POUR NOS FILS, ^OAND ILS AURONT DIX-JIUÏT ANS
L — Lldée première que j'ai à vous en donner est celle d'une maladie qui, née dune contagion extérieure à agent encore indéterminé (niicrobique très probablement}, crée une imprégnai ion infectieuse, une sorte d'empoisonnement de tout notre être, de toute notre substance. Si bien qu'il nest pas un de nos organes, pas im coin, un recoin de notre corps où on ne l'ail vue pénétrer, pour s'y traduire par quelque manifeslation de son ressort* De la t^te aux pieds, lout le corps esl son domaine. Par excellence, donc, cest une maladie générale.
Par excellence, aussi, c'est une maladie chronique* Une fois qu*elle a pris possession de noire organisme, elle subsiste en nous à Tétai d'infection patente ou latente, et cela pour une durée absolument indéfinie, illimitée, n^ayant vraisemblablement pour terme que le terme même de la vie. Ainsi, il est courant quelle s'accuî^e par telle ou telle manifestation alors qu*elle date seulement de cinq, dix ou quinze ans. Il n'est pas rare qu'elle rentre en scène h une période plus reculée, par exempU*, vingt à vingl-tinq ans au delà de son origine première. On Ta vue même se traduire par des accidents indéniablement spécifiques à échéances bien plus lointaines» c'est-àdire quarante, cinquante, soixante/soixante-sept ans après son accident initial* Comme exemple, un de mes malades a été alTeclé d'une énorme gomme syphilitique de la cuisse cinquanle-einq ans après avoir contracté la contagion.
N'allez pas toutefois vous représenter la syphilis comme une maladie en eniantemenl ininterrompu de symptômes morbides, h la façon d'un volcan en état continu d 'explosion. Tout au contraire, elle alTecle bien plutôt les allures, pour suivre la comparaison, d*un volcan a explosions intermittentes et plus ou moins distancées hronologiquement les unes des autres. C'est dire qu'elle procède par poussées morbides séparées par des stades d'accalmie.
IL — Voyons maintenant par quels symptômes elle se traduit.
Sa longue carrière a pu être divisée assez nalurellemenl en trois périodes, à savoir :
Une période primaire, ou période du chancre, d'une durée de six à sept semaines;
Une période secondaire, succédant tout aussitôt à celle-ci, durant deux à trois ans, et constituée par des accidents superhciels, bénins ou relativement bénins, et résolutifs d'essence, c*est-à*djre susceptibles de disparaître et de disparaître sans laisser de traces ;
El une période lerîiaire, d'échéance et de durée tout à fait indéterminées, consistant en des accidents profonds, désorganisatcurs, destructeurs, toujours graves, souvent très graves et même, plus souvent qu'on ne le croit, mortels.
lNSTRUCTIO?i SUR LE TERIL VENERIEN,
Quelques détails :
L — La période primaire n'est pour ainsi dire rien. Une peLilo plaie (dite chancre), flanquée de quelques glandes à son voisinage, voilà loul son bilan.
Le chancre se produit là même où s*est exercée la contagion. Il reste généralement superficiel, indolent, et guérit hàtivemenL Si bien qu'en nombre de cas il est considéré par les malades comme un simple « boulon », comme une éraillure, uneécorchure insignifiante, et passe même quelquefois inaperr;u.
Soit dit au passage comme avertissement utile à conserver en souvenir, cette bénignité du chancre ne laisse pas d'âtre singulièrement insidieuse et devient très souvent matière à erreurs. On ne se méfie pas d'une petite érosion de la verge parce qu'elle est bénigne et insignifiante d'aspect; eh bien» en raison même de cette bénignité rassurante, il } a risque pour qu'etle soit un chancre. Remarquez cela.
IL — Six à sept semaines après le début du chancre, Tinfection commence à traduire sa dilTusion dans l'organisme par des éruptions à la peau et sur les muqueuses. C est la période secondaire qui «'inaugure ainsi* pour se continuer (si le traitement n'j^ met bon ordre) par une série d'accidents des plus divers, lesquels vont occuper la scène, sous forme de poussées alternant avec des accalmies, pour une durée de deux ou trois ans. Que sont ces accidents? Sommairement, ils consistent en ceci :
Eruptions à la peau, disséminées, éparpillées, quasi-généralisées quelquefois; — éruptions sur le système muqueux, notamment à la bouche, à la gorge et aux parties génitales, sous forme d'érosions ou d*uleérations dites plaques muqueuses; — maux de tête; — douleurs variées de siège, articulaires, osseuses, musculaires, névralgiques, etc, ; — engorgements et tuméfactions ganglionnaires;— chute temporaire des cheveux;— ophtalmies; ^ troubles nerveux, etc.
Dans tout cela, cependant, rien de grave, au moins en général* Ce sont là tous accidents qui, à coup sur, ne laissent pas d*être importuns, gênants, parfois douloureux, et surtout (c*est ce qui alTecte le plus les malades] désobligeants, affichants (exemple la fameuse rou tonne de Vénas qui émail le le front de ses efflorescences révélatrices) ; mais ce sont là tous accidents curables, résolutifs, susceptibles même de disparaître spontanément et ne laissant pas en général de dommages h leur suite. Dans son étape secondaire, la syphilis n'est vraiment sérieuse ou grave que pour un petit groupe de cas où elle revêt d^emblée le caractère tertiaire (syphilis dite alors maligne précoce).
Aussi bien a-t-ondit avec toute raison : » La gravité de la syphilis secondaire est surtout une gravité pour autrui* >■ Pourquoi pour
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autrui? Parce que les dangers que comporle la maladie à c^tte pt^riode sont surtout dea dangers de contagion* Et, en efTet, c'est à celte période qu'apparlient la redoutable /^/rr-ywe muffuease^ laquelle est la source la plus féconde dt^s contamlnaLîons syphilltjqueâ, A elle seule, bien posiliveraent, la plaque muqueuse réalise plu» de contagions que tous les autres accidents syphilitiques réunis. Par elle-même, cest un t>otjo; de par sa contagiosité, c'est une peste.
Si donc la syphilis s'en tenait toujours à sa période secondaire, elle ne serait vraiment pas une maladie de haute importance, ^lais patience, car elle va prendre une bien autre allure dans la dernière étape ou il nous reste à Tenvisager.
111. — Cette étape, dite leriiaire ou stade du tertiarlsncie, n*esl pas falale, je m'empresse de le spécilier. Elle n'est Ta talc que sur les sujetsqui ne se sont trailés que d'une façon insuriisante; tandis que, très heureuseuientj elle l'ait défaul, sinon toujours, an moins dans la très grande majorité des cas où est intervenu un traitement métho- <lique et prolongé.
C'est à cette période que se donnent rendez- vous tous les grands accidents qui ont valu à la maladie son sinistré renom* Or, sans contradiction possible, tous ces accidents sont graines à des degrés divers i tous sont désorganisa leurs et destructeurs. Car ils eônsistenl en des infUtrats, des dépôts, des engorgements qui se font dans les organes, et ces infiltra ts, â moins d*^tre résorbés et guéris par le traitemenl, n*ont que deux modes de terminaison qu'on appelle en langage technique le ramollissement gommeux ou la sclérose- Le ramollissement gommeux, c'est la mori locale des tissug, avec ulcéralion, gangrène, délabrements, mutilations; et la sclérose, c'est (ce qui ne vaut guère mieux) la mort fonciionndle de T organe qui survit^ mais qui ne survit que déchu, dégénéré, privé de ses anciennes aptitudes propres.
D'autre part, ce qui contnbue à rendre la syphilis lertiaire si redouloble, cesL sa faculté singulière, extraordinaire, d'ubiqutté. Sans la moindre exagération» elle est ou peut être pattonL It o est pas un organe qu*elle ne puisse atteindre, et je vous affirme qu'elle abuse de cette liberté. Au surplus, je ne veux pas que vous me croyiez ici sur parole, et je tiens pour édifier vos convictions a ce point de vue majeur, comme aussi pour vous donner de la sorte une idée précise fie ce que peut faire la maladie, à vous mettre sous les veux un document médical, irréfutable comme Test une donnée d'observation. Voyez ceci. C'est tout simplement, distribuée par catégories d'organes, une liste des accidents terlîaires qu'a relevés un médecin ^qui nesl autre que moi) sur un total de i.700 malades touchés par le tertiarisme.
Aeddent» inUrcssant la peau (syphilides tertiaires)»*, 1.518 cas»
Tumeuis gommeutes (gommes) KouH-outanées. . . . » . . !^2l) —
Lésionii terUaireit des organes génitaux .,..,..»»»..*, S8â —
— -^ de la lanf;:iie »»*.,, , *,,,*»•«, 177 —
— — dti palais et du voile. ,,...«,*.,* t. SIS ^
— — du pliAfjnx cl de la gorge ..».,... « IIS —
— — des lèvres, ..**.♦ ..,*..,*..».. 45 —
^ — des «mjfrdBk^s . » , . . , » 12 —
— — de la muqueuse nasale,».,.,, 10 —
— — du sy&Lème oiseux ,*..*,»., 556 —
Lé»ioTi$ osseuses du squelette nttsal et du palais
osseux.» ,*,»,.,..» , ,.^. ,,,,»,, ,,, 241 —
Lésions tcrliaires des articulations.. ... , **,,., 32 —
" — du sjsitcnne musculaire. ,»...,..... 33 —
— — du tu l>c difjeslif. ,»,..,.,,,♦»»,..,, 23 —
— — du larynx et de la trachée» .»..,., , 35 — ^~ — du poumon , . . , »..*.»»..,..». ... 33 —
— — du cfpur. , , », ..*»..»,,...*,.* 12 —
— — de Taûrte. ....,.»,.,,.,»,,.., U —
— — du foie. .....»-.,,»,.-.. Il —
— — du rein » 39 —
*** — du t^sslicuîe» ,...,.,...,»,.*»,.*,. 255 —
— — derreil.... 111 —
— — de i'orcilie .»,. 2K —
— — des artères et des veines» .*».».,» . 17 — Syphilis dn cerveau et de la moelle ; — tabès ou ataxir
locomotrice ; — paralysie générale^ etc. ,,......*... 2 .009 —
Localjf^ation*î divcrscï^.» ».,*..».....»»,».».......»... . 22 —
Laissez- moi recommander ce tableau è votre alieiitioii» Lîsez-le, el rclisez-le. flar il est ia*itructif> Car ît témoigne avec une évidence inatliémaliqiie (et cesl pour cela que j ai tenu à le produire) de trois points qui constituent une véritable caractéristique pour la maladie. .\insi i
Eu premier lieu et surtout, îl dénonce la gravité nécessaire, forcée, <lu tertiarisme en nous le montrant composé d'une pléiade d^aiïections ntéressanl les organes et les systèmes les plus importants, les plus essentiels, tels que système nerveux, système osseux, système cardiovasculaire, voile palalin, langue, larynx, poumon, foie, œil, oreille, testicule, etc»
En second lieu, il implique qu'à une telle multiplicité de localisations doit correspondre une diversité corrélaLive de phijsionomies morhides. C'est, en efTet, ce qui a lieu* et rien de plus singulier que de voir le tertiarisme se manifester sous les aspects les plus variés, n'ayant rien de commun d*un cas à un autre, à savoir, par exemple, sous forme d*une plaie ou d'une tumeur, d*une exostose ou d'un anévrisrae, d*une tumeur blanche ou d'un rétrécissement rectal, etc. Sur tel malade encore la syphilis tertiaire prendra la physionomie d'une phtisie pulmonaire, et, sur lel autre, celle d'une afîection hépatique ou rénale, puis encore, sur tel autre, celle d'une épilepsie ou d'un ramollissement du cerveau, et ainsi de suite»
En lin, ce même tableau témoigne encore que la syphilis tertiaire tie se porta pas indilTéremment sur tel ou tel organe, sur tel ou tel
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système» Posilivemeni eUe a &es préférences ^ ses sièges cl*él< Ainsi elle afîecle avec un réel excès de Tréquence relmli^e les I QiefiU culâtii5s; *- le syslècne osseux et, dans ee myeMéOÊ^^ le qu'on a dit » Fos aimé de la syphilis >> ; — le nez, qu^elIe él muUle oii anéaniil si auvent; — la laogue, notamnienl chez fumeurs; — le palais et le %oiletiu palais, dont la perrorâUon destruclion soot si éminemnient communes; — le testicule; verge; — les muscles moleurs de l'œil, etc; — et surloul partout I remarquez bien ce l^rand fait, ce fait capital, dont vaus ai eien*/ dan^ un instant leti^ néta s tes conséquences^ le êysiénie nt (2.000 cas sur 4,700 malades Ij,
tool lui
Et, en effet, additionnez, je vous prie, les diverses manifestât! nerveu$e$ qui figurent dans la stalisLique précédente, el vous verrez s élever au total exorbitant, prodigieux, de 2,009 cas, I supérieur et de beaucoup supérieur à celui de n Importe quelle au localisation tertiaire de la syphilis. Qu'est-ce que cela vput di Cela veut dire que te système nerveux est la victime préfêri la victime par excellence du tertlarisme et que le princif>e la sjjiliilis, s'il constitue un poison de tout l>tre, constitue surtoi et principalement un poison du stjsième nerveux.
Or, étant données la qualité el rimportancc des ToficUons dévot h ce système, qui est fai-je besoin de vous le dire?) le grand eystètnfi organique par excellence, le système directeur de toute la niaclij Immaine, jugez de la gravité qu'emprunte à ce fait le pronostic de syphilî}^. Cela veut dire que de la syphilis dériveront, pour une pr portion considérable, ces redoutables symptômes qui constituen comme chacun le sait, rexpression commune des affections ce braies ou médullaires, à savoir : paralysies de tout siège, paralysi partielles, ou bien hémiplégie, paraplégie, paralysie vésico-rectall paralysief> oculaires, etc.; — trou Ides des sons; — troubles iolei lectuels, tels que délire, hébétude, aliénation, flémence, gâtisme, etc. toutes infirmiléSi toutes déchéances auxquelles la mort sert de lei minaison fréquente
Oui, ia maW, cl besoin encore est ici de produire quelques chifîn pour vous convaincre {car c'est à n'y pas croire), pour vous con~ vaincre, disais-je, de l'extrême gravité que comportent ces locall lions de la syptiilis sur le système nerveux. Écoutez donc ceci :
Âpres analyse de plusieurs centaines de cas de stfpfiiîis du cervem qui se sont présentés à mon observation, je suis arrivé aux cliiffn suivants, en tant que terminaisons de la maladie :
Sur 100 cas :
22 cas de guéri son ;
19 cas de mort;
Et 59 cas ou les malades ont survécu, mais survécu comment
INSTRUCTION SUR LE PÉltlL VÉNÉlUKN,
Avec inrirmiliis permanenle^ et définitives (paralysies el dt^chéance inlellecluelle), dont quelques-unes à peu près équivalentes k la mort comme résultat.
Au total, donc, sur HX» cas :
22 favorables, contre 78 défavorables à des degrés divers;
Et, sur ces 78 cas, 19 morts.
Néfaste bilan ^ D*esl*]l pas vrai?
Encore n*est-ce pas tout. Car Ja syphilis ne fait pas que de la syphilis; cite fait en phis, et c'est là le pis. de la parasyphllls. Je m^expliqne.
Un médecin célèbre a dit: « La syphilis est un fumier sur lequel germent toutes les pourritures- »* Celte boutade contient une jurande vérité. Car il est tout un groupe de maladies qui viennent s'enter sur la syphitis à la façon des parasites sur un vieux tronc d*arbre» et qui sont la conséquence de la syphilis sans être syphilitiques de fond, d'essence, de nature. Or, le malheur veut que ces atteclions épigéné tiques, greffées sur la syphilis et dites pour cette raison parastfphiiiliques, soient presque toutes de la plus haute gravité, et cela à la t*ois comme symplAmes et comme terminaisons. Je vous en citerai trois comme spécimens :
La paralysie générale, dont le nom seul est un épouvantai! et qui ne connad c[u'un mode de terminaison inutile à spécifier;
Le tabès ou ataxle locomotrice^ qui aboutit à des infirmités ïiiolrices ou sensorielles (cécité, par exemple i d*une égale incurabilité ;
Et la leucopla&ie qui. née le p!us souvent de la syphilis et de Firritation buccale dérivant du tabac, dégénère très habituellement en la plus eîTrojable maladie, le cancer lingual, inévitablement mortel à brève échéance.
De par le fait de ses localisations fréquentes sur des viscères essentiels h la vie, il va sans dire que la syphilis expose à de nombreux risques de morL On en meurt plus qu'on ne le croit et surtout qu'on ne le dit. On en meurt par le cerveau le plus souvent; cela, vous le savez par ce qui précède; — mais on peut en mourir aussi par la moelle ; — par le rein ; — par le foie ; — par le larynx ; — par le poumon ; — par le cœur ; — par les artères [ainsi Ton est en train de s'apercevoir depuis quelques années que les anévrysmes de Faorle sont pour la très grande majorité d'origine syphilitique) , — quelquefois aussi par troubles généraux chroniques el cachexie progressive; — exceptionnellement, enfin, d'une façon aiguë, par