‹ Pronostic et du traitement des brûluresChapitre 7 sur 13 · INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS

J'abuserais de la bienveillance de mes Maîtres en ne faisant que la simple énumération des remèdes qu’on a proposés contre les brûlures. Aussi, me contenterai-je-de prendre dans les Annales de l’art ceux de ces remèdes à qui un long usage a conféré droit de cité. Il n’y a, en effet, peut-être aucune maladie contre laquelle on ait vanté autant de moyens Curatifs que contre la brûlure ; chaque homme du peuple a pour ainsi dire son remède infaillible qu’il donne et emploie pour toute espèce de brûlure, et en outre multiples sont les topiques qui ont été proposés par les chirurgiens.

L’impossibilité de trouver un remède unique contre la lésion qui nous occupe fait prévoir toute l’importance de l'étude des indications dans les brûlures et nous montre qu’on doit s’efforcer de poursuivre un traitement rationnel, variant suivant le degré, l’étendue, le siège de l’afféction, Dans ce but, il nous a paru bon de tracer les indications générales, que l’on devra ensuite appliquer aux divers cas. Parmi ces indications, la première en date et la plus constante, puisqu'elle s’applique à tous les degrés de la brûlure, est tirée de la douleur. Mais avant de nous occuper des moyens de combattre la douleur, nous devons dire un mot des premiers soins à donner aux brûlés. On devra tout d’abord débarrasser la partie brûlée des corps étrangers. Dans le cas de brûlures produites par la déflagration de la poudre, il faut s'appliquer à enlever avec une aiguille à

cataracte les grains de poudre qui, n'ayant pas participé à la déflagration, ont été projetés par l'explosion et se sont implantés dans la peau, où ils forment après la guérison un tatouage d’un noir bleuâtre très reconnaissable. L'extraction de ces grains de poudre est souvent douloureuse et doit être pratiquée le plus tôt possible; sinon, dèsqu’ils seront ramollis sous l'influence de l'humidité des parties, ils se désagrègeront et «échapperont à l'instrument. Il faudrane découvrir pour le pansement qu’une portion de la surface brûlée, pour ‘éviter son refroidissement. Lies phlyctènes seront ponctionnées à leur poift le plus déclive pour prévenir leur rupture, lépiderme légèrement comprimé afin de favoriser l’écoulement de la sérosité; ilsera, dans tous les cas, préeieusement conservé comme le topique le plus naturel et le meilleur que l’on puisse employer pour recouvrir les papilles mises à nu et douloureuses. Conserver l’épiderme, tel est le précepte que donnent la plupart des auteurs qui ont traité de la brûlure, si on en excepte Hunter, qui dit: « Les ampoules se rompent ordinairement et c'est une chose favorable, parce ‘qu’on peut mettre les topiques en contact avec la surface “inflammée.» Cette conservation est facile lorsque la brûlure occupe une région découverte; mais lorsqu'elle siège au tronc ou aux membres et qu’elle est occasionnée par un liquide, de grandes précautions deviendront nécessaires pour ne point l’entraîner en arrachant les parcelles de vêtement qui adhèrent à la peau. Il convient alors de fendre à l’aide de ciseaux toutes les pièces de linge et de drap appliquées sur elle ; on les soulève ensuite avec précaution, de manière à respecter l’épiderme. En évacuant la sérosité des phlyctènes et en réappliquant sur les papilles l’épiderme décollé, on modère la douleur, qui cependant demeure encore très vive. Pour achever de la calmer, on met en usage des moyens multiples, dont les principaux sont:

ne

a. Les réfrigérants. — Dans les brûlures, le froid, on peut

le dire, est un remède vulgaire et de touttemps mis en usage. Celse recommandait déjà l’eau froide pour la cicatrisation

des brûlures. Rhazès prescrivait, quand les brûlures étaient récentes, de tremper des compresses dans de l’eau de roses glacée, de les appliquer sur là partie brûlée et de les renouveler souvent. Qui ne connaît l’emploi si fréquent des cataplasmes de pulpe de pommes de terre râpée,

de gelée de groseille, aussitôt renouvelés qu’ils se sont

échauffés au contact du mal? Aussi, les chirurgiens, utilisant ces données populaires, ont-ils de bonne heure appliqué le

froid sous toutes ses formes: irrigations intermittentes ou, continues, lotions, fomentations, glace, neige et même fla-:

bellation.

Aa commencement de ce siècle, M. Jaubert préconisait les effets de la glace appliquée au traitement des brûlures à tous les degrés. Si la brûlure était à l’un des quatre premiers degrés, il maintenait la réfrigération jusqu’à cicatrice. Dans les deux derniers degrés, dès que les symptômes de réaction n'étaient plus à craindre, il remplaçait la glace par l’eau fraîche, puis par l’eau à la température ordinaire, et arrivait ainsi par gradation insensible à reprendre le pansement des plaies suppurantes. Par ce mode de traitement, l’habile chirurgien se flattait de conjurer non seulement les symptômes inflammatoires locaux si graves qui accompagnent les brûlures, mais encore les symptômes généraux et principalement la réaction sur les muqueuses respiratoire et digestive.

Bien qu’on fût convaincu de l’immense utilité d’un agent, tel que le froid appliqué sur les brûlures, dont il calme la douleur comme ‘par enchantement, on n’ignorait . pas que l’eau froide peut produire chez certains blessés des douleurs intolérables. Tous les observateurs ont cité les

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