‹ Prométhée; poème dramatiqueChapitre 7 sur 19 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

L'Olympe.

ZEUS

Te voilà, cher Hermès, mon svelte adolescent^ Dans ta course légère Aussi changeant que la lumière Et plus rapide que le vent !

HERMES

Je suis ta volonté toujours en mouvement. Je monte et je descends,

J'unis, je mêle et je transpose.

L'univers et les dieux s'entrelacent par moi. Père, de toi je vais aux choses, Des choses je reviens à toi.

ZEUS

Mon rusé coureur de mystères,

A coup sûr tu viens de la terre

Car tu as pris l'aspect de ses plus beaux enfants.

HERMES

Comme ailleurs, sur ce globe Je donne et je dérobe.

J'ai pris la forme des mortels, Mais c'est en l'idéalisant :

J'en suis à mon tour le modèle Et je la rends parfaite à leurs plus beaux enfants

ZEUS

Quoi donc, ont-ils ces jambes fines,

Ces reins souples et gracieux.

Cette douce et forte poitrine,

Ces bras blancs, plaisir de mes yeux,

Ce visage frais et joyeux.

Cette bouche aimable et subtile,

Fleur de la beauté juvénile.

Et ces grands yeux où tour à tour

Brillent la malice et l'amour ?

HERMES

Père, tu veux railler ! Cependant tu sais bien

Que le Titan audacieux A formé les mortels à l'image des dieux

Sans épargner le Zeus Olympien.

ZEUS

La téméraire ressemblance Est un hommage que me rend son insolence.

Mais l'on n'a pas encore imité sur la terre L'aigle ni le tonnerre.

HERMES Ah ! si j'osais parler !

ZEUS

Eh bien, que tu veux-tu dire^

HERMÈS

Attentat inoui ! Sacrilège odieux !

Aidé par ta fille en délire L'exécrable Titan a dérobé le feu !

Père, si tu ne mets un terme à son audace, Sur l'Olympe il viendra s'asseoir à notre place.

Grâce à la flamme les humains Tournent à leur profit les lois de la nature. Ils fondent les métaux, taillent la pierre dure Et façonnent le bois à leur gré. Dans leurs mains

Le fer accomplit des prodiges.

Ils bâtissent des villes splendides Et sans peur leurs navires rapides Sur les flots blancs d'écume voltigent.

Ils ont conquis la terre, ils ont dompté la mer,

Ils sauront prendre, un jour, le chemin de l'éther.

Et comme ils sont changés! C'étaient d'humbles sauvages;

Maintenant, beaux et fiers, ils lèvent vers les cieux

L'intrépide splendeur de leur noble visage.

Oui, le Titan triomphe : ils ressemblent aux dieux !

Père, père, il est temps ! Punis ces orgueilleux

Si tu veux que le ciel règne encor sur la terre.

Lève-toi! Lève-toi! Montre-leur ton courroux!

Que l'impie accablé périsse sous tes coups! O Père, père, le tonnerre!

ZEUS

Laisse les destins s'accomplir !

Il n'est rien que ce qui doit être.

Mon fils aimé, prenons plaisir A voir prospérer ceux qui doivent nous servir.

L'homme a beau s'agiter, les dieux restent les maîtres

Je saurai le lui faire voir.

Tout fléchit devant mon pouvoir :

J'abaisse l'orgueilleux et j'élève l'esclave. Paix à qui m'obéit! Malheur à qui me brave!

HERMES

Ta puissante bonté pardonne aux criminels. Que tout ce qui se meut sur terre et dans le ciel T'offre un tribut d'amour, d'espérance et de joie!

Père ! Que ta bonté m'envoie Annoncer ta puissance à ces pauvres mortels !

ZEUS

Plus tard ! Dans la première ivresse de la vie

Ils se croient semblables à nous.

Quand la nécessité courbera leurs genoux, Fils, ils t'appelleront de leur bouche meurtrie.

Promet hée. 77

HERMES Aussi sage que bon !

NÉMÉSIS (entrant tout à coup)

Non, cela ne peut être!

Écoutez Némésis !

ZEUS Elle parle à son maître.

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