I.— Causes de la mort
Si les lésions de la brûlure sont un peu ‘étendues, il n’est pas extraordinaire de voir la mort en être la conséquence rapide. Or, les altérations macroscopiques étant très souvent insuffisantes pour expliquer cette terminaison, plusieurs hypothèses ont été émises, que nous allons passer en revue.
Nous avons déjà mentionné l’excès de la suppuration avec les diverses conséquences qu’elle peutentraîner: septicémie, pyohémie, etc. Ce sont là autant de conditions qui peuvent devenir des causes de mort dans les brûlures profondes seulement. Dans les brûlures superficielles, la mort résulterait, pour Dupuytren, de l’exagération de la douleur.
En général, les brûlures produites soit par l’explosion du feu grisou, soit par la détonation de la poudre à canon, soit par l’explosion des chaudières sont des brûlures superficielles, mais très étendues; les gaz produits dans ces conditions agissent, en effet, instantanément sur de grandes surfaces.
En principe, dans toutes les brûlures, la oi est toujours vive, mais elle est bien plus intense lorsque la. peau n’est brûlée qu’à sa surface que lorsqu'elle est détruite. pro= fondément; ce fait est fort important pour le pronostic. +.
La douleur qui accompagne la brûlure peut être portée à un tel degré d'intensité que la mort en soit le résultat instantané. Lesystème nerveux encéphalique est alors le siège d’une violente irritation. On observe la plupart. des phéno-
mènes de congestion et d’engorgement de presque tous les organes des grandes cavités. Cette terminaison, si prompte, a lieu surtout chez les enfants et les femmes nerveuses, plus rarement chez les adultes et presque jamais chez les vieillards. Elle ne saurait être attribuée à une autre maladie que la brûlure aurait pu aggraver: c’est une mort par excès de douleur. Une trop grande perte de sensibilité pent tuer comme unetrop grande perte de sang dans les hémorrhagies.
Si la douleur s’apaise ou même disparaît, les blessés tombent dans la stupeur et se plaignent à peine par quelques gémissements, quelquefois il y a du délireet des convulsions. Parfois, au contraire, on observe du coma joint à une dyspnée assez intense, avec anxiété, lividité de la face, abaïissement de la température, tendance à la syncope.
Cet abaissement de la température, que tous les eliniciens . ont signalé comme s’emparant des brûlés avant que la réaction inflammatoire se soit établie, à une certaine importance et mérite que nous nous y arrêtions un instant; car, ainsi que nous le verrons dans la suite de cette étude, il peut justifier certaines indications. thérapeutiques.
Le refroidissement chez les brûlés résulte probablement de l’ébranlement violent que subit le système nerveux sous l’influénce du traumatisme, suivant le mécanisme indiqué par M. Vulpian dans ses admirables leçons sur les sources de Ja chaleur animale.
. dly a à, dit Vulpian (vaso-moteurs, t. mn, p. 279), un phénomène de choc. L’action qu’exercent les centres nerveux sur la thermogénèse s’affaiblit, il y a de plus wn trouble plus ou moins profond des mouvements du cœur; ceux de l'appareil respiratoire peuvent devenir plus lents et moins larges. Les fonctions de l’appareil vaso-moteur peuvent éprouver aussi wre perturbation considérable; les petits vaisseaux se dilatent peut-être au bout de quelques instants dans toute l'étendue du corps, et s’il en est ainsi, les pertes du calorique qui ont lieu par la surface cutanée augmentent dans une grande proportion. Il faut tenir compte aussi de la douleur. Tels sont, sans doute, les différents facteurs physiologiques qui concourent à produire l’abaissement de température dans ces conditions.»
Le même auteur rapproche l’abaissement de la température dans. les vastes brûlures du refroidissement qu’on obtient chez les animaux, en provoquant sur la peau où dans les tissus sous-cutanés une excitation violente et étendue au moyen d’agentsirritants.
On sait Popinion lancée par Küss relativement à labaissement de température chez les brûlés. Il les compare aux animaux vernissés qui meurent par suppression des fonètions dela peau, et il dit: «les brûlés meurent parce qu'ils oublient de respirer !» Première remarque: si, en thèse générale, nous avions la liberté de pouvoir oublier de respirer, ne commettrions-nous pas quelquefois ce fâcheux oubli, ne serait-ce qu’en dormant ?.. Autre remarque: l’abaissement de la température se voit chez des brûlés dont une partie seulement de la surface tégumentaire est affectée et chez lesquels, par conséquent, il reste assez de points intacts pour que l’action de l’air puisse déterminer le réflexe respiratoire. Mais le tégument entier serait-il le siège d’une brûlure, qu’on ne serait pas admis à prétendre que les extrémités ner-
ES — 16 — RTS veuses étant lésées, le réflexe qui nous invite à respirer man- | que. Comment l'excitation manquerait chez ces pauvres eat malheureux qui souffrent horriblement ? Il est plus juste et plus physiologique de dire que, chez eux, l'excitation irritative et. 5 douloureuse des nerfs sensitifs de la peau est si violente AVES qu’elle provoque un réflexe paralysant sur les mouvements re PASS du cœur et des poumons. Pour cela, point n’est besoin de ae brûlures étendues au corps-entier. Fe
On a dit que les grands brûlés se refroidissent et meurént, | parce que, les fonctions excrétoires de la peau étant supprimées, il s’accumule dans le sang des substances nuisibles. Fourcaut, qui le premier fit l'expérience du vernissage d’animaux, croyait que le refroidissement et la mort étaient dus à la répercussion de la sueur.
Billroth, tout en acceptant l’explication donnée par Dupuytren, y ajoute l’excitation des centres nerveux que détermine toute irritation des nerfs cutanés et, en deuxième lieu, la suppression de la perspiration cutanée. Il compare volontiers le mécanisme de la mort, en pareil cas, à ce qui se passe dans les expériences de Magendie, où l’application d’une couche d’un vernis épais sur la peau d’un animal en détermine rapidement la mort. Dans les deux cas, il se développerait un empoisonnement du sang par le fait de la rétention de certaines substances, surtout ammoniacales.
M. Berne, ancien professeur de pathologie externe à la Faculté de Lyon, a repris, dans sa thèse, ces expériences pratiquées à diverses époques par Ducros, Magendie, Becquerel, Balbiani, ete. Au nom de ses expériences, M. Berne a repoussé la théorie de Fourcaut. Pour lui, le vernissage des animaux supprime la grande fonction calorifique de la peau et cause un refroidissement qui agit sur les viscères comme le froid extérieur. Il a trouvé des congestions internes con-
. IT stantes chez 1e animaux vernis ou soumis à l'action de le eau froide.
Tout en admettant que les sujets” qui ont une brûlure d’une grande étendue doivent être assimilés aux animaux dont on a recouvert toute la surface cutanée d’un enduit imperméable, le D' Lang (de Gottingen) à émis la pensée que lexcrétion cutanée étant supprimée, les produits d’élimination tendaient à prendre la voie du rein, d’où hyperémie de cet organe, altération de ses Abou tes et enfin rétention ‘de l’urée, urémie. Il n’est pas rare d'observer l'anurie chez les grands brûlés et l’anatomie pathologique a démontré l'existence de dépôts fibrineux dans la substance corticale du rein.
Dans les brûlures graves, on observe en outre de l'albuminurie et de l’hématurie. Expérimentalement, Capitan a obtenu les mêmes résultats chez des lapins, en leur plongeant l’arrière-train ou seulement une patte dans l'eau bouillante pendant quelques secondes. Nous ne discuterons pas ici la question de savoir comment se produit cette albuminurie, si elle est la conséquence de la suppression des fonctions de la peau, de l'absorption de substances irritantes pour le rein, ou simplement le résultat de l'excitation des extrémités nerveuses intra-dermiques, réfléchie sur l’innervation rénale.
L'opinion de Dupuytren sur le mécanisme de la mort dans les brûlures superficielles est contestée par Baraduc, qui a édifié une théorie assez ingénieuse et en a déduit.un mode de-traitement non moins ingéniéux. Cet auteur a constamment ‘observé dans les brûlures un afflux considérable de sérosité à la peau. Cette sérosité ne peut être fournie que par le sang. Le liquide nourricier perd ainsi sa partie séreuse, devient plastique, circule plus facilement. Alors se produisent tous les effets qu’on observe dans les cas où la circulation est gênée, où le sang, ne pouvant plus arriver facilement au