‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 103 sur 123 · POUR NOS FILS, ÇUAND ILS AURONT DIX-ÎIL'IT ANS · texte numérisé non relu

POUR NOS FILS, ÇUAND ILS AURONT DIX-ÎIL'IT ANS

est que trop à sa place, comme vous en jugerez dans un instant- Car, du désir de la femme à la possession de la femme îl n'est qu'un pas, et ce pas n'est que trop facile à franchir. Or^ tant s'en faut qu ou le franchisse loujours impunément» et c*est alors à la médecine quil incombe de ramasser les blessés et de réparer les désastres dans la mesure du possible. Vous allez me comprendre*

Un mot encore avant d*enlrer en matière. Dans tout ce qui va suivre, il ne sera question exclusivement que de considérations ô^ordre médicaL Non pas que j'estime que des considérations d'autre genre^ telles que les considérations morales ou religieuses^ ne Tassent pas partie intégrante du sujet, bien loin de là [ Mais j'ai supposé que ces dernières vous étaient connues de par les enseignements que vous avez dû recevoir d'autre part, et, conséquemment, que je n'avais rien à y ajouter. Donc, je le répète, je ne parlerai ici qu*en médecin.

Il est tout un groupe de maladies qui, dérivant du commerce sexuel ou vénérien, ont reçu le nom de maladies vénériennes. Cela, vous le savez de reste, car c est là un sujet favori de conversations entre jeunes gens. Mais ce que, sans doute aussi ^ vous ne savez pas, ce sont les dangers vrais de ces maladies^ c'est-à-dire leurs conséquences actuelles et leurs conséquences d'avenir* Eh bien, il y a intérêt majeur à ce que vous soyez édifiés sur ce point, et édifiés scienlifiqnemeni, c'est-à-dire d^une façon exacte, positi%'e, vraie. Car, éclairés comme il convient sur ce qu'on appelle le péril vénérien^ vous comprendrez s'il importe de vous en préserver.

N'attendez pas de moi que je vous décrive ici in extenso ces diverses maladies, comme je le fais alors que je parle dans mon amphithé!\lre à des étudiants en médecine. Je me bornerai à vous en tracer une très succincte esquisse et à vous en dire juste ce que vous avez besoin d'en savoir.

D'ailleurs, je prends rengagement formel avec vous de vous parler en toute franchiseï sans ta moindre exagération, sans assombrir en rien les tableaux que j'aurai à vou?? présenter. Je vous adjure de croire que mon dessein n'est pas de dresser devant vous un épouvanlail. Ce qui va .suivre sera exactement la vérité médicale des choses.

Le PÉRIL VÉNÉRIEN est constitué par trois types morbides prmcipaux, à savoir, par ordre de gravité croissante : Le chancre simple ; La blennorrhagie; La syphilis.

Premier type : Chancre simple* — Le type dil Chancre simple est le moins eommuD des trois, el aussi le plus bénin (en dépil d\ine complicalion formidable qu'il eomporle — le phagédénisnie, — niais complication qui, fort heureusement, n'est qu'une rareté el dont je ne parlerai pas).

Il consiste en des (estons ulcéreuses qui se produisent sur Torgane contaminé. Ces lésions sont des enta mures creuses, des plaies suppuralives, généralement mulliples, lorges en moyenne comme une pièce de 50 centimes, mais susceptibles de s'étendre bien davantage el de devenir alors destructives, voire mutUantes.

Vm^ fois sur trois ou quatre, elles se compliquent d'un engorgement des glandes de l'aine t adénite ou bitiion), engorge nienl qui peut s'enflammer, former alicés, s*ouvrir, et dégénérer en un ulcère chancreux.

nien de grave cependant à tout cela, sauf exceptions rares. Car le chancre simple n'est qu'un accident local, sans infection du sang, sans empoisonnement de Féconomie, et conséquemment sans dangers pour Tavenir.

En sorte que, si le chancre simple cxi^lait seul en tant qu'aiîection vénérienne, le péril vénérien n'existerait pas, pour ainsi dire, ou ne serait que l'ombre de ce qu'il est de par les deux autres types suivants.

Second type : BLENNonnn\ciE. — Celle-ci consiste essentiellement en une inflammation suppurative du canal de Turèthre, d'où s'écoule avec abondance une humeur jaune verdàtre, contenant un organisme microscopique dil ^^o^oroiyue, agent spécifique de ralTection,

C'est une maladie non pas fréquente, mais extrômement, extraordinaire ment fréquente.

Dans le public il est de mode de la considérer comme « une bagatelle, une misère >k C'est une maladie, dit-on, que « tout le monde a eue ou aura, une maladie qui n'est rien et qui guérit en quelques semaines u. C'est un m brevet de virilité », ajoutent même sottement quelques-uns, et il ne faitl qu'en rire. V'ous verrez par ce qui va suivre si le rire est de circonstance en Tespèce.

Oui certes, convenablement traitée et dépourvue de complicalionSï la blennorrhagîe n'est qu'une ^ petite affaire n, dont on se débarrasse en général assez facilement el sans suites (non pas toujours, cependant, sans préjudices ; que de fois, par exemple, ne rai-je pas vue, survenant aussi malencontreusement que possible, faire manquer un examen, un concours, et briser une carrière I)

Oui certes, dirai-je encore, même négligemment traitée (ce qui est le cas usuel), la blennorrhagie aboutit le plus souvent à guérir sans complications actuelles et sans conséquences d'avenir, avec le

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seul ennui d'une plus ou moins longue durée qui se compte alors non plus par semaint^s» maî^ par mois ou même par années.

Mais il s'en faul, el de beaucoup^ que les choses se passeol toujours de la sorte et aussi simplement. Ainsi ;

D aijord, ralTecLion peut se montrer plus ou moins rebelle fde par la faute du malade ou de par la faute du médecin) et ne se tarir qu'au prix d'un temps considérable*

En second lieu, elle peut — et cela très souvent — ne se larir que d'une façon incomplète, c'est-à-dire ne pas guérir (car c'est tout ou rien en respèce) et dégénérer en cet étal de suintement chronique qu'on appelle biennorrhée ou, eu langage trivial, goutte miiiiQÎre, ne se liaduisant plus que par une simple liumidilé jaunâtre que le malade conslate à son réveil après plusieurs heures passées sans miction. Or» sachez-le bien» celte biennorrhée esl une des alTeclîons tes ptus tenaces^ leê plus tUfficiies à guérir. On n'en vient à boni qu'au prix de traitements toujours longs, quelquefois douloureu^t, et eïte est de récidive plus que facile et (rétjuente. Sans parler même de cas (qui ne sont pas rares) où elle devient réellement intarissable et rcï-te ré frac ta ire à tous lei:* trailements.

Puis, en troisième lieu, la blennorrhagie n'esl pas sans comporter deux grands ordres d accidents, à savoir: des complications ffc/ii«?//e5, et des conséquences d'avenir,

1, — Les premières sont multiples et variées. Pour abréger, je n'en citerai que deux, les deux principales de par leur fréquence el leur importance clinique, â *tavoir ;

r L'une tout à fait commune et que cerlainement vous connaissez de nom, répldiilymlte {vulgairement orrhite, ou, plus vulgairement encore t cfieiudi- pisse ioml^ée dans tes tmttrses)^ consislanl en une inllammation aigué, douloureuse, d'un petit organe annexe du testicule (épididyme).

2* L'autre, bien moins fréquente, dite rhumatisme blennorrliagique el constiluée en eJl'el par un ensemble de symptômes rappelant assez exactement le rhumalisme commun.

Nous retrouverons dans un instant Tune et Tautre de ces déterminations morbides â propos de leurs reliquats possibles*

En outre, j'ai beau vouloir être bref, force m'esl bien de ne pas

vous laisser ignorer qu en cerlains cas, à la vérilé beaucoup plus rares ou môme exceptionnels, la blennorrhagie peut retentir sur divers organes, à savoir : sur la vessie; ^ sur la prostate, sous forme de congestion, d'inflammation, d'abcès qu il faut ouvrir au plus tôl, sous peine de courir aux pires dangers ; — sur le rein ; — sur lœil, par le fait d'une inoculation transportée là par les doigts souillés de pus ou d'une façon quelconque, inoculation devenant aussitôt

instulction sub le péril vénérien.

Tûrigine d*uiie oplifalmie suraigtié, épouvantable comme symplômes et pouvant crever le globe oculaire en quelques jours ; — sur le cœur; — voire sur la moelle oîi elle se iraduil par des paralysies des membres ioférieurs et de la vessie; — et jusque sur le cerveau^ elc,

El alors, tout oaLurellemenl, par ce fait qu'elle s*attaque à des organes de haute dignité fonctiormelle ou à des viscères essentiels à 1 existence, la voici, elle, petite maladie^ qu'on est habitué i\ localiser dans son étroit domaine urélhral, élargissant singulièrement son cadre, se modifiant d'allure, se caracLérisant par les grands symptômes des grandes maladies; la voici même menaçant parfois la vie, et pouvant aboutira lu mort. Oui, à la morl, entendcîL bien le mot. Car, irrccusablement, on peut mowWr*le la blennorrhagie, A ne citer qu'un seul ordre d'exemples, sur onze cas d'innamniation aiguë de la moelle dérivant de la blennorrhagie^ on en a vu huit se terminer par la mort.

Remarque incidente : Que nous voici loin, avec ce qui précède, de la bicnnorrhagie c petite misère, bagatelle dont il faut rire « î

IL — Mais, à coup sur, les vrais dangers, les dangers usuels de la blennorrhagie résident dans ce qu on peut appeler ses reliquats.

De ces reliquats je vous signalerai seulement les quatre principaux que voici :

P La bleniiorrhée, qui commence, suivant Lusage, par êlre négligée, dédaignée. Ira liée par « le mépris w, puis qui, à un moment donné, ne laisse guère de devenir une imporlunité, un tourment, une obsession, un ^* cauchemar », voire, pour certains sujets, une cause permanente de morosité, de désespoir, de mélancolie, de neurasthénie, etc*

t)r, notez bien ceci, cette blennorrhée est grave, très grave, à deux points de vue.

C'est qu'en effet, d'une part, elle constitue un ohsfacle att mariage. Quel homme de cœur oserait aspirer au mariage alors qu'il est aftecté d'une maladie (ju*il aurait risque de transmettre ?

D'autre part^ c'est quV//e peul é/re, pour la femmc^ t origine des pire^ calant rophes. Bien que jeunes, vous n'êtes pas sans avoir entendu parler dans k monde de malheureuses jeunes femmes qui, peu après s*étre mariées en parfait éliit de santé, sont tout à coup devenues malades, « malades du ventre », comme on dit eu langage courant, qui ont langui sur leur chaise longue des mois ou des années^ puis auxquelles de guerre lasse on a « ouvert le ventre ", et finalement qu*on a délivrées ou tuées par ce moyen extrême, Ou'est* ce que cela? Tout simplement ces femmes sont des victimes delà blennorrhée masculine. Elles ont pris de maris à blennorrhée non éleinte des blennorrbagies internes, qui, méconnues ou mal traitées, ont servi d'origine aux accidents en question. — Si l'une de ces

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femmes étail voire sœur, que penseriez-vous de rhomnie qui l'aurai souillée de ta sorte et exposée à de tels dangers?

Autre paiïit Parfois encore vous cntendreiî ceci : <* Quel alTreui malheur est arrivé à cette pauvre M""** X...» qui, pour sa pari, a tant soufreil depuis son mariage 1 L'enfanl qu'elle vient de oiellre au, monde a èié alteinl à ^a naissance d une ophtalmie épouvantable dont il reliera aveugle ou à peu près aveugle» diUou. w

Ou'e^t*ce encore que cela? Encore uo méfait de la blennorrhag^e à savoir : une opMalmle blennorrhagique issue d'une blennor rhagie maternelle, issue elle- môme d'une blennorrhée du mari.

Une dernière fois» car révidence est vraiment trop complète votre conviction doit t'^lre établie maintenant, je vous retioijvpllera la question de tout à Theure : une maladie capable de réaliser d telles choses est-elle de celles dont il faille rirf ?

^"^ Second ordre de reliquats : Obstrtictloti Bpermatique^ dérî^ vaut d'épididymites doubles qui ont oblitéré les canalicule-s vecteurs du sperme et constituant d'une façon provisoire ou permauenta Vinfécomlité.

Or, Tinfécondité, te n'est pas seulement Tincapacilé de reproduction ; c est aussi et plus encore Tamertume delà déchéance, rbumi* lia lion 1 le crève-cœur indéfini ; — c'est aussi rinterdictiondu mariage ; — ou, si le mariage est accompli, c*esl la solitude m œlernum du foyer domestique, la désolation du nid désert, de la makon sans enfanfs

Soit dit au passage, que de maris accusent leur femme d'une stérilité dont ils sont seuls coupabte.s I

3" Infirmités articulaires. — fieliquats du rhumatisme blennor-

rhagique, et rcliquals permanents, dé(inilifs- Comme conséquences, troubles fonctionnels soit légers soit sérieux ; — raideurs des jointures ; — attitudes vicieuses ; — difficulté, réduction, parfois môme abolition des mouvements articulaires par ankylose. — Bref, possibilité d^inlirmités réelles. — Sans exagération la blennorrhagie fait des infirmes des membres, notamment des infirmes des doigts, desmains^ des pieds, des genoux, des épaules, du rachis, etc.

Exemples ; deux jeunes gens, F un pianiste et l'autre professeur d escrime, ont dû renoncer ii leur profession (qui était leur gagnepain), en raison, pour le premier, de distorsion des phalanges et» pour le second, d'une raideur incurable de Tépaule droite.

Un troisième est resté perclus de tous ses membres et, depuis douze ans, ne marche plus ou plutèl ne se traîne plus qu'à Taide de deux cannes et à tous petits pas.

4" Rétrécissement uréthral. — Accident le plus commun et le plus sérieux de la blennorrhagie.

INSTRUCTION SUR LK PERIL VÈNÉRlE.N,

Accidenl toujours majeur et comportant toujours un pronostic sérieux; — parfois JLislicîable de IraiLemenls doux (dilalalion progressive): — mais souvent aussi ne guérissant qu'au prix d^inlerventioRs chirurgicales (uréhlroLomie).

Pui§, â son tour, le rétrécissement négligé peut devenir le point de départ de corn pli rations graves, parfois des plus graves, vers la prostate, la vessie et le rein. El alors tout est possible^ jusqu'à la mort, qui n*esl pas rare en de tels cas.

Tel est le hitan de la blennorrhagie.

De ce court abrégé il est donc permis de conclure en ces termes :

P que la blennorrliagie ne constitue qu'une maladie légère et anodine pour la très grande majorité des cas. alors surtout qu'elle est soumise originairement à un traitement correct;

*2° qu*il n'est pas rare cependant de la voir devenir une alTection plus ou moins sérieuse, et cela de par sa tendance à la chronicité, de par ses complication^i actuelles et surtout de par ses reliquats;

3" qu'en tlu, pour un petit nombre de cas, elle s'élève ou j)ar elle-mûme ou, plus encore, par ses reliquats, au rang d'une alTectiou décidément grave, su^-epliblc de toute terrainaison.

Ce que résume ce vieil aphorisme : << ^i Ton sait quand une blennorrhagie commence, on ne sait ni quand elle finira oi fomment elle pourra finir, »

Troisième type : SVf^HILIS, — ^ J*arriveù la syphilis, la plus redou* table des alTcctions vénériennes.

Ce n*esL pas sans raison qu'on Ta qualifiée des noms de lèpre ou de pesle moderne. El, en elYel, elle n'est pas au-dessous de telles assimia lions de par le lourd tribut de maux, de souiîrances, de misères et de morts quelle prélève sur rhumanilé.

Pour préciser, elie est quadrupleraent nocive et pernicieuse, à savoir ;

1** dr par les dommages mdivithiets qu'elle inlTige au malade;

S"" de par les dommages volletlifa dont elle frappe la famille;

3" de |)ar ses conséquences hérédilaires, se Iraduisanl, à ne parler que de Tune d'elles, par une ciTrovable mortalité inrantile ;

4° enViu, de par la dégénérescence, Tabiltardi^^i^emcnt dont elle menace V espèce,

El cependant on ne s'en préoccupe guère ; on ne songe guère à se défendre contre elle. Ce qui fait qu'à Paris, sur 100 hommes, on en compte, au bas mot, de 13 à 16 infectés de syphilis ^D' Lenoir). Et, au train dont marchent les choses, soyez sûrsque cette proportion ne manquera guère d*aller croissant.

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