SAINT-LAZARE
Ud autre point a vivement prt^ocoupé votre Commission. Saial-Lazarc, en rubon mt^me ilc §in compoî^ituîn, est le type par excellenre d'un liôpilai spécinl^ d'un îiï'îpital de vénéréoht/ie. Tous les fn<'*def*ins de €et tMablissemenl reconnaissent ijuHI con lient en permanence et h profusion des spécînipns de toutes les alTections vénériennes, de la syphilis notamment, et cela dans des conditions particulières, essenliellemenl favorables à robservalion médicale. Les malades qui y passent forment un public connu, qui, â ne parler que delà syphilis, a son dossier pathologique inscrit dans les annales (f allais dire dans les t'*crous) de la maison. On sai( leur passé, et on connaîtra leur avenir, toutes choses» lous renseignemenîs qui nous écLap[*enl tlansnos lièpitaux. ^uels documenls pour une maladicde Ionique haleine, tel te que la syphilis, dont le propre est d'échelonner ses manifesta lions sur une longue ^me d années 1 D'où il suit qu*à ce titre, comme à tant d*autres que je passe sous silence pour abréger. Saint- Lazare pourrait être, devrait élre un hôpital unique en son genre et constituer une éeole, une grande école de syphilis.
Eh bien, ce qull pourrait être, il ne Test pas. lin est m<>me rien du tout, Scienlifîquement, c'est un toniheuu. Car ces richesses pathologiques, oiTertes par u n public annuel de plusieurs centaines de malades, ces trésors scientifiques qu*Il recèle dans ses vastes murailles, savez-vous quels en sont les témoins ? Pour chaque service, deux p€^rsonnes; deux, pas davantage ! A savoir, pour bien préciser: î* le chef de service, celui qu'on appelle le médecin en chef, et 2" son assistant^ c'esl-à-<lire rinterne. Or, comme il esta croire que Téducation spéciale du médecin en chef n'est plus à faire, il résulte en dernière analyse que lesdits trésors n*ont pour seul et uniq<'e contemplateur que Tinternedu service! Ils pourraient servir à l'éducation de toute une pléiade d'ex le mes, de stagiaires, d assistants, voire de médecins de la ville; pas du tout, ils ne servent qu'à un seul, et ils ne sauraient servir à d'autres, de par la volonté administrative.
« Pourquoi cela? dira le bon sens. Pourquoi ne pas utiliser ces éléments d'instruction? Comment! vous vous plaigniez loul â l'heure (et vous aviez, raison de vous en plaindre) que vos étudiants ne con* naissaient pas assez la vérole, et voici maintenant que, disposant de plusieurs centaines de femmes syphilitiques, vous les cachez à vos élèves î Mais montrez-leur donc ces femmes, si vous voulez les instruire de ce qu'ils ne savent pas ! >^
Oui, certes, et le bon sens pourrait bien, comme d'usage, avoir raison en respèce. Mais c'est qu en vue de certaines considérations dont nous discuterons ta valeur dans un instant, Sainl-Lazare est un hôpital /rm^é et ne saurait être, croil-on, qu'un hôpital fermé. A l'instar des sanctuaires antiquesi Saint- Lazare est interdit à tous les regards* Saint-Laz:are n'existerait plus du moment. qu'un public
profane^ seraitil même composé de médecins, en franchirait le seuil. Tout serait perdu, ce serait un écroulement géorral, ce sérail Tabomioatlon de la désolation, le jour où la visite médicale vieudrûit à compter plus de deux speclaieurs. Aussi personne n'entre-l-il à Saint-Lazare, si ce n'est par faveur administrative tout à fait exceptionnelle. Aussi ^ pour ma pari, n'y ai*je pénétré qu'une seule fois, et encore parce qu'à celte époque j'avais rhonneurd^iMre membre d une feue Commission, identique à celle dont vous écoulez acluellement le rapport. Du reste, soit dit incidemment, je n*éprouve qu'une amertume modérée à n'y avoir pas multiplié mes visites, car ce que j'y ai vu dans la première ne m'a pas laissé un bien vif regret de n'eu pas voir davantage(l).
Mais passons sur cette impression personnelle, et voyons quelles^ puissantes raisons tiennent hermétiquement closes devant le public médical les portes de Saint-Lazare.
11 en est jusqu'à Irois, que nous allons citer,
I. K D abord, nous dit-on, Saint- Lazare n'est pas un hôpital ; e*esi1 un asile pénitentiaire, c'est une prison. »
Mais, répondrons-nous tout aussitôt» cest là précisément ce qu*il ne doit pas être, une prison, A quoi bon une prison pour des malades 1 C'est un hôpilalqu*il faut à des malades pour s'y traiter et y guérir. Ah I si vos filles s'étaient rendues coupables de quelque crime, de quelque infraction grave à la loi, oui, certes, vous au riez toutes raisons, pour venger l'offense faite à la loi, de les envoyer en prison, et nous n'aurions rien à objecter à cela. Mais, si elles sont purement et] simplement coupables (et c'est le cas en Tespèce) d'avoir gagné une aOeclion vénérienne, je ne vois pas et personne — sauf vous — ne^l voit motif à les jeter en prison. Ce qu'il leur faut, disons-le encore,! puisque cela paraît si difOcile à comprendre, ce qu'il leur faut, c'est] un hôpital ; internez-les donc dans un hôpitaK dans un hôpital comme 1 les autres, à cette différence près qu'elles ne pourront en sortir qu'après ] guérison dûment conslalée, tandis que les malades des hôpitaux] ordinaires ont le droit d'en sortir quand bon leur plalL
D'autre part, faut-il encore répéter ici — pour la dernière foisJ espérons-le — ce qui déjà a été dit, redit, imprimé et réimprimé ceQi] fois, à savoir qu'en sa qualité de prison^ Saint*Lazare s^éloignej absolument du type de ce qu'on peut appeler un asile sanitaire, nul hôpilal? Est-ce qu'il a l'esprit et les mœursd'unhôpilal? Est-ce queson système de séquestration, ses rigueurs vexatoires, sa discipline oppressive, voire son régime alimentaire, ont quoi que ce soit de commun avec ce qui constitue, au terme strict du mol, un hôpital?] Parlez-en aux filles qu'une maladie quelconque amène dans noal
(1) Au doubif! point de vue scientîlîquc cl adminislratif, il est à regreller quo les rapports de ladite CoramUsJoTi, ëlaborëa par des hommes spéciaux 5ur des docu- | menU âutlieoUques, n'aienl pt» été livrée à ta publicité.