‹ Prométhée; poème dramatiqueChapitre 13 sur 19 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

La plus haute cime d'une montagne.

Prométhée est enchaîné au rocher.

Ici, Où la terre finit, Sur cette haute cime où nul pied ne se pose, Où nulle herbe ne croît, où nul être ailé n'ose Aventurer son aile, Sur ce hideux rocher

Dressé dans la neige éternelle, Me voici, nu, sanglant, à jamais attaché,

Victime de la haine immonde De l'effroyable dieu qui règne sur le monde. Douleur! Douleur ! Douleur! Pour moi tout est douleur! Chaque jour, le soleil, dont l'implacable ardeur Change en fournaise l'éther, Brûle et crevasse ma chair ; Et quand naît la fraîcheur de la nuit étoilée Mon corps glacé frémit, mordu par la gelée Et par le froid brillant de mes chaînes de fer. ^

Mâchoires jamais lasses, j

Les lourds cercles d'airain \

Rongent mes bras, mes genoux et mes reins 1

Comme des reptiles voraces. t

Au roc je suis rivé, debout, sans mouvement, ;

Hurlante et saignante statue ! -■

Seul dans l'exécrable carcan -

Mon cou peut tourner par moment "^

Et d'une horreur à l'autre erre ma triste vue. 1i

En bas, le précipice immense, la paroi v

De glace, gouffre en fuite, innommable vertige, \

Mur vertical plongeant dans le vide et l'effroi, ^

Proynéthée. 131

Comme une chute qui se fige.

En haut, le vide encor, le morne abîme bleu Où m'aveugle un cruel fourmillement de feu. Nul repos, nul répit dans l'éternel supplice! Le sommeil à jamais a fui mes yeux maudits ! Si ma fièvre s'apaise, au fond du précipice Roule un sourd grondement, la montagne gémit, Le roc secoué tord les clous dans mes blessures,- La tempête mugit, Et ses griffes d'acier Arrachent aux glaciers Des tourbillons de neige : il éclate, il fulgure, L'horrible ciel tonnant! Voilà ce que j'endure Pour avoir trop aimé la race des mortels. Hélas! de tous mes maux j'ai tu le plus cruel! Où donc est-il, le chien ailé de Zeus, L'aigle sidéral aux serres hideuses !

Gorgé de ma chair, De mon sang et de mes moelles, Il se repose au delà des étoiles Aux pieds de Jupiter.

Mon flanc guérit et mes entrailles dévorées Renaissent. Ah ! malheur ! déjà l'ombre sinistre

Des ailes exécrées Flotte sur mon visage. Il revient, le ministre Affamé des vengeances sacrées !

Sur la roche il tournoie.

Ah ! le bec furieux, les gloutonnes tenailles ! Elles vont de nouveau travailler dans mon foie,

En lambeaux convulsifs lacérer mes entrailles !

O terre, terre, ne te briseras-tu pas ! Soleil, qui vois cette injustice, N'éteindras-tu jamais dans un sombre fracas La lumière Qui éclaire Mon supplice?

Air transparent, toi qui touches mes plaies, Ne secoueras-tu point de lugubres sanglots? Et vous, lointaines mers, où la tempête effraie

Les chétifs matelots, N'élèverez-vous point jusques au firmament

Un si monstrueux hurlement Que le monde rompu retombe au noir chaos ? L'univers sans pitié se repaît de ma peine Et Zeus de ma souffrance engraisse encor sa haine. Être immortel dans la douleur

Prométliée.

Et souffrir non pas une vie Mais une éternité hurlante d'agonies

Où la mort elle-même meurt!....

Hélas ! cieux étoiles! si je pouvais mourir! L'homme blessé déchire sa plaie et succombe ; Moi, vainement jusqu'à la mort tout me déchire : Aux tourments infinis sans cesse je retombe. Mes yeux saignants, dans la torture, ma demeure, Siècle par siècle voient passer les lentes Heures,

Qui laissent, en passant, Sur la neige éternelle une empreinte de sang. Je les compte et je salue Chaque nouvelle venue

Jusqu'au jour où paraîtra celle Qui t'ira prendre, ô Zeus, tout au fond de ton ciel, Comme un prêtre traînant la victime à l'autel, Pour te jeter tremblant et mourant sur la terre. Jour de justice! Jour de joie et de lumière, Qui verra Némésis t'arracher le tonnerre. Le céleste bourreau vaincu par ses victimes Et le dieu sanguinaire, étouffé dans ses crimes! — Hélas! quel est ce bruit? Est-ce que l'aigle approche De la sinistre roche?

Ce n'est pas l'aigle. Il plane au fond du firmament.

Un doux frémissement

Éveille l'air dormant,

Où dans un frais murmure

Naît un parfum charmant.

Est-ce un dieu bienfaisant? Est-ce une créature?

Quel est l'être qui monte

Sur ce hideux sommet

Où nul ne vint jamais?

Vient-on considérer ma souffrance et ma honte?

Ah! Qui que vous soyez,

Regardez! Vous voyez

Un dieu crucifié Pour avoir trop aimé les hommes !

Hélas ! Encor ce vol d'oiseaux autour de moi !

Dieu, mortel ou fantôme, Toute approche m'emplit d'effroi.

CHŒUR DES OCÉANIDES (anivanf sur un char aile).

Ne crains rien ; c'est une amie Cette douce troupe ailée !

Les brises inconsolées

Ont porté dans nos vallées, Titan, ta plainte infinie.

Et nous, les âmes des sources.

Tordant nos cheveux d'écume.

Sur ce flottant char de brume Nous avons pris notre course Vers ce sommet désolé Pour verser nos larmes pures Sur tes plaintives blessures Et tenter de consoler Tes souffrances sans mesure Par nos plus tendres murmures.

Hélas ! filles de la Terre Et du pluvieux Éther, Voyez ces ignobles fers Q.ui sur le rocher me clouent Nu dans cette horrible boue Faite du sang que je perds Et des lambeaux de ma chair I

i^b Prométhée.

LES OCÉANIDÉS

Ami, je vois ton martyre, Et sur mes yeux la terreur Étend un brouillard de pleurs.

Spectacle qui me déchire !

Ton corps n'est qu'une blessure Rivée à la roche dure Où sans mourir tu te meurs Dans l'éternelle torture.

Ah ! de redoutables mains Tiennent le frein des destins!

Ainsi que des raisins mûrs, Zeus écrase l'univers.

Ce qui s'élevait hier.

Aujourd'hui n'est que poussière.

Ah ! si du moins sous la terre Ou dans le gouffre des morts Aux ténèbres des enfers Il eût abîmé mon corps!

Dans l'ombre et dans le silence Nul n'eût connu ma souffrance, Mais pour montrer sa puissance, Dans la cruelle lumière Aux yeux de la terre entière Il étale mon supplice, Epouvantant les mortels, Qui lui dressent des autels Ruisselants de sacrifices.

Me méprisent, me haïssent.

Et tandis qu'ils me maudissent Dupes du Menteur du ciel.

Misérablement croupissent Dans l'esclavage éternel!

LES OCEAN IDES

Dur Tyran, Despote habile,

Zeus est profond et subtil

Et son pouvoir est sans borne.

Un jour, pourtant, pâle et morne, En proie au noir désespoir, Du haut des cieux il doit choir.

LES OCEANIDES

Que dis-tu ? Folle imprudence !

Tu parles trop librement. N'insulte pas la Puissance!

Tu les connais bien, les dents Hideuses de la Vengeance !

Dans l'amère solitude La douleur ouvrit mes yeux :

Je vois au-dessus des dieux Les destins que nul n'élude.

Zeus s'est fait un palais d'orgueil et d'injustice Qui doit sous ses débris un jour l'ensevelir.

Tous les crimes du ciel creusent un précipice Où, poussés par Némésis, Les dieux penchent, les dieux glissent Sans pouvoir se retenir.

LES OCEAN IDES

L'épouvante, ah! l'épouvante Gomme un loup me mord au cœur!

Retiens ta langue imprudente De peur De" justifier Zeus et sa fureur.

Ce dur bourreau, ce maître impitoyable, Un jour, humble, souple et doux Viendra, courbant l'échiné, embrasser mes genoux Pour implorer mon savoir secourable.

Car lorsque tous les dieux Seront chassés des cieux Seul mon savoir pourra, si je le veux.

140 Promet kée.

Dépouiller Zeus de sa robe de crimes

Et désormais Purifié, radieux et sublime Le rétablir sur les divins sommets.

Mais tout dépend de moi. Je garde mon secret.

LES OCÉAN IDES Quoi! sur les dieux tel serait ton pouvoir?

Tout ce que nous croyons toucher, entendre et voir, Reçoit sa forme dans notre âme.

Tout n'est qu'un vain mirage aux fantômes divers.

C'est en nous que Zeus règne hélas ! sur l'univers ;

C'est en nous que sera brisé son sceptre infâme

Quand la science aura refait le monde en nous Et que la cruelle image Du Dieu qui reçoit vos hommages

Deviendra monstrueuse et folle aux yeux de tous.

Promet hée. 141

LES OCÉAN IDES Et cependant il règne.

PROMÉTHÉE Oui, sur ceux qui l'adorent.

LES OCÉAN IDES

La douleur te fait délirer.

Tu hais le dieu qui te torture, tu l'abhorres, Toi-même tu crois donc à son règne exécré.

Des erreurs du passé je suis l'esclave encore.

LES OCÉAN IDES

Ton supplice est-il une erreur?

Une illusion, ta torture?

Un mirage, le sang qui sort de tes blessures? Un rêve, le vautour qui te mange le cœur?

Prends garde, tu perds l'esprit !

Renonce à ton arrogance Et n'insulte plus la Toute-Puissance.

PROMÉTHÉE Tout arrivera comme je l'ai dit.

LES OCÉANIDES

Songe plutôt à ton salut.

Que nous en parlons à notre aise, Du malheur qui sur nous ne s'est pas abattu ! « Dis ceci! Fais cela! » Nul conseil ne nous pèse. — Lorsque j'ai secouru les mortels, je savais Qu'à la fureur d'un dieu jaloux je m'exposais,

Promet hée. 1 43

Et ce n'est point mon châtiment Qui me surprend, Mais son ignominie.

Dessécher Sur ce rocher Où ma défaite offerte aux basses railleries Montre à tous les regards le triomphe des dieux, A quelles cruautés descend leur tyrannie Et quel supplice attend les cœurs trop généreux ! Du blé que j'ai semé voilà donc la récolte! Mon effroyable exemple dit :

« Ne faites point ce que je fis ! »

Sur mon gibet, c'est l'outrage qui me révolte, Je sers d'épouvantail pour asservir mes fils. Mais laissons ce discours sans gloire et sans profit. Vous, nymphes, tendres murmureuses Aux longues robes écumeuses, Aux légers voiles de brouillard, Descendez de ce char, Venez baigner mon front de vos larmes divines ! Et, pour me consoler, que vos voix cristallines Me parlent de la terre et des fils adorés Dont je suis par les dieux à jamais séparé

LES OCEAN IDES

Nous voici sur ta roche

Attendant tes questions.

Interroge; nous répondrons.

PROMÉTHÉE Entendez-vous ce bruit? Certes, quelqu'un apprcchc.

LES OCÉANIDES

Aux rochers ébranlés un pied pesant s'accroche ; Il écrase la neige, il fait craquer la glace.

Qui donc ose gravir la montagne maudite ? Est-ce hélas ! une autre menace Du ciel qui s'irrite ?

Promet liée. 145

LES OCEAN IDES

Les reins courbés, lourd, haletant, Sur la roche arrive un Titan.

Je le reconnais ; c'est mon frère Épiméthée.

Dans quel état je te revois, ô Prométhée !

Sur cet affreux rocher tu souffres mille morts.

Ah ! crois-le bien, mon cœur est touché de ton sort ;

Pourtant j'avais prévu tous les maux qui t'accablent.

On ne provoque pas des dieux impitoyables,

Tu n'en peux plus douter, mon frère! Il faut savoir

Courber le front à point devant les grands pouvoirs.

Tu n'as pas voulu croire à mon expérience.

Toi qui vois maintenant où mène l'imprudence ;

Va ! Je ne t'en veux point! Je suis trop affligé

De ces maux que je veux tenter de soulager.

Prométhéc.

Écoute, cette fois, mes conseils salutaires Et je te sauverai, si tu me laisses faire.

Eh quoi ! tu t'es risqué sur ce mont dangereux Pour offrir ma torture en pâture à tes yeux ? Soit ! Regarde ces fers et ce sang ; tu vois comme Zeus comble de faveurs le bienfaiteur des hommes.

EPIMETHEE

Je le vois, Prométhée, et je l'avais prévu. Tu n'es pas assez souple et ton orgueil têtu S'abqfndanne aux fureurs les plus inopportunes. Il faut c iinger de ton pour changer de fortune. N'avais-je pas prédit les embarras cruels Où t'a jeté ton sot amour pour les mortels? N'attends rien de leur aide en cette solitude : Tu ne tireras d'eux que leur ingratitude. Renonce à ton erreur et par ton repentir Sollicite humblement les dieux à s'adoucir.

Promet hée. 147

Mais avant toute chose il faut murer ta bouche. Si les dieux entendaient tes blasphèmes farouches,

Leurs présentes rigueurs Seraient de simples jeux auprès de leurs fureurs. Assieds -toi sur ta langue! Avale ta colère !

Radotages, dis-tu? Non pas, Sagesse ! — Là-dessus je pars et de ce pas

Je vais par mes prières Tâcher de fléchir Zeus pour te tirer d'affaire.

Laisse ton frère à sa misère!

Ne t'inquiète plus de mes cruels tourments.

Le malheur, nul ne l'évite.

Nul ne peut fléchir Zeus. Prends garde seulement

D'avoir à pleurer ta visite.

Ah ! tu prends plus de soin D'autrui que de toi-même,

148 Prométliée.

Témoin ton infortune extrême !

Mais je veux te servir. Ne m'en empêche point I Je sais ce qu'il faut faire et j'obtiendrai, je pense, Ta délivrance.

Je rends grâces, mon frère, à ces soins généreux.

Mais à quoi bon des efforts inutiles Qui t'exposent toi-même à la rigueur des dieux?

Reste à l'écart ; tiens-toi tranquille ! Mon malheur me suffit; épargne-moi le tien. Ah! mon cœur saigne encor du martyre des miens !

Titans, mes pauvres frères,

Éternelles victimes

Des volontés divines ! L'un se tord en hurlant dans les flots de la mer, L'autre brûle dans les entrailles de la terre, D'autres, rampant, bavant et s'entre-dévorant Sous la plume et les poils des plus vils animaux

Peuplent le sol, l'atmosphère et les eaux. Crains la rage de Zeus! Fuis la foudre! va-t'en!

Proynéthée. 149

EPI M ET H EE

De la colère, Cet ulcère, Le médecin c'est la parole.

Ton espérance est folle.

Un dieu n'a ni cœur ni raison.

ÉPIMÉTHÉE Mais enfin si nous essayions !

PROMÉTHÉE Hélas ! l'essai retombera sur moi.

ÉPIMÉTHÉE C'est assez clair ; tu me renvoies.

PROMETHEE Redoute la pitié ; vois quelle est sa rançon !

ÉPIMÉTHÉE Ton malheur, Prométhée, une rude leçon!

PROMÉTHÉE C'est sagement parler. Allons, cours, dépêchons.

Tout cela m'est pénible. Adieu. Je vais descendre. Et qui sait, après tout, si Zeus voui^^ m'entendre !

(Exit.)

LES OCÉANIDES

Cœur médiocre, esprit étroit, Il voit le devoir et le droit

Dans leur lettre et non dans leur âme Il rampe devant les puissants Sans rien entendre aux fiers accents Qui mettent la poitrine en flammes ; Il rend stupide le bon sens Et sa pesante vanité Se plaît dans un monde hébété Où règne l'immobilité Sans amour et sans liberté.

Il est heureux! Il va revoir la terre

Tandis que je reste attaché,

Dans ma torture solitaire, A mi-chemin des cieux sur mon sanglant rocher.

Cette terre qui m'est si chère,

Hélas ! je ne la connais plus !

Depuis combien de siècles révolus

Mes yeux ne vous ont-ils plus vus, Fleuves aux flots d'azur qui me baigniez naguère. Frissonnantes forêts où l'ombre et la lumière

A la voix des oiseaux chanteurs

Dansaient sur des touffes de fleurs !

Je mangeais des fruits mûrs ; je buvais Teau des sources

Vous, leurs âmes, mes sœurs, Vous effleuriez ma bouche en vos chantantes courses.

Paradis à jamais perdus, O charmes de mes yeux, je ne vous verrai plus !

Pour adoucir un instant mon supplice.

Parlez-moi, parlez-moi, douces consolatrices, Parlez-moi de la terre et des fils adorés Dont je suis par les dieux à jamais séparé!

LES OCÉAN IDES

Amer, amer est ton supplice,

Amère est ta privation.

Mon cœur fond de compassion Et sur ma joue un long ruisseau de larmes glisse. Puissé-je satisfaire à tes deux questions ! La terre, ô Prométhée, est toujours aussi belle

Sous son écharpe de fleurs Qui jette au clair soleil le rire des couleurs Avec des chants d'oiseaux et des battements d'ailes.

Promet liée. 153

La vie y fait naître, Nager, ramper, voler, bondir, s'entrelacer Et changer et passer Les formes de tous les êtres.

Qui ne sont peut-être Que les formes d'un seul être.

Et les derniers venus, les hommes, tes enfants, Misérables et triomphants.

Couvrant la terre entière De leurs cités, qui sont d'immenses fleurs de pierre. Ont asservi toute vie à leur vie ; Mais par les dieux leur vie est asservie. Ainsi se sont accomplis Les destins par toi prédits.

Dans la dévote humanité Tout est réglé, tout est fixé, Tout est lié de durs liens; Chaque journée à la veille est pareille.

Du génie humain Les dieux rassurés ne craignent plus rien Et c'est en vain Que l'essaim des douleurs, ces actives abeilles. Aiguillonne l'inertie

De ta race abâtardie, Rien ne la réveille De sa léthargie!

Le voilà, le suprême orage de malheur Que la rage de Zeus fait crever sur mon cœur ! Telle est ta récompense, ô tendresse infinie Qui voulais élever les hommes jusqu'aux dieux! Est-ce donc pour cela que j'ai ravi le feu Et qu'ici je subis l'éternelle agonie?

Tout s'écroule en mon cœur. Zeus triomphe. Il peut voir, Avant l'heure où lui-même à mes pieds il doit choir, Tout au fond de mon âme

.l'I Mourir la dernière flamme

Et s'étendre à jamais la nuit du désespoir.

Mais non, non, vous avez mal vu ;

Non, tout espoir n'est pas perdu;

Il existe encor sur la terre

Des hommes que ma flamme éclaire,

Proviéthée. 155

Ivres de liberté, de courage et d'amour,

Qui chasseront la nuit aux cris joyeux du jour!

Mon cœur s'abuse-t-il? Est-ce en vain que j'espère?

LES OCEAN IDES

Je le crains. Clairsemés, farouches, solitaires. Quelques-uns, comme toi, sans respect pour les dieux, Tentent de décharger l'homme du poids des cieux. Les uns à la lueur nocturne de leur lampe Descendent sans frayeur les escaliers sans rampe Des gouffres ténébreux où la sombre nature A caché le secret des énigmes obscures ; Pour eux la délivrance est dans la vérité. D'autres offrent leur sang sur les places publiques

Pour la justice et pour la liberté.

Audace impie et mensonge anarchique!

Les dieux ne sont-ils pas toute la vérité, Le seul ordre possible et l'unique justice?

Pour la paix du monde il faut qu'ils périssent. Tous ces révoltés !

Peuples, prêtres et rois, sous l'œil de Zeus, unissent

156 Promet liée.

Contre eux tous leurs efforts.

Partout on les attaque, On les chasse, on les traque, On les pousse à la mort En leur montrant la roche où saigne ton supplice. Ayant commis ton crime, ils méritent ton sort : Les volontés de Zeus dans leur sang s'accomplissent. Nous voulions par pitié t'épargner ce récit ; Mais puisque tu nous questionnes.

Que ta souffrance nous pardonne :

C'est malgré nous que nous t'avons tout dit.

Ah! je le savais bien! Mon cœur m'avait parlé!

Sur terre il vit toujours, de ses sublimes flammes Il brûle encor les grandes âmes.

Le feu sacré, le feu ailé Qu'aux dieux naguère j'ai volé!

Ceux-là sont mes vrais fils, que mon ardeur dévore!

Dans la nuit ténébreuse ils apportent l'aurore.

Je leur lègue mon sang et le feu de mon cœur.

O futurs conquérants des plus hautes splendeurs!

Tous ceux dont la poitrine se soulève Pour la beauté magique d'un grand rêve, Ceux que tourmente un désir exalté D'amour sans borne et d'âpre vérité, Ceux que révolte à jamais l'hébétude Où les puissants tiennent les multitudes Et qui, raidis dans un superbe effort.

Bravent l'exil et l'opprobre et la mort. Voilà les héritiers de mon âme indomptable. Le ferment de la terre et l'espoir de la vie! Ils seront les vengeurs qu'attend mon agonie Et les vainqueurs joyeux du tyran qui m'accable.

LES OCÉAN IDES

O Malheureux ! Toujours la même impiété. Toujours les mêmes Affreux blasphèmes!

Puissé-je ne jamais heurter la volonté Du puissant Maître De tous les Êtres !

Qu'il ne me traite point en rebelle! D'effroi Mon âme tremble

A ton exemple !

Que les lys de mon cœur au soleil de la foi

Epanouissent

Leur pur calice !

Qu'à l'ombre de l'autel les mystères divins

Et redoutables

Des saintes tables Me trouvent assidue! Ah! reste dans mon sein,

Piété sainte/

Amour et crainte!

Ineffable bonheur, de marcher d'un pas sûr

Dans une voie

Où tout est joie, Les yeux pleins de lumière et le cœur plein d'azur,

Qui font sereines

Même les peines!

Front courbé sous le verbe infaillible d'un dieu.

Mains suppliantes

Et confiantes, Ils sont heureux et doux, vois! les enfants pieux

Du divin Père

En qui j'espère !

(Entre lo.)

Quel est ce pays? Et quels sont ces gens? Qui vois-je, malheureuse, Cloué sur ces rochers et battu par les vents ? Qu'as-tu fait pour mourir de cette mort affreuse ?

Dites-moi du moins où je suis, Moi, pauvre vagabonde,

L'errante des jours et des nuits

Et la fugitive du monde ?

Ah! encor la piqûre! Encor l'insecte immonde Et le souffle brûlant qui consume ma chair ! Oh ! Oh ! le noir fantôme aux cenb yeux ! quel effroi !

Loin de moi, terre, loin de moi !

Son front remplit le ciel. Les feux rusés et clairs De ses millions d'yeux fourmillent dans l'éther. Il me donne la chasse. Il pousse la sauvage Affamée à travers les sables du rivage ! ... Le feu! le feu brûlant, je le sens dans mon sein ; Il me ronge la chair et l'âme, il me torture. Où fuir, grands dieux, où fuir l'infernale morsure?

Où me conduiront mes courses sans fin?

Ha ! le souffle de Zeus ! Il terrasse. Il dévore.

i6o Prométhée.

OÙ m'attend-elle encore, L'effroyable douleur de la maternité, Et quels monstres nouveaux vais-je encore enfanter? Qu'ai- je donc fait, ah! ah! par le taon harcelée, Tremblante de terreur, d horribles feux brûlée. Comment ai-je attiré, Zeus, ton terrible amour, Supplice de mes nuits, torture de mes jours? Dieu cruel ! sois enfin clément Et dans la mort achève mon tournient.

Dans le feu brûle-moi ! Sous terre^^S-moi !

Aux monstres de la mer

Hélas ! livre ma chair.

Grâce ! ton souffle ardent passe encore sur moi ! Prends-moi ! Prends-moi ! Je meurs ! Je me déchire en toi !

LES OCÉANIDES

Entends-tu, Prométhée, lo qui se lamente?

Qui ne reconnaîtrait la misérable amante, La martyre de Zeus ? Oui, les cornes lunaires !

Je le vois sur son front sous le ciel colossal, Le signe de l'astre vassal, Et la pâle lumière Errante dans la nuit énorme eu mystère.

Quoi ! vous savez mon nom ! Vous connaissez le mal Qui m'épuise, aiguillon furieux des folies ! Hélas! l'écume aux dents, haletante de faim, Le monstrueux désir, l'horrible frénésie Dans les détours déments de mes courses sans fin Jusqu'à ce roc sinistre ont poussé ma détresse. Dites, vous qui voyez quel noir destin me presse. Est-il des malheureux plus éprouvés que moi ?

Mais toi, Triste supplicié, parle, quel est ton nom? Connais-tu dans l'angoisse une pâle espérance? Pourrais-je voir, un jour s'adoucir ma souffrance? Est-il quelque remède à ma douleur? Réponds, Si ta douleur m'entend ; que ta pitié réponde A l'éternelle vagabonde !

i62 Prométhée.

Oui, je te répondrai simplement, en ami. Celui que tu vois ici Sur cette roche ensanglantée.

Donna la flamme aux hommes. Je suis Prométhée.

Quel crime te faut-il expier en ce lieu ?

PROMÉTHÉE J'ai voulu rapprocher l'humanité de Dieu.

Dis-moi; qui t'a cloué sur ce hideux sommet?

L'injustice de Zeus; la main de ses valets.

Promet liée. 163

Ton esprit clairvoyant connaît-il l'avenir?

Le mal souffert instruit des maux qu'il faut souffrir.

Peux-tu me dire quand finiront mes souffrances?

Tes malheurs prendront fin avec ma délivrance, lo, car ton bourreau n'est autre que le mien.

Mais il est éternel.

iG4 Promet liée.

Son châtiment s'avance :

Mes fils le chasseront de son ciel comme un chien.

lO

Stérile est ton espoir et vaine est ta jactance : Les fils que j'ai de lui dévoreront les tiens.

Pourquoi m'interroger si tu crois que je mens?

lO

Ah! pardonne! Et dis-moi la fin de mes tourments.

LES OCÉAN IDES

Qu'Io d'abord, pour satisfaire A notre curiosité,

Pnnnrtliée. 165

Nous dise ses malheurs et ses pas emportés

D'un bout à l'autre de la terre.

Tu lui révéleras ensuite les mystères Du fardeau de douleurs qu'il lui reste à porter.

J'y consens. Parle, lo. L'on trouve quelque charme

Au milieu de l'adversité A faire sur ses maux couler de tendres larmes.

Je vais vous satisfaire.

C'est un triste récit, un amas de douleurs

A tirer de longs pleurs

Des plus dures paupières.

Il m'en coûte, pourtant, de me les rappeler, Les agitations du dieu, ses noirs orages. Mes terreurs, mes douleurs et mes courses sauvages!

C'étaient dans ma chambrette solitaire Et dans les champs, la nuit, sous les cieux étoiles

OÙ des yeux me fixaient dans l'étouffant mystère,

D'ardentes visions et des appels brûlants

Avec des souffles chauds qui passaient sur mes flancs.

« Viens, me disaient les voix, Zeus t'attend. Zeus t'appelle

« Il veut te féconder de sa force éternelle.

« 11 t'a faite pour lui. Tu lui dois ta beauté,

« Ta jeunesse, ta vie et ta virginité.

« Viens! Quitte tes parents, ta maison, ta patrie.

« Cherche Zeus, haletante, à toute heure, en tout lieu,

« Et livre tout ton être aux caresses du dieu

(( Qui veut te posséder dans l'extase infinie. »

Toutes les nuits, mêmes obsessions.

Mêmes songes. J'étais, hélas! bien tourmentée. Le jour, je desséchais à l'écart, agitée, *

Inquiète, appelant l'heure des visions. k

Dans l'obscure douceur d'une suprême nuit.

Quand tout dormait dans ma demeure,

Furtive et pâle, je m'enfuis, Le cœur serré d'angoisse et les yeux pleins de pleurs. Dans les basses prairies Par la lune blanchies

Haletante, les sens en feu,

Les tempes battant la folie.

J'errai, buvant des yeux les cieux, Cherchant Zeus entre les étoiles.

Tout à coup un grand vent brûlant et furieux

M'abattit sur le sol, me pénétra les moelles

Quel bouleversement transforma tout mon être ! Mon ventre se gonflait. Ma tête sentait naître Ces deux cornes de flamme... Un insecte acharné Bourdonne autour de moi, me pique, me harcèle. La terreur me soulève et me donne des ailes. Je fuis. Je fuis — en vain! — le dard envenimé. Par les prés, par les bois, les vallons pleins de sources, Les rivages déserts et les monts décharnés, Hurlante de douleur sans fin bondit ma course. Je fuis, stupide, aveugle... Où donc ai-je passé?... Je fuis... Soudain mon corps s'effrondre terrassé. Dans les roseaux du Nil et la fange insalubre. Où j'emplissais la nuit de meuglements lugubres, De mes flancs déchirés s'échappent, monstrueux, Encornés comme moi, tout un peuple de dieux. Devant eux l'encens fume Et le sang rouge écume.

Et voici de nouveau que l'ardente caresse De Zeus brûle ma chair. De nouveau, c'est l'ivresse

i68 Prométhée.

Horrible, et la piqûre affolante du taon Et la course effrénée et les mugissements Vers les astres et les hideux enfantements. J'ai peuplé de mes fils et l'Europe et l'Asie, Assyrie et Chaldée, Inde, Perse, Syrie, Gaule, pays Germains, et terres boréales Et terres des tropiques.

Les continents transatlantiques Et les îles des mers australes.

Quels effroyables dieux n'ai-je pas mis au monde ! Leur gueule de serpent, de tigre ou de chacal Dévore des lambeaux fumants de chair humaine Et leur bas ventre immonde Veut des cultes obscènes.

Devant eux on égorge, on écorche, on empale; On broie des hommes dans des cuves, On les étouffe dans l'étuve, On les plonge dans les chaudrons Où l'huile cuit à gros bouillons, On les déchire avec des crocs.

On les fait rôtir dans les flammes.

On brise un à un tous leurs os.

On arrache les seins des femmes,

Promet hée. 169

Et des Molochs de fer à tête de taureau Rougis par les charbons qui sous leurs pieds flamboient, Enfournent dans leur ventre en mugissant de joie Les enfants nouveau nés qu'y jettent les bourreaux. Fruits hideux de mes nuits d'amour et d'épouvante, Tels sont les fils de Zeus que ma douleur enfante. Mais c'est assez parler. Mon destin me reprend. Zeus m'appelle. Son souffle embrase encor mon flanc. Avant que de nouveau l'effroyable piqûre Par bonds furieux, sans haleine, Pousse ma fuite à travers monts et plaines. Ah! par pitié, dis-moi, je t'en conjure, Quand je verrai la fin de ma torture.

LES OCEANIDES

Grands dieux ! Grands dieux ! Assez, grands dieux Jamais je n'entendis rien de plus effrayant. L'insupportable angoisse et les tableaux affreux !

Quels sombres épouvantements !

Mon âme saigne à leur morsure.

Je défaille au récit cruel de ces tortures.

lyo Prométhée.

Si le passé vous fait tant pleurer et gémir, Que sera-ce quand vous connaîtrez l'avenir?

LES OCEAN IDES

Parle. Pour les souffrants c'est un soulagement Que de savoir exactement Tout ce qu'il leur reste à souffrir.

O malheureuse lo, par le monde tu traînes

Toute la misère humaine.

La soif de l'infini, le mépris de la terre Et l'amour insensé des célestes chimères Sans espoir te tourmentent.

Lorsque ton cœur en feu Croit posséder un dieu, Dans les ténèbres tu enfantes Des monstres ruisselants d'horreur et d'épouvante.

En vain tu parcourras la surface du monde ;

Sur les sommets glacés, dans les gorges profondes,

Dans le bruit des cités, dans la paix des déserts

Et sur les bords sonores de la mer, Toujours l'amour d'un dieu torturera ton âme, Déchirera tes flancs

Et fera ruisseler ton sang.

Ton supplice et le mien, mille siècles infâmes Le verront. Reconnais le souverain des dieux : Son amour n'est pas moins atroce que sa haine.

Et ne pouvoir mourir! Où fuirai-je^ En quels lieux Trouverai-je du moins une trêve à mes peines ?

C'est en vain que tu fuis.

L'aiguillon venimeux en tous lieux te poursuit. Tes maux ne finiront, lo, qu'avec mes chaînes. Siècle sur siècle, — lourd, énorme entassement

Proméihée.

De tortures sans nombre ! Et pourtant je l'entends Dans l'avenir lointain, dans la brume du temps, Le marteau de mes fils qui brisera mes fers Et qui fera crouler le ciel de Jupiter ! Jusque-là, notre lot, lo, c'est le martyre.

Va ! ne songeons plus qu'à souffrir !

Pitié! Pitié! En moi, l'horrible mal encore, La frénésie, La folie...

Elle monte ! Et le dard venimeux me dévore !

D'effarement Mon cœur heurte mon sein. Ils roulent, mes deux yeux,

Ils roulent convulsivement.

Hors de moi je me sens emporter. Furieux, C'est le souffle du délire.

Sur ma langue plus d'empire ; Troubles, incohérents, les mots vont au hasard

Dans l'orage hagard De l'horrible torture et des noirs cauchemars.

(Elle sort.)

Vous la voyez, la cruauté du dieu !

lo dans sa folie errante Et moi sur ma roche sanglante, Nous en sommes, hélas ! les exemples fameux. Mais qu'il tremble, là-haut! Mes hurlements farouches Ont une force redoutable.

Il rugit dans ma bouche, Le refrain formidable, L'hymne brûlant de la révolte universelle

Qui va déchaîner tous les instincts rebelles Et les entraîner dans son rythme de feu ! Avec l'homme, contre les dieux Tout l'univers Va tressaillir d'un grand frisson de guerre. L'émeute gagnera les forêts, les campagnes, Les fleuves, les montagnes.

Les gouffres de la mer Et tout le vaste éther. Une immense tempête Mugira contre Zeus.

Dans la nuit furieuse

iy4 Promet hée.

Étoiles et comètes Courront, fendant l'espace, Lui cracher à la face; Les vents et les marées Se riront de ses cris ; La foudre délivrée Fendra ses doigts flétris ; Entr'ouvant ses entrailles La terre, qui le raille, Criera la vanité De sa paternité ; Et dans l'impondérable Peuplé d'êtres infimes.

Le rire de l'abîme Fera choir de sa cime Le dieu qui nous accable.

Et j'aurai fait ces choses, Moi, Prométhée, à cause De l'injustice affreuse

De Zeus.

Certes, alors, il faudra Q.ue Zeus ou Dieu, Brahm, Allah, Jéhovah, De quelque nom qu'on le nomme,

Promet hée.

Afin de conjurer la révolte des hommes, Se fasse homme à son tour, qu'il prenne la figure De ceux qu'il persécute, et que dans les tortures, L'opprobre et l'infamie Sur la terre il perde la vie Pour la conserver dans les cieux.

A cet abaissement, lui, le maître des dieux. On le verra descendre, Car son salut est à ce prix.

Contre ce dur destin rien ne peut le défendre. Ainsi j'aurai vengé la race de mes fils.

Tremble, Tyran, dans ton ciel ébranlé, Et frissonne de rage Sur l'orageux nuage !

Déjà jusqu'à ton cœur mon cri s'est envolé Et tu sens que bientôt l'universel blasphème Brisera sur ton front l'orgueilleux diadème :

Dans l'avenir comme moi tu sais voir.

LES OCÉANIDES

Mais ayant fait ce que tu dis, Zeus reprendra-t-il son pouvoir?

• Certes, de cette ruse il tirera profit. Se liant à la chair des mortels Il liera de nouveau l'homme au ciel.

Mais dans les âmes la pensée De Prométhée Fermentera sans fin, Puissant levain Qui soulèvera la pensée humaine.

Après de longs siècles d'iniquité Et des millénaires de haine Un cri de liberté Jaillira de nouveau de toutes les poitrines. Il sera démasqué, le subtil artifice !

Percée à jour, ha ! la fourbe divine ! Alors la Justice Et la Vérité A la voix puissante De mes fils révoltés Se dresseront triomphantes.

De nouveau Zeus verra son trône chanceler Et ses temples crouler.

Son orgueil fondra comme les nuages Quand la pluie d'été tombe sur la mer. Et lui-même, brûlé par ses derniers éclairs, Pâle, il se dissoudra dans son dernier orage. Lorsque la nue obscure et les grondements sourds Mourront dans la lumière éclatante du jour. Ah! ce sera mon jour et celui de ma race! Ce jour-là, délivré Par la Justice et par la Vérité, Dans le ciel nettoyé je lèverai ma face. Mes fers éclateront! Aux quatre coins des cieux Je les jetterai sur les cadavres des dieux. Et sur la terre dilatée Se briseront toutes les chaînes Et dans chaque poitrine humaine Battra le cœur de Prométhée !

LA CORYPHEE

Tu te fais à plaisir un dieu selon ton cœur.

PROMETHEE Selon mon cœur, sans doute, — et selon le destin.

LA CORYPHÉE Croire que Zeus jamais tombe du ciel et meure !

PROMÉTHÉE Né dans les âmes, Zeus y trouvera sa fin.

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