se composait de trois actions dramatiques, intitulées: «Prométhée le larron du feu»^) «Prométhée enchaîné» et «Prométhée dé-
1) Oa celai qui atteint le fea, ou allame le feu. Consaltez Welcker's Prometheus pp. 5 — 7. (Die Aeschylische Trilogie, Prometheus, Darmstadt 1824).
livré». Le temps ne nous a conservé que la deuxième de ces tragédies, mais Welcker dans sa Trilogie d'Eschyle, Promethéé, reconstruit avec beaucoup de bonheur et une vaste érudition les parties perdues de la trilogie, dont il ne nous reste que quelques débris.
Nous croyons devoir rappeler au lecteur en peu de mots la tragédie d'Eschyle «le Prométhée enchaîné», avant de citer le texte.
Prométhée est amené par la Force et la Violence^) pour être rivé par Hephaistos à un roc du Caucase').
H est enchaîné, rivé au roc et de plus empalé, car un coin de fer lui traverse la poitrine (v. 64 — 65).
Hephaestos et ses acolytes s'éloignent.
Arrivent les Océanides et leur père l'Océan , qui propose à Prométhée de demander sa grâce à Zeus. Prométhée rejette cette offre et l'Océan s'éloigne. Prométhée raconte au choeur composé d'Océanides le passé, enumère les bienfaits qu'il a octroyé aux mortels, et prophétise la chute de Zeus le tyran.
Apparait Jo sous la forme d'une vache harcelée d'un taon envoyé par Héra. Dans un moment de répit elle demande à Prométhée de lui dévoiler l'avenir : celui-ci lui raconte ce qui va lui arriver, lui prophétise la naissance d'un fils Epaphus et lui fait entrevoir que l'un de ses descendants (Hercule) le délivrera des maux qu'il endure.
Jo tourmentée par le taon s'éloigne. Hermès envoyé par Zeus apparait pour demander à Prométhée quel malheur menace le père des dieux. Prométhée refuse de répondre et est précipité dans l'abime au milieu des tonnères et des éclairs lancés contre lui par le Zeus (védique).
1) Personnages mythiques ou plutôt symboliques que nous trouvons dans une des légendes d'Hésiode. (Théogonie, t. 388, sq.; 401 sq.) Ces créations symboliques n'appartiennent jamais aux traditions antiques.
2) y. 422 de la tragédie, comp. Strabon, XI, 3, § 5, f. 505
Dans cette dernière partie de la tragédie, dans le dialogue entre Hermès et Prométhée, il y a des allusions qui nous permettent non seulement de reconstruire en partie la troisième tragédie qui formait la fin de la Trilogie d'Eschyle, mais encore d'approfondir le véritable sens de la légende sous son point de vue ethnique, de saisir l'idée principale, qui au fond est une histoire des races, qui luttaient en Grèce.
Hermès dit entre autres (v. 1020 — 22) que Prométhée précipité au Tartar, reviendra à la lumière, et que le chien de Zeus (l'aigle) dévorera sa chair.
Prométhée lui-même (Prom. enchaîné v. 511 — 514), prophétise que les tourments qu'il endurera, briseront son esprit altier, et que ce n'est qu'alors que tomberont ses fers.
Nous voyons dans la Théogonie d'Hésiode (v. 522 — 532) que le fils de Zeus Hercule tue l'aigle avec le consentement de son père. Cette même légende avec plus de détails est racontée par Apollodore H, 5, § 11, dans le récit des travaux de Hercule ^).
Mais la délivrance de Prométhée ne peut avoir lieu que sous certaines conditions.
Hermès dans la tragédie d'Eschyle lui dit :
«De l'affreux supplice point de fin à espérer, que quelqu'un des dieux ne te relève en la rude épreuve, ne consente à descendre à l'Hadès enténébré aux sombres profondeurs du Tartare». (V. 1027 — 1029 du Prométhée enchaîne).
Dans le récit d' Apollodore (II, 5, § 4) nous voyons que le divin centaure, Chiron, médecin célèbre, désire mourir (blessé par un trait empoisonné) et consent à descendre aux enfers pour Prométhée, en lui donnant son immortalité.
1) Remarquons que la légende ou plutôt le cycle des légendes d'Hercule est d'origine purement grecque ou greco-phénicienne ; et que la légende de Prométhée, légende des races autochtones se relie à la légende grecque seulement au moment de la reconciliation des races et des cultes.
Ceci est d'une immense importance pour l'intelligence de la légende, comme nous le verrons plus tard.
Le plan de la troisième partie de la trilogie d'Eschyle se dessine assez nettement, reconstruit par Welcker (Op. cit. pp. 28 — 56) aidé des fragments de cette partie conservés par Strabon, Pindare, Arrien, Ciceron et autres. Nous en parlerons plus tard.
Dans le Prométhée enchaîné arrêtons un moment notre attention sur les paroles de Prométhée qui dessinent son rôle parmi les dieux et ses bienfaits aux hommes.
Il raconfe (v. 199, sq. ^^) comme les Titans fils d'Ouranos et de Gaia ne voulaient pas permettre que Zeus règne sur l'univers. Prométhée instruit par sa mère Thémis ou Gaia «divinité unique sous des noms divers» (209 — 10) de la fin de cette discorde et de ce que ce ne serait, ni la force, ni la liolence qui décideraient la victoire, mais la ruse et l'habileté, tâcha de persuader les Titans. Mais ces derniers accueillirent ses paroles avec dédain; alors il se rallia franchement à Zeus et ce fut grâce à ses conseils que les Titans furent précipités dans l'abîme.
Cependant, dit-il plus loin (228), quand Zeus fut assis sur le trône de son père, il distribua aux dieux les honneurs et les charges (Comp. Hésiode, Théogonie, v. 881 — 885), mais il ne fut nullement question des pau\Tes mortels ').
Il voulait même (v. 232) faire disparaître toute cette race pour en créer une nouvelle (235). Prométhée seul osa, apparaître défenseur des mortels.
Peut-être sommes-nous sous l'influence d'une illusion, mais nous lisons dans cette légende l'histoire symbolique des races de la Grèce. Pour nous Zeus est le représentant des races védiques qui ont envahis la Grèce ; Prométhée est le représentant de la
1) Voyez Tédition de la BiblioUieca Teabneriana , Aeschyli Tragediae, Lipsiae, 1880. Texte Grec éubli par Dindorf.
2) Sabstituez -les indigènes».
science des Pélasges, dont nous parlerons plus au long; de la somme des connaissances qui étaient acquises par le peuple dans le passé mystérieux et préhistorique, et qui ainsi que nous le croyons était concentré dans une caste ou des sociétés sécrètes de chamans et de médecins ^).
Ces représentants de la divination, de la magie, de la médecine, comme le célèbre centaure, Chiron, se rallièrent franchement aux races védiques, qui cependant- les payèrent d'ingratitude, car quand les Grecs établirent leur autorité, ils firent une guerre impitoyable «et voulurent exterminer» (v. 232) les mortels, c'est à dire les races indigènes, et ce n'est que Prométhée, fils de la terre, le représentant tîtanique de la science antique indigène, qui osa se constituer le défenseur de ces races vouées à l'extermination par les races védiques.
Il nous semble entre autre que cette menace d'extermination se relie à la légende hésiodique des âges que nous étudierons dans la suite. Il suffit de dire ici que le troisième âge, dit de bronze (Op. et Dies, v. 143, sq.) semble correspondre aux populations indigènes de la Grèce, comme le quatrième âge, âge des héros de Thèbes et de Troie est sans contredit la race des Aryas védiques, qui avait envahi la Grèce.
Suivons encore Prométhée dans les récits des bienfaits qu'il avait octroyé aux hommes. (V. 109, sq. du Prométhée enchaîné:)
«J'emportai, dit-il: au creux d'un roseau l'étincelle du feu, ce grand maître des hommes, ce grand créateur de tout art». (Comparez encore là-dessus, vv. 252, 254).
Plus loin (vv. 436 — 471) il raconte qu'il avait appris aux hommes de construire des maisons en briques^), maisons orientées de manière à recevoir la douce influence du soleil.
1) Nous traiterons séparément la question de la métallurgie de ces races antiques.
2) ttXivOoç est une brique que nous croyons non cuite ; une de ces briques qu'on a trouvé en Egypte, à Babylone, on Assyrie, qu'on emploie encore de nos jours dans les pays du midi pour des constructions. Ces briques sont formées de
Il leur enseigna encore l'art de travailler le bois (ou de £sdre la charpente). Avant, les hommes habitaient des cavernes comme des fourmis qui se cachent dans les profondeurs de la terre. De plus Prométhée enseigna aux hommes le lever des astres et les signes auxquels on reconnaît l'approche des saisons.
Ce fut lui qui inventa le nombre (ôpiOfAic;) et les signes de l'écriture (Ypà(x(xa).
Il fut le premier à soumettre au joug les animaux pour dispenser l'homme des travaux les plus durs; il fit atteller le cheval au char ; il inventa aussi pour les navigateurs le char aux ailes de. toile.
Et encore (vv. 476—501), ce fut Prométhée qui inventa les remèdes et l'art de guérir les malades; la divination, l'explication des songes, la valeur des présages, les hasard du chemin du voyageur, le vol des oiseaux, ce fut lui qui les expliqua et les fit connaître aux hommes ; il étudia encore la vie des osieaux et leurs moeurs.
Il initia encore les hommes à l'art mystérieux de l'inspection des entrailles, et des oracles tirés de l'aspect de la fiamme.
Ce fut Prométhée qui apprit aux hommes l'art de s'emparer des richesses métallurgiques de la terre .... tous les arts sont venus aux hommes par Prométhée.
Il nous semble, en lisant ces passages (^'Eschyle, de lire une tablette de la bibliothèque de Ninive qui aurait conservé la somme des connaissances, que les Couschito-Semites de la Mésopotamie, avaient empruntées aux antiques populations accadiennes de Nipour, d'Our, de Karrak ou de Larsa, et qui auraient été chroniquéi^s par les prêtres d'Erech.
Nous y n>trouvons le genre de construction que nous connaissons d'après les monuments de la Chaldée, les genres de
terre glaise niôlée de débris de paiUe ; on les st^che aa soleil. Les briques cuites âunuent été nommées rXtvOoi ô^mi. — Nous croyons que ce genre de construction dee Pélâsges aTait du commencer dans les steppes pondant leur marche rers la pèaintule*
divination, l'art de la médecine, la métallurgie, l'art de tracer certaines lignes destinées à rappeller à la mémoire des mots et des faits, et l'art du chiffre et du calcul *).
On dirait que nous avons devant nous dans l'un et dans l'autre cas le tableau d'une même civilisation antique dont le berceau était l'Asie scythique, et dont les ramifications sont d'un côté la civilisation de la Chine et de l'autre la science des Accads et les connaissances que les Pélasges avaient acquises pendant leur migration et qu'ils avaient apportées dans la péninsule de la Grèce.
Poursuivons cependant encore l'étude de Prométhée dans d'autres récits que nous ont conservé les mythographes, et avant tout ouvrons ApoUodore un des plus consciencieux compilateurs qui connaissait à fond non seulement Hésiode, mais encore Phérécyde de Syros qui était censé avoir été maître de Pythagore et qui dut connaître les traditions phéniciennes et même hébreuses ^).
Nous disions ci-dessus que Prométhée était d'après Hésiode fils de Japet et de Climéne.
ApoUodore (I, 2, § 3) et Hérodote (IV, 45) lui donnent cependant pour mère l'Océanide Asie.
Ce nom Asie n'est pas expliqué éthymologiquement, cependant dans le Lexicon Mythologieum de Benjamin Hederich (Leipzig, 1741) celui-ci cite l'opinion du professeur Georgius Pasor^), qui prétendait que le mot Asia a la signification de
1) Nous renvoyons pour l'étude de tout ce qui se rapporte à la civilisation al^cadicnne aux travaux remarquables des savants de nos jours. Faut-il rappeler les noms célèbres des Rawlinson, des Smith, des Lenormant, des Oppert, des Sayce, des Menant, des Delitzsch, etc. etc.
2) Comp. VOlcker, Myth. des Jap. GeschL, S. S02; Lenormant, Origines, V. I, Appendice p. 554, et ci-dessous notre note à propos du déluge et de Pexpression Xxpva;.
3) Professeur de langue grecque à Nassau ; voir Tindex bibliographique de Hédérich, qui cite son Index analitique d'Hésiode. Yapereau ignore Pasor dans son dictionnaire universel d'iittérature.
limosa, limoneuse, bourbeuse, ce qui semble relier Asie à l'idée de la terre ou du sol proprement dit, et nous ramène à la conception de la tradition d'Eschyle qui donne pour mère à Prométhée la Terre.
Nous ne trouvons ni dans la Théogonie d'Hésiode, ni dans son poème «les Oeuvres et les Jours» aucun indice de ce que Prométhée eut une épouse et des enfants, et il nous semble que cette conception est la plus antique. Si le passé mystérieux de l'humanité et la science des indigènes furent incamés dans Prométhée, il devait être seul et solitaire, comme une idée qui ne se prête pas encore à l'anthropomorphisme.
Cependant dans les fragments d'Hésiode (Fr. XXI, éd. Lehrs, Schol. ApoU. Rhod., ad III, 1086) nous trouvons une indication singulière, qui lui donne pour femme Pandore, celle qui fut envoyé à son frère et qui fut le don funeste de Zeus.
D'après Eschyle la femme de Prométhée fut une soeur des Océanides, Hésione, (Prom. ench., choeur, Antistr. v. 560). Welcker dans sa trilogie (0. cit. p. 12, note) indique que ce nom veut dire «cantatrice»*).
ApoUodore (I, 7, § 2) lui donne pour épouse PjTrha, fille du frère de Prométhée, Epiméthée, et de Pandore, envoyée par Zeus.
Le Fragment d'Hésiode que nous venons de citer, ajoute, que Deucalion et Hellen, furent les fils de Prométhée ; le premier eut pour mère Pandore, le second Pyrrha*).
ApoUodore (I, 7, § 2) dit que Pyrrha était l'épouse de Deucalion, fils de Prométhée; et il ajoute, après avoir raconté la
1) Ceci peut simplement indiquer que la légende fut eonservée dans les chants populaires, peut être même par des femmes-rapsodes Gomp. ci-dessous les légendes sur Bio, Phemonoé et autres.
2) Nous ne saurions passer sous silence notre ferme conviction que le fragment cité par le scholiaste d'Apollonius de Rhodes , doit être une invention postérieure, et ne se couvre du nom d'Hésiode que pour donner de la valeur à une tradition de basse date, qui désirait rattacher la race des Grecs aux races autochtones.
légende de Prométhée enchaîné au Caucase (d'après Hésiode ^^): «Quand Zeus résolut de détruire la génération des hommes de l'âge de bronze, alors Deucalion, d'après le conseil de Prométhée construisit une arche (verb.-caisse), y plaça des provisions et y entra avec PjTrha», ApoUodore donne plus loin le récit du déluge et de la création d'une nouvelle race au moyen des pierres que les époux lançaient derrière eux.
Nous avons donné ce récit par deux raisons. Nous remarquerons ici le rôle de Prométhée qui sauve l'humanité, dite de l'âge de bronze, dans la personne de Deucalion et de Pyrrha, et nous verrons ci-dessous en parlant de l'smthropophagie, que le déluge de Deucalion fut amené dit la légende ; (v. ApoUodore, ni, 8, § 1, et Ovide Métam. I, IV, v. 163, sq.) par suite du crime de Lycaon d'Arcadie, qui sacrifiait des enfants.
Prométhée, remarquons le encore, sauve une race que Zeus voulait détruire complètement; il est avant tout le protecteur des races que le Zeus védique abhorre.
Il nous semble que le mode de destruction de la race de l'âge de bronze, qui n'est pas précisé dans Hésiode, est un écho d'une autre tradition venue du sud, et qu'il y a confusion des légendes de Prométhée et de celle du déluge, dont l'origine comme nous le savons est la Chaldée et la Palestine.
La légende des Aryas védiques, qui avaient horreur des moeurs des indigènes, semble s'être emparée de la tradition purement judaïque quand elle indiquait (ce que nous ne trouvons pas dans la légende babylonienne) le déluge comme punition des crimes commis sur la terre.
Et Knobel (Gènes, p. 78) et Lenormant (Origines etc., I, 433) ne rejettent pas l'idée que la tradition du déluge universel put se confondre avec la légende du déluge de Deucalion,
1) Ni Hésiode, ni ApoUodore ne connaissent pas la tradition conservée par Eschyle, d'après laqaeUe Prométhée fat enchaîné deux fois au Caucase ; une première fois, en suite précipité dans l'abîme, revenu à la lumière, et enchaîné une seconde fois quand l'aigle vint dévorer son foie.
mais nous ajouterons que la rédaction de la légende par ApoUodore que nous venons de citer indique clairement son origine, car un Grec n'aurait jamais dit que Deucalion construisit pour se sauver au milieu des eaux un Xbtpva^, une caisso, au lieu de dire un vaisseau ^), et cependant c'est de ce terme que se sert ApoUodore, I, 7, § 2.
En continuant de feuilleter ApoUodore nous nous arrêterons avec intérêt au récit qui se rattache aux vers 1027 — 9 de la tragédie d'Eschyle.
Nous avons cité ci-dessus les paroles de Hermès adressées à Prométhée à propos du dieu ou de l'immortel qui devait mourir pour que Prométhée fut délivré.
ApoUodore (II, 5, §§ 4 et 11) dans la légende des travaux d'Hercule raconte qu'il arriva un jour chez le centaure Pholus, qui lui ayant présenté des vivres ne put lui donner du vin, et qu'à la prière de Hercule il se décida à ouvrir la jarre ou l'amphore (Tciôo;*) communale des centaures. Ces derniers ayant senti l'odeur du vin, se jettèrent sur l'intrus qui ravissait leur bien.
Hercule les chasse à coup de flèches trempées dans le venin de l'hydre de Leme, et les poursuit jusqu'à Malée (en Théssalie), où demeurait l'ami de Hercule, le centaure Chiron, chassé par les Lapithes du mont Pélion. Par malheur un trait lancé par
1) Il faut croire qu* ApoUodore puise cette légende aux ouvrages perdus de Phérécyde de Syros (y. Smith 's classic. dict. snb. voc. etLenormant Origines, etc., T. I, p. 554) qui dit-on connaissait les livres sacrés des Hébreux et des Phéniciens. Nous remarquerons encore que la Bible seule nomme l'arche ou le vaisseau teba (h) -caisse, tandis que la tradition chaldalqne du déluge le nomme vaisseau, ellipu. V. Lenormant, Origines, v. I, Appendice, p. 601; traduction interlinéaire de l'épopée dn déluge Babylonien.
2) Nous verrons dans la légende de Pandore, dans les Oeuvres et les Jours, ce même ttiOo; jouer un r61e important. Nous dirons ici pour l'intelligence de cenz qui ne connaissent pas l'Orient, que le vin est ordinairement conservé de nos jours on Géorgie, en Perse et ailleurs dans des jarres énormes qu'on enfouit dans la terre. Ce sont les mêmes amphores qu'on employait en Grèce et en Italie dans rantiquitô.
Hercule ayant traversé le bras du centaure Elatus, vint frapper au genou le centaure Chiron. Le venin de la hydre rendait la blessure incurable, et quoique Hercule appliqua à la jambe de son ami les remèdes que celui-ci lui indiqua, les souffrances de Chyron furent telles, qu'il se fit porter dans la caverne et désira mourir.
Vain désir, car il était immortel.
«Ce ne fut, (dit Apollodore) qu'après que Prométhée trouva en lui l'immortel qu'il pouvait présenter à Zeus comme désirant de bonne volonté de mourir pour lui, ce ne fut qu'alors que mourut Chiron».
Welcker a très-finement et justement saisi la relation entre Prométhée et Chiron, en disant:
«Le corps descend comme Chiron dans les profondeurs de la terre, l'esprit libre reconcilié (avec Zeus) monte pour habiter avec les célestes» ^).
Chiron, disons-nous, centaure médecin, représentant de la sagesse des indigènes meurt; c'est à dire la race qu'il représente disparait pour faire place à Prométhée délivré, autre représentant de cette même race qui continue de vivre et est même admis au banquet des immortels, dès qu'il fut reconcilié avec Zeus (des races védiques) reconnut son autorité, et accepta la civilisation védique dans laquelle cependant il représentait la somme des connaissances qu'avaient apportées les indigènes, c'est-à-dire la médecine, la magie, la diviniation, et peut-être quelques branches de la métallurgie, qui, du reste, entra peut-être en Grèce par une autre voie.
En continuant de consulter Apollodore, nous y trouvons le récit du voyage de Hercule à la recherche des pommes d'or, au pays des Hyperboréens *).
1) uDer Leib geht als Chiron nnter die Erde; der freie Geist, Tersôhnt zu den Himmlischen hinQber*. Welcker, die Aeschyl. Trilogie, Prometheus, Darmstadt, 1824, S. 87.
2) Nous parlerons plus tard de la variante qui place le jardin des pommes d'or et les Hespérides au couchant (v. la légende d'Hercule).
Pendant ce voyage il visite Prométhée, reçoit ses conseils et ses instructions, tue Taigle qui dévorait le foie de Prométhée et le délivre des ses chaines.
ApoUodore repète (II, 5, § 11) ce qu'il avait dit plus haut à propos de la blessure de Chiron : «C'est ainsi qu'il délivra Prométhée, pris ses chaînes, et présenta à Zeus en échange de Prométhée l'immortel Chiron qui désirait mourir pour lui».
Pline l'Ancien (Hist. Natur., XXXHI, 4; XXXVII, 1, édition Littré) nous a conservé une tradition ^) qui dirait-on, clôt le cycle des légendes sur Prométhée.
En parlant des anneaux il dit (XXVII, 1 , § 2 ; trad. de Littré) :
«Les fables en font dériver le premier usage de la roche du Caucase, d'après l'interprétation que les destins donnèrent aux liens de Prométhée et elles rapportent qu'un fragment de cette roche ayant été renfermé dans du fer et porté au doigt, ce fut le premier anneau et le premier joyau».
Welcker (0. s. cit. pp. 49 — 54) en citant cette tradition ajoute que Prométhée, ainsi que l'indique Athénée, dut porter toujours au doigt ce cercle de fer et ce fragment de roc , comme souvenir et en échange des fers; ou comme équivalant des fers dont il fut délivré; de plus il dut porter sur la tête une couronne de ïxjyoç (agnus castus, espèce de saule) dont les branches flexibles servaient de cordes pour lier les esclaves récalcitrants.
Welcker en reconstruisant la troisième partie de la trilogie d'Eschyle «Prométhée délivré» pense que cette tragédie devait se terminer par un festin des dieux à la noce de Pelée et de Thétis. Prométhée devait apparaître à ce festin couronné de lygos et portant à son doigt le souvenir de ces fers, mais reçu parmi les dieux olympiens, comme faisant dorénavant partie de cet auguste panthéon.
1) Voyez aussi la même tradition dans Hygini Astronomica (edidit Ban te, Lipsîae, 1875, p. 64). Liber H, § XV.
Et cependant plus tard nous ne retrouvons aucun vestige d'un culte de Prométhée excepté un autel érigé près de TAcadémie à Athènes, dont nous parlerons plus tard. Son nom n'est jamais mentionné comme celui d'un dieu; il n'eut jamais de temple car autrement Pausanias dans sa description de la Grèce nous en aurait parlé ^).
Prométhée fut toujours honoré parmi les hommes, mais ne fut jamais complètement divinisé.
L'imagination du peuple devait reporter à ce moment de la délivrance de Prométhée les récits suivants.
Zeus, dit ApoUodore (I, 3, § 6) conformément à la Théogonie (886, sq.) de Hésiode, mais avec certains développements du récit, — eut commerce avec Métis, quoiqu'elle prit des formes diverses pour éviter les embrassements du dieu. Quand elle devint enceinte, Zeus l'avala promptement, parce qu'elle avait dit qu'après avoir donné jour à une fille elle donnerait jour à un garçon qui deviendra maître du ciel. Quand le temps d'accoucher arriva, Prométhée, — et d'autres disent Hephaestos, — le frappa d'une hache à la tête, de laquelle sortit toute armée Athène, (prè^ de la rivière Triton)».
Nous trouvons la-mème tradition dans l'Ion d'Euripide (vers 455), où le choeur en s'adressant à la déesse Athène, dit:
«Déesse ... toi que Zeus, aidé du Titan Prométhée, fit naîtae du sommet de sa tète».
Est-ce cette tradition qu'avait en vue Eschyle (Prom. enchaîné, vers 764 — 8 ; 770) quand il fait prophétiser Prométhée
1) Ordinairement (v. Welcker, Voelcker et autres) ont cité encore à l'appui de cette assertion Lucien, et une phrase de cet auteur dans son I^ométhée. Lucien est une excellente autorité, pour tout ce qui regarde les moeurs et les idées de son époque, mais certainement, il ne peut être invoqué quand il s'agit d'une tradition. Esprit moqueur, véritable ancêtre de Voltaire, et précurseor d'Offenbach dans la parodie classique, c'est un aimable compagnon, mais ce n'est pas un maître sur l'autorité duquel on puisse s'appuyer. L'ouvrage «de dea Syra» certainement ne lui appartient pas.
qu'un amour indiscret sera la cause de la naissance d'un fils qui sera plus puissant que son père?
Prométhée ajoute que Zeus ne peut éviter la catastrophe à moins que Prométhée ne fusse libre de ses fers.
Nous croyons cependant (avec Welcker) que Eschyle avait en vue une autre légende, le mariage de Pelée, père d'Achille, avec la déesse Thétis^ dont nous donnons le récit d'après ApoUodore(III, 13, § 5).
«Pelée se maria une seconde fois avec la fille de Nérée^), Thétis, qui devint le sujet d'une discorde entre Zeus et Poséidon; ils se désistèrent de leur poursuite seulement quand Thémis prononça sa prophétie que le fils de Thétis sera plus grand que son père. D'après d'autres récits Zeus brûlait de l'embrasser, quand Prométhée le prévint que le fils qu'il engendrera deviendra maître du ciel.
On raconte encore que Thétis ne voulut pas se livrer à Zeus, parcequ'elle était élevée par Héra».
Zeus rend un arrêt que Thétis doit être l'épouse d'un mortel.
Plus loin ApoUodore raconte le mariage de Thétis et de Pelée, et comme quoi Chiron donna des conseils à Pelée sur la manière dont il devait se prendre pour s'emparer de la déesse.
Welcker avait parfaitement le sentiment du vrai quand il (0. cit. pp. 87 — 8) rattache le mariage de Pelée*) au mythe de Prométhée délivré et élevé jusqu'aux dieux.
Il voit dans Pelée l'humanité reconciliée avec Zeus, qui reçoit pour épouse une déesse qui avait charmé Zeus lui-même.
Seulement nous modifierons cette opinion, en dissmt que ce n'est pas une tradition générale, c'est une tradition de race:
1) Comp. Théogonie, v. 244.
2) n dérive le nom de Pelée du mot ttyjXoç = lutum = argile, terre glaise. Est-ce aussi un indice d'un individu né de la terre? Nous ne saurions affirmer cette supposition, nous nous contentons à l'enregistrer.
Thétis, comme nous le croyons, est le même persomiage que Pandore, et Pelée c'est l'indigène, le même qu'Epiméthée qui reçoit des mains de Zeos la femme grecque.
C'est une légende du croisement des races védiques avec les races indigènes, racontée par les traditions des deux races.
Pandore est la femme qui apporte le malheur, d'après le récit indigène; Thétis est la déesse qu'on donne au mortel d'après le récit grec; le résultat de ces alliances est toujours la suprématie des races védiques, la domination du culte du Zeus védique et la disparition ou l'effacement des races indigènes qui perdent leur caractère et leurs coutumes antiques pour se gréciser.
Nous remarquerons encore, comme nous l'avons dit plus haut, qu'il s'agit du mariage de la femme grecque, car le concubinage des Grecs avec les femmes indigènes n'a presque aucune importance.
Bappelons-nous encore une fois que le centaure, l'indigène Chiron, lié d'amitié à Hercule (lisez les Grecs) qui comprend la nécessité pour les indigènes de se rallier franchement à la race forte et supérieure d'intelligence, apprend à Pelée comment il peut s'emparer de la déesse.
La légende de Métis (la Sagesse) a un certain caractère de symbolisme pédantesque et maniéré qui dénote une origine plus tardive que la légende simple et naïve de Pelée et de Thétis. Dans la légende de Métis nous voyons que cette Sagesse, l'aînée djB Zeus (v, Théog. 358) fut avalée par le dieu pour que toute sagesse fut concentrée en lui, et la fille de Métis qui sort de la tête de Zeus est la sagesse et la science grécisée, si on peut le dire.
Il est très-probable que la légende de Métis, quoique certainement antérieure à Hésiode, puisqu'il la raconte, n'est proprement dit pas une légende, mais le travail du symbolisme philosophique et raisonneur dont nous trouvons des traces dans Hésiode, et qui dut naître parmi les rhapsodes et les écoles mystiques de la Piérie qui commencèrent de bonne heure à
analiser les traditions et à incarner leurs propres idées dans des chants symboliques, n est très-possible que la légende de Métis avait directement en vue d'exprimer la pensée, que les races védiques avaient couru le danger de perdre leurs croyances et leur genre de vie au milieu des tribus indigènes dont les mystérieuses pratiques et quelques connaissances (magie, médecine) avaient charmé les Grecs ; mais que le Zeus védique dut s'assimiler cette sagesse indigène et que de cette union naquit la déesse Athène, symbole de la fusion de l'intelligence des deux races, mais divinité purement grecque.
Tous ce que nous venons de dire, nous fait croire «qu'Eschyle dut avoir en vue dans son Prométhée enchaîné, la légende que nous croyons plus antique, celle de Pelée et de Thétis, et que Prométhée prévient Zeus du danger qu'il court avec Thétis, après sa délivrance.
Nous disions déjà qu'il n'existe presque pas de vestiges d'un culte de Prométhée; les souvenirs de lui que nous trouvons dans Pausanias nous confirment l'impression qu'il ne dut jamais avoir eu le caractère d'un dieu, qu'il n'est que l'antique humanité absorbée par le torrent de l'invasion hellénique.
Avec le temps , aux légendes véritablement antiques de Prométhée vinrent se mêler des fables de fraîche date. Ainsi en Phocide Prométhée commençait à être confondu avec Esculape, et on le regardait comme créateur des hommes, idée qu'on ne retrouve ni dans Hésiode, ni chez Eschyle.
«A Panopée, ville de Phocide, dit Pausanias (X, 4, § 3) on trouve près de la route un petit temple de briques non cuites; il entoure une statue faite de marbre pentélique, que quelques uns regardent comme la représentation d'Asclépios et d'autres de Prométhée ^).
1) Cette confnBion a Ba raison d^étre cependant Nous avons va qu'Eschyle fait dire à Prométhée qu'il fut inventeur de l'art de guérir; Chiron de la mdme race était médecin. Nous verrons plus tard qu'Esculape n'était qu'à demi Qrec, et se rattachait aux races indigènes.
«Ces derniers appuient leur opinion sur le fiait suivant: sur le bord du ruisseau se trouvent deux pierres d'une telle grandeur, q[ue chacune des ces pierres suffirait pour la charge d'un chariot. Leur couleur ressemble à la couleur de la terre glaise . • . • et l'odeur de cette terre ressemble beaucoup à l'odeur de la peau humaine. On dit que ces pierres sont les restes de l'argile qui servit à Prométhée pour pétrir toute l'humanité».
L'argument de Pausanias, tout ridicule qu'il est, nous indique cependant que la légende de Prométhée oubliée déjà dans la théologie grecque, devint une de ces fables populaires que le bas peuple raconte à ses veillées. C'est la fable, ce n'est pas la théogonie officielle et avouée qui fit de Prométhée un démiurge qui pétrit de l'argile l'humanité.
Cette fable est répétée par Ovide dans ses métamorphoses (I, v. 82) et par Horace dans ses Odes (L. I, Od. XVI) mais plutôt comme il nous semble comme jeu d'esprit, que comme tradition veridique, sourtout par Horace, qui dit que Prométhée avait ^outé à Targile une particule de la vie de chaque animal et plaça entre autre dans la poitrine de l'homme la rage du lion.
Nous trouvons quelques rites en l'honneur de Prométhée à Athènes.
«Dans l'Académie, dit Pausanias ^), il y a un autel de Prométhée, et c'est de cet autel qu'on court vers la ville avec des flambeaux allumés. Il s'agit d'arriver en gardant sa torche enflammée, et celui dont la torche est éteinte ne reçoit pas de recompense».
Est-ce une vieille coutume, est-ce un rite inventé par les poètes et les philosophes pour rappeler la légende? Nous penchons vers cette dernière supposition.
1) I, 80, § 2. L'Académie était située hors de la ville, sur les bords du Cephisus, à six stades d'Athènes vers Toccident, c'est-à-dire à la distance de 8600 pieda ou de mille mètres à peu près.
. La voie publique de TAcadémie à la ville passait sous la porte Céramique. Comp. Pans. I, ch. 29, § 1, et eh. 80.
La légende de Prométhée dans le récit que nous connaissons appartient particulièrement au nord de la Grèce : nous pouvons même suivre les traces de ce mythe, comme il pâlit et s'e£face à mesure qu'il s'avance dans le Péloponèse.
En passant le temple de Palaimon-Mélicerte, situé sur l'isthme, dont nous parlerons plus tard en recherchant les débris des anciens cultes; — nous trouverons sur le chemin qui mène de Sicyon^) à Phlia par la vallée d'Asope une montagne qu'habitait, d'après la tradition des indigènes, comme le dit Pausanias (III, 11, § 5) un, ou plutôt le Titan^ frère de Hélios.
Nous rappelons au lecteur que dans la Théogonie d'Hésiode (v. 133 et 371), Hélios était le fils de Hypérion, le frère de Japet; il n'est pas difficile de voh* la parenté qui existe entre les légendes de Prométhée et du Titan.
«Ce Titan, dit Pausanias, donna son nom à cette contrée qui se nomme Titana».
(c Je crois, dit plus loin Pausanias, que ce Titan savait observer les signes qui annoncent l'approche des saisons, et savait discerner quand le grain germe et les fruits mûrissent sous l'influence du soleil , et que c'est à raison de cela qu'on le croit frère de Hélios. A Titana il y a un temple d'Asclépios».
Pausanias, comme on le voit ne se doutait nullement de la parenté entre Prométhée et le Titan, et cependant en rapprochant de cette légende de Titana les vers 454 — 458 de la tragédie d*Eschyle «Prométhée enchaîné» nous ne saurons douter de l'identité de ces personnages légendaires. Nous ajouterons que le temple d'Asclépios donne un nouveau poids à notre assertion.
En avançant vers le sud nous trouvons déjà à Argos un autre inventeur du feu, Phoronée").
1) L'ancienne Mecona, où la tradition place la dispute entre Zens et Prométhée an stget du sacrifice.
2) Fils de la nymphe Melia (Apollod. II, 1, § 1). Ceci noos ramène à cette race sortie des frênes, race dite de bronse, qui représente les antiques habitants de la Grèce.
En quittant la statue de Biton à Argos . . . «nous approchons, dit Pausanias, (II, 19, § 5) d'un feu que les habitants d'Argos font brûler sans interruption et qu'ils nomment «feu de Phoronée», car ils ne veulent pas convenir que Prométhée ait donné le feu aux hommes, mais attribuent l'invention du feu à Phoronée».
Phoronée apparaît à Argos comme un personnage parfaitement humanisé, n'ayant plus les proportions titaniques de Prométhée; il est père d'Argus, l'éponyme de la contrée (v. ApoUod., II, 1, § 2); Phoronée lui-même est fils d'Inachus et de la nymphe Melia (id. ibid., § 1). Inachus est fils de l'Océan et de Téthys, et comme tel se rattache à la Théogonie homérique, qui fait descendre tous les dieux et les hommes de l'Océan et de Téthys ^).
La nymphe Melia se rattache comme toutes les nymphes au culte des esprits de la race indigène.
«Le fils d'Inachus, Phoronée, dit Pausanias (II, 1 5, § 5) fut le premier qui rassembla les hommes en société, car jusque là ils vivaient dispersés, chacun pour soi».
Dans ApoUodore (II, 1 , §§ 1 — 4) Phoronée est le père d'une lignée demi-mythique, qui par Argus I, Jasus, Agénor, la postérité d'Jo, Argus II Panoptès, les filles d' Agénor (Danaïdes) et la postérité d'Epaphus se relie à la famille régnante d' Argos.
En un mot si Prométhée au nord de la Grèce était un type abstrait de l'humanité primordiale, nous trouvons à Argos à sa place Phoronée, qui est une véritable incarnation de la race indigène qui était maîtresse d' Argos.
Il a une forme humaine et on montrait à Pausanias sa tombe à Argos (Paus. I, 20, § 3 \
1) V. Iliade XIV, 200 ; 801, etc. Consnltez là-dessus V 61 cker's Myth. des Jap. Geschl. pp. 282, 288. Il est très-probable, comme le dit Maury (Hist des Bel. etc., I, p. 261) qae la mythologie homérique a conservé le panthéon pélasgiqae, car igonterons-nous d'après ce même Maury (Croyances et légendes, p. 6I9 éd. de 1868) le couple primordial, le Ciel et la Terre, qui forme la base de la théogonie hésiodique , est une notion des peuples venus de Pamir. Comp. encore Alfred Maury, Hist. des Rel. etc., v. I, pp. 276 et 852.
2) Phoronée, homme, inventeur du feu est peut-être l'expression de la tradi-
Il est très-probable que Pelasgas de l'Arcadie «qui enseigna aux hommes la manière de construire les habitations et leur apprit à se vêtir de peaux» (Paus. Vin, 4, §§ 1, 2) est un reflet du même Prométhée, c'est-à-dire de la yie préhistorique, qui inventa tous les arts servant à satisfaire tous les premiers besoins de l'humanité: seulement au lieu de l'idée ou du mythe, les habitants sauvages de l'Arcadie placèrent à la tête de toutes les inventions Pelasgus, qui n'était au fond qu'un nom collectif de toute leur race.
En revenant vers l'idéal du Nord des ténèbres préhistoriques Prométhée, et en étudiant les détails de sa légende, nous serons frappés de l'unité de ce mythe qui dut arriver du Nord par une seule voie, et n'eut jamais de versions disparates, comme il arriva à d'autres conceptions mythologiques qui se développèrent dans différentes parties de la Grèce*).
Il est très-difficile de repondre à toutes les questions soulevées par ce mythe, et entre autres il est très-difficile de préciser quel est le moment historique de son apparition; est-il l'antique légende des races Pélasgiques, que les races védiques trouvèrent en Grèce, ou ce récit ne serait-il arrivé que plus tard, ou ne serait-il pas une plainte tardive des races autochtones subjuguées et pressurées par les Grecs, quand le Zeus védique était déjà maître de la Grèce ?
Nous ne pouvons indiquer aucun document qui éluciderait ces questions; il nous semble cependant que l'antique tradition de Prométhée, le larron du feu, est la personnification de la vie
tion la.pIoB antique, restée intacte, tandis qne sons le nom de Prométhée (Pramantha) Fesprit grec jouait au nord avec la légende indigène.
1) Nous écartons à dessein les inventions et les suppléments évidamment postérieurs, comme par exemple la tradition qui fidsait d^Isis la fille de Prométhée (Plutarque de Iside, etc., § 8 et § 87) ou Tidentité de Cronos et de Prométhée dans lliymne Orphique, Xm, y. 7. Cette identité devait cependant sûrement avoir en vue l'Iliade qui nomme ensemble Japet et Cronos comme représentante du passé mystérieux préhistorique.
des races antiques qui avaient envahi la Grèce, et qui luttaient contre les immigrations postérieures qui marchaient sous la bannière de Zeus-Dyaus ^) védique.
Il y a encore une autre question à poser: qui fut l'auteur de la légende? existait-elle, au moins dans sa partie qui raconte les premières inventions, parmi les races que les Grecs avaient trouvées dans la péninsule et qu'ils nommaient les autochtones, les nés de la terre , les serpents, ou la légende fut-elle créée par les Grecs eux-mêmes d'après les récits vagues des autochtones? Nous croyons que cette dernière assertion approche plutôt de la vérité.
Les nouveaux immigrants au culte védique, plus intelligents et plus développés que les demi-sauvages qu'ils trouvèrent dans la péninsule, durent trouver parmi ces tribus des traditions, dont ils s'emparèrent pour reconstruire eux-métoes tout un cycle de légendes relatives à Prométhée dans lesquelles ces races védiques incarnèrent tout le passé ténébreux de toute l'humanité, telle qu'elle leur était connue, et dans lequel leur passé, oublié comme celui de leur frères sauvages, se trouva réuni dans une seule légende majestueuse.
Adalbert Euhn, Alfred Maury, Lenormant^ et d'autres savants rapprochent du nom de Prométhée le pramantha védique, et ce rapprochement est accepté et développé par Emile Burnouf dans sa légende Athénienne^).
On entendait sous le nom de pramantha un des deux morceaux de bois au moyen desquels on allumait le feu du sacrifice ; l'autre morceau se nommait arani.
1) Comp. Lectures on the Science of Language du célèbre professeur Max Maller (7 édition) Volume II, pp. 468—469; 489—496, etc. Voyez surtout lldeotité complète de Dyaus et Zeus, à la p. 496 et sur les racines diu, div, etc. et compares ce que nous disons dans notre avant-propos sur le Zeus de la période do Henothéisme.
2) y. Euhn: die Herabkunft des Feuers und des Gôttertrankes, 1869, Berlin; Alfred Maary. Légendes et croyances de l'antiquité, p. 48 de la 2. édition. Yoyes surtout ce qu'en dit Lenormant Origines, etc., ▼. II, p. 176, note $.
S) PariSy 1872, p. 156. Il nous semble qu'on n'a pas assez apprécié les vues Ingénieuses de ce consciencieux travail.
Nous YQyons ici que les coutumes védiques avaient conservé religieusement Tancienne manière d'allumer le feu des sauvages, ce qui nous ramène à la généralisation de la légende du feu pour les races védiques et non védiques.
Le pramantha et l'arani, ou comme on les nommait «les deux arani» étaient censés symboliser l'Agni ou le feu latent de Tunivers. Nous croyons donc que le rapprochement du nom de Prométhée avec le nom de l'instrument servant à allumer le feu est certsônement une supposition digne de la plus grande attention.
Il est très-probable que Prométhée est un nom qui a été apporté en Grèce de loin, des plaines du Pamir en connexion avec le souvenir de l'invention du feu allumé par le frottement.
Mais Prométhée n'est ni le feu, ni le dieu du feu ^), il est la personnification des ces vagues réminiscences des temps antiques de l'humanité dont il n'y avait ni légendes, ni récits, et qui ne furent inscrits dans la mémoire des peuples que par des faits, c'est à dire par les arts et les connaissances que possédait déjà un peuple, quand il se retourna, pour ainsi dire, pour contempler le passé et se demanda quels furent donc les origines des inventions et des connaissances qu'il possédait, et des coutumes qui réglaient sa vie*). Un peuple résume et incame sa force collective, matérielle et morale dans un personnage unique, quand il parle des temps antiques dont le souvenir lui échappe. A mesure que le peuple commence à avoir conscience de son être, ses héros déviennent plus nombreux servant à symboliser ce même
1) En ce point nous différons essentiellement du vénérable Creazer (Symbolik: m, p. 62, S. Aosg.) quand il dit que Japet est on dieu igné, et ProméÛiée et Epiméthée des étincelles de vie. «Lebensfunken».
2) On pourrait illustrer cette idée par des faits tirés des contes. Par exemple: dans un des contes russes Eliah de Mourom est censé avoir construit la route qui mène de Kiew à Mourom (var. à Wladimir ; var. à Rostow). Ce héros est le représentant d'une force collective d'un peuple qui a tracé une route inconscientieusement
peuple pendant des phases plus ou moins remarquables de son existence. En entrant dans la vie historique, (ce qui veut dire vie qui se rend compte des faits et de son propre rôle), — le peuple a pour héros des hommes réels, des rois et des chefe qui rattachent leur lignée aux héros de la seconde période. D'un antre côté la première période antique, celle qui a été incarnée chez les Grecs dans Prométhée, reste toujours solitaire dans sa mystérieuse grandeur.
Les fils qu'on donne à Prométhée appartiennent aux légendes postérieures.
La légende primitive conservée par Hésiode et par Eschyle ne lui connaît pas de descendants.
Les Aryas védiques ou non védiques ^) se groupaient comme on le sait sur le plateau de Pamir qui fut le point de départ des branches de cette race soit qu'elles s'avançaient vers l'Inde, soit qu'elles marchaient vers Bhagae, soit enfin qu'elles commençaient à vivre d'une vie nomade dans les hautes plaines de l'Asie en s'avançant vers l'occident au nord de la mer Caspienne et du Caucase, tandis que leurs frères aux hymnes védiques restaient encore dans leur patrie commune.
n nous semble que nous pourrions remonter en pensée vers l'époque antérieure aux hymnes védiques et saisir le moment quand toute cette famille des Aryas ne formait qu'un groupe dont la religion pouvait être formulée dans l'exclamation finale de Prométhée dans la tragédie d'Eschyle :
«0 ma mère, mon culte!
1) M' Barth (comme nous l'avons déjà dit) dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1879, dans on article sur les Religions de l'Inde a très-bien prouvé que tous les Aryas n'étaient pas védiques. Les hymnes connus sous ce nom appartenaient exclusivement à quelques familles. On retrouve dans la plus haute antiquité des vestiges de l'origine du culte Brahmaïque ; la doctrine du Maidéiame dut certainement commencer au Nord du Hindu Koush, ce qui semble résulter de l'analyse du 1 Farghard du Yendidad Zadé ; (voyea Lenormant, Lettres Assyriol. I, p. 28, éd. lithogr.).
Ciel, commime lumière où roule l'immensité^)!»
Ces deux divinités furent certainement les plus antiques divinités de tous les Aryas quel que fut le développement postérieur de l'idée religieuse dans les tribus qui se séparèrent du tronc commun. Outre ces croyances religieuses tout les Aryas en quittant leur patrie emportaient avec eux un fond commun d'idées et de connaissances , ainsi que de noms et de racines pour désigner des objets de la vie usuelle.
La migration des Aryas non védiques, qui marchaient vers l'occident par les steppes de l'Asie qui s'étendent au Nord de la mer Caspienne, du Caucase et de la mer Noire dut procéder lentement, par tribus séparées pendant un grand nombre de siècles.
Ce n'est qu'après de longues migrations au milieu des tribus mongoles que le torrent pélasgique s'écoula dans les péninsules des Balkans et des Appenins.
Il est très-probable que plusieures de ces tribus Aryennes restèrent à l'état nomade dans les steppes de la Scythie ').
Pendant leurs longues migrations au milieu des tribus nomades mongoles, les Pélasges — car c'est de ce peuple que nous parlons en particulier — ou les anciens, suivant l'explication de ce nom que donne Freret (apud Maury, Rel. v. I, p. 3), toujours en contact avec cette curieuse civilisation touranienne , qui s'est révélée à nos yeux grâce aux travaux des savants de nos jours, les Pélasges, disons-nous, durent apprendre pendant ces longues années de vie nomade, l'art de distinguer les étoiles, l'art de prédire les variations atmosphériques, art basé sur l'observation du vol des oiseaux et de la vie des animaux en général;
1) Vers 1091—2, du Prométhée eochainé: «co [aiqtp^ ifxviç ort^a;, a> Ttavrcov ai6v2p xotviv çàoç eiXiaacov». Remarquons qne l'éther est le ciel luminieuz, brillant.
2) Comp. Schaffarik, les Antiquités Slaves, T. I, livre 2, § 10, A. «les peuples Slaves d'après Hérodote» (surtout pp. 25 et suivantes de la 2"^^ partie dans la traduction russe de Bodiansky).
l'art de la médecine empirique poussé à un si haut degré de perfection parmi les tribus nomades, et qui s'explique parfieiitement par l'observation incessante des moeurs des animaux, et des plantes qu'ils recherchent durant leurs maladies, l'art de la magie et des incantations que nous avons retrouvé parmi les Accads de la Mésopotamie comme parmi les proto- Modes, comme nous le retrouverons dans la Thessalie et la Grèce parmi les Pélasges ^).
Remarquons que Prométhée parle de tous ces arts en y ajoutant la métallurgie et la navigation quand il énumère ses bienfeûts à l'humanité: lui, le représentant de l'ancienne humanité, l'adversaire du Zeus védique jusqu'au moment de la reconciliation.
Longtemps après la migration lente et irrégulière des tribus pélasgiques, qui s'écoulèrent peu à peu dans les péninsules de la Grèce et de l'Italie formant des couches successives de populations, qui souvent, comme dans le littoral du Péloponèse tombaient sous l'influence des colonisateurs de la Syrie, de la Phénicie et de • l'Egypte, — apparut en Grèce une migration d' Aryas incontestablement védiques. Ces derniers immigrants durent venir en grande masse compacte, forte, armée, qui marchait vite, sans s'arrêter au milieu des nomades, et semblait avoir un but déterminé.
Ce n'étaient plus des faibles tribus qui vivaient d'une vie nomade et qui tombaient sous l'influence de tribus mongoliennes, c'étaient des Aryas fiers de leur sang, de leur race, ayant une grande force intérieure de réaction et comme tels repoussant toute tentative d'agression matérielle ou morale, méprisant les races jaunes et les nomades en général, car leur vie agricole et sédentaire était parfaitement développée, quand ils quittaient, on ne sait pourquoi, les maisons et les champs de leur patrie asiatique.
1) Comme nous le retroaTons aigoord'hai dans les rallées septentrionales du Himalaya et dans le Tibet.
Ces Aryas ayant un culte nettement déterminé, des chants sacrés, une foi convaincue, entrèrent dans le nord de la Grèce par la Thrace et la Macédoine ^) où ils restèrent longtemps en refoulant leur pauvres parents demi-sauvages, qui luttaient contre cette invasion. Mais ces Aryas védiques, les Grecs de la période Achéenne, les Hélloi ou les Selloi proprement dits, n'étaient pas toujours vainqueurs: ils durent soutenir une lutte acharnée contre les fils dits de la terre, et durent dans maintes occasions, comme nous le verrons plus tard, avoir recours aux mariages mixtes pour s'emparer de l'autorité et de l'influence dans les petits états ou tribus des Pélasges et pour y faire dominer le culte védique.
La force morale de ces Aryas védiques, ayant une civilisation à eux, une vie de société et de famille fortement constituée, de ces Aryas védiques qui traversaient les tribus nomades avec le mépris sur les lèvres, ne leur permit pas de profiter des connaissances que leurs faibles frères qui les avaient précédés sur cette route, avaient acquis au contact des tribus altaiques, et voici la raison pourquoi nous rencontrons en Grèce la magie, la médecine, la divination, la métallurgie concentrées dans les mains des indigènes '), et comme nous le croyons à certains indices, toujours concentrées dans certaines sociétés indigènes ayant un caractère mystérieux.
Ce fut donc des autochtones ou des Pélasges que les Grecs apprirent à connaître certaines sciences, en leur donnant en échange l'agriculture ^), le type de la famille védique au caractère
1) U est convenu que nous donnons à ces contrées le nom qu'elles portèrent bien plus tard. Consultez la-dessus Maury, Hist des Rél. etc. y. I, p. 81 et suiv.
2) Comparez Lenormant, Premières Cirilisations, y. I, p. 84, sq.; (l'époque néolithique et l'inyention des métaux), et surtout la citation des pensées du baron d'Eckstein, pp. 103, sq.
3) Nous ne rejetons pas l'idée que les Pélasges connoissoient l'art de labourer le sol, mais il parait que l'agriculture comme occuppation sacrée, placée sous la protection de la déesse-terre gredsée Demeter et le type de l'organisation sociale basée sur l'agriculture sont une importation des Aryas à l'éducation védique.
sacré et respecté, rhorreur du cannibalisme, la tranquillité et la paix de la contrée en poursuivant sans trêve les brigandages, enfin Tassainisation de la contrée au moyen des travaux de canalisation. Ils proclamaient hautement le culte du Zeus védique, dans le sens du culte présidant à Tordre et auquel toute cruauté inspirait de rhorreur, comme nous le verrons ci-dessous.
Il faut encore remarquer que les Aryas védiques entraient en Grèce avec une boisson enivrante comme le remarque trèsbien Lenormant dans les Origines de l'histoire d'après la Bible (V. II, p. 249).
Ils ne connaissaient pas encore le vin qui dut entrer en Grèce par deux voies, celle de l'Asie Mineure en traversant le Bosphore par la Thrace, et celle de la Syrie et de la Phénicie par les iles dans le Péloponèse et par les Gadméens en Béotie ; mais en connaissant le divin Soma, les Aryas védiques durent accepter facilement le vin, comme substitut de la boisson enivrante. Et nous remarquerons en passant, en nous reservant à revinir à ce sujet, que le vin, comme boisson enivrante rencontra une opposition formidable parmi les races indigènes.
En nous résumant, nous disons donc que Prométhée est la personnification des races ou du génie des races qui avaient précédé les Grecs sur le sol de la Grèce; ces derniers ayant trouvé chez les indigènes des souvenirs vagues du passé, qui se rattachaient à d'autres souvenirs à eux propres, de la vie sauvage pendant laquelle surgirent les premières inventions, et surtout celle du feu, incarnèrent l'idée de tous ces premiers pas de l'humanité dans une légende qui reçut son nom de l'instrument sacré servant à faire jaillir l'étincelle qui allumait le feu. Nous remarquerons encore qu'Eschyle en faisant Prométhée énumerer ses bienfaits, ne dit un mot de l'agriculture ^), nous faisant compreu-
1) Noua remarqaeroDB qu'au vers 455 du Prométhée enchaîné, Eschyle ne parle que des fruits de la terre, mais aucunement de la culture du sol. De plus d'après une légende qae rapporte Pausanias (IX, 25, § 6) ce fut «Déméter» qai
dre que la légende incarnait exclusivement dans Prométhée les premiers pas de l'homme dans la voie des inventions, (ce qui le rattachait au passé de toutes les races védiques ou non védiques,) et de plus incarnait dans ce type ce que nous nommerons la civilisation nomade, ou si l'on veut touranienne.
Aussi ni l'agriculture, ni la culture de la vigne n'appartiennent-elles pas à la somme des inventions attribuées à Prométhée.
Il nous reste à dire quelques mots de ces indigènes, de ces serpents que les Grecs trouvèrent dans la péninsule.
Il est probable que la majorité des indigènes était de la race des Aryas non védiques, mais cependant il n'est pas improbable que plusieurs tribus jaunes et des tribus croisées des deux races entrèrent avec les Pélasges dans la péninsule ^).
Toutes ces tribus durent à la longue se courber sous le joug et l'influence de la race intelligente qui s'emparait non seulement de leurs terres mais encore de leurs souvenirs et de leurs légendes en les colorant de leur imagination et de leurs propres idfes.
Mais il ne faut pas croire que les races indigènes disparurent en Grèce ; non seulement elles y laissèrent des traces profondes, que nous tâcherons de relever dans les chapitres suivants, maïs encore elles modifièrent profondément le culte védique qui quoique resté maître du terrain, dut faire des concessions graves aux idées et aux croyances des races dites de serpents.
Nous verrons encore des indices que dans l'Attique, en Arcadie, à Argos, en Eubée et ailleurs les maisons souveraines indigènes restèrent au moins pendant quelque temps maîtres^ de
fit cadeaa au Cabire Prométhée d'un objet mystérieux» qui était certainement ées grains ou le symbole de reproduction. Il est facile de saisir le sens de la légende, qui appuyait fortement sur le fait que la Grecque Déméter fonda la société, dont la base étaient les occupations agricoles qui avaient un caractère sacré.
1) Voyez encore Appendice A. sur les races Qainites, et les renvois à L^normant
la contrée y à condition cependant d'accepter la culture grecque. Dans d'autres lieux des luttes prolongées entre les indigènes et les Grecs ou les indigènes et les colons Phéniciens furent chroniques sous le symbolisme du combat contre le serpent.
Ce symbolisme est comme on le sait d'une haute antiquité.
Les races censées être nées de la terre, — dans le symbolisme des Aryas , qui en arrivant les derniers les trouvaient dans les contrées qu'ils occupaient, sont toujours des serpents ^).
Nous ne répéterons pas ce qui a été dit à ce sujet par Lenormant, Roth, Darmstetter, Windishman, et autres"), nous remarquerons seulement que dans le symbolisme des Grecs, tel que nous le comprenons, les serpents sont les indigènes qui luttaient contre les Grecs et qui de plus avaient à leur disposition des forces magiques et mauvaises (comme dans l'Inde lesDasious), ainsi que des remèdes salutaires, ce qui est symbolisé entre autres par les deux gouttes de sang de la Méduse dans la forme la plus vénérable et antique de cette légende ').
Nous connaissons la Grèce classique, c'est à dire l'amalgame des races fusionnées, tachons de relever avec soin les traces des autochtones sur le sol Grec qui avaient lutté contre les Aryas védiques avant de former avec eux un seul peuple.
1) n est très-difficile de dire si le nom de serpent est un nom accepté par les nomades toaraniens comme nom de race en général, on sMl lear a été imposé par le symbolisme des Aryas, qui pouvaient Pavoir emprunté a un symbolisme très-antique qui se reproduit dans les Védas, sous la forme de la lutte du Soleil contre le nuage-serpent. Comparez à ce sujet la Géographie du Véda de Virien de Saint-Martin, Paris, 1860, pp. 103—104, où le serpent est non seulement nuage, mais encore comparé aux Dasious, une race ennemie des Aryas védiques. Yoyec aussi les remarques de Alfred de Maury, Hist. des Religions etc., y. I, pp. 180, 213, sur le serpent Ahi, et le rapprochement qu'il fait id pp. 227 — 231, entre le aerpent et les races autochtones ou nées de la terre.
2) Comparez Lenormant, Origines, etc. y. II, pp. 517—518, sur le mythe da Traetona yédique et Windishman Zoroastrische 3tudien, pp. 29, sq., sur le Tooran dei Aryas de l'Iran.
3) Noua reviendrons à cette remarquable légende conservé par Euripide dans son Ion, yy. lOOB et 1005.
E Traces les trilns non Tilinneii.
En tâchant de reconstruire dans notre pensée le véritable sens des récits hésiodiques, nous sommes arrivées à une profonde conviction que plusieures des légendes de Hésiode et d'autres mythographes se rapportent directement aux tribus non védiques, qui portent le nom de géants, de géants aux pieds de serpent ou de serpents. Il faut aussi se souvenir que le culte de ces races antiques était presque exclusivement l'adoration des esprits élémentaires, des esprits des montagnes, des fleuves, des forêts, etc., et des démons malfaisants, commes chez les Accads de la Mésopotamie ^).
En lisant la Théogonie d'Hésiode (vers. 183—187) nous nous arrêtons avant tout sur la tradition de la naissance (des gouttes du sang qui tombent sur la terre après la mutilation d'Ouranos) des Géants, des nymphes méliques et des Erynnies. Ces êtres ne sont pas venus en Grèce, ils sont nés du sol et doivent comme Jels représenter les races aborigènes avec leur culte. Dans cette légende les géants sont le peuple , les nymphes et les Erynnies sont le culte. Hésiode, il est vrai, n'avait pas connu, ou n'avait pas noté la remarquable tradition de la lutte des géants contre les dieux ; à Phlègre ou Pallène *), mais cette tra-
1) Voyez Lenormant, Magie, pp. 3—24; 64, 69, 172, 176, etc. etc., et comparez Origines I, p. 819.
Noas remarquerons encore que Platarque dans son traité sur la défaillance des oracles (§ 10) exprime une pensée qui pronye que nonobstant la faiblesse de la critique historique de son temps, les Grecs se rappelaient que l'origine du culte des esprits ou des d ai mon, c'est-à-dire des êtres placés au dessous des dieux et au dessus des hommes, était étrangère, c'est-à-dire, n'appartenait pas aux races védiques.
Cléombrotus, que Plutarque fait parler dans le traité sur les oracles, dit: a cette doctrine sur les daimons, arrivée on ne sait d'où, des Mages, ou des disciples de Zoroastre, ou de l'Orphée de Thrace, de l'Egypte ou de la Phrygie».
2) Phlègre ou Pallène est le nom de la plus méridionale des langues de terre de la péninsule de Chalcidide. Le nom de Phlègre semble transporté plus tard
dition nons est conservée par ApoUodore (I, 6, §§ 1 — 3) et par Euripide (Ion, vers 988—990).
Aassi croyons-nous voir dans cette lutte des géants aux pieds de serpents, soutenus par leur mère la Terre, les représentants aa nord de la Grèce des populations féroces qui luttaient avec acharnement contre les Grecs et dont les débris durent se retirer dans un coin de la Grèce ne désirant pas tomber sous le joug des Aryas védiques ^).
Les nymphes méliques (ou de frêne) qui nous rappellent la troisième génération de bronze, sortie des frênes dans la légende des siècles"), devaient représenter tout ce monde poétique d'ondines, de driades, de nymphes, dont on peuplait toute la terre, et les Erynnies, esprits malfaisants, devaient représenter les esprits des torrents et des sombres précipices qui inspiraient de la terreur ^.
Pent-^tre pourrait-on les comparez aux masMm de la démonologie accadienne, qui «font sortir le fils de la maison de son père et la femme libre de la maison où elle a enfanté», ou aux outouqs du désert et à d'autres démons qui s'emparaient de l'homme et en faisaient un possédé (Lenormant, Magie, Paris, 1874, pp. 26, 29, 30, etc.).
ATec la légende en Italie entre Gumes et Capoue sur la plaine dite de Phlègre, le Solfiitara de nos jours. Nons ajouterons que le nom de Fallène se trouTe anssi daoi l'Attiqne snr les versants du Pentéliqne, à quelque distance au sud-onest de Marathon. Nous verrons qu^en Attique nons retrouvons anssi des indices palpables des races antiques.
1) En dillérant d'illustres maitrcs dans notre manière d'interpréter la Gigantoadiia nons renvoyons pour nos raisons à l'Appendice A.
2)0. et Dies> ▼. 145, sq., et comparez Lenormant, les Origines, etc., I, p. 972.
8) Yonioa (citation du Lezicon Mythologicum de Hederich ad. voc. Erynniei) pense que leur nom provient des mots cpa la terre et vata> j'habite. Dans le Diet ClasB. de Smith le nom Erynnie est dérivé du verbe pélasgique epiva> ou «n grec Iptuvaco je cherche, je poursuis. — Leur mention dans la légende cosmogoniqoe de Hésiode semble indiquer que leur première signification dut avoir T^iport à quelques phénomènes physiques et notamment aux eaux débordées et 4terieQS€B des torrents et des vallées submergées.
Nous n'osons pas cependant insister sur ce point de comparaison, quoique les exemples que nous trouvons dans les grands tragiques (comme par exemple dans les Euménides d'Eschyle) semblent permettre ce rapprochement.
Parmi les tribus indigènes nous plaçons certainement les centaures^) qui doivent représenter une tribu vivant toujours à cheval^ comme les anciens Scythes, les Huns du temps d'Attila ou les Kalmoucks d'aujourd'hui.
Parmi ces tribus équestres, Chiron est le représentant de la sagesse indigène et de la médecine aux secrets de laquelle il mitie les Grecs (v. Iliade, IV, 218—219).
Le serpent tué par Cadmus, le Phénicien, est certainement une tribu indigène qui défendait ses habitations contre les colonisateurs Phéniciens.
La légende (ApoUodore, III, 4, § 2) en disant que Cadmus dut servir un an Ares pour expier la mort du serpent, veut incontestablement symboliser un an de guerre entre les Phéniciens et les indigènes, ou même un état de certaine dépendance des Phéniciens, car Ares, comme l'a très-bien remarqué Gladstone (Juventus mundi, p. 297) est un dieu des populations demisauvages de Thrace.
Nous parlerons plus loin en parlant de Delphes du serpent tuè par Apollon.
Les dents du serpent qui produisent les cinq chefs Spartes, Ëçhion^ Udaeus, Ghtonius, Hyperenor et Pelor, (ApoUodore, III, 4. § 1) sont certainement des tribus indigènes qui viennent aider leurs alliés ou les venger après leur défaite, ce qu'a très-bien vu Lenormant dans la légende de Cadmus (Premières Civilisations, v. II, p. 399). Ces tribus font la guerre contre Cadmus et se battent entre elles, comme le font encore les tribus des peaux rouges ou les Australiens indigènes ou les Caffres qui
1) Piqueors de taureaux, (Comp. Maury, Hist des Rel., etc., I, p. 12), comme les Gaoucbo du Brésil.
demeurent près des races à hante culture. Nous trouvons du reste une confirmation de cette assertion dans le récit de Pansanias QXj 5, § 1) qui parle directement des guerres que dut soutenir Cadmus contre les habitants de la Béotie, les Aones et les Hyantes, dont parle aussi Strabon, 1. IX, 2, § 3, fol. Causab. 401 . Par suite les Aones furent absorbés par les Cadméens, les Hyantes durent quitter le pays.
Toute l'histoire de la f&mille régnante de la Béotie (v. Apollodore, III, 4, § 2; 5, §§ 4— 7; Pausanias IX, 5) prouve que la lutte de l'élément indigène contre l'élément Phénicien et la latte des indigènes entre eux dura longtemps.
Les péripéties de cette lutte sont marquées et par l'éxil de Cadmus et par l'élévation tantôt de la famille d'Echion, tantôt de celle de Chtonius. Il est très-probable que les mêmes faits se reproduisirent dans d'autres localités de la Grèce avec la différence qu'au lieu des Cadméens ce furent les Grecs védiques qui jouaient le rôle de colonisateurs ^).
Un des descendants du Sparte Udaeus, Tirésias, fils d'Ëverès et d'une nymphe Chariclo (ApoUodore, III, 6, § 7) fut un des plus célèbres devins de l'antiquité, ce qui nous ramène à l'art de la divination, dont Prométhée se dit le père. Dans un des fragments d'Hésiode que nous ont conservé Apollodore (1. supra cit. '^ et Hyginus dans la fable 75, nous lisons que Tirésias vit un jour près de Cyllène') deux serpents accouplés; il les frappa de sa baguette et fut métamorphosé en femme ; il redevint homme quand il revit encore une fois des serpents accouplés et les frappa derechef de sa baguette ^).
1) Konfl croyons que le mariage de Cadmug avec Harmonia, fille d'Ares et d'Aphrodite, est un mythe à la signification symbolique, qoi fdt i^nté à la légende primitif e, qui avait un fond historique.
2) Ce fragment Hésiodiqae n'est pas inséré dans l'édition des fragments rassemblés par Lehrs (éd. Firm. Didot).
8) CyUène était nne montagne sur la frontière de l'Achaia et de l'Arcadie. Une antre Cyllène était an port d*Elide. Il faut croire que la légende parle de la montagne d*Arcadie, car cette dernière était célèbre par ses devins.
4) La cédté de Tirésias est attribuée à deux causes différentes que raeomte
Il est probable que nous avons ici une indication de l'art de la divination qui florissait parmi les populations indigènes auxquelles Tirésias appartient et par son père et par sa mère, une nymphe. De plus nous avons ici, comme nous le croyons, un trait de moeurs que nous retrouvons parmi les populations d'origine turque et mongolique de nos jours. Nous rapprochons de ce fait le nom caractéristique de Scython, qui au dire d'Ovide (Métamorphoses, lY, v. 281), devenait tour à tour femme et homme.
On pourrait encore rapprocher de ce trait de moeurs des populations indigènes, non- védiques les aventures de Cenée (Hyginus, fable 14, Métam. d'Ovide, VIII, v. 305) qui était fils, remarquons-le^ d'un Centaure Elatus (ApoUod. II, 5, § 2 ^^) et qui de femme devint homme.
Plus tard nous rencontrerons ce trait de moeurs dans la légende d'Orphée, le Thrace, et qui certainement appartenait à la société non-védique.
Nous retrouvons des traces incontestables de l'élément indigène dans l'Attique. Tel est le caractère de Cecrops dont Apollodore (III, 14, § 1) parle en ces termes:
«Cecrops, un indigène avait un corps composé de celui d'homme et de serpent (Spàx(ov), il fut le premier maître de l'Attique».
Erichtonius ^, qui semble représenter déjà l'influence grecque ^t donné à garder dans un coffire aux filles du serpent
Apollodore, 1. s. cit. et dont l'une est basée sur un fragment de Hésiode (Fr. CXXI, éd. Lehrs), qui dit que Tirésias pendant une dispute entre Zeus et Héra affirma que la femme éprouvait plus de plaisir pendant l'accouplement que l'homme. L'autre cause qu'on donnait de la cécité de Tirésias était qu'il avait vu Athène nue au bain. Cette dernière tradition se trouve outre ApoUodore dans le hymne de Gallimaque: «Tablution de Pallas», v. 76 et suiv.
1) D'après Ovide (Met XII, v. 173) Cenée ou Cenis était Perrhèbc de la Thessalie.
2) Erichtonius est un mythe assez obscur. Il fut né du sperme d'Hephaestos. Nous reviendrons encore à ce sujet. Pour le récit voir ApoUodore III, 14, § G.
Cécrops, par la déesse Athène. Les filles de Cécrops ouvrent le coflfre et voient un enfant enlacé par un serpent. Ce serpent les tue et la lignée de Cérops finit. Après Cécrops règne l'indigène Cranaus, chassé par Amphictyon (Apollodore, III, 14, § 5), fils de Deucalion et de Pyrrha (ApoU. I, 7, § 2). Apollodore ajoute (in, 14, § 6) que quelquesuns croient qu' Amphictyon était aussi un indigène. Erichtonius chaise Amphictyon.
Erichtonius n'est plus un serpent, quoiqu'il fusse gardé dans son enfance par un serpent; il élève une statue à la déesse Athène, qui est une divinité purement grecque-védique. Ses descendants régnent à Athènes (ApolL III, 14, §§ 6 — 7). Nous verrons dans l'histoire des petites filles d'Erichtonius, Procné et Philomèle, qu'elles étaient des femmes incontestablement grecques, qui avaient horreur des moeurs des races non-védiques.
La population d'Athènes, d'après ce que nous dit Euripide dans sa tragédie Ion (v. 589 — 590), se croyait autochtone «née de la terre», et Erichtonius est .représenté de même comme enfanté par la terre, quoique protégé par Pallas ^).
Nous pensons que ces traditions et ces mythes ne peuvent être expliqués d'une manière satisfaisante que sous la condition de les envisager comme des faits historiques et ethniques, colorés de noms et de dénominations symboliques qui n'avaient cours que dans la bouche des Grecs védiques, — la race civilisée et civilisatrice.
Ce ne sont pas les récits indigènes des légendes , qui à notre regret nojis manquent complètement, ce sont des légendes souvent d'origine indigène mais toujours racontés par les races védiques.
Il est très-probable que le serpent tué par Cychreus à Sala*
1) Nous t&cherons pins loin de rapprocher de ces faits les vers 988—991 de la même tragédie d'Ëaripide, où il est question de la guerre des géants, de la faiffjRTirA de Gorgone et des deux gouttes de son sang que donne Athène à EriehtoniiiB, ty. 1000^1008.
mine (Apoll. III, 12, § 7) n'est qu'une personnification d'une tribu indigène.
Nous pensons que les fourmis d'Aegine, dont le roi fut Aeacus, fils de Zens (Apoll. III, 12, 6; Pans. II, 29, § 2) étaient des indigènes qui avaient conservé leurs antiques moeurs, car comme le dit Ovide (Met., VII, v. 655) «mores quos ante gerebant nunc quoque habent».
Nous croyons, comme nous le disions déjà, que le mariage de Pelée') et de Thétis (Iliade XVIII, 85; comp.XXIV, 59—62 et Apoll. III, 13, § 4) est une légende symbolisant les mariages rares mais d'une portée immense des indigènes avec les femmes grecques qui étaient censées être des déesses.
Ces mariages étaient loin d'être toujours heureux, et un exemple des plus instructifs est le récit du mariage de Terée et de Procné.
Celle-ci, comme sa soeur Philomèle, était la petite fille d'Erichtonius (Apoll. in. H, §§7 et 8), roi, si non Grec, du moins complètement grécisé; elle est donnée par son père Pandion en mariage au Thrace Terée, fils d'Ares, qui lui vint en aide avec des troupes thraces pendant une guerre de frontière contre Labdacus (Apollodore, 1. cit.). Ares, dieu Thrace par excellence^), dieu cruel et sanguinaire qu'on adorait sous la forme d'un glaive, n'était pas d'origine grecque. (Comp. Jnv. Mundi de Gladstone pp. 294 — 298).
Son fils certainement doit-être compté parmi les individus de
1) Pelée était le fils d'Aeacns et d'Endeis, fille du brigand (indigène) Sdron (Comp. Diod. de Sicilie, IV, 59, et Apoll. II, 8, § 1). Le père d'Aeaqae était Zens, mais sa mère était Aegine, fille de la rivière Asopus, an daimon de fleuve qui est foudroyé par Zeus (Apoll. III, 12, § 6). Pelée et son père sont encore des indigènes par le sang de leur mère. Nous verrons plus tard que Tindigène ne devient franchement Grec que quand sa mère est Grecque. C'est la femme qui définitivement introduit dans la famille le culte du Zeus védique.
2) Comp. Hérodote Y, 7 et note 9 de Rowlinson dans son Hérodote; voyes aussi sur les sacrifices humains Herod , lY , 94. Les Thraces conservèrent longtemps leur réputation de cruauté inouie. Comp. Ammîen Marcelin XXXVII, 4.
race indigène, non- védique qui reçoit en mariage une fille grecque pour les services qu'il a rendu à son père.
Voici comme ApoUodore raconté cette légende (III, 1 4, § 8): Terée se marie à Procné et de ce mariage nait Itys ; mais Terée devient amoureux de la soeur de Procné, Philomèle, la trompe en lui disant que sa «soeur est morte, ou d'après une variante que nous trouvons dans les Métamorphoses d'Ovide (VI, § 6) la violente et lui coupe la langue pour qu'elle ne puisse pas raconter son crime. Philomèle trouve cependant moyen de faire part de cet événement à sa soeur Procné en traçant le déplorable récit du crime sur un péplum. Les soeurs se retrouvent et méditent une vengeance. Elles tuent l'enfant de Terée, Itys, et Procné présente ses chairs préparées au repas de son père: après cela elles fuient. Terée goûte de l'horrible repas, mais en découvrant la vérité, il poursuit, armé d'une hache, les deux soeurs. Il les rejoint à Daulis, en Phocide ^) ; les soeurs demandent aux dieux de les métamorphoser en oiseaux; une des soeurs devient hirondelle, l'autre un rossignol; Terée est métamorphosé
en huppe").
Cette légende nous donne plusieurs enseignements; elle nous dessine les malheurs qui souvent accablaient les mariages des femmes grecques avec les individus demi-sauvages.
De plus nous voyons dans le repas que les soeurs préparèrent à Terée non seulement un acte de vengeance mais encore un reproche de cannibalisme, qui était probablement dans les moeurs des Thraces. Enfin la métamorphose des acteurs de ce drame en oiseaux semble indiquer que cette famille disparait sans postérité.
Cette légende a des variantes instructives dans, le récit d'autres écrivains. Ainsi Pausanias (I, 41, § 8) après avoir raconté
1) Pausanias X, 4, § 6, en racontant cette même légende dit que le repas tflfrteuz eut aussi lieu à Daulis.
2) Il y a des variantes à ce récit que nous nouterons ci-dessous. Nous remarqueront ici que d'après ApoUodore c'est Procné qui devient rossignol, d*après Ovide (Met VI, § 6), c'est Philomèle. Cette dernière version est la plus commune.
que Terée s'était suicidé a Mégare et que sa tombe se trouve près de ce lieu, ajoute que «dans les ancieus temps la plus grande partie de la contrée qu'on nomme Hellas était habitée par des barbares».
n dit plus loin (id., ib. in fine) que les soeurs Procné et Philomèle retournèrent à Athènes pleurer leur destin et moururent de douleur; «quand au récit, ajoute-t-il, de leur métamorphose en hirondelle et en rossignol, il a été inventé plus tard».
Nous trouvons dans un autre endroit de Pausanias une phrase très-rémarquable qui nous fait voir encore un trait de différence entre les moeurs grecques et les moeurs des races indigènes, auxquelles appartenait Terée.
Pausanias dit (I, 5, § 4). «On dit que Terée marié à Procné, deshonora Philomèle , ayant accompli (une chose) qui est contre la loi des Hellènes»^).
La pure famille monogame des races védiques dut se révolter contre le double crime moral de Terée rendu plus horrible par sa cruauté envers sa victime. Et nous remarquerons encore que les Grecs avaient un véritable mariage dans notre sens de ce mot et non un simple accouplement de Thomme et de la concubine sans caractère sacré comme durent l'avoir les races demisauvages qu'ils trouvèrent dans la Grèce.
Aussi le mariage qui parmi les races védiques fut un acte religieux et solennel *), fut-il chez les Grecs placé sous la protection spéciale de Héra l'épouse de Zeus ') , et ils firent tous leurs efforts pour introduire dans toute la Grèce cette forme de famille. Aussi gardaient-ils toujours le souvenir des malheurs de leurs filles qui avaient épousées des indigènes.
1) AlyoDVi'i <!>( Tv)peu( 9uvoix<ov Ilpoxvyi ^^iXopii^Xav ^oxuvev, où xara vipiov Bpdaaç tov *EXXiqvci)v.
2) Il est assimilé au mariage de Souria et de Soma, ▼. Bergaigne, la religion védique, ▼. I, p. 128.
8) Comparez sur le mariage typique de Zeoa et de Héra, Greuzer's Symbolik 3 Aasg. 1841), t. UI, p. 118.
Il est très-curieux d'étudier le récit de la mort d'Agamem- Don, tué de la main de son épouse et du jugement par lequel Oreste est acquité. Nous verrons comme le point de vue purement védique gagne du terrain à l'exclusion de l'antique coutume qui plaçait les liens du sang au-dessus des liens du mariage.
Nous prenons la tragédie «les Euménides» d'Eschyle, dans laquelle les antiques divinités, les Erynnies poursuivent Oreste, meurtrier de sa mère, qui vengeait son père tué par elle.
Apollon dieu exclusivement grec et d'origine védique défend Oreste. Dans la dispute du dieu <avec les Erynnies dans le sanctuaire à Delphes et devant l'Aréopage d'Athènes nous trouvons plusieurs indications précieuses sur les croyances et les moeurs antiques, placées en regard des moeurs et des croyances de la société greco-védique.
Les Erynnies (vv. 150, 778, 808) nomment Apollon à plusieures reprises «dieu nouveau», «dieu de fraiche date», «qui est venu sur le sol des divinités antiques», «pour bouleverser l'ancien ordre des choses».
Apollon les chasse de son temple en leur disant qu'elles doivent aller (v. 185, sq.) «là où les tètes tombent, où la justice crève les yeux, où le fer tarit dans sa source le germe des générations, où tout est jonché de supplices et de membres pantelants». «Les cris aigus des lapidés, dit-il, les lamentations sans fin des malheureux cloués au pal, voilà vos orgies à vous, vos airs de fête, vos voluptés à vous, misérables rebuts des immortels».
Ces Erynnies, les représentants d'un vieux monde qui approchait déjà de sa fin pendant l'âge héroïque d'après la pensée d'Eschyle, mais qui existait encore et faisait preuve d'existence, — les Erynnies disent à Apollon en comparant le crime de Clytemenestre à celui d'Oreste (v. 212):
«Du moins ne s'est elle pas attacquée à son propre sang».
Au fond de cette justification se trouve la conviction que le mariage, ou plutôt l'accouplement de l'homme et de la femme,
n'est qu'un» lien accidentel, tandis que bien au-dessus du mariage est la parenté de sang, l'appartenance à une certaine lignée, à un clan.
Elles repètent encore plus clairement cette pensée (y. 605) en disant en défense de Glytemenestre:
«Celui qu'elle a tué n'était pas de son sang».
Apollon (v. 213, sq.) réplique en proclamant la sainteté du mariage «de la promesse de mariage , garantie par la déesse des noces, par Héra, et par Zeus avec elle*)».
Peut-être pourrait-on discerner dans cette tragédie «les Euménides» encore une nuance des antiques moeurs, savoir la filiation par la mère des sociétés demi-sauvages.
Il semble que la descendance par le père qui était toujours un des traits caractéristiques de la famille et de la société védiques, dut s'établir après une certaine lutte contre le principe contraire. Ainsi Oreste demande, v. 606:
«Aux mères par le sang les fils sont-ils liés ?» et Apollon v. 657, sq. a l'air de combattre une opinion encore existante, quand il dit: «... Vous êtes mère, et votre enfant comme l'on dit ce n'est pas vous qui lui avez donné véritablement la vie. Vous n'êtes que la nourrice du germe nouveau-né. Le vrai générateur c'est celui qui donne l'assaut. La mère, étrangère à l'hôte qu'elle a reçu, abrite l'enfant ... ».
Nous reviendrons encore à ce sujet, nous rappellerons seulem^t en passant que Chiron le Centaure s'appelait le Philyride par sa mère ").
Remarquons encore que le malheur qui poursuit la famille d'Agamemnon (v. toute l'Orestie d'Eschyle) se rattache partout au cannibalisme qui existait dans la famille de Tantale et de Pelops, ce qui indique comme dans la légende de Terée une des-
1) Compares sur llepoç yiiko^ de Zens et de Héra Alfred Manry Histoire des Beligioiis etc., II, 177, et Grenzer's Symb., III, lia (1841).
2) Apollodore I, 2, 4; Hyginus Fabula 188; Astronomica. L. II, § XXXVIII. Comp. la Théogonie d'Hésiode v. 1001.
cendance d'une race non-védique ou un mélange de sang impur dans la famille d'origine védique ^), d'une race, dont les moeurs inspiraient de l'horreur aux Grecs purs; et ce n'est pas sans cause que Homère (Iliade II, 681) nomme Argos, l'Argos Pélasgique.
Le monde sauvage et cruel qui se délectait dans les tortures et les souffiunces du condamné, le monde des Erynnies, dessiné par Apollon, devait certainement connaitre l'anthropophagie; et nous trouvons véritablement des indices certains du cannibalisme des races non védiques.
Tantale «reçu dans la société des dieux»*) veut les éprouver et leur oflfre dans un repas la chair de son fils Pelops. (Cette fable se repète comme nous le verrons ci-dessous en Arcadie sous d'autres noms). Les dieux sont révoltés, la seule Déméter dans un moment d'absence mange l'épaule de Pelops. Les dieux ressuscitent Pelops, et au lieu de l'épaule disparue il reçoit une épaule d'ivoire. Tantale est précipité dans l'abîme, où il souflfre la faim et la soif sans pouvoir les assouvir *).
Pelops était célèbre encore par sa duplicité et son manque de foi jurée (Pausanias VIII, 14, § 6 et 7) vis à vis de Myrtilus.
Dans la descendance du fils de Tantale Atrée tue les enfants de son frère Thyeste et présente leur chair en repas à leur père*).
1) Ce que nous soupçonnons fort eut lien dans les familles de la période Achéenne, quoique appartement à la migration védique.
2) Lisez : « Pindigène Tantale, qui avait su se faire des amis parmi les Grecs fédiqaes et était reçu parmi eux comme un égal».
8) La fable de Tantale a plusieures versions; nous choisissons la plus répandue et la plus caractéristique, car Pépaule d'ivoire de Pelops est liée à la version que nous préférons, parcequ'elle se repète en Arcadie. Dans d'autres versions (Eoripidey Diodore) Tantale a simplement surpris la confiance des dieux on a divulgué leurs secrets. Comp. Oreste d'Euripide le premier monologue d'Electre; Diodore de Sicile IV, 73, 74; et voyez pour notre version Hyginus ff. 82 et 83; et eomp. encore Pausanias II, 22. § 3; Y, 13, § 4; X, 31, § 4; et voyez son renvoi à l'Odyssée XI, 582. Le second Tantole, fils de Thyeste était d'après la tradition le premier mari de Clytemenestr^ voyez Pans. II, 18, § 2.
4) Voyez POreste d'Euripide dans le premier monologue d'Electre, voyes le
La famille des Tantalides, ou Pélopides — chassée plus tard d'Argos par les Héraclides, (Paus. Il, 18) c'est-à-dire par une tribu purement gréco védique, — était certainement fortement mêlée à un sang non védique et de plus régnait sur une population indigène toute Pélasgique.
ApoUodore (III, 5, § 6) dit que Tantale était roi de Sipyle en Asie Mineure , mais nous verrons dans la suite qui la population devait être indigène. Peut-être trouverait-on un autre indice que les Atrides (ou Pélopides) n'étaient pas des Grecs purs dans les paroles d'Oreste des Euménides d'Eschyle (v. 290 et monologue d'Oreste 754 et suiv.) qui promet à la déesse Athène d'introduire son culte à Argos^).
Nous trouvons de même des traces d'anthropophagie en Arcadie.
Dans cette contrée au dire de Pausanias (VIII, Ch. 1 et 2) le premier des hommes fut Pélasge, que Hésiode, d'après un fragment conservé par ApoUodore II, 1, § 1 (v. dans l'édit. Lehrs, Fr. 97) nomme un autochtone.
Il enseigna aux hommes, dit Pausanias, de construire des cabanes ou huttes (xaXûpri) et de se vêtir des peaux de porcs ; vêtements que du temps de Pausanias les pauvres portaient encore à l'île d'Eubée et en Phocyde. Pélasge apprit aussi aux hommes de se nourrir de glands doux de chêne, ce qui nous reporte aux traditions de haute antiquité, que nous appellerions
monologue d'Iphigénie dans la tragédie d'Euripide «Ipbigénie en Tauride» tv. 386—891. Gomp. Paus. II, 18, § 2. Voyez encore dans l'Agamemnon d'Eschyle (y. 1502) les paroles de Clytemenestre qui ayant tué son mari, s'écrie: «qu'elle n'est que la représentante de l'antique génie de la famille, la vengeresse d'Atrée et de son monstrueux repas, et qu'Agamemnon est sacrifié en expiation des enfants égorgés». Voyez encore les paroles d'Egisthe, y. 1588—1602 de la môme tragédie.
1) Des Grecs védiques de la période Achéenne semblent n'être que des familles nobles peu nombreuses qui se lancèrent à la conquête de la péninsule et y fondèrent des états tandis que le gros de l'immigration védique restait en Macédoine. Aussi ses aventuriers Grecs se melèrent-ils fortement aux indigènes et faillirent être engloutis par la population indigène, v. plus loin.
Tolontiers Promèthéiques, car comme nous Tavons déjà dit, le Prométhée d'Eschyle ne dit mot de l'agriculture.
Pélasge eut un fils nommé Lycaon, qui fut métamorphosé par Zeus, le dieu védique, en loup, en punition des crimes de Lycaon, qui sacrifiait des enfants et faisait des libations sacrées avec leur sang (Paus. VIII, 2, § 2).
Nous trouvons le même récit chez Apollodore, seulement il nous semble que le récit de ce dernier a une forme plus antique et qui se rapproche surtout de la version de la légende du repas de Tantale.
Le fils de Pélasge, dit Apollodore (III, 8, § 1), Lycaon et ses fils surpassaient tous les hommes en iniquités et en arrogance. Zeus en voulant s'assurer lui-même de leurs crimes, vient en personne les visiter. Us tuent le fils d'un des habitants de la contrée et après avoir préparé la chair de l'enfant, oflfrent ce repas à Zeus. Zeus indigné renverse la table sur laquelle on avait posé l'horrible repas (cet événement eut lieu, dit Apollodore, à l'endroit, où est la ville de Trapezus \ et tue Lycaon et ses fils en les foudroyant. Un seul de ses fils, le plus jeune, Nyctime, fut sauvé par Gaea (la Terre), qui saisit Zeus par la main et arrêta la destruction de la race.
Apollodore (1. cit. § 2) comme plus tard Ovide (Métam. I, eh. 3 — 5) rattachent le déluge de Deucalion à ces crimes dont il était la punition ^.
Nous ne croyons pas qu'on puisse trouver d'autre explication à cette légende, que le souvenir de la guerre d'extermination que les Grecs firent aux tribus antropophages.
1) Cet endroit est près de la Mayria actueUe, sur les bords de l'Alpheos, riTière de l'Arcadie. Le nom Trapesns est dérivé, dit-on, dn mot TpaireÇa, table, comme souvenir des horribles festins ou sacrifices de Lycaon.
2) Noos remarquerons pour nous servir en suite, que Lycaon diaprés les Métam. d'Ovide, w. 151--162 et le récit du repas qui suit § FV, v. 1G3 et suiv. appartenait à la race dite de bronze. Voyez plus loin la légende des siècles.
Nyctimus, dernier rejeton de cette race des chefs des tribus cannibales et fils de Lycaon ou loup (ce qui nous rappelle la légende des tribus Scythes, les Neures qui d'après le dire de Hérodote (IV, 105) se changeaient en loups) règne en Arcadie probablement avec le consentement des Grecs, qui à ce qui semble avaient pour politique de gouverner la contrée au moyen des chefs indigènes qui embrassaient leurs intérêts et leurs vues. Il est probable même que les Grecs n'osaient pas imposer des rois de leur race et de leurs croyances à la population sauvage de certaines contrées et préféraient agir avec circonspection au moyen de ces chefs indigènes surtout de ceux qui étaient nés de mariages mixtes.
Après Nyctimus règne en Arcadie le fils d'une soeur de Nyctimus, Callisto. (Pans. VIII, 3, § 1). Cette Callisto est censée avoir eu commerce avec Zeus, et donne jour à Arkas, l'éponyme de l'Arcadie qui jusque là s'appelait Pélasgia (id. ib. ch. 4, § 1 ).
Il semble clair que la famille régnante indigène est écartée et que l'influence grecque fit éUre ou ipiposa un individu de race mixte, censé être né d'une fille de la famille des anciens chefe et de Zeus. Callisto peut représenter une femme indigène appartenant à la famille des chefs, ou symboliser en général les femmes indigènes, mères d'une race mixte qui hérita du pays. Callisto, d'après la tradition racontée par Pausanias est métamorphosée en ourse et est placée au milieu des constellations; symbole ordinaire de la disparition d'une race dans son caractère individuel et ses coutumes, et qui continue de vivre seulement comme métis en gardant quelques uns de ses souvenirs et quelques coutumes.
Il est très possible qu'il faut reporter à ces débris d'anciens usages Pélasgiques: «ces fêtes et ces sacrifices, ainsi que ces jours réputés néfastes, pendant lesquels on mange de la chair crue^)
1) Nous rappelons que dans le récit d'Apollodore II, 5, § 4. Hercule en prenant son repas avec le Ccntanrc Pholus, mange la viande rôtie tandis que le Centanre la dévore crue.
. . • . et on se permet dans certaines localités de prononcer des paroles indécentes pendant les sacrifices .... qui se font en honneur des démons du mal et des esprits et non en honneur des dieux». (Plutarque de defect. orac. § 14).
Nous verrons plus tard comme un des descendants d'Arkas, Aepytus, devenu roi de l'Arcadie, fut tué par un serpent qui dut être un des indigènes hostiles aux Grecs.
Nous reviendrons encore à Arkas, en parlant de Pintroduction sous ce prince de l'agriculture^), ce qui dessine nettement le rôle qu'il joue dans la tradition.
Nous igouterons encore un trait à ce relevé (fort incomplet du reste) des traces du cannibalisme.
Creuzer (Symb. I, p. 12) regarde les Cyclopes comme un peuple sauvage dont les Grecs parlaient avec mépris. Nous verrons encore plus tard d'après des autorités incontestables, qu'il &ut les envisager sous un double aspect, comme phénomènes physiques d'un côté, mais aussi comme certaine race ou peuple. C'est sous ce point de vue qu'ils sont représentés dans l'Odyssée (IX, 106, sq.) quand Polyphème dévore les compagnons d'Ulysse.
U est très-difficile à dire si les sacrifices humains dont nous trouvons incontestablement des traces chez les Grecs doivent être rapportés exclusivement à l'influence des races indigènes, ou si les Grecs avaient, nonobstant toute la pureté des moeurs védiques, apporté cette horrible coutume des hauteurs du Pamir.
Nous croyons plutôt que les sacrifices humains sont teUement en dehors des moeurs védiques, que là oii nous nous trouvous devant des faits de ce genre, nous serions tenté de croire à une des influences, soit de la Phénicie et de la Syrie, soit des vieilles coutumes (|es indigènes du sol pour expliquer ce fait.
1) Pansanias YIII, 4, § 1.
Alfred Maury dans l'Histoire des Religions, vol. I, p. 184, sq., à rassemblé plusieurs exemples de ces sacrifices chez les Grecs, mais nous ne devons pas oublier que l'Héraclès Grec tue Busiris qui sacrifiait des hommes (Hérodote, II, 15) et que Thésée le représentant de l'Attique déjà grécisée fait la guerre à Minos ce représentant du culte crétois, pour abolir les sacrifices humains des enfants que la Crète demandait à Athènes. (Pausanias, I, 27, § 10).