‹ Prophéties la fin des tempsChapitre 2 sur 31 · A L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A L'ÉDITEUR

prié d'en desceodre en puntUon de ees crimes^ l'homme paffait (ou le prophète) en est instruit par des signes avant-coureiirs. » Les missionnaires européens avaient placé au bas du texte que je viens de citer la note suivante : u L'opinion que lespro* dîges et les phénomènes annoncent de grandee catoêirophee^ le chanijemenl de dynaslfe, les révolutions dans le gouvernement, est générale parmi nos lettrés. »

Maintenant^ si je me reporte aux temps phîloso* pliiques des Romains (aux temps philosophique»f remarquez bien), je trouve dans Cieéron un passage très-explicite qui condamne les adorateurs de la philosophie sceptique. « C'est une opinion très-an** cienne, descenduedes temps héroïques jusqu'à nous, dit-il, et affermie par le consentement du peuple romain et de toutes les nations, qu'il existe parmi les hommes une certaine divination, que les Grecs appellent d'un nom qui signifie le pressentiment et la science des choses ftitures. Chose magnifique et salutaire! si elle existe réellement, qui plus qu'aucune autre rapproche notre . nature de la nature divine.*.. Or, je ne vois aucune nation, si polie qu'elle soit, ou si savante et si grossière et si barr bare, qui ne croie que l'avenir cet annoncé, que plusieurs le connaissent et peuvent le prédire. »

Je n'en finirais pas, monsieur, si je voulais rap* porter îcl le témoignage de tous les écrivains de l'antiquité qui se sont prononcés en faveur des prophéties. Voici quelques lignes du judicieux Plutar** que, que les adversaires du sujet que je traite en ce moment ont toujours passées sous silence : « Qmi^ que les prophéties ressemblent assez à des fables»

dit cet auteur, cependant la ruine de plusieurs villes de la <}rèce détruites ou dépeuplées, les éruptions subites des barbares, la chute de plusieurs empires attestent la vérité des oracles. Les malheurs que viennent dV'prouver Ciimcs et Dicéarchie nYtaientils pas une dette que le temps a acquittée envers les sibylles qui les avalent anciennement prédits? Je parle de ces éruptions de volcans, de ces bouillonnements de mer, de ces pierres enflammées que le vent poussait avec tant de violence, de la ruine de si grandes villes, qui ont été tellement détruites que le lendemain même on n'a pu retrouver la place qu'elles occupaient. S'il est difficile de croire que la Divinité n'ait point eu de part à ces événements, à plus forte raison n'a*t-on pu les prédtre sans une inspiration... Quand Poracle, non content d'annoncer l'événement, spécifie la manière, le temps, Toc* « casion et les personnages, alors ce n'est plus une conjecture incertaine, c'est une prédiction réelle de ce qui doit arriver.*. Il n'y a dans les oracles rien d'incertain, rien d'obscur. Vouloir en attribuer i'événetnent au hasard^ &e&t se perdre dans IHnfinL L'expérience est ici la garantie de la 'prédiction et montre, pour ainsi dire, la route qu'a tenue le destin. Je nMmagIne pas qu^on puisse dire que le hasard seul a fait cadrer révénement avec la prédiction : car alors qui empêcherait aussi de soutenir qu'Epicure n'a point écrit son Traité des Maximes certaines , mais que le hasard ayant réuni les lettres et les mots qui le composent, ce livre s'est trouvé fait ? « Il n'y a certes rien à répondre à une hypothèse aussi sensée et aussi logique.

xr

Tous les homuies de conscience et de jugement ont admis ta révélation el reconnu l'existence de

Tesprit prophétique.

«Ce sont là certainement, dit le spirituel et savant Charles Nodier, de très-grandes pauvretés de Tesprft luimain ; mais il est diflicile de se défendre de rinlérét de curiosité qu'elles excitent quand le hasard fait concourir la prédiction d*un charlatan avec l'iiistoire, et, qui mieux est, avec la vérité. »

Écoutez à ce sujet ce que dit Tun des penseurs les plus profonds (jt les pins religieux des temps modernes, M. le comte Joseph de Maislre : « L'esprit prophétique est naturel à l'homme et ne cessera de s'agiter dans le nionde. iMille expressions vous prouveront qu'il a plu a Dieu, tantôt de laisser parler riionrime, comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher, MUS des formes en apparence simples et quelquefois grossières, de hauts mystères qui ne sont pas faits pour. tous les yeux. Or, dans les deux suppositions quel mal y a-t-il donc à creuser ces abimes de la grâce et de la bonté divine. cfMnnie on creuse la terre pour en tirer de Tor ou des diammlAi .I^ùus que jamais nous devons nous occuper de ces hautes spéculations , car il faut nous tenir prêts pour un iv&NEMBXT iM»£iv5E daus ordre divers^ vers lequel nous marchons at^ec une vitesse acccléréem et qui doit frapper tom les observateurs. 11 n'y a plus de relif;(on sur la terre; le genre humain ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redou^ tables annoncent d'ailleurs que les texps sont ARRIVÉS... L'univers est daus Tallente. Comment mépriserions -nous cette grande persiiasiou, et de

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quel droit coodamiieriom-nous les hoames qui,

nrerfis par des signes divÎQs, se livrent à de saiiUes recherches? »

Après cette citation, il ne m*est plus possible de ricu dire; car je craindrais de détourner l'attention de TDS lecteurs sur un passage qui mérite d*étre médité profondément, surtout à présent où la so* ciété européenne a tant besoin d*être régénérée.

P. S. Au moment où Ton met sous presse, je lis, dans le Morning-Post ces lignes extraordinaires qui ont élé reproduites par le National d'aujourd'hui.

a Quant à TOrient, nous croyons que la fameuse prédiction Ta s*acconiplir. On sait quels événementa ont élé prédits pour Tannée 12S5 de Thépire, ou, en style chrétien, Tannée 1840. Les Turcs s'y attendent, et ils font, après leur mort, porter leurs corps en Asie, afin que leurs restes mortels ne soient ^as au pouvoir du kaffir et du giaour. »

EuGBMB BARB8TZ.

i4 septembre 1840.

PROPHETIE DE GAZOTTE^

RAPPO&TÉ£ PAK LA UAKP&

(liiouveau festin de BaUhazar, où Caioite, comme un autre Daniel, annonce la fia prochaine qui les attend aux membres d'un festin composé des philosophes suivants Chamfort. Condorcet. Vicq^d'Aiyr, NIcolaT, Bailly^ M«« leihertes, ftouchcf , U Harpe^ de Grammonl^ etc. )

Cazotte, de Dijon, est du petit nombre des

hommes de lettresdu dix-huitième siècle qui, au milieu du débordemeol des doctrines anarchiques et impies de celte époque, resta Adèle è son Dieu et à son roi. Sa mort fut celle d'un héros chrétien; enrermé à TÂbbaye il fut sauvé des massacres des 3 et S septembre, par l'héroïsme de sa fille qui se précipita sur lui et le couvrit de son corps en disant aux bourreaux : tf Voas n^arriverez au corps de mon père qu'ait près avoir percé le mien, n Le fer tomba des mains des assassins, et Cazolte fut ramené en triomphe jusque dans sa maison* Arrêté de nou« veau, il fut condamné à mort par des juges qui furent obliges de rendre hommage à ses vertus«

(i) Je 6uis heureux de pouvoir rapporter textuellemeoi dana eeUe trolsiènie Mi lion, la prophétie de CazoUe raeonlëe par la Harpe, que J'avais citée d'après le Journal le Siècle dans la deuxième édition. (A., auteur du préêmi rêçueiL )

i( Pourquoi, faut-il, dît raceusatciur public à Ca- (( zotte, que j'aie à vous trouver coupable après

« soixante et douze ans de verUi ! Il ne suffil pas n d'être bon fiis, boil épousL, bon père, il faut « encore être bon citoyen.» — Après avoir passé une heure avec un ecclésiaslique, Cazulle écrivit à sa faniilte: » Ma femme, mes enfants, «( ne me pleurez pas<, ne m^oubliezpas, mais sou- <f vcncz-voiis tous de ne jamais offenser Dieu.î» il monta sur Téchafaud avec uncalmeet un courage admirables, et dit d^une voix forte à la multitude: <c Je meurs comme j'ai vécu, fidèle <c à Dieu et au roi. » Tous ceux qui connaissent rhistoire de notre première révolution reconnaîtront que la prophétie de Cazotte s'est accomplie à la lettre sur tous les membres de ce fameux banquet académique et philosophique.

Cazoltefut le Daniel d'un nouveau festin de Baltfaazar.

Voici textuellement la fameuse prédiction de Cazûtte :

« Il me semble, dit la llarpe, que c'était hier, et c^était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de Hos confrères à ^Académie, grand sci|3^'icu^ et homme d'esprit; la compagnie élait nombreuse et de tout état, gens de cour, gens de robe, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grandechèrc, comme de coutume. Au désert, les^vins de Jlalvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de bonne compagnie cette sorte de liberlé qui n'en gardait pastoujours le ton: on en était venu alors, dans le monde, au point où tout est permts pour faire

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CAZOTTE

rire. Chamfort nous avait lu de ces contes impies et libertins^ et les grandes daines avaient

écoule, sans avoir même recours à réventail. De là un déluge de plaisanteries sur la religion : Tun c'était une tirade de la Pucelle; l'autre rappe* lait ces vers philosophiques de Diderot :

El des boyaux du dernier prêtre Serrez le cou du Ueiaier roi.

Et d'applaudir. Un troisième se lève, et tenant soH.verre plein :« Oui, messieurs, $'écrie-»t*il, je suis aussi sûr qu^il ny a pas de Dieu, que je suis sûr qu'Homère est un sol; » et en effet, il était sùr de Tun comme de l'autre; et l'on avait parlé d'Homère et de Dieu; et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l'un et de Tautre.

• ï-#a conversation devient plus sérieuse ; on se répand en admiration sur la révolution qu'avait faite Voltaire, et l'on convient que c'est lë le premier litre de sa gloire. « Il a donné le Ion à son siècle, et s'est lait lire dans rantichambre comme dans le salon, n Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant : Foyez-vous, monsieur^ quoique je ne sois qu'un misérable carabin, je n'ai pas plus de religion qu'Hun autre. >» On conclut que la révolution ne tardera pas à se consommer; qu'il faut absolument que la Mperstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et Ton en est a calculer la probabilité de l'époque, et quels seront ceux de la société qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s'en flat-

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ter; ies jeunes se réjouissent d'en avoir une espérance très-vraiseniblabie; et Von félicitait

surtout V Académie iVatoir préparé le grand centre, et cFavoir été le cbef*iieu, le centre, le mobile de la liberté de penser.

Un seul des convives n'avait point pris (le part à toute la joie decetle conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme; c'était Cazotte, homme aimable et original, mais malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme Ta depuis rendu a jamais illustre.

Il prend la parole, et du ton le plus sérieux : <( Messieurs, dit-il, soyez satisfaits ; vous verrez tous celte grande et sublime révolution que vous désirez tant* Vous savez que je suis un peu pro« phète, je vous répète, vous le verrez, n On lui ^répond par le refrain connu, Faut pas être grand sorcier pour ça. « Soit, mais peut-être faut-il Tètre un peu plus pour ce qui me reste à TOUS dire. Savez*vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour vous, tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, Teffet bien prouvé, la conséquence bien reconnue? — Ah! voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais; un philosophe n'est pas fâché de irencontrer un prophète. —

f^ou^ 3f. de Condorcet, tous expirerez étendu sur le paté d'un cachot^ vous mourrez du poi"<> son que vous aurez pris, pour vous dérober au bourreau ; du poison que le bonheur de ce lemps» là vous forcera de porter toujours sur vous. ^ Grand étonnement d'abord ; mais on se rap-

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pelle que le bon Cazolle est sujet à réfcr tout éveillé, et l'on rit de plus belle : «t M. Cazolte, le conte que vous nous (ailes ici a est pas si plaisant que votre Diable amoureux; mais quel diable vous a rois dans la tête ce cachot, ce poi- Mit et ces bourreaux ? Qu'est-ce que lout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison ? — Cest précisément ce que je vous dis : e*est au nom de la philosophie, de l humanité, de la liberté ; c'est sous le règne de la raison qu'il vous arrivera de tinir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison ; car alors elle aura des temples, et même il n'y aura plus dans toute la France, en ce lemps-là, que des temples de la Raison. — Par ma foi, dit Ghamlort avec le rire du sarcasme, vous ne seriez pas un des prêtres de ces lemples-ià. — Je Tespère; mais vous, M. de Chamfort, qui en serez un, et trjèsdigne de Têtre, vous vous couperez tes eetnes de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n*en mourrez que quelques mois après. » On se regarde et ou rit encore. « f^ous^ M. Ficq* d'Azir, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même; mais, après vous les avoir failou* vrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour étre^ plus sùr de votre fait, vous mourrez dans la nuit* f^ous^ M. de JXicolaï, vous mourrez sur Téchafaud : tous, M. Bailly» sur réchafaud; vous, M. aè M alesherbes, sur réehafaud...-* Ahl Dieu soit béni! dit Koucher, il parait que monsieur n'en veut qu'à l'Académie; il vient d'en faire uue terrible exécution; et moi, grâce au ciel... — Vous l vous mourrez aussi sur Téchafaud, — Oh ! c'est une

PfiOPHliIi£S.

gageure, s'écrie-t-on de loqle pdri, il a Juré de , tout exterminer* — Mon, ce n'est pas moi qui Tai juré. — aîais nous serons donc subjugués !f par les Turos et les Tartares? Encore — Point da tout, je vous Pai dit : vous serez alors ^\ gouvernés par Ivl seule philosophie, par la seule ^ raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront ^ tous des philosophes^ auront h tout moment dans ^ la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de la Pucclle.,, « On se disait à i'oreille : u Vous voyez bien qu'il e^t fou (car il gardait le plus grand sérieux). Est-ce que vous ne voyez pas qu'il plaisante ? et vuus savez qu'il entre toujours da merveilleux dans ses plaisanteries. — Oui, reprit Chamfort, mais son merveilleux n'est pas gai ; il est trop patibulaire : et quand tout cela arrivera-l-il? — Siof ans ne se passeront pas qw tout ce que Je tous dis ne soit accompli. . .

— Voilà bien des miracles (et cette Tois c'était moi-iuème qui parlais), et vous ne m'y nietter pour rien? — Vous y serez pour un miracle tout au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien. » Grandes exclamations. « Ab ! reprit Chamfort, je suis rassuré; si nous ne devons périr que quand la Uarpe sera cbrétien^ nous sommes imuftrlels. — Pour ça, dît alors madame la duchesse de Grammont, nous sommes bien heureuses^ nous autres témmes, de n'être pour rien dans les révolutions. Quaiid je dis pour rien, ce n'est pas que nous ne nous en mêlions toujours an peu ; mais il est reçu qu'on ne

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sVn prerul pas à nous, el notre sexe... — f^otr^ BexBf mesdames^ ne vous en défendra pas cette foU; et v<Nis aurez beau ne vous mêler de râen^ vous serez traitées tout comme les homn^es, sans aucune différence quelconque. — Mais q u'est-ce que vtms nous dilesdonc là, MXazolle? c'est la fui du monde que vous nous prêches. — Je n'en sais rien ; mais ce que je sais, c'est que vous, madame la duchesse, vùue aères conduite a L échafaiidj vous et beaucoup d'autres damçs avec vous, dans la charrette du bourreau, et les maifis liées derrière le dos. — Ah ! j*espère que dans ce cas-là j'aurai du moins un carrosse dra^Jié de noir. — iNon, madame, de plus grandes dames que vous iront comme voua ea charrette, et les mains liées comme vous. — De plus grandes dames ! quoi ! les princesses du sang ? — De plus grandes dames encore..^ n Ici ao mouvement très-sensible dans toute la compagnie, et la ligure du maître se rembrunit. On commeoQftit à trouver quota plaisanterie était forle« Madame de Grammonl, pour dissiper le nuage^ n'insista pas sur celte dernière réponse, et se contenta de dire,ilu ton le plus léger : F'aue verrez qu'il ne vie laissera pas seulement un cm^ fesseur. — Non^ madame f vous n'en aurez pas ^ ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera....

il s'arrêta un moment. — Eh bien ! quel est donc Theureux mortel qui aura cette prérogative? — C'est la seule qui lui restera: et ce sera le roi de France.

Le maître de ta maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. 11 allaversM.Cazotte,

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