NÉMÉSIS
Elle invoque son droit !
O Père universel des choses, souviens-toi! Lorsque ta volonté devint le vaste monde, Lorsqu'en l'éther sublime et ses vagues profondes Tu fis tourbillonner sans lin les sphères d'or, Quand ton verbe se fit matière, Quand, mêlant la vie et la mort,
La nature entr'ouvrit les yeux à la lumière, Sur l'inégalité, mère des changements,
Sur toute force en mouvement.
Sur tout ce qui grandit, s'élève et se croit libre, Tu m'as donné puissance et je suis l'équilibre Qui, toujours dérangé, toujours se rétablit. Gardienne du niveau, je frappe et je punis Quiconque fait pencher l'éternelle balance, Car je suis la rançon, la peine et la vengeance.
Tout s'écroule sur mon chemin ; Je suis l'âpre revers et l'amer lendemain ; Ma force impitoyable à tout effort s'oppose ; Et servant malgré soi l'ordre sacré des choses Par moi l'Exception se ramène à la loi; Oui, la Réaction formidable, c'est moi.
J'ai dit : « Je maintiendrai ! » Je conserve le monde. Sans moi tout s'enfuirait en vapeurs vagabondes. Sur l'espace et le temps je pose mes deux mains ; Je suis le rythme et la mesure ; mon empire
Pour symbole a chez les humains Le cœur qui bat et la poitrine qui respire. Réprimant tout excès, je marche sur les fronts
Comme sur les fleurs et les herbes
Et j'écrase sous mon talon Les plus superbes.
Père, l'ordre est brisé. L'audacieux Titan Des mortels par le feu change la destinée Justice! Il m'appartient! Qu'un supplice éclatant Épouvante la terre et frappe Prométhée.
O Zeus, j'ai ta parole! Ordonne!
ZEUS
Que tout soit Soumis à Némésis et subisse sa loi.