SCENE IV
Les cieux étoiles.
HERMES
Quand vers le maître de la foudre Vole ma folle ubiquité, Mon être aspire à se dissoudre En sa paternelle unité ;
Mais quand sa volonté m'envoie Courir le monde, mon désir Ici, là, partout, fou de joie, A tout être cherche à s'unir.
Tout cède à mes baisers avides, Tout est fécondé tour à tour, Car bientôt ma course rapide M'entraîne vers d'autres amours.
Et que m'importe, que m'importe Où me mènent mes belles ailes, Les fines ailes d'hirondelle, Dont le battement clair m'emporte?
Le mouvement, le changement.
C'est mon plaisir et mon tourment.
Dans les abîmes de l'espace Insondables à la pensée.
Agile et fluide, je passe En agitant mon caducée.
Et les astres dans l'éther, Et les paroles dans l'air.
Et dans les canaux de chair Le sang aux légers globules.
Tout circule, tout circule.
Et les matins et les soirs, Les pensers et les vouloirs, Les désirs et les espoirs, Les voluptés et les peines, Tout s'enchaîne, tout s'enchaîne.
Et les produits des saisons.
Les troupeaux et les moissons, Les lointaines cargaisons Et le vin de la vendange, Tout s'échange, tout s'échange.
Les longs travaux des savants.
Le labeur des paysans, Les doux baisers des amants Dans les nuits tièdes et tendres.
Tout engendre, tout engendre.
Et les astres et les dieux, La beauté des amoureux.
Les empires orgueilleux Et l'écume de la houle, Tout s'écroule, tout s'écroule.