La Mtip; Delpkes; la nMecine et les serpents
Les serpents, comme nous l'avons déjà dit, sont dans les vieilles traditions le nom qu'on donnait invariablement aux populations qu'on croyait autochtones, «nées de la terre».
La légende de Cadmus est un exemple frappant de ce symbolisme: ces légendes du dragon tué à la fontaine, des races nées de ses dents, et même de l'exil de Cadmus dans une contrée barbare où il devient serpent lui-même, sont toutes empreintes de ce langage allégorique sous lequel on entrevoit des faits réels.
Dionysius dit à Cadmus dans la tragédie «Les Bacchantes» d'Euripide (v. 1330 et suiv.):
«Tu seras transformé en dragon et ton épouse Harmonie, fille d'Ares, prendra elle-même la forme d'un serpent ... (1336) . . • tu régneras sur des peuples barbares. — A la tête d'une armée innombrable tu ruineras bien des cités; mais lorsque ces peuples ravageront le temple où Apollon rend ses oracles, un retour funeste les attend ... ».
Nous ne croyons pas qu'on puisse comprendre autrement cet oracle et cette légende ^) de la métamorphose de Cadmus, qu'en admettant qu'il ou plutôt les Phéniciens furent chassés par les
1) Que nous retrouvons chez d'autres auteurs comme p. ex. ApoUodore m, 6, § 4.
familles indigènes et que les Cadméens fondèrent une nouvelle colonie dans riUjTie chez les Enchéléens (ApoUodore) , où ils s'emparèrent du pouvoir à condition cependant d'accepter les moeurs et le genre de xie des lUjTiens.
La transformation en serpent est évidemment identique à l'assimilisatiou aux barbares, qui portaient le nom général de serpents.
Nous verrons le même symbolisme dans l'histoire du célèbre oracle de Delphes,
Dans les premiers vers des Euménides d'Eschyle, la Pythie raconte l'histoire légendaire de l'oracle Pj-thique. On voit de ce récit que la première prophêtesse était la Terre, Gaea, ellemême: «irpwTojjLavTi; Tala» comme la nomme le texte. Gaea fut suivie de Thémis, la troisième prophêtesse fut Phoebé, une Titanide, fille de la Terre, qui donna l'oracle à son fils Phoebus ^).
Il arriva, dit Eschyle (v. 12— '14), avec les fils de Héphaistos; avec des Cretois, dit le hymne homérique à l'Apollon Pythique (v. 345, sq. comp. v. 296, sq.).
Nous trouvons la même tradition chez Pausanias (X, 5, § 3) qui ajoute quelques détails légendaires conservés probablement dans les traditions du temple.
Gaea plaça, dit-on, comme prophêtesse «Trpofxavut^» (ou peutêtre faut il comprendre comme celle qui expliquait les signes fatidiques), — Daphné une des nymphes de la montagne. On ajoutait encore comme le disait un poème du nom d'Eumolpia qu'on attribuait à Musée, que l'oracle était en possession de Gaea de moitié avec Posseidon. Gaea, disait cette tradition, avait donné sa part de possession à Thémis, qui en fit don à Apollon, qui acheta au dieu Posseidon sa moitié en lui donnant en échange rUe Calauria qui lui appartenait, et qui se trouvait en face de Troezen (Trezène).
1) Dans Hésiode (Théogonie tt. 186, 404—406 et 918). Phoebé, fiUe da Ciel et de la Terre est mère de Latone, mère d'Apollon. Dans la légende d'Eschyle Lalmie oa Leto di^arait, ou est confondue arec Phoebé.
Pausanias raconte plus loin que les bergers des environs qui s'approchèrent un jour du lieu oii s'exalaient des vapeurs du sein de la terre furent plongés dans un extase divin \
U ajoute une indication d'une grande valeur en ces termes:
«Boeo (Bot(b) une femme de la contrée (èm/wpta yuvy)) dit dans un des ces hymnes qu'elle avait composé sur Delphes, que le Manteion ou l'oracle a été fondé en honneur du dieu par ceux qui sont arrivés avec Olenus des contrées Hyperboréennes».
Pausanias cite quatre vers de la femme poète indigène:
«Il a été fondé ici cet oracle véridique. Par des Hyperboréens l'héros Agiaeus et Pagasus».
Après avoir nommé d'autres Hyperboréens (dit Pausanias, 1. cit. X, 5) elle nomme à la fin de l'hymne Olenus en ces termes:
«Olenus, qui a été le premier prophète de Phoebus et qui inventa la structure des plus anciens chants héroïques».
Pausanias dit plus loin (X, 6, § 2) que la ville la plus ancienne sur l'emplacement de Delphes a été fondée, d'après la tradition, par un certain Parnasus, fils d'une nymphe. Cette ville fut détruite par le déluge de Deucalion. Une autre tradition raconte qu'Apollon fut l'amant d'une nymphe Corycia (du nom de laquelle la caverne du mont Parnasse) et eut de cette nymphe un fils, Lycoris, dont le descendant fut Delphus.
On raconte encore qu'un indigène («àvSpoç auroj^Gov») nommé Castalius, eut une fille, nommée Thyia, qui fut la première prêtresse de Dionysos et des mystères bacchiques.
Ce fut d'après son nom que les femmes prises de la folie bacchique sont nommées Thyiades. Apollon eut de ïhyia un fils nommé Delphus comme le racontent quelques traditions.
D'après l'opinion la plus répandue, dit encore Pausanias (X, 6, § 3) le nom dePytho provient de ce qu'à cet endroit pourissait") l'animal qu'Apollon avait tué.
1) Plutarque de defect. Or. §§ 42 et 46 dit que le berger qui s'approcha le premier de ce lien se nommait Corétas.
2) Dn verbe ttùôcd. Plntarqne, dans on de ses traités nommé «an siget de iVt
D'après la tradition cet animal était nn dragon ou serpent (termes synonymes dans l'antiquité) que Gaea «avait constitué gardien de l'oracle .... ». «On dit encore, dit Pausanias 1. cit., que c'était le fils de Crius, le roi d'Eubée, qui était un homme de violence, et qui avait pillé le temple et les maisons des citoyens les plus riches».
Plus loin (X, 7, § 1 et suiv.) Pausanias parle de cette attaque des brigands d'Eubée et d'un autre pillage du peuple des Phlegyas, auxquels nous retournerons plus tard.
Nous remarquerons seulement ici l'identité du serpent avec le fils de Crius.
Dans l'hymne dit homérique à l'Apollon Pythique (w. 122 — 123 et 180, sq.) nous trouvons le récit comme Apollon occit le dragon femelle «Spàxatva» qui était née de la déesse Héra identifiée à la terre *). Dans cet hymne le nom de l'oracle Pytho est dérivée comme ci-dessus de la pourriture du corps du serpent.
En examinant ce mythe du serpent, placé comme gardien de l'oracle par Gaea à laquelle ce sanctuaire appartenait, nous revenons à notre idée que le serpent est le symbole des plus anciens habitants de la contrée et entre autres de la tribu qui habitait le mont Parnasse : et nous ne sommes pas seuls à soutenir cette opinion, car Vôlcker dans la Mythologie des Japetischen Geschlechts (p. 334) dit:
«Die Autochtonen sind unter dem Bilde der Schlange oder des Drachens gedacht ... Se musste der Gott der Cretischen
à Delphes», § 2, donne une autre signification à Pépithète (crùôto;», pythique, qu'on donnait à Apollon, en le reliant au verbe TruvOàve^Oat ou TruvOàvofxai, questionner. Il dérive aussi le surnom BiqXioç de SvjXcoç manifestement, ou SyjXoç visible. Mais du temps de Plutarque la tradition s'en allait, le raisonnement la remplaçait.
1) Voyez pour Tidentification d'Héra (epa-terre) note 3, de la page 76 du 1" vol. de THist. des Relig., etc. d'Alfred M au r y. Le hymne dit homérique probablement n'est pas du temps d'Homère, mais la tradition peut être très- .ancienne.
Einwanderung nach Delphi die Schlange Typhon auf dem Parnass erst erwilrgen».
Nous croyons aussi que les nymphes des bois, des montagnes et des fontaines, filles de la Terre (Théog. d'Hésiode, w. 1 30 et 187) qui deviennent amantes d'Apollon sont les représentantes de la même race indigène.
La divination, la sorcellerie, la science des augures, le chamanisme se retrouvent partout et toujours au sein des tribus sauvages et demi-sauvages, et particulièrement au milieu des tribus qu'il est reçu d'appeler tribus touraniennes , depuis la Chine avec ses livres magiques, et les Accads de la Mésopotamie avec leurs figures géométriques magiques jusqu'aux Toungouses et Camtchadales de nos jours.
Ces mêmes sciences occultes sont connues et pratiquées parmi les peaux rouges de l'Amérique du Nord, comme parmi les naturels de la Mélanésie et de l'Australie de nos jours *).
Nous rappellerons à propos de ce sujet les paroles de Maury (II, 305, Hist. des Rel.) que: les mystères de la Grèce durent leur origine aux mystérieuses sociétés qui existaient au milieu des Pélasges.
En comparant encore ce que dit Maury (id. ib. p. 506 sq.) à propos de la magie des Grecs et en rapprochant de ces faits la réputation des célèbres magiciennes de la Théssalic, nous devrons arriver à conclure que les sciences occultes qui inspiraient horreur aux Grecs à l'éducation védique (comparez cette même horreur dans le § 14 du premier chapitre du Vendidad Zadé parmi les Aryas Iraniens) étaient d'origine étrangère aux Grecs, dit Maury, aux Grecs védiques, insistons nous, et fleurissaient
1) Voyez sur les sciences occultes et la divination chez les sauvages des races antiques Taylor's Anthropology pp. 342, 868, 868, 891, 407 et 432 et suiv., et voyez encore Nadaillac, Premiers hommes etc., v. II, pp. 213, 228, 227, 239, etc. Comparez encore là-dessus et sur les sociétés secrètes des sauvages de nos jours Maury H. des Rel., etc., II, 208, sq., 803, sq. et ses citations et Quatrefages: les Polynésiens p. 52 (1868). Voyez encore les articles de Godrington, missionaire, sur les sociétés secrètes de la Mélanésie et dans le Fic^i, etc , etc., dans le Journal of the Anthropological Institute of I88I.
an milieu des populations Aryennes par le sang, mais touraniennes par éducation, qu'on embrasse sous le nom général des Pélasges, les premiers venus sur le sol de la Grèce.
Nous ne saurions douter d'après plusieurs indices que «les fils de la Terre», les autochtones, les tribus venues avant les Grecs védiques en Grèce, avaient leur antique sanctuaire prophétique à Delphes comme ils l'avaient à Dodone (dont nous parlerons plus tard). Le fait est exprimé par les paroles de la légende, que Gaea la Terre possédait Toracle. Nous ajouterons encore, pour relier les fils de la Terre aux antiques traditions incamées en Prométhée le larron du feu — qu'à Delphes, d'après Plutarque (vie de Numa § 9 et sur l'et à Delphes § 2) on entretenait un feu perpétuel, et cet usage d'après Maury^) remonte au culte des Pélasges.
Nous remarquerons encore que Plutarque dit, que le feu était entretenu exclusivement avec du bois de pin, ce qui nous fedt comprendre que l'usage venait du Nord, et non comme l'ont pensé plusieurs auteurs, du Midi ou de l'Orient avec le mythe de Héphaistos.
L'oracle passe à Thémis; il est probable que le dédoublement de la Terre en Thémis est un symbolisme postérieur à la légende primitive. Nous trouvons cette tradition chez les grands tragiques, ce qui prouve assez que la tradition est habillée (comme nous l'avons dit mainte fois) par l'esprit grec. Thémis qui introduit l'ordre dans les sociétés *) pourrait bien n'être que le symbole d'une certaine organisation sociale des Pélasges, que les Grecs avaient trouvé non dans un état de barbarie complète,
1) H. des Hcl. etc., II, 120, comp. I, p. 100. Noos ne partageons pas cependant tontes les idées de cet illustre savant: ou plutôt, la mythologie étant un diamant à mille facettes, nous contemplons certains mythes sous un certain point de me autre que celui d'Alfred Maury.
2) Comparez les sept mariages symboliques de Zens dans la Théogonie d'Hésiode (886—923) et surtout le second mariage à Thémis (y. 901—906). Thémis d'après le v. 185 de la Théogonie, fille du Ciel et de la Terre, est une femme Titan.
mais régis par des lois, cruelles il est vrai, comme nous l'avons vu dans la dispute d'Apollon et des Er}Tinies, mais cependant des lois et des coutumes invariables.
Nous croyons aussi que Phoebé qui hérite l'oracle de Thémis est due à ce même symbolisme, dont le but était de créer une filiation entre la Terre et Apollon, dieu éminement grec.
Thémis et Phoebé ne possèdent que la moitié de l'oracle, la seconde moitié est une part appartenant à Posseidon, ce qui ressemble fort à la personnification de cette colonie Cretoise de Cnosse, dont parle rh}Tnne homérique (à l'Apollon Pythique w. 296 et suiv., 347 et suiv.) et dont ensuite nous ne voyons pas de traces à Delphes, car ni Euripide dans son Jon (w. 414 — 416) ni Diodore de SicUe (XVI, 23, 24), ni Pausanias (lU, 10, § 4) ne donnent la moindre indication qu'à Delphes un élément étranger aux habitants de la contrée eut la moindre part aux décisions que prenait le conseil formé des notables de la ville.
La disparition de l'élément crétois dut être symbolisé par la moitié de l'oracle achetée à Posseidon par Apollon qui reste seul maître de l'oracle complètement grécisé.
Et vraiment en étudiant toute la succession des faits racontés par les traditions, nous voyons qu'Apollon tue le serpent gardien du sanctuaire, qu'il s'empare de l'oracle, que l'oracle (grec) est censé avoir été fondé par les Hj3)erboréens, qu'une autre tradition le reporte à un autochtone Castalius etc.
Tous ces récits semblent se résoudre en faits suivants:
A Delphes dut exister un oracle tenu par les chamans ou sorciers Pélasges, et ce sanctuaire était en possession d'une tribu indigène^ qui en retirait des profits ce qui faisait dire qu'il appartenait à la Terre ou à ses fils.
Les Grecs s'emparèrent de force de ce sanctuaire, ce qui est symbolisé par la mort du serpent qui le gardait et par Tindication de la femme-poète qui dit que ce fut Olenus, arrivé avec les Hyperboréens, qui prononça le premier les oracles en hexamètres grecs, (Pausanias, X, 5, § 4).
Le lecteur nous pardonnera une courte disgression au sujet d'Olenus et de ses compagnons.
Olenus poète grec est cependant Hj perboréen; quelle est la véritable signification de cette tradition?
Nous avouons que nous sommes très-enclins à identifier les vertueux Hyperboréens à quelques tribus védiques restées au Nord en dehors de la Grèce qui cependant n'avaient pas brisé les liens d'amitié qui les unissaient à leurs frères védiques entrés en Grèce. Ces Hyperboréens envoient des présents ou des dimes à Delos comme le dît Hérodote (IV, 33) Pausanias (I, 31, § 2) Callimaque dans son hymne à Delos (v- 280) etc., etc.
Hercule le Grec ^) par excellence dans sa mission civilisatrice qui étend l'influence grecque à l'orient sur les contrées asiatiques et au couchant jusqu'en Espagne, — va visiter les HjTïerboréens (v. ApoUodore H, 5, § 11), ces mêmes Hyperboréens qui viennent à Delphes annoncer des oracles en hexamètres grecs, et y envoient un temple en cire (Paus. X, 5, § 5) nous reportant encore vers un pays censé être riche en miel et par conséquent assez froid pour que l'abeille y dusse accumuler de larges provisions de cire et de miel et puisse le faire par la nature de la contrée; autrement dit: cette légende du temple de cire nous renvoie au midi de la Russie, où durent rester quelques tribus védiques *).
1) Nous parlons au loDg de ce mythe dans une autre partie de notre travaU. Ici nous dirons seulement que les Hercules de la Phénicie et de la Grèce forent confondus dans une personne et entés du mythe solaire à une époque postérieure. Le Hercule phénicien, comme le Hercule grec furent au commencement les héros d'one race, la personnification de ce que cette race avait fait; c'est une création da peuple qui se retourne pour recapituler dans une personne collectire tont ce que les forces communes ont créées. Les contes populaires de toutes les contrées et Botamment les contes slaves fournissent les meilleurs exemples de ces héros da travail d'an peuple. Sous un certain point de vue Prométhée est le Hercule des races antiques.
2) Nous dirons par parenthèse que le centaure est parfaitement connu dans les Tieox contes slaves. H est nommé demi*cheval en russe Polou-kon, d'où le oom Polkan.
Pour revenir à notre sujet, rappelons-nous que la divination et la magie étaient des sciences des peuples non-védiques, et que les Aryas védiques accusaient leurs ennemis les Dasyous de s'adonner à la magie ^) comme dans le I Fargard du Yendidad- Zadé, § 14, la magie est une création d'Angro-mainyus, c*est-àdire, une science des peuples que les Arj^as iraniens avaient rencontrés à Haetumat").
Et Hésiode, d'après la tradition conservée par Pausanias (IX, 31, § 4) étudie la science de la divination et de la prophétie chez les Acarnanes, peuple qui certainement n'était pas d'origme gréco- védique, car Pausanias prétend (VIII, 24, § 4) qu'anciennement ils se nommaient les Curetés, et qu'ils reçurent le nom qu'ils portaient postérieurement d'un héros nommé Acarnan.
Nous croyons donc que le serpent appointé par la Terre comme gardien de son oracle, est une des tribus indigènes qui habitait le mont Parnasse et gardait jalousement le sanctuaire et l'oracle, source de revenu, jusqu'à ce que cette tribu ne fut obligée de céder par force son oracle aux tribus védiques qui apprirent la science de la mantique de ces mêmes tribus indigènes ou s'il faut en croire le hymne homérique, introduisirent la divination syrienne au moyen de cette colonie des Cretois de Cnosse, qui arrivèrent, dit l'hymne, avec Apollon à Delphes. Ce point reste irrésolu^) pour cette localité qui ne fut que gardée par le serpent tué par Apollon, mais en général la où le serpent est réputé maître de la divination, on doit y voir le genre de divination propre aux tribus indigènes de la Grèce.
1) Voyez la Géographie de Tlnde de Vivien de S* Martin, pp. 99, 104 etc., et le Rig-Véda, trad. de Langlois y. I, pp. 58, 489; II, 428; in^ 86, 418; IV, 802, etc. etc. .
2) Voyez la traduction da I Farg. du V.-Zadé dans la troisième monarchie de Georges Rowlinson's Ancient Monarchies y. II, p. 432 (1871). Haetamat est la vallée de FEtymandre (Holmend). Voyez Lenormant, Lettres Assyriol., L. I, p. 29, éd. lithogr.; et Origines, y. II, p. 508.
8) Du reste nous verrons dans le chapitre suivant qu'Apollon apprend Part de la divination de* Pan.
Ainsi Mélampus reçoit le don de la divination et de l'art de guérir, parce que des serpents lui lèchent les oreilles (ApoUodore, I, 9 § 11, et II, 2, § 1).
H est extrêmement curieux que les serpents jouent toujours na Tôle prépondérant quand il s'agit de la médecine^) et que Zens s'irrite contre les médecins et est hostile à l'art de guérir.
Nous croyons y voir un indice certain que cet art appartenait exclusivement à l'origine aux tribus qui ne révéraient pas les dieux gréco- védiques , et qui étaient hostiles aux Grecs, type incamé comme nous le disions plus haut dans Prométhée.
ApoUodore (lU, 10, § 4) nous raconte la tradition que Zeus tue le fils d'Apollon, Asclépios ou Esculape «craignant que les hommes devenus habiles dans l'art de la médecine ne se sauvassent mutuellement de la mort».
Nous avons vu dans la tragédie d'Eschyle que Prométhée en énumérant ses bienfaits à l'humanité dit que c'est lui qui le premier inventa les boissons salutaires et les baumes qui rendent la santé aux malades.
Asclépios, l'incarnation de la médecine chez les Grecs a pour symbole un serpent, symbole des races «nées de la terre» qui créèrent la médecine empirique, basée sur des milliers d'années d'observation (pendant leur vie nomade) des habitudes des animaux, médecine qui existe de nos jours dans la haute Asie *).
La naissance même d' Asclépios est extrêmement instructive pour le sujet que nous traitons.
D'après la tradition racontée par Pausanias (II, 26, § 4)
1) Comparez James Fergosson's Tree and serpent worship, ce qo'il dit ao si^ des Naga.
2) Noos en referons à l'appendice D (p. 260 of the 2 éd. oi 1873) dans le Fergosson's Tree and serpent worship, sur la médecine sn Kashmir, héréditaire dans la famille royale des Xagas. Nous attirerons encore l'attention dn lecteur smr le récit de Colbome Baber (TraTels and Kesearches in W. China, Lond. 1882) sor les Lolos de la TsUée de Kieng-Kang. Parmi ce people la casu des médecins est reretoe dn poofoir; cette caste est la seole qni garde anssi le seeret de l'art d'écrire.
Escolape nait sur le mont Titthium, d'une fille de Phlégyas. Ce dernier comme nous le verrons ci -dessous (ch. VIII) est Téponyme d'une tribu indigène qui fut célèbre par ses ravages en Grèce et par les razzia que cette tribu exécutait dans le Péloponèse. Cette fille fut l'amante d'Apollon, ce qui est un symbolisme transparent pour exprimer l'idée que l'art de guérir des Grecs était né de la médecine connue et pratiquée par les indigènes, mais que finalement les Grecs prirent cet art sous leur protection, et fondèrent la médecine grecque dans laquelle Apollon est l'esprit de la théorie, le raisonnement des races védiques qui veut se rendre compte des cures accomplies par les remèdes de la médecine empirique ^).
D'autres traditions sur Esculape, quoique variant le récit de sa naissance, gardent cependant les traits caractéristiques que nous venons d'indiquer.
ApoUodore (III, 10, § 3) rapporte la même tradition que Pausanias en ajoutant que la mère d'Esculape, fille de Phlégyas, portait le nom de Coronis; mais il raconte encore une autre tradition d'après laquelle Asclépios nait d'une fille de Leucippus (fils de Perières) Arsinoé.
Mais Leucippus était (v. les tables d'ApoU.) un descendant de Lelex, que Pausanias nomme (III, 1, § 1) un autochtone de la Laconie.
1) Nous ne sommes pas préparés à reprendre à une question d'une impor* tance immense. On dirait qu'Apollon après Homère prend un nouTel aspect et tend à remplacer Zeus sous plusieurs rapports; au moins c'est le Zeus du progrès, et qui parait sous sa nouvelle forme postérieurement au Zeus purement védique. Apollon est lié intimement aux Hyperboréens. Il semble que TOljmpe fut le point de division entre les tribus védiques, qui jusque là marchaient en traversant la Thrace en groupe serré. Ils restèrent quelque temps dans la Macédoine et POlympe fut le point de départ, et des familles Achéennes qui s'élancent les premières pour occuper la Grèce, et de l'invasion Dorienne. Apollon, certainement divinité gréco - védique ou plutôt nouvelle conception d'ane idée védique, développée pendant l'invasion Dorienne, semble arriver, sons son nouvel aspect en Grèce par les lies. V. son apparition à Délos. Ce qui est curieux c'est que l'hymne dit homérique à Apollon de Délos ûût trembler tous les dieux de l'Olympe à son approche (v. 2—4).
ApoUodore (III, 3, § 1) nous donne un récit très-intéressant sur l'enfant Glaucus, fils de Minos de Crète et de Pasiphae. Ce garçon tombe en jouant dans un tonneau plein de miel et y étoa£fe. Minos fait venir des Curetés qui lui conseillent de faire venir les sorciers (verbalement les man tique s). On lui indique Polyidus; Minos le fait enfermer avec le corps de l'enfant, et lui déclare qu'il ne sortira pas de la ichambre tant que l'enfant ne sera pas ressuscité. Polyidus ne sait pas ce qu'il doit entreprendre, quand il voit un serpent (8pax(ov), qui s'approche en rampant du corps inanimé du garçon. Il jette une pierre au serpent et le tue. Après quelque temps apparaît un autre serpent qui, en voyant le corps du premier, s'éloigne et revient avec une poignée d'herbes qu'il place sur le corps du serpent tué. Ce dernier revient à la vie et les deux serpents s'éloignent. Polyidus étonné de ce spectacle , prend la poignée d'herbes apportée par le serpent et la place sur le corps de l'enfant. Glaucus ressuscité, Polyidus le rend à son père *).
ApoUodore raconte plus loin que Minos ne permit pas à Polyidus de regagner sa patrie avant qu'il n'eut instruit Glaucus dans l'art de la divination. Polyidus obligé d'obéir, l'instruit dans cet art, mais ayant reçu la permission de partir et au moment de a'embarquer il fait Glaucus cracher dans sa bouche, et le garçon oublie tout ce qu'il avait appris.
Par malheur la tradition ne nous dit pas de quelle race était Polyidus, nous savons seulement qu'il habitait Argos, c'est-àdire la contrée où on révérait particulièrement Esculape à Epidaure^).
Dans le récit d' ApoUodore le caractère ethnique du serpent
1) Les contes slaves abondent en exemples de Part de guérir des serpents. Jusqu'à nos jours on porte contre la fièvre parmi le peuple des peaux ou des tètes de serpent sur la poitrine. Dans un conte russe un pâtre voit un serpent qui cherche une herbe qui rompt le fer.
2) Dans l'Astronomica de Hyginus (L. U, § XIV), Asclépios lui-même prend dans le même récit la place de Polyidus. Mais Hyginus est un auteur de basse date.
est complètement perdu, mais est-ce une raison pour réjeter cette signification?
Polyidus semble avoir eu déjà la réputation de sorcier ou de médecin, car les Curetés le désignent à Minos. Les Curetés euxmêmes étaient des gens possédant certaines sciences occtdtes, mais ils représentaient d'autres branches de savoir que celle dont Polyidus était un adepte.
Argos, la patrie de Polyidus, avait reçu son nom (comme le disait la tradition), d'Argus le petit fils de Phoronée, l'inventeur dufeu(Paus. II, 16, § 1).
L'invention du feu est la légende des races antiques de la Grèce, et vraiment, en parlant des murs de Mycène et de Tiryns, nous retrouverons dans l'Argolide ces vieilles populations , dites «nées de la terre», ce qui représente non une seule race issue d*nn même sang, mais une certaine période de développement, une certaine civilisation, un certain état social.
Toutes les tribus indigènes que les Grecs védiques avaient trouvé sur le sol de la Grèce étaient nommés par eux serpents en les distinguant nettement de tous les autres colonisateurs de la Grèce, à la tête desquels étaient comme de raison les Phéniciens.
En poursuivant dans la légende ce nom de serpent, identique à l'expression «autochtone», nous verrons plusieurs exemples de l'emploi de ce terme, où il est impossible de soupçonner autre chose qu'un homme ou une tribu appartenant à ces antiques populations dont nous parlons. Par exemple un serpent conduit Antinoé sur l'emplacement où s'éleva la ville de Mantinée en Arcadie (Pausanias, VIII, 8, § 3).
C'est à ce genre de traditions qu'il faut rattacher aussi le récit de Pausanias (X, 33, § 5) puisé aux traditions de la Phocide.
Dans la ville d'Amphiclée le prince de la contrée s'attendant à être attaqué par ses ennemis place son fils dans une boite et le cache dans un endroit solitaire.
L'enfant est attaqué par un Joup: un serpent le défend^).
Le père de l'enfant revient le chercher, mais voyant qu'un serpent avait entouré de ses replis la boîte, il lance son javelot, tue le serpent, mais malheureusement tue du même coup son fils. Cependant ayant su par les pâtres que le serpent avait défendu son fils contre le loup, il élève un tumulus de cendres^) à la mémoire de son fils et du serpent. C'est pourquoi Amphiclée reçut le nom d'Ophitée.
Nous ne saurions passer sous silence la tradition remarquable du serpent comme protecteur de la ville d'Oljnaipie en Elide (Paus. VI, 20). On le révérait sous le nom de Sosipolis, comme un esprit, ou daimon de l'ancien culte, non comme un dieu du système Olympique. Non seulement le nom de daimon nous fait comprendre qu'il appartenait à ce culte des esprits qui formait la base de la religion des tribus de la haute Asie et des tribus non-védiques de la Grèce, mais encore nous remarquerons qu'on ne lui faisait pas de libations de vin (Paus. 1. cit., § 2 in fine) ce qui, comme nous le verrons dans un chapitre ultérieur, est un indice certain d'un culte qui avait précédé l'introduction en Grèce du vin et l'immigration des races védiques qui connaissaient une boisson enivrante.
T. Mm, le cnlte les esprits et le cvlte le Pas.
Quand nous tournons notre attention vers le culte des tribus qui avaient précédé les Grecs védiques dans la péninsule, nous
1) Noos rappelons au lecteur (Hérodote IV, 105) que les Neures lycanthropes forent chasjiés par les serpents de leurs habitations dans la Scythie. Comp. làdessoB Schaffarik, Antiquités slaves, Part II, (p. 29 de la trad. russe de Bodiansky. Les serpents dans cette tradition sont une tribu nomade.
2) Ces tumulus de cendres étaient la forme la plus ancienne des autels laerifieatoîres, comp. Pausanias, V, 14, § 8.
devrons nous arrêter avant tout. à Dodone de la Thésprotie *), où on adorait «le Zeus Pélasgique de Dodone» (Iliade, XVI, 233), et où on révérait son chêne sacré. Les paroles de Homère ne laissent pas de doute que la divinité de Dodone n'était pas une divinité grecque à Torigine, que c'était un dieu des Pélasges, dont les prêtres étaient les Selloi.
Strabon (VII, 7, § 10, f. Caus. 327, sq.) dit de même que l'oracle de Dodone fut fondé par les Pélasges qui, ajoute-t-il, «sont nommés le plus anciens des peuples qui ont régné dans l'Hellas». Strabon, comme on voit, se reporte vers un temps antérieur à toutes les colonies qui furent fondées en Grèce par les Phéniciens les Cariens, les divers aventuriers qui passèrent du littoral de la Syrie et de l'Asie mineure dans les îles de la mer d'Egée et sur le continent de la Grèce. Il dessine la période que nous avons taché d'esquisser : ce moment historique quand la race dite des Pélasges, c'est-à-dire la masse des peuples avec un ordre social identique à celui des Illyriens, des Acamanes, des Thésprotes, des Thraces occupait seule le territoire de la contrée qui devait plus tard porter le nom de Hellas.
Il est vrai qu'il cite plus haut l'opinion d'Euphore (V, 2, § 4, f. Caus. 221) qui disait que les Pélasges sont des autochtones de l'Arcadie qui choisirent un genre de vie belliqueux, et que tout le Péloponèse portait le nom de Pélasgia, — mais ceci n'est qu'une conjecture d'Euphore, tandis que Strabon dit positivement (1. cit. f. Caus. 221) qu'ils occupaient toute la Grèce, qu'ils avaient colonisé l'île de Crète et qu'en Thessalie la contrée au midi des bouches du Penée se nommait l'Argos Pélasgique.
«Et Homère (dit Strabon) nomme le Zeus de Dodone le
1) Il est cnrieux que les Perrhaebes qui habitaient l'angle Nord-est de la Thessalie sont nommés par Homère dans lUiade (II, 749—750) «habitants près de la froide Dodone». On croit qu'il y arait deux Dodones, l'une en Thessalie, l'autre en Thésprotie, ou l'Ëpire de nos jours. Comp. Greuzer's Symbolik m, 81, 178. Nous parlons de la Dodone Epirote qui est la pins connue.
Zèus Pélasgique. Quand à Euphore il s'appuie sur un fragment d'Hésiode en faisant les Pélasges originaires de TArcadie, car Hésiode dit (Fr. 98 et trad. de Lehrs dans l'édit. Firmin Didot):
Filii sex erant Lycaonis deo-similis quem olim genuerat Pelasgus».
Nous corrigerons cependant cette citation par une autre tirée d'ApoUodore H, 1, § 1. (Fr. 97, Lehrs):
«Hésiodus Pelasgum indigenam fuisse ait».
De ces deux citations nous pouvons conclure seulement que Lycaon, ce lycanthrope qui nous rappelle les Neures de Hérodote, descendait de Pélasgus, qui représente toute la race, dont une des tribus est représentée par Lycaon.
«Eschyle, continue le même Strabon (1. s. cit.) «dans les Suppliantes» (et les Danaïdes^^) assigne pour point de départ aux Pélasges Argos, Argos près Mycènes^)».
Plus loin Strabon dit (VH, 7, § 10) de Dodone: «Evidemment ce furent des peuples barbares qui d'abord environnèrent le temple, ceci encore ressort du témoignage d'Homère et de la peinture qu'il fait des habitudes de ces peuples, lorsqu'il les qualifie d'aniptopodes et de chamaeunes^).
«Seulement s'appelaient ils Helli, comme le veut Pindare, ou Selli, comme ils sont nommés dans Homère, le peu de certitude de cette dernière leçon dans le texte du poète empêche de rien affirmer à cet égard».
Dans les fragments du VH livre (§ 1^ — 4) de Strabon nous lisons à propos de la légende des colombes ou péléïades: «on prétend cependant que dans la langue des Molosses et des Thesprotes le mot TrèXetat signifie vieilles femmes ... de sorte que
1) Les Danaïdes ne nous sont connues que de nom. On prétend que les Egyptiens, les Danaïdes (tragédies perdues) et les Suppliantes formaient une trilogie. • '
2) Nous remarquerons que Strabon a en vue dans les Suppliantes le monologue de Pélasgus, v. 249, sq.
8) Qui ne laveBt pas leurs pieds et qui couchent sur la terre.
— soles fameuses péléïades ou colombes pouvaient ne pas avoir été des oiseaux, mais simplement les vieilles femmes chargées de desservir le temple».
Strabon ajoute plus loin (§ 3 Teubn.) que dans le temple de Dodone on voyait une chaudière servant de piédestal ^) à une statue armée d'un fouet d'airain. Ce fouet se composait de trois chaînes auxquelles pendaient des osselets, et quand le vont les mettait en mouvement, les osselets venaient frapper contre le vase et produisaient un son tellement prolongé qu'on pouvait compter jusqu'à quatre cents dans l'intervalle de la première à la dernière vibration.
C'était un présent des Corcyréens et probablement d'une date assez basse.
Strabon à notre grand regret ne nous donne pas de détails sur le culte antique, excepté qu'il dit (fr. 1 bis) «que l'oracle de Dodone ne s'exprimait point par des mots mais au moyen de certains signes».
Mais voilà une indication de haute valeur que nous trouvons chez Strabon (VII, 7, § 12 f. Caus. 329). «Il demeure acquis qu'à l'origine ce furent des hommes qui remplirent à Dodono les fonctions de prophètes; .... plus tard il est vrai on délégua trois vieilles femmes pour remplir ces fonctions. Ce f-ut à l'époque apparemment ot Dioné elle-même fut appelée à partager avec Zeus le sanctuaire de Dodone» ....
De tout ce que dit Strabon nous pouvons conclure seulement que l'oracle de Dodone fut une institution qui appartenait aux habitants les plus anciens du sol grec, qui formaient une race nommée les Pélasges et qui étaient identiques par la religion et leurs coutumes avec les Pélasges du Péloponèse, habitants de l'Argolîde et de l'Arcadie.
Mais nous relèverons encore les paroles de Strabon qui relient le changement des coutumes de l'oracle, à l'introduction
1) Verbalement, nne chaudière «sormontée d^ane image d'homme».
de Dioné dans le sanctuaire de Dodone, comme l'épouse de Zens.
Ceci indique clairement le travail réformateur des Grecs, c'est-à-dire de la race védique ; cela nous indique que l'oracle avait passé aux mains des tribus dont le dieu suprême portait le nom de Dyaus, Dyus, Div ou Dies^), car Dione n'est que le féminin du Dyus védique.
Ce Dyus ou Div remplaça une divinité indigène, dont, remarquons-le, le nom nous est totalement inconnu.
Il est très-possible aussi que cette divinité indigène avait un caractère tellement ténébreux, indécis ou peut-être mystérieux que les Grecs ne la connurent que très-imparfaitement, ce qui £etisait dire à Hérodote, que les noms et les fonctions des dieux forent réglés par Hésiode et Homère*).
De fait la vieille divinité fut oubliée ou expulsée pour la remplacer par le Dyaus védique.
Nous trouvons dans Pausanias (I, 17, § 5) une indication qui ne manque pas d'intérêt et qui se relie indirectement à l'assertion d'Hérodote.
«Dans la contrée de la Tliésprotie, dit-il, il y a beaucoup de choses remarquables, surtout le sanctuaire de Dios à Dodone et le chêne sacré de ce dieu».
«Près de CichjTus se trouve un lac qu'on nomme Achérusieu et une rivière Achéron; il y coule aussi un cours d'eau le Cocyte, qui a un aspect triste; et il me semble qu'Homère avait vu cette contrée et qu'après il résolut de décrire le monde souterrain et donna à ses fleuves les noms des fleuves de la Thésprotie».
1) Comp. Max Mûller. Lcct. ou the se. of languages t. II, pp. 412, 468—496 (7*^ éd. 1873). Comp. A If r. Maury, la religion des Aryas (Croy. et légendes p. 17) etc., etc.
2) Hérodote, II, 53. «Hi (Hesiodus et Homerus) sunt autcm qui dcorum ganeraiionem Graecis condiderunt et cognomina ac nomina diis imposuerunt .... et eomm formas delinearunt ».
Comp. là-dessus Creuzcr's Syuibolik, I, pp. 15— IG (1842) et ce que nous disons dans Tavant-propos au sujet du Zeus védique que nous distinguons dans son déreloppement du ciel lumineux commun à tous les Aryas.
Il se peut que le dieu antique de la Thésprotie qui avait un caractère chtonien devint le type du dieu de Hades, TAides d'Homère, remplacé à Dodone par le Zeus brillant védique.
Le dieu infernal de la théogonie grecque est souvent appelé Zeus Eatachtonios, le Zeus du monde souterrain, comme p. ex. dans riliade IX, 457 (comp. encore Pausanias II, 24, § 5). Gladstone dans son Juventus mundi (p. 254) demande avec raison: comment se fait-il que l'Aidés ou l'Aidoneus eut reçu ce titre, qui cependant n'est jamais appliqué au troisième frère Poséidon, que Homère ne nomme jamais le Zeus de la mer? Nous ne prétendons pas résoudre cette question catégoriquement, mais nous soupçonnons fort que le dieu de Dodone était un dieu métallurgique (Plutus) et chtonique (Pluton) qui fut accepté dans le système religieux des Hellènes, après le travail de fusion qui se fit entre les cultes des races diverses, — comme frère du Zeus olympien, et qui à Dodone lui était identique ; ou plutôt le Zeus védique en prenant possession de Dodone se chargea des fonctions du dieu antique et reçut un caractère nouveau , en dehors de sa conception première ; mais dans la théogonie grecque il dut se dédoubler et apparaître comme personnage séparé dans les deux rôles du dieu du ciel et du dieu infernal.
Dans le livre X, 12, § 5 Pausanias dit encore en parlant de l'oracle de Delphes et des Sybilles en général : «et Phaennis la fille du roi desHaones^) et les colombes de Dodone prophétisaient sous l'inspiration divine .... mais on ne les nommait pas Sybilles» .... et plus loin : «Les Péléiades (les prêtresses de Dodone) étaient plus antiques que Phémonoé et furent les premières parmi les femmes qui chantèrent les vers suivants:
«Zeus était, Zeus est, Zeus sera, o grand Zeus»!
1) Tribu pélasgîquc d'Epire, que nous retrouvons peut-être dans les Aones de la' Béotie, nommés avec les Hyantes chez Paus. JX, 5, § 1. Les Aones se fondent avec les Gadméens, tandis que les Hyantes l'expatrient.
«Gkda donne les fruits de la terre, aussi célébrez Gala comme mère» !
Phémonoé d'après ce même Pausanias (X, 5, § 4) était la première prêtresse d'Apollon à Delphes et fut la première qui parla en hexamètres, ce que, comme nous l'avons vu plus haut, était attribué à Olenus l'Hyperboréen par Bio la femme poète indigène.
Ce que nous croyons devoir relever dans le récit de Pausanias, c'est que Phaénnis une fille d'un roi indigène ainsi que les prêtresses de Dodoue représentaient un certain genre de divination et de prophétie qui n'est pas le même que celui qui est représenté par la première prêtresse d'Apollon, Phémonoé, ou par Olenus qui parlent déjà en hexamètres grecs.
De plus les vers que prononcent les prêtresses de Dodone en Grec semblent appartenir déjà à un temps de transition quand l'influence grecque commence à se faire sentir à Dodoue : c'est le moment il nous semble auquel il faut reporter les paroles de Hérodote (II, 57) quand il dit:
«Je pense que les Dodoniens auront donné à ces femmes (aux prêtresses ou colombes noires v. 55) le nom de colombes, parce qu'elles étaient étrangères et que leur langage aura paru ressembler aux gazouillements de ces oiseaux. Ensuite avec le temps lorsque celle qui était parmi eux se sera familiarisée avec la langue grecque, ils auront dit que la colombe parlait comme les hommes, au lieu que tant qu'elle ne faisait usage que d'une langue étrangère elle ne paraissait avoir que la voix d'un oiseau».
Hérodote avait parfaitement compris le sens de la légende des colombes, seulement il semble qu'il faut retourner l'argument: ce ne sont pas les Dodoniens indigènes qui ne comprenaient pas la langue des colombes, c'étaient les Grecs qui étaient venus à Dodone^). Les colombes deviennent femmes quand elles com-
1) Dani le cours de cet article nous ayons fait observer déjà maintes fois que le Grec rapportait tout à sa nationalité et se regardait conune le centre autour
mencent à parler en vers grecs comme la Phémonoé de Delphes ou l'Hyperboréen Olenus. En un mot l'antique dieu pélasgique de Dodone est déjà prêt à faire place, ou a déjà cédé sa place au 2ieus védique, quand les prêtresses de Dodone prononçaient en Grec les vers qui par leur langue et par leur pensée sont certainement d'origine aryo-védique, et ne peuvent être réportés ni aux tribus pélasgiques, ni même comme l'a pensé Greuzer (Symbol. I, 19 — 21) à l'influence égyptienne ou phénicienne, dont à vrai dire nous ne trouvons aucune trace à Dodone.
Du reste si notre manière d'envisager Prométhée ne manque pas de justesse, — de ce Prométhée qui est une personnification pure de toute alliance égyptienne ou phénicienne du monde antique pélasgien, — nous retrouvons une preuve indirecte de ce que nous avançons dans les paroles de Prométhée dans la tragédie d'Eschyle quand il le fait dire (v. 830):
«Donc tu (Jo) étais venue au pays des Molosses à la croupe élevée de Dodone, au siège fatidique du Zeus des Thésprotes, où — prodige incroyable, — les chênes prennent voix et parlent».
Eschyle fidèle toujours à la tradition ne dit mot de quelque influence étrangère, il fait parler Prométhée d'un oracle connu depuis longtemps parmi les populations de la contrée, et qui semble leur appartenir en propre, être la création du peuple même au milieu duquel il existait.
Nous tâcherons de nous faire une idée de cet oracle célèbre d'après quelques fragments de récit que nous ont laissé les auteurs anciens.
Il existe un fragment de Hésiode conservé par le scholiaste de Sophocle sur le vers 1174(1166 — 1169?) de la tragédie de Sophocle les Trachiniennes, c'est-à-dire sur les paroles d'Hercule
daqnel grayitaîent tous les faits. Cette faculté d^envisager tout soos un point de ▼ne éminemment subjectif doit-être prise en considération pour Pintelligence des légendes transcrites par les Grecs. Ce fut aussi la source de la force immense d'alMorption que possédaient les Grecs.
qui ' dit à son fils Hyllas qu'il était entré dans le bois des Selles sauvages habitants des montagnes et avait receuilli la voix du chêne fatidique consacré à son père.
Voici ce fragment (éd. Lehrs fragm. 51 et comparez Strabon Vn, 7, § 10^>):
«Il y a une contrée Hellopia, riche en champs et en pâturages ;
«abondante en moutons et en boeufs aux pieds lourds;
«elle est habitée par des hommes — (riches en moutons, riches en boeufs). —
«innombrables, appartenant à la génération des mortels.
«La se trouve Dodone entourée de hautes murailles, au bord de la contrée :
«elle est aimée de Zeus et là se trouve son oracle
«respecté par tout le monde: ....
« . . . . ils (les oracles ou les prophéties) habitent dans les racines du chêne.
«C'est de là que les mortels reçoivent toutes les prophéties.
«Celui qui veut questionner le dieu immortel
«le vénère en présentant des dons et en s'approchant avec de bons oiseaux».
Nous avons recours à la Symbolique de Creuzer (éd. de 1842) pour tracer un tableau de Dodone et de la mantique de ce lieu, tableau dessiné par Lasaulx, que reproduit Creuzer").
Dodone était situé dans l'Hellopie de Hésiode ; Poucqueville et Leek identifient l'Hellopie avec la charmante vallée au fond de laquelle est située la ville de Janina. Il semble que l'emplacement de Dodone est le même que celui qu'occupent de
1) Noos en donnons ici une tradnetion française: en nous excusant sur les barlMrismes qne nons sommes obligés de faire. Voir le texte grec et la tradaetion latine dans l'édition de Firmin-Didot de Hésiode sous la rédaction de Lehrs.
2) Voyez Symbolik III, pp. 175— '191. Nachtrag der 8. Ausgabe (1841) zum C^ Vïn, § 2 et Lasanlx cité par Creuser: Das Pelasgische Orakel des Zeus su Dodona Ton E. t. Lasanlx, Wûrzburg, 1840.
nos jours les ruines de Kastriza et le couvent de ce nom, près de Janine.
Il parait, dit Lasaulx, que la prophétie se révélait de deux manières di£férentes, ou en paroles par suite d'une inspiration, ou d'après Tobservation de certains indices révélateurs. On nomme trois manières différentes de receuiUir les oracles, par le chêne et ses colombes (lisez vieilles femmes) , par le ruisseau qui jaillissait entre les racines du chêne et par le chaudron retentissant.
Le chêne opO; ou cpifiyo; était le quercus esculus ou le quercus aegilops dont les glands doux peuvent servir de nourriture et étaient regardés comme la première nourriture des hommes ^). C'est pour cela que le Zeus nourricier, auquel le chêne était consacré portait le nom de 97)76^ ou çYiyovalQç qui était identique à l'antique Zeus Bomain Jovis Fagutalis (Gomp. Pline, éd. Littré, XVI, 15).
Cet arbre était habité par la divinité, ainsi que le croyaient les anciens, et la présence de la divinité se manifestait par le frôlement des feuilles du chêne et les voix des oiseaux. Quand on interrogeait l'arbre, il tressaillait et les Péléiades expliquaient les indices du mouvement en disant: «cvoilà ce que Zeus annonce»^).
Près des racines de l'immense chêne jaillissait une fontaine d'eau froide, le murmure de cette fontaine servait de signe révélateur à la prêtresse inspirée ^.
Enfin le chaudron dont nous avons parlé plus haut donnait des signes révélateurs aux moyens des sons que produisaient les osselets frappant sur l'airain.
1) Ced relie la Thésprotie à l'Areadie, Tojes Paosanias VIII, 1. Noos déTelopperons plus tard cette idée en parlant da coite de l'Arcadie.
2) Lasanlz cite pour ces détails Suidas ad. toc. Dodona. Voir Creuser 1. cit.
8) Lasaulx cite à l'appui le commentaire de Servius sur Virgile, Aeneide, 111,466.
Tous ces genres de divination, même le dernier, qui du reste d'après Strabon ne fut introduit que très-tard, se retrouvent parmi les tribus sauvages de tous les temps, et indiquent un culte d'esprits qui peuplaient les forêts, les ondes, les montagnes de dryades, de naiades, d'oréades qui certainement sont identiques aux nymphes méliaques ou de hêtre nées de la terre, avec les géants autochtones (Hésiode Théogonie, vers 185, 187). Ces géants nés de la terre avaient des pieds de serpent (Apoll. I, 6, § 1) et seraient devenus immortels^) s'ils eurent reçu de leur mère la Terre un breuvage qu'elle leur avait promis, seulement Zens se dépêcha de couper toutes les plantes de la terre (Apollodore id. ib. § 6), ce qui nous ramène à la haine que Zens portait à Part de la médecine, inventée par les races non-védiques, comme nous l'avons vu plus haut. Et cependant ajoute ApoUodore (1. cit.) les géants ne furent vaincus que parce que les dieux appelèrent à leur aide, d'après le conseil d'un oracle. Hercule un Grec mortel.
Nous dirons par parenthèse, que cette légende semble être un récit symbolique, qui se rapporte au temps quand la lutte entre les races védiques et les races indigènes restait encore indécise et quand la société védique, le culte olympique et l'organisation sociale des Grecs étaient fortement compromis dans cette lutte dont on ne pouvait encore prévoir l'issue ^).
1) Lisez «seraient toiyours restés maîtres de la contrée».
2) Pent être même Hercole dans cette légende ou plutôt dans le développement ultérieur de cette légende symbolise les Doriens ou ce qu'on nomme le retour *deB Héraclides, seconde invasion des tribus védiques, descendant de la Maeédoine, qui quoique hostile aux familles Achéennes de la première occupation de la péninsule grecque, fut cependant une réserve védique donnant au moment le pins dangereux du combat, car les familles achéennes fortement mêlées de iiag Indigène fslUirent gravement compromettre l'avenir de la nation en acceptant presque tontes les croyances et toutes les contnmes des peuples qui les entouraient.
Nous soupçonnons fort que le nom des Eoliens, les mêlés leur fut donné par nutaiion dorienne qui rétablit l'équilibre et fit définitivement triompher le culte du Zens Olympique.
Cependant pour en revenir à Dodone, nous y trouvons un culte antique, avec le chamanisme et la magie, peut-être y pourrait-on trouver des traces de la métallurgie antique dans ce culte toujours persécuté par Zeus qui tâchait partout de prendre la place, en les dépossédant^ des dieux antiques.
Nous avons vu déjà que Toracle à Dodone commence à parler d'une voix intelligible et prononcer des oracles en^vers grecs, tandis qu'auparavant les colombes ne faisaient que gazouiller. A Delphes l'oracle commence à parler en hexamètres grecs, après que le serpent fut tué et qu'Apollon prit possession du
sanctuaire, de même à Dodone Dios avec son épouse Dioné marquent le moment quand les colombes deviennent intelligibles. Il est plus que probable que dans le sanctuaire de Dodone le rôle civilisateur échut aux Dorions qui vécurent longtemps en Macédoine et s'allièrent aux montagnards de l'Orestie et de l'Epire, pendant que leurs brillants et chevaleresques compatriotes, se jetaient sous le nom d'Achéens sur la péninsule au sud de la Macédoine et le Péloponèse ^). Le point de ralliement moral et religieux des deux branches védiques, nonobstant les différences qui existaient entre elles resta cependant toujours le mont Olympe, auquel les races védiques semblent avoir transporté une partie au moins de la vénération qu'ils accordaient jadis au mont Merou.
Donc d'après notre conviction quand les oracles de Delphes et de Dodone commencent à parler Grec, c'est un indice certain
1) Herzberg (dans Thist. gen. d'Oncken) les nomme Kriegsfûrsten, lUttern, die Edlen et Gladstone dans son Jn? entas Mundi et son Homeric Synchronism semble les envisager sous le même point de vue. Et il est plus que probable qae Toccapation dite Achéenne n'était pas une invasion, c'était l'exploration et la conquête partielle par des aventuriers des plus nobles famiUes de la masse des immigrants védiques (restée en Macédoine) de la péninsule Hellénique. Pourquoi ces familles se detachèrent-elles de leur peuple pour se lancer à la conquête de la Grèce est une question difficile à repondre. Ces aventuriers héroïques se • taillèrent des états, dont le peuple était les indigènes. La véritable invasion fui Dorique.
qu'ils venaient à passer des mains des indigènes à celles des Grecs. Ces derniers cependant tout en expulsant les dieux antiques et en changeant le caractère du culte, semblent avoir eu pour système de gai'der strictement tous les rites extérieures, comme par exemple le feu perpétuel à Delphes qui ne pouvait être entretenu qu'avec du bois de pin. Nous ajouterons encore par parenthèse qu'il nous semble que la célèbre inscription et à Delphes, dont parle Plutarque dans le traité de ce nom, est une réminiscence antique indigène de l'arithmos dont parle Prométhée dans la tragédie d'Eschyle. Nous croyons que l'antique sanctuaire gardait le souvenir de l'ancienne manière de compter par les doigts de la main, c'est-à-dire par cinq qui du reste est le plus ancien mode de calcul. C'est l'impression que nous a laissé le discours de Théon dans l'et de Plutarque (§ 7) et les paroles de Plutarque sur le nombre de cinq dans son traité sur la défaillance des oracles^ § 36.
Si l'et avait cette signification que nous lui prêtons, ce sera une preuve de plus que tout en chassant le dieu indigène le Grec gardait tous les souvenirs antiques qui étaient attachés au sanctuaire, dont il s'emparait.
Nous devons revenir à une question que nous avons déjà posé là-haut, mais à laquelle il est impossible de trouver au moins maintenant une solution satisfaisante.
Nous revenons à nous demander quel était le dieu de Dodone^) expulsé par le Zens védique que Homère (II. XVI, 233) caractérise du nom de Pélasgique, ce qui indique certainement un caractère particulier distinct du Zeus Olympien, et indique qu'à Dodone le Zeus * Grec avait pris une teinte particulière, empruntée certainement au premier antique seigneur et miltre de Dodone.
Nous avons vu plus haut qu'il y a des indices que ce dieu
1) A coop fur ce n'est pas le Dyaos antique des Aryas, le brUlant, le Inminenz, le ciel, car le dien de Dodone a un caractère plutôt infernal.
avait un caractère infernal, chtonien, peut-être metallurge, dont le type pourrait, peut-être, se retrouver parmi les dieux métallurgiques et infernaux des populations métallurgiques touraniennes *),
Le nom du dieu souterrain, Aides ou Hades^ se confond avec le nom du monde infernal dans lequel il règne, mais nous ne croyons pas savoir le nom véritable de ce dieu redouté et nous nous appuyons sur une expression d'Hésiode qui le caractérise de répithète va>vu[jivoç sans nom, innommé *), ce qui d'après notre conviction est un indice d'un caractère magique et infernal, redouté par les populations qui le rêveraient à Dodone et ce qui fut la cause que les Grecs ne gardèrent pas le souvenir de ce nom et le remplacèrent par Zeus, qui sous un certain point de vue fut nommé katachtonios, comme ayant usurpé les fonctions de ce dieu.
Maintenant il faudrait poser une autre question; l'antique dieu de Dodone était-il le résultat d'un essai de systématiser et de trouver un centre commun à ce monde des esprits qui formait le Panthéon pélasgico-touranien ?
L'esprit de système et la tendance de grouper autour d'un centre un monde immense de divinités diverses a toujours prévalu parmi les races semito coushites et Aryas. Cette faculté n'a toujours été que faiblement développée parmi les races touraniennes, qui se contentaient de vivre au milieu des esprits qui étaient censés les entourer, sans chercher à les classer dans un
1) Nous ne pouTons entrer dans ce eiget, mais peut-être pourrait-on fsire des rapprochements avec Moul-gé du Pays immuable des Accads (Magie de Le no rmant, édition française pp. 153 sq. et passim) ou avec les divinités chtoniennes des Touraniens. Comp. l'Epoque néolitliique dans les Premières CiTilisation, t. I, p. 122, édition de 1874.
2) M'. Lehrs traduit cette expression dans le poème des Oeuvres et des Jours ▼. 154, par le mot ignobilis, ce qui est juste comme expression consacrée par l'usage dans Tacception figurée de ce mot. Mais il nous semble que le mot grec traduit verbalement devrait être rendu par l'expression anonymus ou nominis expers.
ordre hiérarchique. Dans la Chaldée la systématisation du panthéon accadien ne semble due qu'aux prêtres coushites qui entreprirent le travail de fusion entre la religion astronomique et le monde des esprits. Mais les Pélasges étaient incontestablement une race d'origine Arya; firent-ils eux-mêmes cette tentative de systématiser le culte des esprits qu'ils avaient en commun avec les races mongoles? C'est possible, mais cependant le dieu pélasgique de Dodone, nous est trop peu connu et a de plus un caractère trop infernal pour le considérer comme le dieu suprême des Pélasges. Il dut plutôt être le dieu d'une secte, d'une société secrète, ou d'une tribu adonnée aux pratiques mystérieuses de magie ou de chamanisme, qu'un dieu qui serait accepté comme chef du monde des esprits.
De plus nous trouvons véritablement parmi les Pélasges un essai de ce genre d'amener à une unité le culte des esprits, dans une contrée, qui hors de tout doute est une contrée purement pélasge, savoir, dans l'Arcadie, où le dieu certainement indigène, Pan, — à l'origine un des esprits des forêts, — fut accepté par les indigènes comme le dieu suprême de leur système religieux.
Pan admis dans le panthéon grec, resta toujours dans une position inférieure envers les dieux helléniques, et comptait plutôt parmi les daimons que parmi les dieux ce qui ressort clairement de la légende racontée par Plutarque dans le traité sur la défisdUance des oracles, § 17.
Cette intéressante légende, du reste fort connue, raconte comme un certain nautonier Tammouz entendit près de Paros dans les Echinades une voix qui lui ordonnait de proclamer à hante voix quand il arriverait à Palodés (dans le détroit entre l'Epire et Corfou) que le grand Pan venait de mourir. Quand le nautonier fut arrivé près des rivages de la Chaonie il fit ce que loi avait ordonné la voix et entendit une multitude de voix qui pleuraient, et se lamentaient , quoique ceux qui pleuraient restaient invisibles.
Si nous rapprochons cette légende d'un fragment de Hésiode
conservé dans ce même traité de Plutarque sur la défaillance des oracles, § 11, (fragm. 103 de l'édit. Lehrs et comp. Pline. H, Nat. Vn, 49), nous verrons que d'après une croyance qui existait déjà du temps de Hésiode une corneille vivait neuf ans, un cerf 36 ans, un corbeau 108 ans, un phénix 972 ans, et «nous, les nymphes aux cheveux bouclés, nous vivons dix fois la vie d'un phénix».
Les nymphes, comme les esprits des forêts, les daimons de l'antique religion étaient donc censés avoir une vie quoique longue, mais non immortelle, ce qui les séparait des dieux immortels de rOlympe et les plaçait dans une catégorie d'êtres appartenant à une religion toute autre que celle qui descendait du mont Mer ou pour se fixer sur l'Olympe au Nord de la Théssalie.
Pan qui pouvait mourir devait certainement appartenir à cette religion antique des esprits.
Plutarque dans son traité de la défaillance des oracles, § 10, émet son opinion que la doctrine des esprits ou daimons est étrangère à la Grèce, ce que nous interprétons «étrangère au culte dominant», car Plutarque et les écrivains de son temps comprenaient que le culte des esprits est le produit d'une autre civilisation.
Aussi le dieu Pan, mortel et dieu inférieur ou daimon, dut-il être un produit de l'imagination des races indigènes.
Il faut encore noter, qu'on plaçait en Arcadie près de la fontaine d'Olympie, non loin de la ville de Trapezus, le lieu du combat des géants contre les dieux ^), ce même combat qui, comme le disaient d'autres traditions eut lieu à Phlègre ou à Pallène, dans la péninsule de GhaUddide.
Nous rappelons cette tradition parceque la migration d'un mythe d'une contrée à une autre indique la repétition du fait que ce mythe exprime. Nous pensons donc qu'en Arcadie comme
1) Pftosanias, YIII, 29, §§ 1 et 2.
an Nord eut lieu la lutte acharnée des populations indigènes contre les Grecs qui est le fond du mythe. Et cette conjecture est soutenue par le caractère spécial des habitants de l'Arcadie, restés demi-sauvages longtemps après que toutes les autres contrées de la péninsule furent complètement grécisées.
C'est en Arcadie donc qu'il faut chercher les vestiges d'un coite antique.
Pan est un dieu Arcadien par excellence, pastoral et chasseur et présidait à la musique dans sa forme la plus antique ; il était l'inventeur du chalumeau ou de la flûte de berger^).
n y a certains indices de ce que Pan était révéré comme dieu du feu ou regardé comme inventeur du feu car il y avait en Arcadie sur le chemin de Mégalopolis à Lycosure eu approchant de cette dernière ville un temple dédié à Pan où brûlait un feu inextinguible; ce temple avait, dit Pausauias (VIII, 37, § 8), dans l'antiquité un oracle du dieu Pan, dont la prophétesse (ou explicatrice) était une nymphe qui devint plus tard femme d'Arkas ') le fils de Calisto.
Sous ce point de vue Pan apparait comme un Prométhée de la contrée, inventeur de plusieurs arts, mais possédant un caractère divin que n'a pas Prométhée dans la légende du Nord de la Grèce.
Des montagnes et des chaînes entières de montagnes étaient consacrées au dieu Pan en Arcadie (Paus. VIII, 24, § 2; ch. 36, § 4); il avait des temples nombreux (Paus. VIII, ch. 36, 37, 39). Nous arrêterons encore l'attention du lecteur sur un fait significatif, c'est que sur le chemin de Tégée qui mène en Laconie, à 10 stades de la rivière Garâtes, il y avait un chêne dédié à Pan. (Paus. VIII, 54, § 3).
1) Paasanits, Arcadie, VIII, 26, § 2; ch. 31, § 8; ch. 36, § 8; ch. 38, § 4; eh. 42y § 8; et voyes la l^^^ idylle si charmante de Théocrite.
2) Nom aTons tu dans le ch. III intitulé «Traces des tribus non védiques» qa'Areas est le représentant des Pélasges grécises et issu d'un mariage mixte d'un Grec et d'une fille de roi indigène.
Quand on se rappelle que les Arcadiens étaient nommés par l'oracle de Delphes PaXavYicpàyoe, «mangeurs de glands par excellence», (Paus. Vin, 1, § 2), nous avons le droit de chercher à rapprocher les populations de TArcadie des populations qui demeuraient autour du temple de Dodone et révéraient le dieu nourricier auquel le chêne était consacré. Mais comme nous l'avons vu les dieux de ces populations avaient un caractère fort diflférent, quoique peut-être il y avait entre eux des rapports qui nous échappent.
Il semble aussi que le nom de Pan^ qui probablement est un nom imposé à cette divinité indigène par les tribus purement helléniques ^), dut être choisi par les Grecs pour exprimer ou la totalité des forces de la nature, ou la totalité des esprits adorés par les Pélasges.
La première de ces significations est clairement indiquée dans l'hymne orphique à Pan (hymne XI, p. 33 de Téd. grécoallemande de Dietsch, 1822, Erlangen) ou Pan (vers 1) est nommé le cosmos, le dieu qui produit l'harmonie de l'univers (v. 6), celui qui a tout engendré (yivéTcop itàvrcov v. 10). On le nomme encore le Zeus cornu (v. 1 2 Zeû; ô xepàcmQ;), c'est-à-dire, un divinité identifiée au Zeus védique, mais d'origine étrangère"). Certainement il faut toujours avoir en vue que les hymnes orphiques sont d'une date assez basse, et les plus anciens de ces hymnes ne doivent pas remonter au delà du VI siècle avant notre ère, mais cependant ces hymnes sont le produit d'une école qui fouillait les traditions de l'antiquité et semblait s'être imposé la tâche de ressusciter les mystérieuses pratiques des races éteintes,
1) Le mot Pan est dérivé, comme l'indiqae Phnrnatus de natura deorum, du mot Ttav -tout, on plutôt le tout. Il est probable que dans PArcadie comme à Dodone le véritable nom du dieu pélasgique nous est resté inconnu.
2) Remarquons aussi qu'ici, ainsi qu^à Dodone Zeus substitue son nom à celui de la divinité indigène. N'avons nous pas vu de ces exemples de notre temps, quand les Jésuites tackaient de confondre le dogme du Christ avec la mythe de Crishna dans l'Inde.
en étodiant leurs croyances, leurs rites magiques, leur culte, pour les introduire dans les m}^tères orphiques ou bacchiques, comme les restes de la sagesse antique, en leur donnant cependant une explication philosophique à la hauteur du siècle. En général, comme nous le disons dans notre analyse de Thymne à Hécate^ les mystères orphiques furent un essai de renaissance des antiques sociétés secrètes des sauvages^) qui pratiquaient mystérieusement la magie, la médecine et la métallurgie, et Yoilà pourquoi les hymnes dits Orphiques ont droit à toute notre attention pour Tétude des antiquités pélasgiques.
Nous sommes obligés, — quoique cela n'entre pas dans le rayon de notre étude, — de tracer en quelques mots l'aspect de cette divinité telle qu'elle fut conçue plus tard, quand elle n'était définitivement qu'une divinité de second ordre dans le panthéon grec. Nous devons le faire pour ne pas faire confusion entre la vieiUe divinité pélasgique et la divinité demi-comique du culte grec, qui a cependant gardé certaines empreintes d'une haute antiquité.
Dans un des hymnes dit homériques, adressé au dieu Pan (XIX de l'éd. Teubner), il est déjà un dieu coinique.
Il est fils d'Hermès et de Dryope, il a des cornes et des jambes de bouc, il aime la musique, il habite les forets, il est chasseur et entouré de nymphes. Quand il fut né, sa mère s'efiEraya en voyant son singulier aspect et son visage barbu, Hermès se saisit de l'enfant et le porta dans l'assemblée des dieux, où ils fut accueilli avec des éclats de rire et reçut le nom de Pan.
La mythologie postérieure lui donnait une parenté différente; il était d'après Apollodore fils de Zeus et d'une nymphe Thymbris.
1) Comp. Maury Hist. des Religions, etc. II, p. 308*805, et comparez ce que dit sur les sociétés secrètes des saarages de nos joors dans la Mélanésie le ReT. Codrington, dans le journal of the Anthropological Institate of 1881.
Maïs ce qui est extrêmement curieux et semble être une tradition ou un symbolisme fort antique, c'est qu'Apollodore (I, 4, § 1) dit formellement que Pan enseigna la mantique à Apollon, et que ce dernier après l'avoir étudiée, partit pour Delphes, où il tua le serpent Python, qui ne voulait pas lui permettre de s'emparer du sanctuaire.
Nous avons ici une tradition directe sur ce que les Grecs avaient étudié l'art de la divination des races autochtones et qu'ils s'étaient emparé de force des sanctuaires qui étaient desservis par des prêtres autochtones.
C'est depuis ce temps, comme nous l'avons dit plus haut que l'oracle commence à délivrer ses prophéties en hexamètres grecs.
Nous rappelerons à propos un récit très intéressant de Pausanias {III, 17, § 8) qui dit qu'un général lacédémonien qui portait le même nom que l'auteur que nous citons, celui qui défit Mardonius près de Platée en 497 av. J.-C, était tourmenté par des remords de conscience et des visions pour avoir tué par mégarde une jeune fille du nom de Cléonile.
Pour se purifier de ce crime involontaire il se rend à Phygalie «en Arcadie chez les exorcistes, ou les conjurateurs des esprits^)».
Ainsi ici, en Arcadie au milieu des populations qui vivaient au milieu des forêts et qui jusqu'à une date assez basse se nourissaient encore de glands ^, on trouvait très-tard de véritables chamans ou sorciers, qui à ce qu'il parait formaient une commune, une tribu, ou une société près de Phygalia.
1) «TiQv ApxaStDv Trapa touç ^^ux^ycoyouç».
2) Pausanias (VIII, 1, § 2) remarque que les habitants de PArcadie se nourrissaient à une époque fort avancée de glands, car la Pythie les avait nommés ^aXavYjçQCYoi avSpe; quand ils interrogeaient l'oracle de Delphes à l'occasion d'une invasion lacédemonienne. II est probable que l'oracle dut être délivré au VI siècle (la défaite des Tégéens) ou même au V entre 479 et 461 av. J.-G. quand PArcadie luttait pour son indépendance. Pausanias ne précise pas le temps de la prophétie.
Nous ne parlons que par parenthèse de la fable parement grecque qu'on trouve chez Ciceron (de natura deorum, lib. III, 22, § 56) et qui fait naître Pan de Pénélope et de Hermès, qui s'accoupla avec elle sur le mont Taygète sous la forme d'un bouc. Il est probable que nous avons ici une fable d'origine égyptienne, apportée en Grèce assez tard quand les Grecs eurent accès en Egypte sous les Psammétiques ^) et connurent déjà le culte de Mendès.
Mais nous noterons encore un fait curieux qui nous reporte d'après notre conviction au milieu des populations nomades de la haute Asie.
Théocrite qui chanta ses délicieuses poésies au 3°^* siècle avant notre ère à Syracuse dut cependant avoir en vue une antique coutume des populations de l'Arcadie, quand il dit dans sa Vn idylle (v. 106 et suivants) en s'adressant à Pan:
«Si tu fais cela mon aimable Pan, je te souhaite que les garçons de l'Arcadie ne te fouettent pas le dos et les côtes avec des oignons».
Les scholies sur cet endroit de Théocrite disent que le dieu Pan était fouetté de scilles marines, ou quand les chorages instituaient un sacrifice insuffisant, c'est-à-dire, quand la viande du sacrifice était insuffisante pour le peuple assemblé,- ou quand la chasse avait manqué.
Cette coutume nous rappelle trop les idées des peuplades mongoles, pour ne pas la regarder comme une réminiscence de la vie nomade des Pélasges dans la haute Asie, coutume qu'ils avaient apportée avec eux sur le sol de la Grèce et qui est en dehors de toutes les conceptions de la divinité des races védiques. Nous ajouterons en nous appuyant sur Pritchard et autres que la vie nomade reste immuable et inchangeable pendant des milliers d'années.
1) Gomp. l'Histoire des Pharaons de Brugsh Bey pp. 734, sq. et p. 788, et Toyez Maspéro, Histoire Ane. pp. 490—492 (éd. 1876), etc., etc.
On attribuait à Pan (Paus. X, 23, § 5) la terreur dite panique qui s'emparait quelquefois de l'homme ou des troupes. Nous ne connaissons pas l'origine de cette croyance, mais nous rencontrons cette terreur parmi les Hindoux, qui l'attribuent aux esprits qui entourent l'homme, (v. Lenormant, Magie, éd. française, p. 37).
Ainsi pour nous Pan apparait comme le dieu suprême des Pélasges de l'Arcadie que nous croyons pouvoir avec certaines restrictions rapprocher du dieu suprême pélasgique de Dodone, avec les différences qui durent se produire non seulement par l'influence des contrées où on adorait ces divinités, mais encore parce que le dieu pélasgique du Nord, outre son caractère chtonique que Pan n'avait pas, avait été de bonne heure absorbé par le Zeus védique.
Après avoir superficiellement ébauché la figure de Pan, tâchons encore de retrouver en Grèce les débris de ce culte qui devait appartenir aux races antiques qui n'avaient pas reçu d'éducation védique, et qui ne connaissaient pas le Zeus ou le Dyaus des Aryas védiques, dans sa dernière conception du dieu suprême (comp. notre avant propos et ce que dit Max Millier sur la période du Hénothéisme).
TI. Traces ies rites astips.
Nous avons vu dans la tragédie des Euménides d'Eschyle que les Erynnies reprochaient à Apollon de n'être qu'un dieu de fraîche date, un dieu nouveau.
A la fin de cette tragédie la déesse Athène promet aux Erynnies qu^elles auront à Athènes un culte spécial, et qu'elles seront honorées dans cette ville. Alors ces divinités antiques, comme elles se nomment elles-mêmes, consentent à laisser Oreste en repos, qui de son côté promet à la déesse Athène de l'honorer à Argos, ce lieu comme nous l'avons vu et comme nous le ver-
rons ci-dessous, où se retrouvaient les traces des coutumes et des idées antiques.
Nous savons que dans la Théogonie d'Hésiode les Ërynnies, — comme les géants et les nymphes méliques (ou de hêtre), — sont nées de la Terre et des gouttes de sang d'Ouranos, et par conséquent apparentées à ces géants et ces nymphes.
Il semble (quelles qu'elles fussent au commencement), que les Erynnies représentent dans la tragédie d'Eschyle l'antique droit criminel des populations demi-sauvages. Ce droit coutumier était cruel, implacable; il embrassait et le devoir de vengeance de chaque membre d'une famille pour le sang versé (la vendetta héréditaire), et les exécutions terribles à mort lente et soul&ances atroces des condamnés, mais en tout cas ce n'était plus le désordre d'une masse d'hommes indisciplinée, c'était un véritable droit coutumier, et les Grecs védiques en occupant la contrée où ce droit coutumier existait ne pouvaient et ne devaient pas l'ignorer et furent obligés d'entrer en composition avec ce droit établi.
Voici pourquoi nous voyons à Athènes un temple des Erynnies, qu'on appelait à Athènes Semnes les vénérables, (et à Sycion les Eum en ides les bienveillantes) et près de ce temple dans la ville basse le tumulus d'Ares, un dieu d'origine thrace ou scythique, tandis que dans la caverne au-dessous des propylées on adorait ensemble Pan et Apollon^), c'est-à-dire, les représentants de la mantique ancienne et nouvelle, le maître et le disciple, comme l'indique ApoUodore (I, 4, § 1).
Nous envisageons tous ces sanctuaires comme des restes du culte des races indigènes et de leurs coutumes antiques avec lesquelles les Grecs védiques durent chercher à transiger, car ils étalent trop intelligents et surtout trop faibles pour chercher à imposer à toute une population leurs coutumes et leurs idées.
1) Comp. Pausanias I, 26, § 6; II, 11, § 4 et ponr le temple des Erynnies comp. 1m Eoménides d'Eschyle y. 847, sq.; 892, 916, etc.
Aussi voyons-nous que cette première immigration védique connue sous le nom des Âchéens ou de la période héroïque, succombe-t-elle souvent au point de vue moral en acceptant plusieures coutumes et vices indigènes, en descendant quelque fois comme dans la famille des Atrides jusqu'aux pratiques du cannibalisme. Ce fut la tâche des Dorions de rehausser le niveau moral des races védiques en Grèce.
En revenant à ces restes du culte antique il est possible que les autels érigés aux dieux inconnus qui se trouvaient près du port de Phalérum (Paus. I, 1, § 4) fussent des vestiges de certains rites antiques qu'on accomplissait à cet endroit.
Entre l'Attique et le district de Tanagra (Beotie) se trouvait Oropus petit domaine qui fut longtemps une cause de dissenti<m et de lutte entre les Athéniens et les Béotiens.
Ici, dit Pausanias (I, 34, § 3), se trouvait un temple dédié à Amphiaraus ^). Mais ce n'est pas ce personnage qui nous intéresse en ce moment, quoique sa descente d'une famille d'Argos, sa disparition et son art de divination le rapprochent des races antiques; nous attirerons l'attention du lecteur sur le fait intéressant que l'autel qui se trouvait dans son temple était divise en cinq parties, et une de ces parties était dédié aux nymphes et à Pan.
En avançant vers le Péloponèse et en passant l'isthme de Corinthe, nous remarquerons que sur l'isthme et dans l'angle du nord du Péloponèse on trouve beaucoup de traces des cultes antiques. Ainsi nous trouvons sur l'isthme m'ême un temple dédié à Palaemon^ avec un sanctuaire souterrain, et près de
1) Amphiaraus était an des Argonautes quoiqu'il fut inconnu à Apollonius de Bhodes. Il est nommé par Apollodore comme un des chasseurs du sanglier de Calydon (T, 8, § 2) et comme un des Argonautes (id. I, 9, § 16). 11 était doYin (Apollodore m, 6, § 2). Après la guerre contre Thèbes, il fut englouti par la terre et Zeus le rendit immortel (A p. III, 6, § 8). 11 était né à Argos et était fils d^Oiclès (Voyez Apollodore I, 8, § 2, et comparez Pausanias III, 12, § 5).
2) Palaemon ou Melicerte était le fils d'Ino, une fille de Cadmos et d'Atha-
là nous trouvons un autel dédié aux cyclopes (Pausanias II, 2, § 1).
Ces derniers, remarquons nous, représentent un type ethnique, une race, quand ils sont les constructeurs des murs cyclopi* ques, dont nous parlerons plus tard.
Sur le chemin de Sicyon à Phlius dans un bois qu'on nommait Pyraea se trouvait au dire de Pausanias (II, 11, § 3) près d'un temple de Demeter et Kora un sanctuaire dédié aux nymphes.
Il est très-remarquable que dans le temple de Démétg^ les hommes célébraient une fête seuls à l'exclusion des femmes, auxquelles, dit Pausanias, ils laissaient pour célébrer la fête le sanctuaire des Nymphes.
Déméter, déesse du sol labouré, de l'agriculture, ne fut jamais la divinité des Pélasges; quoique identique à Oaea la Terre, adorée comme Mère commune par les autochtones, Démé-
mas. Sa mère rendae folle par Héra se précipita avec son^ fils dans les flots. EUe fot rendae immortelle sons le nom de Lencothoé, son fils sons le nom de Palaemon. On raconte encore (Pans. II, 1, § 8) que Palaemon fat enterré par Sisyphe, roi de Corinthe. Ce Sisyphe fat plas tard foadroyé par Zeas et précipité dans l'abtme (ApoUod. I, 9, § 3; III, 12, § 6). Ordinairement tons ceax qui sont précipité dans Tablme par Zeos sont des individus on de race indigène, on qai sont détestés par Zeos pour leurs pratiques infâmes empruntées aux races non Tédiques. Tel est Ixion, le père des Centaures, le cannibal Tantale etc., etc. Pour Palaemon-Mélicerte c'est une divinité très obscure: ses parents étaient: un indigène de la Béotie et une Cadméenne. Creuzer dans sa symbolique (II, 80) fait dériver le nom IlaXaiiJKov du verbe iraXaUiv lutter et le rapproche de Hercule qui avait une épithéte semblable (v. Symb. Il, 610; III, 181, note fi et citation de Tsetzes ad Lycophron). En acceptant cette étymologie on pourrait voir dans Palaemon un symbole des races qui luttaient contre Zens. Et Creuzer luimême rappelle que la statue de Palaemon était posée sur un dauphin, et que ce dernier symbole appartient aux antiques religions pélasgiques (Symb. III, 264, eomp. Paos. II, 8, § 4).
Creuser dte encore le scholiaste de Pindare (ad. Olymp. VU, 66; Symbol. m, 424, 496) pour rappeler que Palaemon dans certaines légendes couvre eomme Prométhée la tète de Zens avec une hache pour faire nattre Athène». Dans cette légende Palaemon comme Prométhée serait une. expression allégorique du fait que la sagesse des Grecs ne se développa complètement qu'avec la coopération de l'antique sagesse des autochtones.
ter fut exclusivement une déesse des Aryas qui introduisirent l'agriculture comme base du système social et comme occupation principale, — tandis que les nymphes sont des esprits locaux appartenant au culte antique des races non-védiques.
Il nous semble que dans la coutume du bois de Pyraea nous entrevoyons un indice des mariages entre les colonisateurs védiques et les femmes indigènes ; et il semble que, tandis que ces dernières restaient fidèles au culte de leurs ancêtres en sacrifiant aux nymphes et aux esprits, les hommes célébraient séparément leur fête nationale de l'institution de l'agriculture.
Nous avions déjà eu l'occasion de parler plus haut du fait qui du reste se repète partout et toujours dans l'humanité, que la femme est toujours beaucoup plus attachée au culte de ses ancêtres, beaucoup plus fanatique que l'homme, qui consent facilement à ce que sa femme retienne ses croyances, même si elles sont contraires à ses propres convictions.
Un fait pareil dut avoir lieu à Pyraea; et ce fut cette facilité de moeurs des Grecs de la période achéenne qui influa sur la décadence de leurs moeurs et de leurs croyances, jusqu'à ce que la réserve Dorienne dite les Héraclides ne vint retremper la race victorieuse et lui redonner des forces pour combattre l'influence dissolvante des races soit indigènes soit syriennes.
Nous insistons d'autre part que quand la femme grecque (Thétis, Pandore) entrait dans la famille de l'indigène elle l'entrainait à ses croyances, elle créait indubitablement une famille védique, changeait les moeurs des indigènes et donnait jour à une lignée de héros purement grecs.
En suivant ce même chemin de Sicyon à Phlius nous trouvons le monticule nommé Titane, où demeurait le frère de Hélios, l'inventeur de l'astronomie, le Titan dont nous avons parlé plus haut en citant Pausanias (II, 1 1 , §§ 3 et 5). Plus loin (îd. ibid. ch. 12, § 1) le même auteur dit qu'à Titana au pied de ce monticule se trouve un autel consacré aux vents, où une fois par an un prêtre sacrifie à ces divinités et accomplit certains rites
mystérieux au dessus de quatre fosses pour apaiser leur fureur ^). «Ce prêtre chante encore, ajoute Pausanias, à ce qu'on dit les ézorcismes de Médée')».
Nous croyons pouvoir affirmer que ces rites ne sont certainement pas d'origine grecque; les incantations qu'on emploie pour conjurer les vents sont certainement des rites de cette antique religion et de cette antique civilisation qui embrassait la magie, la médecine, la métallurgie et qui florissait parmi les peuples de ht Colchide comme elle florissait dans l'antique Arménie touranienne et parmi les proto-Mèdes de la même race avant et même après l'invasion iranienne ^j.
A vingt stades de Sicyon sur le chemin de Titane se trouvait sur la rivière Asopus une forêt de chênes et un temple consacré aux Erynnies (ou Euménides). On faisait à ces divinités des libations de miel et on mettait sur leur autel des fleurs, mais qui n'étaient pas tressées en couronnes; de plus on leur sacrifiait des brebis (Pausanias II, 11, §§ 3 et 4). Dans une clairière de cette forêt ou plutôt de ce bosquet de chênes, se trouvait un autel consacré aux Moiras ou Moeres, filles de la Nuit d'après Hésiode (Théog. 217). Dans les Euménides Eschyle v. 727 les nomme irdivinités antiques» comme les Erynnies.
«On sacrifie à ces Moiras, ajoute Pausanias, de la même manière comme aux Euménides», c'est-à-dire, comme nous comprenons ce passage, d'après les rites antiques des populations indigènes.
1) D eit probable que ce sont les Tenti furieox et détordoooéf enfanti de Tjphoeoi dont parle Hésiode dans la Théogonie (%9, f»q.;.
2) Koot rappelleront qoe dans les Argonaatet d'AjKillouiiia de Kbodei, III 845, 11469 Médée donne à Jaaon uo banme dit de Pronétbée ce qui indique comme noos le erojoni qoe la population de Colcbide révérait Prométbée, père des sdencei occoltet , comme lei popnlationt indigènes de la Grèce. Comp. do reiln Eschyle «Prom. enchaîné» t. 416, sq.
9) Comparez pour Tancienne Arménie et M edie Deoxiême lettre Assjriologiqne de Lenormant et Origines etc., t. II, pp, 474 — 475 da même. Voyez encore po«r la Colchide les Argonaotes de ApoH. Rhodins, III, 1020-1059; 1194—1224.
Ce qui est particulièrement saillant dans ces rites antiques c'est l'absence complète du vin aux sacrifices.
Nous trouvons dans l'Oedipe à Colone de Sophocle une indication directe de ce que le vin était banni de tout sacrifice à ces divinités antiques, car les Erynnies sont nommées (v. 100) «déesses ennemies du vin» et au vers 481 le choeur apprend à Oedipe que ses libations ne doivent consister que «d'eau et de miel, sans y mêler du vin».
Nous trouvons «des rites à l'antique» à Olympie dans l'Elide (v.Paus.y, 15, § 6) de plus on ne faisait pas de libations de vin sur les autels des nymphes, de Despoina et sur l'autel commun à tous les dieux, dit cet auteur.
Nous rapportons aux temps antérieurs à la culture de la vigne en Grèce les formes de ces rites antiques, et nous rappelons la lutte acharnée que dut soutenir le culte de Dionysos avant de s'établir; du reste nous reviendrons à ce sujet.
Nous ajouterons encore que l'absence du vin aux sacrifices indique des rites antérieurs à l'immigration des races védiques qui en entrant en Grèce connaissaient déjà les boissons enivrantes dont elles faisaient des libations au nord du Hindou Eoh et qui acceptèrent le jus de la vigne conime un substitut du Soma divin.
Ce sont certainement des sanctuaires de la religion antique des esprits, que ces grottes, où on révérait des nymphes, comme p. ex. la grotte des nymphes Anigrides près d'Elis sur le mont Samicum, qui étaient censées guérir la lèpre, (Pausanias Y, 5, § 6) la grotte des nymphes lonides à quinze stades d' Olympie (id. VI, 22, § 4), la grotte de Coryce en Phocide près de Delphes, où on révérait les nymphes Coryciennes conjointement avec Pan (id. X, 32, §§ 2 et 5).
Nous arrêtons l'attention du lecteur sur les nymphes Anigrides non seulement par suite de leur caractère médical, mais encore parce que Chiron se rend à la source de la rivière
Anigrns pour y laver le venin de l'hydre de Leme '). (Pansanias
V, 5, §§ 5 et 6).
TE Les sociMi; les mMinp: les TelcUses, les Dactyles,
les (Mes, etc.
Nous ne saurions, même dans une si rapide esquisse comme la nôtre, passer sous silence ces antiques sociétés de fondeurs qui probablement apportèrent de la haute Asie, leurs connaissances métaUurgiques.
Nous avons vu que la tradition plaçait à Sicyon, l'ancienne Mécone, la dispute entre Zeus et Prométhée au sujet de la part du sacrifice qui revenait à Zeus; près de cet endroit, à Titana, nous avons trouvé l'habitation du Titan, reflet affaibli de Prométhée, et plus loin, à Argos, nous avons vu que Phoronée a usurpé le rôle de Prométhée. Nous nous trouvons en tout cas sur la voie par laquelle le mythe du Nord qui incarnait le passé ténébreux des races indigènes s'avançait dans le Péloponèse. Il n'est pas étonnant que nous trouvions sur notre chemin, et notamment à Sicyon des réminiscences des plus anciens métallurges au dire de Strabon et de Diodore de Sicile ^ les Telchmes.
La ville de Sicyon portait même le nom de Telchînia (comme rile de Rhodes), ainsi que le dit Pausanias, d'après le nom de Telchin, petit fils d'Aegialeus, roi de Sicyon (Paus. II, 5, § 5). Nous ne nommons pas sans cause Aegialeus, le grand père de Telchin, par préférence à son père Europs, car c'est d'Aegialeus
1) PanBanias, en racontant cette légende qu'on aTait inventée pour expliquer le détestable goût des ondes du fleuve, igoute que d'autres racontent, que ce fut Pylaenor, a:utre centaure blessé par la flècbe d'Hercule, qui vint laver sa plaie dans le fleuve.
2)Strabo X, 8, § 7, sq. f. Causab. 466; XIV, 2, §§ 6, 7, f. Caus. 668—4; Diod. Sicnl. V, 55.
que Pausanias (1. cit.) dit en termes formels, que c'était un autochtone.
Par conséquent Telchin qui ne semble être qu'une expression collective pour les Telchines, appartient aux antiques races nonvédiques de la péninsule. Les Telchines eux-mêmes durent être une association de métallurges, une société secrète formée au sein des populations antiques pour exploiter une certaine branche d'industrie qui fut crée dans la Haute- Asie particulièrement aux endroits qui abondent en étain ^).
n parait cependant que quelques traditions, font venir les Telchines de l'île de Rhodes; c'est ce que dit Diodore de Sicile (V, 55) qui ajoute qu'ils étaient magiciens*) et rattache à cette tradition une légende curieuse qui vient à l'appui de notre système; il dit après avoir raconté le mariage de Neptune à la soeur des Telchines, Halia, et la naissance d'une fille Rhodos, qui donna son nom à l'île :
«C'est vers ce même temps que naquirent dans la partie orientale de Rhodes ceux que l'on appela les géants» (loc. cit.).
Nous ne saurons dire d*où Diodore puisait cette légende, mais elle semble relier les Telchines, non aux métallurges phéniciens et sjTÎens, mais aux races indigènes de la Grèce, qui sous le nom de géants nés de la Terre , luttaient sur le sol de là Grèce contre l'invasion des races védiques.
Nous trouvons dans la mjthologie grecque toute une série de noms qui représentent des groupes de métallurges, magiciens et sorciers; tels sont les Telchines, les Dactyles, les Corybantes, les Cabires qui, ainsi que Tafifirme Strabon (X, 3, § 7, f. Caus.
1) Gomp. Les premières civilisations de Lenormant, l'époque néolithique T. I, pp. 93, 96, 108; 107, 122, 180 etc. Voyez encore Howorth's ffistory of the Mongols, 1876. London, v. I, p. 47, sq., and note to p. 60 on the page 704.
2) Strabon XIV, 2, § 7, f. Caos. 664, rapporte cette môme tradition en n'y igontant pas foi, mais en émettant l'opinion que cette réputation de magie probablement fut l'effet de l'enyie des antres métallurges surpassés par ces habiles ouvriers en métaux.
466), sont regardées par quelques-uns comme absolument identiques entre eux et aux Curetés et par d'autres regardés comme apparentés entre eux avec d'insignifiantes différences.
Nous avons donc droit de croire que tous ces maîtres des Orecs en fait de métallurgie et peut-être de magie, ne sont pas des dénominations de tribus, de races ou même de familles, mais celles des sociétés d'ouvriers liés entre eux par une association dont le but était de garder le secret de l'art qui les enrichissait ^).
Ces associations avaient un caractère religieux, cultivaient la magie et les sciences occultes, et devaient avoir une forte organisation qui leur permit pendant longtemps d'être les maîtres dans l'art de la métallurgie et d'être redoutés comme des êtres ayant le pouvoir de faire le bien et le mal à volonté.
Ils disparaissent quand l'art qu'ils tachaient de tenir secret se popularise, quand le Grec s'empare de l'art qu'il étudia sous ces maîtres, ce qui est exprimé par le culte d' Athène Telchinia ^ et quand le membre de la société secrète métallurgique, le Telchine, le Dactyle, le Curète devient Grec lui-même, ce qui parait être symbolisé dans le Hercule Cretois ou Idéen qui, comme le dit Pausanias, faisait partie de l'association des Dactyles idéens qu'on nomme aussi Curetés ^). Il arriva avec ses quatre frères du mont Ida en Crète en Elide et institua les
1) Garder le secret de l'art parmi des sociétés formées à ce bnt est ane pratique qni se retrouTe plos tard jusqu'au moyen-âge et dont le dernier reflet •ont les corporation! et les guildes. Tels furent peut-ôtre les G^phyréens de Hérodote V, 57; tels furent à Rome les institutions nommées collegia fabrorum, artificum, etc. Ces collegia étaient permises par la loi, mais il parait qu'on en forma d'antres avec un but illégal qui furent dispersés par Caesar et Angoste (Comp. Suétone Caesar, 42; Augustus, 82). Sur les sociétés des ingénieurs et des maçons da moyen &ge qui à ce qu'il parait furent les véritables ancêtres des sociétés de francs-maçons, voyez Clavel, Histoire pittoresque de la FranclUçonnerie, Paris, 1843 (pp. 81—85); Rebold, Histoire générale de la Franc- JUçonnerie, pp. 26—56 (Paris, 1851), etc.
2) Yoyes Pausanias IX, 19, § 1.
8) Pausanias Y, 7, § 4 *et 1. s. cit.
premiers jeux d'enfants qui devinrent ensuite les jeux Oljrmpiques.
Nous remarquerons encore que Pausanias dit que certaines traditions nomment Olympia comme le lieu ou Zeus combattit son père, Gronos, et les Titans et que ce fut lui qui institua les jeux Olympiques en commémoration de sa victoire (V, 7, § 4 in fine).
Les sens de toutes ces traditions est le-mème; Zeus est le Grec; le Hercule idéen est le Dactyle, le métallurge indigène grécisé: et l'un et l'autre instituent des jeux à Olympia, où d'après une de ces traditions les races védiques combattent et vainquent les races indigènes ^).
Mais en revenant à ces associations de mages métallurges qui formaient des sociétés secrètes au sein des populations demisauvages des Pélasges, il est probable que plusieures de ces corporations ouvrières arrivèrent par le nord et passèrent de la Thrace dans les îles de Samothrace et de Thasos et sur la péninsule de Chalkos (cuivre ou bronze) dite Chalcidide. Ces associations appartenaient évidemment à cette période que Hésiode nomme âge de bronze et qui précède en Grèce l'âge héroïque.
Cependant nous voyons que plusieures de ces associations arrivent en Grèce par une autre voie, savoir par l'île de Rhodes et l'île de Crète, et il est présumable que ces dernières tout en gardant leur caractère d'associations secrètes avaient déjà subi l'influence de la Phenicie et de la Syrie, où l'art métallurgique quels que fussent ses origines, florissait depuis la plus haute antiquité et n'avait rien à apprendre des métallurges nouvellement venus avec les Pélasges de la haute Asie en Crète ou à Khodes.
1) n est érident qne eette dernière tradition du combat de Zens et des Titans n'a pas le sens cosmogoniqne on platonique qn'eUe a dans la Théogonie d'Hésiode. C'est une légende postérieure où les Titans sont confondus aTec les géants.
Pour ce qui est des sociétés secrètes parmi les sauvages nous en avons touché deux mots plus haut, nous n'avons donc qu'à repeter que l'organisation des sociétés mystérieuses remonte à la plus grande antiquité, qu'elle existe parmi les sauvages de nos jours et que c'est un fait acqpis à la science que tous les mystères de la Grèce descendent des mystères pratiqués par les Pélasges ^) en honneur de leur divinités et avec des buts divers , dont l'un est comme nous l'avons vu le monopole d'un art appris dans les carrières de l'Oural, de l'Altai et du Thian-Chan.
Welcker dans son Prométhée d'Eschyle (sect. «die Lemnische Kabirenweihe», p. 158 et note) croit que l'anneau de fer que portait Prométhée après sa délivrance d'après la tradition, était le signe, ainsi dire maçonnique, que portaient tous ceux qui appartenaient aux associations secrètes métallurgiques dont nous parlons.
Le dieu de ces ouvriers en métallurgie et des Cabires en particulier était le dieu Hephaestos précipité du ciel sur l'île de Lemnos^. Nous connaissons Hephaestos, fils de Héra, dans la mythologie grecque, mais le Hephaestos des antiques sociétés métallurgiques dut être à l'origine un esprit élémentaire apporté de la haute Asie et parent au dieu du feu, au fils de la pierre de la religion accadienne si proche par son esprit et ses traditions des croyances des autres races touraniennes du culte des esprits élémentaires et des divinités chtoniennes comme l'a indiqué Lenormant dans les premières Civilisations (v. I, pp. 113 et 122, éd. 1874).
Il nous semble pouvoir affirmer que les Grecs védiques arrivant des versants du Hindou-koush, c'est-à-dire descendant d'un pays boisé et marchant en troupe armée sans s'arrêter au milieu
1) Comparez Maury Histoire des Religiona, II, 802—804, 806 et voyez ettcore aa sujet dez mystères de Samothrace, p. 807 et sniv.
2) Voyez Iliade I, 590—594; XVIII, 895, sq.; Hymn. Homer. Apollon. Pyth. ▼. 187—148; Apollodore I, 8, § 5; Cicero de Nat. Deor. m, 22, § 65.
des populations nomades métallurgiques, arrivèrent en Grèce avec certaines connaissances métallurgiques il est vrai, comme Tart de forger le fer, que les races indigènes semblent n'avoir pas connu ^), mais sans connaître l'art de la fonte, et surtout sims avoir d'habiles ouvriers en bronze, mais possédant par contre l'art de travailler le bois. Aussi voyons nous que l'art le plus antique des Grecs se borne à ciseler des statues en bois. C'est ainsi que Pausanias parle des plus antiques statues des dieux faites en bois '). Et Ovide dans ses Métamorphoses dit (X, 693 — 694) : «là dans cet asile des vieilles croyances, le prêtre avait rassemblé les images de bois des divinités antiques».
Nous remarquerons encore que les Aryas du Sapta-Hindou en entrant dans le bassin du Gunge, — comme l'indique James Fergusson, — ne connaissaient aussi que l'architecture de bois, et que les premiers essais en pierre copiaient l'omamentation des constructions en bois').
Il est probable que le même fait se répéta en Grèce et que ce fut la hache du charpentiçr, le ciseau du sculpteur en bois et le marteau du charron qu'apportèrent avec eux les masses védiques. Il est très-probable du reste que les premiers essais des arts imitatoires fussent nés entre les mains du potier qui pétrissait des figures d'hommes et d'animaux de la terre glaise mêlée d'eau comme le fait Hephaestos dans le poème d'Hésiode les Oeuvres et les Jours (v. 61, et comp. Pline H. Nat. XXXV, 43). Cependant nous ne trouvons pas en Grèce un grand développement de cette fabrication d'images des dieux en terre glaise comme nous la voyons dans la Grande Grèce et dans toute l'Italie, où les injXtvot ôeot et les dii fictiles étaient très communs.
1) Voir la légende des siècles ci-dessous.
2) Voyez Pans. I, 27, § 1; VII, 5, § 4; Plusieures de ces stataes sont censées être ronvrage de Dédale (IX, 40, § 2).
8) Voyez Tree and serpent Worahip de James Fergusson; (éd. 1678) p. 86, et comparez la planche du Frontispice de cet ouvrage. Voyez encore son History of Architecture ▼. Il, p. 466.
Ceci et beaucoup d'autres considérations nous font croire que Part du potier ainsi que la manipulation de la terre glaise est un art que les Grecs trouvèrent déjà florissant au milieu des Pélasges. Il parait aussi que cet art ne fut employé plus tard que rarement même pour l'omamentation des édifices, au moins nous ne nous rappelons que la mention de Pausanias des figures en terre cuite dans la Céramique d'Athènes %
Quoiqu'il en fut nous croyons pouvoir affirmer que jusqu'à ce que l'influence des Telchines, des Dactyles, des Curetés, des Corybantes se fit sentir en Grèce, les maîtres védiques de cette contrée se bornaient à reproduire l'image des dieux et des hommes en bois ciselé ; peut-être en terre cuite ^).
Ce qui est caractéristique dans cet art c'est sa pureté dont l'origine doit être rapportée à l'éducation pure des races védiques, races de la famille pure et monogame par excellence. Ces statues antiques comme le remarque Friedrich Thiersh') étaient toujours enveloppées et les jambes n'étaient pas divisées. C'est ce qu'on nomme le style archaïque ou hiératique. Peut être que l'art naissant ne pouvait pas encore dessiner toute la figure humaine.
Mais les races védiques ignorant l'art de la fonte et l'art statuaire, et ne possédant à fond que l'art du charpentier, du ciaéleur en bois et l'art de construii*e les navires, métiers qui se trouvent sous la protection immédiate de la déesse, d'origine védique et grecque par excellence, Athène *), — rencontrent des
1) Paiûanias I, 3, § 1. Comp. Plinias H. Nat. XXXIY, 16.
2) Paasanias Vn, 22, § 8, parle encore des pierres taillées qui servaient d'idoles, et qui étaient réyérés dans toute la Grèce dans l'antiquité. Noos ajouterons qne ceci dut être l'ouvrage des races indigènes comme nous le verrons en parlant des cyclopes ethniques.
3) «Ueber die Epochen der bildenden Eunst unter den Griechen» Mtliidien, 1829, S. 17 und fgd.
4) Voyez au sujet du navire d'Argo Apollon. Rhod. les Argonautes I, 4, 19, llli etc. Nous rappelons encore que le Palladium tombé du ciel est en bois. Yojez la légende chez Apoll. III, 12, § 3; nous avons dit plus haut que les statoes de Dédale étaient en bois, Pausan. IX, 40, § 2.
sociétés d'ouvriers habiles qui non seulement possèdent l'art du fondeur et du ciseleur ou bosseleur des métaux, mais encore sont habiles à créer toute une figure humaine. Leur dieu est l'Hcphaestos dont nous avons parlé, leur art est cynique et impudique.
Nous rattachons à ce contact des Grecs védiques avec les sociétés métallurgiques, élevées probablement sous l'influence irritante des mythologies syro-euphratiques à Rhodes, en Chypre, à Crète etc., le récit symbolique que nous trouvons dans la bibliothèque mythologique d'ApoUodore (in, 14, § 6).
Nous ne saurions trop repeter que nous avons toutes les fables dans la version grecque- védique. Et voici comment les Grecs racontaient dans le langage allégorique qu'ils employaient si fréquamment, l'histoire de l'alliance des deux arts, l'un sous la protection d' Athène , Tautre sous la protection d'Hephaestos, Pun pudique et pur, Tautre c>iiique et se délectant dans des images sensuels.
Hephaestos épris de la «belle vierge Athène, qui vient le trouver, s'enflamme de désirs impurs, et veut lui fidre violence. Ath^ue lo reiHnisse, mais Hephaestos excité par le désir laisse tomber sur la terre un germe dont nait Erichtonios. Athène recueille oe)>eudâut Tenfant, renferme dans une boite et le demie à garder à Paudn>$i\ la fllle de Cecrops. Les soeurs de Pandrose ouvrtmt la boite, voient un enfimt encerclé d*un serp^it. et de^iemient folles (ou sont tuées par le serpeuti. Erichtonios est t4évé i>ar la déesse Athène, et devenu roi à Athènes «érige une statue à la déesse».
Nous cnnxuis que la tendance i raconter des fidts réels sous le voile de Tallègorie^ tendance que nous trouvcms déjà dans lUuuèrx^ comme lians HèshMle, se révèle dans cette tradition dont lo vx^riiaWe sens, comme nous le ct\u ons. est le désir d*exprimer c\>mme Tart iminidique des sociétés métallurgiques élevées sous nnfluence diss^^Uv^inte des mo»^ttT^ de la Syrie et des îles voulait VmjvmT à Athènes et dans les cx^itives occupées par les
— lisimmigrants védiques du monopole des arts imitatoires, et comme le goût pur des races védiques repoussa cette union en s'emparant toutefois des procédés de l'art de ces habiles ouvriers qui adoraient le dieu du feu Hephaestos.
L'amour de Hephaestos quoique non satisfait , fut cependant la cause de la naissance d'Erichtonius, qui quoique sous la garde d'un serpent (le lecteur connait notre idée à ce sujet) est élevé dans le goût pur des Grecs védiques par la déesse Athène, et commence par lui ériger une statue, ce que nous interprétons par «une statue en bronze, en fonte,» premier essai de la métallurgie grecque apprise dans une école impudique, mais qui rat éviter l'influence dissolvante pour incarner ses propres idées, sa propre tendance, son goût pur et élevé, son admiration pour le beau en général dans ses oeuvres dont l'art technique fut raiprunté aux sociétés ouvrières des Telchines, des Dactyles, des Curetés, etc.
M Les pillarls et les Inpls.
Quand les Grecs entrèrent dans la péninsule de la Grèce par la Thrace et commencèrent à occuper le pays entre le cours du Strymon et l'Olympe, qui porta plus tard le nom de la Macédoine, les tribus des races pélasgiques qui furent refoulées vers le midi et le couchant, n'entrèrent que plus tard en lutte avec la masse armée et organisée qui s'avançait en ordre et en force au milieu de ces populations sauvages. Mais un certain nombre de ces tribus et des plus farouches se retira à l'est dans la péninsule de Chalcidide *) , où ils organisèrent une défense vigoureuse et luttèrent avec acharnement contre les envahisseurs, ce
1) Nous soupçonnons que les occuppants de la péninsule de Chalcidide étaient les débris des races géants que Lenormant rapproche des Quainites: V. Appendice A.
qui d'après notre ferme conviction est le fond da mythe de la lutte des géants, fils de la terre, contre Zeus et les Olympiens renforcés d'Hercule sur les plaines de Phlègre ou Pallène, nom de la plus méridionale de trois langues de terre de la péninsule de Ghalcidide, qui par parenthèse porte le nom du métal qui dans la légende conservée par Hésiode, caractérise cette race qui luttait contre les Grecs et l'embrassait sous la dénomination générale de l'âge d'airain.
Il parait que ce n'est qu'après avoir terminé victorieusement cette lutte avec les géants de Phlègre que les Grecs védiques groupés au pied du mont Olympe se sentû-ent assez forts pour avancer vers le milieu de la Grèce et le Péloponèse. Comment s'effectua ce mouvement, pourquoi ne voyons-nous qu'une partie de ces immigrants s'élancer à la conquête de la Grèce, étaient-ce les plus aventureux ou les plus nobles des familles qui se séparèrent du reste des Grecs restés dans la Macédoine pour se précipiter sur les tribus indigènes et le beau pays pour se tailler des principautés séparées , ce sont des questions auxquelles nous ne saurions répondre. Mais la légende nous dessine déjà la Grèce divisée entre les nobles races de la période dite Achéenne; les tribus Ioniennes (outre Tlonie) occupent TAttique et le nord du Péloponèse; les tribus doriques sont encore dans la vallée du Haliacmon (en Macédoine).
Toute la Grèce n'est pas encore occupée par les Grecs védiques. Entre Tétat demi-pélasgique de TAttique, la Béotie demiphénicienne, demi -indigène, les états Achéens du nord de la Grèce et les états Achéens du Péloponèse, la Messénie, Argos, Sparte^ les populations Ioniennes du bord méridional du golfe de Corinthe, il y avait encore place pour la vie sauvage des tribus indigènes qui erraient sans agriculture \) à la recherche de
1) Nom avons dit plus kâst qu'il est prolnblo qB*«M fftitie dot PoUages sVtnpaît de rd^friciiltaro; cnx^la sûrmeat se soiuùrMit iBsêdiateBeat aux
leur nourriture qui consistait eu glands et eu produit de chasse ; et qui n'osant pas attaquer ouvertement les états établis de la période achéenne faisaient cependant des incursions pour piller les fruits de la terre cultivée, dévalisaient les voyageurs et en général vivaient de rapines jusqu'à ce que, — ainsi le veut la tradition, — les dieux olympiques ou les héros grecs ne les exterminèrent. — C'est sous ce point de vue que nous allons étudier les légendes qui nous dessinent l'état de la Grèce pendant la période des Héros (c'est-à-dire de la première invasion achéenne).
Nous commencerons par indiquer que les Centaures, — qui sont sans contredit une tribu vivant toujours à cheval comme quelques tribus Mongoles de nos jours, — sont représentés par les anciens mythographes comme de véritables brigands^). Le sage Chiron, qui possédait l'art de guérir et dont nous avons parlé plus haut, Centaure lui-même, représentait de sa personne non la tribu en masse, mais la somme des sciences que possédaient les prêtres ou les sorciers pu les sages de la tribu. Il fait don de son immortalité à Prométhée, l'idéalisation de la science humaine dans les races non-védiques et cette partie de son individualité continue à vivre dans le Prométhée reconcilié avec Zieus; mais comme tribu, Chiron meurt. Cette même idée se repète sous un autre point de vue dans le rôle de précepteur que Chiron joue vis-à-vis des individus qui appartiennent déjà à la race mixte des Grecs et des Pélasges. Ainsi Apollon fait instruire son fils, Esculape, par Chiron (ApoUod. III, 10, § 3), qui est aussi précepteur d'Actéon, d'Achille (Apollodore, III, 4, § 4; 13, § 6) et d'autres. Homère dans l'Iliade (IV, 215 — 219) dit que Machaon couvre la blessure de Ménélaus de remèdes : V. 219 «Dont la force (salutaire) fut révélée à son père par le bienveillant Chiron.»
1) Voyez ApoUodore II, 5, § 4; 7, § 6; Diod. de Sic. IV, 12, 69, 70; Comparez à propos de Nessus le Ceutaure les Tracbinienues de Sophocle et l'Hercule farieoz d^nripide; voyez encore Ovide, Metam. XII, 3.
— lie- Nous pensons même que Chiron si bienveillant et si aflfectueux envers les Grecs, tandis que Hercule fait là guerre aux Centaures (Apoll. Il, 5, § 4) est le représentant des sociétés secrètes ou des sages formant une caste séparée parmi cette tribu sauvage, qui gardaient le secret de leur connaissances parmi leurs compatriotes, mais en faisaient part à quelques uns des meilleurs Grecs, en comprenant que l'avenir leur appartenait.
Chiron quoique ami d'Hercule meurt de la flèche de son ami le Grec, et disparait avec toute sa tribu de brigands, léguant comme nous l'avons dit sa science à l'humanité.
Le mythe de Chiron et des centaures est un des plus vieux mythes, parce qu'il exprimait une des premières luttes qu'avaient à subir les Grecs védiques dans le nord de la Grèce. Dans le rang successif des légendes il prend place presque immédiatement après le combat des géants aux pieds de serpents à Chalcidide.
Plus tard quand les Centaures avaient déjà disparu, les brigands, — restes des tribus indigènes qui vivaient de rapines, — sont le plus souvent symbolisés par le mythe du serpent.
Ainsi nous voyons qu'en Béotie les habitants de Théspie sont obligés de payer un tribut de jeunes gens à im serpent ou dracon qui les visite, jusqu'à ce que ce dracon ne fut tué (Pausanias IX, 26, § 5).
Nous remarquerons par parenthèse que partout dans toutes les légendes et dans tous les contes^), là où un serpent enlève des jeunes gens et des jeunes filles par force ou comme tribut imposé, nous croyons qu'il s'agit de razzias des races pillardes qui emmènent comme esclaves ou comme victimes destinées à assouvir les appétits féroces des cannibales les jeunes gens des colonies ou des villes, fondées par des immigrants plus civilisés, mais encore faibles^).
1) Voyez dans les contes russes et slaves les serpents, fils de la montagne qui enlèvent les belles.
2) Le monstre dont Persée délivre Andromède (Apollodore, II, 4, § 8) comme
Le serpent et aussi appelé le chien d'Aides, comme l'indique Hécatée de Milet en parlant d'un serpent qui habitait une caverne du promontoire de Tenare (Laconie) (Pausanias lU, 25, § 4) et que nous soupçonnons fort n'être qu'un dernier asile des sauvages traqués par les Grecs du Péloponèse après la prise d'Amyclée.
En général les noms de serpents ou de brigands changent avec le temps auxquels se rapportent les légendes; le serpent étant une dénomination se rapportant à des temps plus reculés et plus mythiques, il est en même temps un terme ethnique désignant la race des pillards indigènes dits fils de la Terre.
La grande tâche des héros de la période achéenne est de détruire ces brigands qui empêchaient les communications entre les états védiques et rendaient impossible la vie paisible et policée.
C'est ainsi que nous regardons comme restes des bandes pillardes indigènes et le cruel Sinis qui attachait les voyageurs aux arbres pour les écarteler et qui fut tué par Thésée (ApoUodore, m, 16, § 2; Pausanias II, 1, § 4) et Sciron, le brigand, qui demeurait entre l'Attique et la Mégare tué par le même héros (ApoU: II, 8, § 1; Paus. I, 44, § 7; Diod. Sic. IV, 59). — Tel est encore Periphète (d'après ApoUod. III, 16, § 1) ou Corynète (d'après la lesson de Diod. IV, 59), fils de Hephaestos qui portait toujours une massue en cuivre*) et qui fut tué à Epidaure (en Argolide) par ce même Thésée, le grand destructeur des pillards qui occit aussi Cercyon et Procruste appelé aussi Polypémon qui exerçaient des ravages près d'Eleusis (Paus.
la Ifinotaore qui dévorait les jeunes gens Athéniens, tribut à Minos dont Thésée déUvra ses concitoyens (Diod. IV, 61) sont encore le symbolisme de la même idée, seulement les ravisseurs pillards de mer représentaient des races civilisées quoique cmeUes.
1) Comparez Page d'airain de Hésiode, dans les Oeuvres et les Jours, vers
160; cHii aatem erant aenea quidem arma nigmm
enim non erat ferrum».
I, 38, § 5 et Diod. IV, 59). Du reste et Diodore (1. cit) et Pausauias (II, 1, § 4) indiquent directement la tÂche que s'était imposée Thésée, ce héros qui symbolisait la force collective des Grecs, il avait, disent ces auteurs, rétabli la sûreté des routes de la Trezène (Argolide) jusqu'à Athènes, et purgé tout ce chemin infesté de brigands.
Et Cycnus, le fils d'Ares et de Pélopia, Thrace d'origine, tué par Hercule à Iton (Thessalie, dans le midi de la Phtiotis \ doit être compté parmi les représentants des tribus pillardes indigènes qui dévalisaient les voyageurs qui portaient leurs oflRrandes au temple d'Apollon. Seulement nous remarquerons ici que ce dernier indice, ainsi que tous les exploits de l'Hercule grec, nous reportent à une période plus récente, peut-être même au commencement de la période dorienne.
Une légende qui nous ramène à des temps d'une haute antiquité de la période achéenne est sans contredit la tradition sur Phlegyas qui venait au Péloponèse pour piller les fruits de la terre et enlever le bétail (Paus. I, 26, § 3). Il n'était que le représentant des indigènes qui faisait des razzias sur les terres des colonisateurs agricoles grecs. Pausanias trace (IX, 36, § 1) sa descente d'Ares par une des filles de ce dieu thrace, et dans l'hymne homérique à l'Apollon Pythique (v. 100, sq.) les Phlegyas sont nommés «hommes de violence qui ne respectent pas Zeus.»
Dans la section IV de cet ouvrage nous avons déjà vu que d'après une tradition rapportée par Pausanias (II, 26, § 4)*Asclépios est regardé comme fils de la fille de ce brigand Phlégyas, ce qui indique clairement que Phlégyas lui-même appartenait à ces races indigènes qui pratiquaient la médecine empirique (v. le Prométhée d'Eschyle) et qui furent les taaîtres des Orecs dans cet art.
1) Comparez ApoUodore II, 7, § 7 et le Bouclier d'Hercule, poème apocryphe attribué faussement à Hésiode.
Pausanias rapporte encore les traditions sur les attaques réitérées, auxquelles était exposé le sanctuaire de Delphes. Ce temple fut attaqué premièrement par les brigands d'Ëubée (Pausanias X, 7, § 1) probablement ces mêmes Abantes dont parle Homère dans l'Iliade (II, 536, 542) qui «respiraient la guerre», qui étaient des «guerriers de flamme brûlants de coups des lances de hêtres», qui «portaient des cheveux longs sur la nuque» comme quelques tribus scythes ou les peaux rouges de nos jours.
Delphes fut ensuite attaqué par ce peuple des Phlégyas dont nous venons de parler (Paus. 1. cit). Pausanias, comme nous l'avons vu, fait descendre Phlégyas d'Ares et de Chrysa et le fait vivre et agir pendant et après la guerre des sept contre Thébes (Paus. IX, 36, § 1) c'est-à-dire pendant la période héroïque ou achéenne de la Grèce ^). Ce même auteur (1. cit.) dit que Phlégyas fonda une ville qui fut au commencement l'alliée de rOrchomène des Minyas, mais cette alliance fut bientôt rompue, les Phlégyas recommencent leurs brigandages et pillent Delphes. Après la défaite de Philamon qui accourut au secours de Delphes, «le dieu (dit Pausanias) détruisit le peuple des Phlégyas . de fond en comble par des éclairs interrompus et des tremblements de terre terribles. Ceux qui ne périrent pas, moururent de la peste, et ce ne fut qu'un très-petit nombre de Phlégyas qui se sauvèrent en Phocide ».
Le dieu resté innommé par Pausanias doit être Zeus luimême qui manie les foudres, si seulement on n'acceptait pas quelquefois l'identité d'Apollon, (une nouvelle forme de Zeus venue du Nord) avec le Zeus 01}'Tnpique. Quoiqu'il en fut, nous voyons la destruction d'un peuple de pillards par Zeus, ce qui dans le langage ordinaire veut dire une guerre d'extermination commencée par les Grecs contre certaines tribus indigènes vouées à la destruction par suite de leurs habitudes de rapines et leurs moeurs barbares.
1) Comp. les Oetnrres et les Jours d'Hésiode, y. 162.
Dans cette tradition que rapporte Paasanias, il parle encore des Ephyrotes, en les rapprochant des Phlégyas (Oomp. Hom. II. Xni, 301) et dit qne c'étaient les habitants des rivages de la Thésprotie, c'est-à-dire des sauvages montagnards du pays, qui porte encore aujourd'hui le nom d'Epire, et qui étaient des véritables Pélasges.
Nous croyons que les anciens avaient généralisé toute la lutte des races indigènes contre les Grecs dans le mythe du combat des géants dans les plaines de Phlègra contre les dieux védiques.
Ce n'est certainement qu'avec beaucoup de doutes que nous osons rapprocher le nom des plaines de Phlègra avec le nom des Phlégyas, qui cependant peuvent se relier par une même étymologie, qui nous remène au verbe brûler^), en nous rappelant et le combat des géants consumés par les foudres de Zeus et les Phlégyas détruits de la même manièi'e.
Nous croyons utile de rappeler ici la tradition sur la lutte des géants telle qu'elle est conservée dans l'Ion d'Euripide avec un détail d'une haute antiquité et d'un haut intérêt, auquel nous reviendrons encore plus tard en parlant des cyclopes constructeurs.
La légende d'Hésiode sur la tête de Méduse a un caractère tout phénicien; c'est une légende importée d'Afrique. Dans Hésiode (Théog. 270 — 286) les soeurs Gorgones, dont .une fut Méduse, sont filles d'un monstre; marin Ceto^) et de Phorcos. Persée coupe la tête à Méduse (fécondée par Posseidon) et de son sang sortent Chrysaor et Pégase ').
1) Le verbe 9X1 y«u, çXt Yid<o, je brûle. Comp. Ià*de88ai le Lexicon Mytho* logicum de Hederich ad toc. Phlégyas, Phlégon, etc.
2) On a vu dans Geto le symbole d'un vaissean. Voy: dans Hederich^s Lez. Myth. Getus.
3) Noos parlons en détail de ce mythe dans notre analyse (en russe) des légendes d'Hésiode. Il suffit de dire ici que la légende que nous regardons comme phénicienne doit exprimer une fécondation de certaines contrées de l'Afrique par
Dans l'Ion d'Euripide la légende de la tète de Méduse se rattache à la guerre des géants fils de la terre contre les dieux (lisez les Grecs ^:
Y. 987. Creuze. Ecoute donc, tu connais le combat des fils de
la Terre?
Le vieillard. Je connais celui que les Géants ont livré aux
dieux dans les champs de Phlègra.
Grenze. C'est alors que la Terre enfanta la (xorgone ce monstre
terrible.
Le vieillard. Auxiliaire envoyé à ses fils pour combattre les
dieux ?
Creuze. Oui, et Pallas la fille de Jupiter^) lui donna la
mort.
Le vieillard. Quel aspect avait ce monstre sauvage? Creuze. Son corps était armé de vipères aux plis tortueux. Le vieillard. N'est-ce pas l'antique récit que j'ai entendu
faire?
Creuze. Minerve (Pallas) couvrit sa poitrine de sa terrible
dépouille.
Le vieillard. C'est ce qu'on appelle l'égide, armure de
Pallas ?