‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 106 sur 123 · POUR NOS FILS, QUAND ILS AURONT MX-HUIT ANS · texte numérisé non relu

POUR NOS FILS, QUAND ILS AURONT MX-HUIT ANS

puis, à peine délivré des symptômes âpparenU, il se croit guéri et cesse tout traitement. Trois ans plus lard, il est alTecté brijsquenaenl d*accidenls épileptîqueSf puis tnénîngiUques, sur la nâlure descjiiols on se méprend d'abord, en Tignorance de ses anlécédenls. Bref, il fait une syphilis cérébrale qui, traitée comme telle trop tardivetneiit^ l'emporte en cinq mois.

Eh bien, ce pauvre Jeune homme étail'il, lui, un » routier de Taraour et un véti'Tan de la débaoehe *> ? Tant s en faut, car il faisait ses premières armes amoureuses le jour oh a contracta la eonta^oa qui devait le tuer. — Jeunes gen^, que ce malheur d"un des vôtres oe soit pas perdu pour vous, et mettez bien en vos souvenirs ceci : qu'en fait de syphilis un tontaci malheureux suffit pour conférer rinfectioii avec toutes ses conséquences d'avenir, même les plus désastreuses^ comme vous venez de le voir»

Tel est le péri! vénérien, composé principalement de deux Ijp^s morbides, tous deux sérieux, tous deux pou^^ant devenir graves, mais très inégalement graves, comme il [résulte de lexposé qui pré* cède.

Eh bien, comprenez-vous maintenant pourquoi votre avènement à retape virile ne laisse pas d'inspirer n ceux qui vous aiment de légitimes alarmes? Comprenez-vous aussi pourquoi une Société de gens de bien, ayanl en vue rétude des moyens propres à diminuer la fréquence des alTections vénériennes, a songé à vous d'abord, à vous lesjeunefi, les tout jeunes, et m*a fait le grand honneur de me confier la rédaction de cctle petite instruction k Tusage des «^ ignorants ^> que vous êtes encore de ces misères spéciales î *< Sauvegardons tout d*abord, ont dit mes collègues, les inexpérimentés de la vie, ceux qui peuvent tomber dans l'abîme parce qu'ils ne le connaissent pas. Avertissons nos enfants du péril vénérien ; ce sera là le plus sûr moyen de les en préserver. Et ne nous bornons pas à un avertissement général et banal : faisons plus et faisons mieux en motivant nos dires; décrivons-leur ce péril, tel qull esl médicalement, afin de les rendre juges eux-mêmes de ce à quoi ils peuvent s'exposer. ►* C*esl pour cela qu*au lieu de me borner à vous crier gare, je viens de vous parler médecine, comme si pour une heure vous étiez devenus des élèves de mon hôpital. Vous connaissez maintenant sur les maladies, en question ce que vous avez besoin d'en savoir, et grande serait ma satisfaction si ce que je vous en ai dit pouvait vous être de quelque utilité personnelle.

Quelques mois encore et j^achève.

Vous voici de grands jeune*^ gens. De ce fail m^nie attendez-vous a ce que la provocalion féminine fonde sur vous comme sur une proie facile h exploiter. Or, celle provocation, sachez-le, est partout et se présenle sous toutes les formes. Vous ne la rencontrerez pas seulement le soir et la nuU* au coin des carrefours ; vous la rencon* trerez de jour et partout, sous forme, par exemple, soit d*éléganles promeneuses de boulevards, soit de pseudo-pelites ouvrières semblant, un paquet k la main, reporter leur ouvrage; — ou bien surtout dans les brasseries à invileuses. dans les spectacles, dans les promenoirs de théâtres, dans les bals publics, les cari>s, les cafésconcerts, certains magasins de ganterie, de parfumerie ou de *' curiosités », A arrière-bou tique aménagée jiour une industrie toute ditîérenle; — comme aussi dans tous ces lupanars qui, sous des enseignes variées, pullulent dans notre capitale. Elle pourra même vous relancer à domicile, sous forme de lettres, de billets doux, comme cela est arrivé à un de mes tout jeunes clients, élevé de Condorcet, qui recul un jour une missive de ce genre ofi une belle inconnue lui disait l'avoir « remarqué h et sotlicilail un rendezvous. Imprudemment il se rendit à Tappel et paya cher sa naïveté.

Or, notez-le bien (car ceci est un avertissement majeur), les provocations dont je viens de vous parler émanent presque invariablement du pire ordre des prostituées, à savoir de celles qu*en langue administrative on appelle les clandestines ou bien encore les insoumises f parce qu'elles ont échappé jusqu'alors au contrôle hygiénique de la police). Entre toutes, celles-ci sont de beaucoup h& pln^^ dangereuses, parce qu*elles ne sont pas surveillées médicalcmenl et, en conséquence, non retranchées de la circulation alors qu'elles sont aiTeclées de tel ou lel accident vénérien. Elles sont même dangereuses dans une proportion numérique étonnante. Ainsi plusieurs statistiques officielles s*a* cordent pour attester que, sur 100 de ces femmes am^lées pour délit de prostihiliou, on eu trouve toujours un tiers de malades (de 25 à iH p. 100}, c'est-à-dire a ficelées soit de bleunorrhagie, soit de chancres simples, soit de syphilis, ou même de plusieurs de ces maladies à la fois*

Donc, lorsqu'on se laisse entraîner par une prostituée clandestine, Tindice des dangers encourus est de 33 p, HXï environ* Donc, avec cet ordre de femmes, sur trois rencontres, une sera presque inévitablement suivie de contamination.

De ce qui précède n'allez pas maintenant, à la façon de certains uaifs, déduire la coqcIusîod suivante :quei *^ puisque les prostituées

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non fturveilJéei? nonl daiigereuM*s, celles qui sont doivc^iil pas élr<; <Jaîîg#*r<*ij^^ « ; car la prerntème de ce» | iilcn[>Jiqti<ï f*n rien la seconde. Cerlp^ oui, la pro^Hme g^orttïlWf «^ | \mn moîiii dangereux «jue la proj^litut-e clandestine, pttTM qmi 4*mi médicalemetiL examinée iouâ les huit jaur^ el sé^uéAwémmmi où elle e»»l reconnue «^ malade ^ oy même »■ suspecte -, Ma» deT^j cfe cm examen;^ au suivant il s^écoulp huit jours, pentlaol leti|Qciii] toul I<^ leni(t« de ^e produire sort une blennorrhagîr, ^oil ud HOJi un<^ nu*idiie de pla^[ueA lIltJqueuBet^. I^ar LOfiséqiieiil^ reconnue &ajne aujourd'hui peul Aire demain une fille maliili d contagieu'^e, — Il atflc^irHp l'nregislre:^ lai*n aussi en %os ^4>UTeatfi cet outre réiultal crobscrvalion médicale, h savoir quf? loule fiûe, après deux ou trois ans d'exercice de la prosUlylion. es4 pour aiuhi din^ fatalement entacluk» de f^yphilis.

«El la prophylaxie publique en est là, allez* vous me dire smm aucun doute; et voilà tout ce qu'on a trouvé jusqii*à ee jour fiour préserver U>spopiila1ians des deux Iiideuv fléaux que vous nous ntet dt^crilsî '' I k las î OUI, vous ré pondrai- jc\ nous rn sommes lii. El oc nous accuser, pas, nous hygiénistes et médecins, de n'avoir pas tnieux fait pour la sauvegarde de la santé publique; car voilà loti|^lcmps que nous lutlons pour réaliser mieux, mais nos conseils, nos atljurntions ne sont guère écoulés en haut lieu. Encore 1 opinion publique es! -elle éiicrgir|uenieut solb citée a almlir toute surveillance médicale dt* la pro*-tiiulion par une Société puissante, dite Fédéraiion attolilionnisle, qui, née dans la pudilKïnde Angleterre du mysticisme proleslant, cousidén» la syphilis et les aîVcclions vénériennes comme autant de satiU aires présents de la Providence en %ue de ** punir la chair luxurieuse », d'opposor uu freîji au dérèglement des mœurs et d'assurer le salut dos ^nies dans un autre monde. — Comptons sur le bon sens franco nia pour résisler à de telles doctrines, dont le résultat serait de décupler le péril vénérien,

La conclusion naturelle et forcée de tôutcequi précède est que la meilleure de toutes les prophylaxies fie saurait être aulre que Ib pf*âpht/laxie imiwHltit'tie, personnelie, t*i savoir celle que chacun peut et doit exercer sur lui-même. Commençons par nous protéger nousmêmes, cela vaudra mieux, ccln sera bien plus silr que de nous en rapporter pour noire sauvegarde a la vigilance d'autrui.

On a dit plaisamment : «- 1-a crainte de la isyphihs est le coramen* cernent de la sagesise. *> Boit! Mais ou n'accède pas h la sagesse que par la voie de la peur ; on y accède aussi par d'autres senlimenls d'ordre plus élevé qui, sans nul doute, seront les vôtres, a savoir : les principes de morale et de religion que vous avez reçus de vos familles, le respect de soi-nu^nie. le respect île la femme, et j'ajouterais encore, sHl n'était prématuré peut-être de demander cela à vos

dix-huil ans, le respect clû par avancée celle qui sera votre compagne, aux enfants qui sont à naître de vous, au foyer domestique qui sera le vôtre-

Autre point, — On a parlé indCimcrit et à la légère des u dangers de la continence pour le jeune homme n. Vous avouerai-je que, si ces dangers existent, je ne les connais pas el que mol, médecin, j*en suis encore à ne pas les avoir constatés, luen que les sujets d'observaliou ne m'aient pas manqué en la matière?

D'ailleurs, ajouterai-je au nom de la physiologie, la virilité vraie n*est pas atteinte avant Tdgede vingt et un ans environ, et le besoin sexuel ne s'impose pas avant ce terme, surtout si des excitations malsaines n en ont pas sollicité prématurément TéveiL La précocité génésique n'est qu'artiticielle et ne dérive le plus souvent que d'une éducation mal dirigée-

En tout cas, soyez- en sûrs, le péril en respèce consiste bien moins à contenir qu'à devancer le vœu de la nature ; vous me compreneie*

Un dernier conseil, et j'ai lîui.

Que si, un jour, Tentraînement des sens trahissait voire volonté et qu'un malheur vous advînt, qu'auriez-vous à faire ?

Ici encore mon expérience m'autorise â vous dire ceci : que, des deux seuls partis entre lesquels vous pourriez hésiter» il en est un bon et un mauvais.

Le mauvais, le triîs mauvais, est celui du silence et de la dissimulation. El cependant il nen est pas moins celui, d'après ce que j'ai vu, auquel la plupart des jeunes gens donnent la préférence. Consternés, conTus, apeurés» ils ne trouvent rien de mieux que de cacher leur mal, de nen rien dire h leur famille, et de se traiter secrètement, en se confiant au premier venu, k un camarade, à un médecin sur lequel ils ne sont pas renseignés, et le plus souvent à un charlatan. Certains oit^nie obéissent en cela h un sentiment qui peut leur faire honneur, mais qui n en est pas moins déraisonnable. Us se représentent la syphilis comme une maladie honimse, dont aurait à rougir leur famille avec eux et qui est condamnée de nature à rester secrète* Comme si la syphilis était une honte et non pas un malheur^ malheur pour lequel on ne peut avoir que compassion et pardon. Qu'arrive t-il alors avec ce système du secret? C'est que ces jeunes imprudents sont gênés pour se traiter» se traitent tant bien que mal et plus souvent mal que bien, incomplètement, insuffisammenL puis, en fin de compte, restent exposés pour la venir aux catastro plies que

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