‹ Prométhée; poème dramatiqueChapitre 12 sur 19 · JUPITER · texte numérisé non relu

JUPITER

M alheureux, qui dans tes entraves Contre moi hurles et blasphèmes, Tu crois, Titan, que tu me braves Et tu n'es qu'un peu de moi-même.

Courage sans cesse irrité, Ame brûlante et généreuse, Qu'es-tu, sinon ma volonté, Ma propre force aventureuse?

Je suis le ciel ; je suis limmense azur peuplé

D'astres insoupçonnés, d'étoiles inconnues Et de soleils plus grands que l'espace étoile Où, par les vastes nuits, se perd ta faible vue. Je suis les animaux, les plantes et la mer, Et la terre que baigne un clair océan d'air. L'ombre mystérieuse et la lumière blonde ; Je suis le monde avec ses milliards de mondes Et le grain de poussière errant au vent du nord; Je suis la vie ardente et l'immobile mort ; Je suis le fruit tombé, l'aile qui se déploie, La mâchoire qui broie et la fuyante proie, La brise où l'âme exquise des doux lys s'exhale Et le sourd grondement des vagues colossales ; Je suis l'ordre et je suis la révolte; je suis Le ver luisant et le sombre abîme des nuits. Je suis l'amour, je suis la haine; en moi je sème Et je détruis ; en moi tout vient et tout s'en va ; Je suis tout ce qui est, qui fut et qui sera. Et seul par-dessus Tout, je suis l'Unité même. Tout émane de moi, tout se résorbe en moi. Car je suis l'Etre unique et sa fin et sa loi Sous le voile changeant des vaines apparences Où seul je reconnais mon unique substance.

Bulle d'écume sur la grande mer, tu n'es,

Titan, que l'un de mes plus infimes aspects.

Le feu que tu volas, c'est moi. Ta sombre bouche

Qui m'insulte, c'est moi. L'air où ta voix résonne.

C'est moi. Les hommes et tes mains qui les façonnent,

C'est encor moi. Et les divinités farouches

Qui sur le flanc glacé d'un horrible rocher

Vont pour des siècles de tortures t'attacher,

Le vautour affamé qui rongera ton foie,

Le rocher et ta chair, c'est moi, c'est toujours moi !

— Quand l'un se fit plusieurs, il déchira son être

Et l'unité sous mille aspects dut disparaître.

Mais ce n'est là qu'un rêve ; et la réalité

Unique, c'est toujours l'éternelle Unité.

Le mal n'est que le choc entre mes apparences ;

La douleur, l'aiguillon ^^SB^^êHr^eâgg^ ^cAJ2/t ^^^'^^^^'^^^

Sur le chemin caché qui remonte vers moi.

Aux yeux de l'Être unique être est l'unique loi :

Il n'est ni bien ni mal de moi-même à moi même.

Je t'aime, ô fier Titan, car moi-même je m'aime;

Je suis ton être et ton néant; va, maudis-moi,

Tu me retrouveras un jour au fond de toi.

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