V. — H La réglementation est immorale
Sous ce vocable quelque peu élastique viennent se ranger une foule d'accusations diversement formulées, qui seraient malaisément classables.
Ainsi, la réglementatîon, a-l-on dit, est immorale : en ce qu'elle « pactise avec la prosiitulion « ; — en ce qu'elle « consacre et protège rimmoralité la plus llagranle », et en ce qu'elle est, par cela même, « contraire au Christianisme qui met la débauche au premier rang des péchés v ; — en ce qu'elle légalise le vice et en fait TEtat complice, car « régler Texercice de la prostitution, c est en reconnaître l'utilité, c est la proclamer nécessaire et légitime, L'État se trouve ainsi élever la prostitution au rang d'une industrie commune, tenir marché de débauche et devenir de la sorte le grand monopoleur du vice, le premier ministre du péché >* ; -* en ce qu'elle constitue une « excitation officielle h la débauche, un véritable proxénétisme d'Etat avec privilège d'une épuration médicale i» ; — ^ en ce qu*elle « asservit légalement la femme au vice public » ; — en ce qu'elle crée " une catégorie de femmes esclaves pour le plaisir des débauchés, immolant ainsi les humbles au plaisir d autrui, et sacrifiant la fille du peuple aux débauches des classes supérieures ►^ ; — en ce qu'elle " place la santé des vicieux sous la protection de TÉtat, pour mieux assurer Timpunité ù Fincontinence et Timmoralité », etc., etc.
Et à ces citations {loales iexhieîles) que d'autres de même ordre n'aurais-je pas à ajouter, non moins déclamatoires, non moins sonores
DH L AeOUTtONNmME.
et creuses à la fois ! Car, en somme, que reâle-i-îldeces griers quand on les anal) se de près, isolément, quami on les exprime pour en recueillir la quinlessence, et surtout quand on se demande à quel litre et à quel degré il convient d'en rendre la réglementât ioti responsable ? Voyez plutôt.
Est-ce que, d*abord, c'est TÉlat qui fait la prostitution? Il la trouve bien toute faite, toute constituée. Quel bénélice aurait-il à créer» protéger, légaliser, monopoliser des cenlres de débauche, pour se donner la peine de les combattre ensuite? On se creuse la tête, en vérité, pour expliquer Tétrange mentalité qui fait imputer à TÉtâi de telles monstruosités.
Puis, trouvant la prostitution constituée, TÉtat a le bon esprit de ne pas chercher à l'abolir; car il sait, de pat les leçons de l'histoire, qu'elle est plus forte que lui et qu*elle lui résisterait viclodeusemcnl, tout Comme jadis elle a résisté à Charlemagne, à Saint-Louis, à Louis XIV, â Marie-Thérèse, etc. Mais, s'il la laisse vivre, il ne lui impose pas moins ses lois, loin de « parliser n avec elle, et cela de façon à donner satisfaction à un double intérêt moral et sanitaire. D'une part, en elTet. il assure contre elle la décence des rues» il rempéi.he d'immoralïser la rue; et, d autre part, il assainit le bourbier dans la mesure de ce qu'il peut faire.
11 ne favorise pas la prostitution, comme on Ten accuse; il ne la légalise pas; il la tolère, ne pouvant rien de plus; mais il ne la tolère qu'en la réprimanl dans son expansion immoralisanb et contogîeuso. Et Ton dit //n/ïio/vi/ ce double oflice de lelat en rcspèce ! J*avoue, moi, ne pouvoir le trouver que moral e\ hienfaisanL
De même le D' P. Good a dit : » Quanil on m aura fait croire qu'en internant dans un lazarcl un individu, homme ou femme, qui aura peut-être été en rapport avec des germes de la peste ou du choléra, la société tolère, encourage, favorise la peste ou le choléra, je croirai aussi qu*en chercha ni h mettre une femme certainement atteinte de sypliilis dans rinipossibilité de transmettre cette mala*lie, la société tolère, en cou rage ^ favorise le triste commerce pratiqué par cette femme (Ij. 's
Enlîn, est-ce encore la faute h la réglementation si des milliers de femmes^ recrutées, il est vrai, pour la grande majorité parmi les humbles, croupissent dans les bas*fonds de la société en servant u de châtra plaisir h la luxure masculine »? Non certes, car il en serait de même en dehors de toute intervention répressive des pouvoirs administratifs, La preuve en est qu'il n'en va pas différemment dans les pa vs ou n'existe aucune réglementation. La raison vraie de telles misères remonle plus haut, c*est*à*dire remonte aux causes sociales qui constituent la prostitution, et c*est à ces causes, non à TElat,
(I) BeiétJtment êoei&li Supplément, février tSDl*
DE l'abolitionnisme. 507
qu*n faut s en prendre comme responsabilité de relTroyable étal de choses en question.
VL — Venons ii un dernier grief : (* La régïemenlalion^ dit-on^ est noloirement insuffisante el, en conséquence, inutile. '>
Insuffisante, répondrai-je; ah l pour cela oui, et combien vous avez raison! Elle est insutiisanlc nn premier chef, el comment voulez-vous qu'il en soit autrement, qu'il puisse même en ^tre autrement? Elle ne s adresse et ne saurait s^adresser qu*à un ptiiî piiblit\ exclusivement constitué par la prostitutiou de bas étage. A Paris» par exemple, elle ne s'adresse qu'à cinq ou sïk mille femmes, alors que, notoirementjl est 30,000 femmes, suivant les uns, ou 50,000, suivant leâ antres, qui vivent de prostitution.
Mais de ce qu elle ne produit qu'un petit bien^zn lieu d'en produire un grand, faut-il pour cela labandonner» la répudier, et se croiser les bras? Cela, par exemple, i\ la façon d'un homme qui rali^onnerait ainsi ; <» O^e de pauvres à secourir ! Avec ma petite bourse je pourrais bien en soulager deux ou trois ; mais, comme ils sont cent, à quoi servirait mon ol>ole? Donc, ne donnons rien, c'est préférable, >' ^ Ou bien encore ; « Voilà un gros navire qui fait naufrage en vue de la côte. J'ai bien là nne petite barque avec laquelle je pourrais repécher une demi-douzaine, une douzaine peut-être, de ces malheureux, Mais, comme ils sont deux on trois cents, restons bien tranquille sur le rivage. i>
Piteux argument qui, je m'en souviens, est tombé net, au Congrès de Bruxelles, devant cette spirituelle boutade de mon ami le D'^ Le Pileur : « A quoi servent les gendarmes? — A arrêter les voleurs, — Ah, très bien ! Mais les gendarmes urrêtent-ils totm les voleurs? Non, — Non ? Alors il faut supprimer les gendarmes. »
Eh bien, tel est exactement le même langage que — sans consenlir à s\*n apercevoir — eertaines personnes opposent h TAdminist ration : « Surveillez- vous, avec votre police, toutes les femmes qui seraient à surveiller? — Non certes, tant s'en faut, — Non? Alors, n*en surveillez aucune. »
D*autre part, on a dit : ^ La réglementation est inutile . Car elle ne produit pa;9 ce quVi priori elle paraîtrait d^' voir produire. Ainsi, d'apré*4 certaines slalistiques, la syphihs sérail tout aussi fréquente dans les pays ô réglementation que dans les pays non réglementés^ voire plus fréquente quelquefois, n
On s'est battu sur ce point à coup de statistiques, lors de la ('onféretice de Bruxelles notamment. Guerre de cliiiTres qui n'a abouti à rien et qui, du reste, ne pouvait aboutir a quoi que ce soit de décisif,
DE L ABOLITIONNISMK.
de probaot. Car, d'une pari, nous manquons encore do bonnes stalisiit-ju^^s *iurla questioD, j'entends de âlalistiquei) complèles el comparables* D*autre pari et surloul, la fréquence des alTecUons vénériennes dans un pays quelconque est soumise à tant el tiint de facteurs (quelques-uns même 1res inattendus parfois) ** qu'il est impossible, comme Tout très bien dit à Bruxelles nos collègues Neisser et Ehlers, de juger par la statistique de Taction isolée d^un de ces fadeurs. »
1) ailleurs, ajouterai-je. il est quelque chose de supérieur à louLes les statistiques; c'est le hon êens^ et, en l'espèce, le bon sens juge la question de la façon suivante :
Un e fille . affectée de plaq uesmu qaeuses , est in ternée , a ujou rd' h n i ,
ci Sai ni- Lazare, je suppose^ Q^^!/ fera- 1 -elle ce soir el celle nuit? Elle if iitirmira, ino/fensive. fjiitùt-eîle failce soir ou celle nnil, si elle eûléitf libre. ^ Elle eût sûrement transmis la syphilis â an on plusieurs hommes.
Ce très simple argument, je m'en souviens, a reçu un excellent accueil à la Conférence de Bruxelles. 11 a fait fortune, et on lui a même accordé les honneurs d'un baptême spécial sous le nom d'argument du bon sens, nom qui sert h le désigner actuellement. En revanche^ il est odieux aux abolilionnistes qui ne me le pardonnent pas, et M* Augagneur le traite de «i singulier >^
Telles sont les principales accusations fulminées par le groupe abolition niste contre le système de la réglementa lion. Je dis principales parce qu'il en est bien d'autres que je pourrais encore citer; mais vraiment ces dernières n*ont aucune portée, et c'est presque leur faire grâce que les passer sous silence. Quon en juge par ces quelques échanlillons*
L — La msite médicale^ a-l-on dit, n*offi^ pas de garanties J Certes vous aurez peine à croire quil ait pu se trouver des médecins, des médecins, oui, pour émettre une assertion de cet ordre; le fait est authenlique cependant. Une seule réponse est decirconslance, et la voici: la visite médicale olTriraloutes garanties si elle esl bien faite; elle n'en olTrira pas si elle esl mat faite. Tout dépend de la qualité et de rinstruction du médecin à qui elle sera conJiée*
IL — La visite médicale n offre- t~elte] pas le danger de transmettre la contagion redoutée ?
Oui^ sans doute, si le médecin la pratique avec des mains ou des
DE l'abolitionnisme. 509
inslntmetits sales. Mais pourquoi, h Tavancfr, ceUe suspicion de haute tnalveillïiïice vi«^-à-vis du corps médical ^ suspicion aussi imnnVï'ilée, aussi déplacée que possible? Des injures ne sont pas des raisons,
III. — Autre hérésie médicale» souvent exploitée parla cause abolitionniste.
Au Congrès de 1689, Té minent et regretté professeur StoukowenkoiT (de Kievv) est venu imprudemmenï énoncer que la réglementation u n*élait plus en harmonie avec les données de la science actuel le »». Ainsi, disait-il, au cour:^ de sa période <f condylomateuse » {période secondnire en langage plus courant), la syphilis esl contagieuse et contagieuse même sans accident s (sans accidents, not(?z bien cela^ c est-à-dire sans manifestations apprécial)les), et cette période peut durer de sept à dix ans. Donc, on ne peut jamais affirmer, ^ moins fie tromper le public, cju'une femme qui a la syphilis depuis quelques années n'est pas contagieuse — et n'est pas contagieuse par ce fait qu'elle n'a pas de lésion constatable* — Donc, conséquence pratique, « à quoi bon perdre son temps à rechercher des lésions chez de telles femmes, puisqu'elles sont ou peuvent être coniagieiises sans lésions'! n Quel argument contre la visite médicale l Quelle aubaine pour les anliré^lemcutarisles (1)! Malhenreuspoient pour eux, (a doctrine de StoulvowenkotV n"a pas eu le moindre écho médical. Elle ne reposait que sur une hypothèse, une vue de l'esprit, et elle a vécu ce que vivent les h\^mthè9es. Il n*en est plus question*
De rexposéqui précède dérive nécessairement une impression qui déjà sans nul doute sVsl imposée à vos esprits. Impossible, en elTet, de ne pas être frappé de la discordance violente des opinions soulevées par le sujet spécial dont nous venons de parler. N'est -il pas vraiment étrange et curieux de voir drs hommes à coup si\r également respectables, instruits, éclairés et indépendants, également soucieux de la vérité et de Tintérét public, aboutir en Tespèce aux convictions les plus contradictoires, les uns consîdéTMul [n réglemenlalion des prostituées comme une nécessité, une sjiiivrg,'irde pour la société, un devoir pour les pouvoirs publics, et les autres la rejetant, la répudiant comme une monstruosité, ctc? Que veut dire cela? Et comment expliquer, je ne dirai pas ces divergences i le mot serait insuffisant), mais une opposition de sentiments aussi radicale, aussi intransigeante de part et d'autre?
Sans doute se présenteraient à invoquer ici des raisons de divers onlres, telles que întluences de milieux, d'éducation, de profession,
(j) Voy. Pédéritloa briUnfiique conUnenLaï« et (^«înérde {\* Concret intcmaMo-
510 as
]4k^s plHOMipwwni^s* ïïw ïittiff^^^i^, pobttfiiiçSf,, oocino^s icmB^â/cs, €Ac* Tool cela y a s» pmf% l^en sàreacot. Mats lencK po<9r errlam qisa la cause priaeipalc de ces tliaiiafançrij promlc de b diiierepcc des poîals de ¥w atneqnd^ ott ae flaee, de rdjectif Ti^é^ des lésollal» aiixf|iieb oa aspire. Je ni'esplîqiie.
Pour DCMiis^ médeciiis et bj gîéfijsles« doU^ pa&ilioo dans le drbai esl ili*^ plas ^impies et de^ plus nelles. C!e qtiî ooQscoodiiii à réclanier et à réclamer ét^r^aeineiil ttne swnreîUagtce aiêdiealr de b piosiilotioo, e""^, d*aiie part, oolr? expérietice ptoressâûiiiiêOe des danger s oûiisidéraliles, ép<Mi¥aolablcs, qui résaMent des aflTectioiis Téfiérienaes^ ei, d*aalfe part, créait b devc^r aiûfml 4|iit uoas tturombe de pf^léger b soci^^ coolre ces dan^îi^rs. Ni>Ir* objectîr^ à oaos^ c*cs4 le péni ténérirni el notre aspira lion, c'est l'attéouatiao de ce péril dans b inesiire du possible.
Toat autre e^t le point de Tue des at^ililioQiiistes. tie parle id du groupe des aboliliopDÏstes qui coin posent b Fêdrratioa i je parie du €orpM ffnrmée, sans leoir compte d un certain nombre de membres isoléa» Téritables rraiicâ^tirenrB qui guerr0yent à ses côtê$, et qui pour on cerlain nombre, sont animes d'an loul autre esprit Otie ce^ derniers* donc, ne prennent pa& à leur adresse i-^ qui va suirre, je les en prie . Pour tm aholilionnisles, dbalB-je, i objectif visé, ce n*eslpas le péril vénérien, cV'sl le péril m*traL Ce ^ulh redoutent coEnme conséquence de b pros^titution, c'est le péché «ea?ct<f/: ce à quoi ils aspirent, c'est» suivant une e:£ pression qui leur e^t favorite, b parrié, la purel/* pour Tun et laolre scie; car, ainsi qo îLsfe répètent à satîélé, il n*v a pa^ deux morales, l'une pour Thomme et lautre pour la femme: il n'y en a qu'une, commune bux deux sexes, qui impose à Tun et Tautre b continence^ sauf en état de mariage.
Or, suivez bien le raisonnement, quelle est rorig:îne du désordremoral, de rincontioence que le « chrislianî.^^me met au premier ran^ des péchés >s quel est l'enoemi qui provoque ince&samment les coq- VQÏtises de la ctiair, la fornication, ladultère, elc* ? C'est la prostitution. Et quelle prostitution plus sperîalement ? Celle qui se voit, qui s'affiche, celle qui est toujours là, toujours prête, • celle qui promet tout à la fois plaisir et impunité •», à savoir « celle qu or|^anifM!-, entretient el réglemente TElat pour la satisfaction des vicieux •. FJonc* c'est la prostitution réglementée qu'il faut combattre « comme la source de perdition par excellence, comme le mortel ennemi des âmes et le poison des cœurs, *" comme «' une citadelle de Satan •« ^Jos. Butler,!
Fort bien l Mais que devient la syphilis dans ce programme? Ah l elle y est bien oubliée, bien effacée. 11 n'y a guère place pour elle dans les préoccupations des abolition nisles. Le salut de Tâme, le péché à éviter, iskpureié, voilà leur objectif; quanta la syphilis, ils n en parteol
DE L'ABOLiTfONNÎSME. 511
pas, 011 si peu l C'esl presque pour eux quantité négligealile. N'est-ce pas uiiabolitionniste, par exempto, qui a fait la proposition singulière (pJus confoiuiie au principe de la pureté qu'aux intéiV-l^ ile J'Iiygiène) de faire eut i-er en ligne de compte les fntlielins de nanlé pourTavancemept en grade dans larmée ? De sorte que les soldats n'auraient rien eu de plus à cœur que de dissimuler leurs maladies et, conséqueinment, ne se seraient plus guère traités.
Ce noble mépris pour le temporel, sans doute les abolitionnistes ne le professent pas ouvertement, ce serait maladresse; mais il ressort de renserable. 11 ressort, par exemple, de Tabsence de lout effort de leur part dans le sens d'une prophylascie basée sur d*autres moyens que des moyens moraux. Vainement chercheriez- vous dans leurs innombrables publications la moindre étude où le problème soit abordé dans le sens hygiénique ou médicah D*autre part, on s'oublie quelquefois, ou bien quelque enfant terrible du parli découvre Tétat d'&me de ses collègues, Et alors surgissent au jour des déclarations telles que les suivantes :
Par principe, pas de surveillance m<^dieale de la prostitution. La question hygiénique n'est, en Tespèce, qu*un « misérable prétexte, destiné à couvrir une institution déshonorante el impie n f James Stansfeld), p ré le x te émanant « d'une soi-disani science médicale menteuse et hornée, qui se croit seule dépositaire de la sagesse i» (j* Butler). Cetle question hygiénique est de celles dont doit ise défjarrasser VEi^i^ parce que a légaliser le vice ne saurait élre Tceuvre d'un chrétien » (Fallot).
Ainsi, c'est bien enlendu: tout effort pour assainir la prostitution est condamnable et condamné a Tavance comme contraire à Tesprit cbré^ tien et voué, du reste, ** h un échec complet et ridicule *» fj. Butler). Mais voici mieux enrore. Ecoutons bien ceci : f Que l'homme qui s^abaisse Jusqu'à entrer dans une malBOB de tolérance pour y satisfaire sa passion charnelle puisse en rapporter une maladie honteuse, nous ne trouvons pas cela mauvais (?), et nous ne perdrons pas notre temps a nous apitoyer sur son sort (1). »
(Jue dis*je? Non seulement la vérole, pour certains fanatiques, est une juste punition du péché, mais, en outre, c'est un mal parfois utile et salutaire (1), parce que c'est un mal que Dieu a envoyé pour rorrompre la ^ chair luxurieuse «. La vérole devient ainsi un frein salutaire que la Providence a bien voulu imposer au iléréglement des mœurs, un gardien nature! de nos âmes et la sauvegarde de la vie morale, c*est-i\^dire un agent de salut dans un autre monde.
(IJ Qu^ext-ee qm i* fédérMiion ? Por un nicmbre du Comité exécullf. Paria, I89i,
512 DE l'abolitionnisme.
Et ce n'est pas touL Car je dois encore, coiiiïne confirmalion à ce qui pri^eède, vous citer les textes de plusieurs des apAlrcs de l'abolitionriisnie professant ceci ; alors mérne que la réglementai ion serait reconnue ulile au point de vue de Thygiène, il faudrait la rejeter comme nuisible à la morale; — a alors qu'elle serait utile au double point de vue de la morale et deTliygiène, il faudrail encore la repousser comme inique au point de vue de la liberté individuelle *» ; — c'est-à-dire au total : alors même que la réglementation aboutirait à supprimer b vérole, il faudrait, au nom de la morale, rejeter la réglementation et conserver la vérole î
Les textes sont ici indispensables à produire :
(4 ...Si, aprèâ Fabrogntîoo des Acts^ le chîiTre des maladies ^vmi pris une marchi* ascendante^ cela n'eôt pan été de nature à modifier noire miinière de iroir* •* (Percy W, Bunling,)
.1 ,..La sauvegarde (dénvant de la réglementation) serait-elle aussi réelle qu*eUe est faîbcieuBCt elle tie légitimerait eu rien la réglemenUtîon. ** (Pasteur ilirscb. )
a .,.Méme si les statistiques parvenaient à démontrer qu*il est possible* par le système en vigueur, de diminuer les malades résultant de ta proslîtutîoD, notre cri de gueïTe resterait ce qu*il est aujourd'hui, etc. *> {Joséphine I3utter.)
H ...Supposons que tes hygiénistes atteignent complèletnenl leur but et puisscïnt garantir ta santé des vioieui; qu^y.aura gagné la Société ? Osera^t>oil appeler de ses vœux le temps où il sera possible de dire à nos fils : vous pouvez vous livrer tibrement h vos plaisirs sans danger pour votre corps?,,, La morale prime toute autre coosidëration ; rhygiêne ne vient nu^en seconde ligne. M (Pasteur Pierson.)
Ainsi donc, je ne crains pas de me répéter (la chose en vaut la peine), trouverions- nous moyen, de par nae réglementation idéalement parfaite, de tuer la vérole et de purger la terre de cette épouvantable pesle, les aboli lion niâtes interviendraient tout aussitôt pour nous dire: <* Halle-là î Grâce pour la vérole! Laissez-la vivre, au nom de la morale ! ^ Comme si la morale pouvait avoir à soufTrir du trépas de la syphilis ï
Pour le coup vous allez croire que j'exagère. Eli bien, si vous aviez cette pensée, voici de quoi vous détromper* Écoutez celle déclarâLion d'une plume abolitionniste.
H ,.. Nous aulres abolilionniftles, nous ne considérons pas ce résullal ( Tassai ni ssemenl de la prostilution) comme 1© but de nos etlorls. Nous pensons, nous, que les maladies vénériennes sont en relation directe avec rimmoratité el ne s'éteindront qu*avec celle-ci. Si fari médical par t>enai( à lever la punition infligée par in nalurc n f homme vicieux^ cdte découverte serait antisociale et démorall-
DE l/ABt>rJT10NNlSME, 513
santé {!), car eïle créerait «ne s^yplnlisalion morale pire enrore que
la Siyphilis du corps, elc*, etc. n (l).
Mais j*abrègc, et pour aller immédiatement au fond des choses, je dirai {juVti Fespèce la vArité vraie esl ceci :
Que la Féd/Tatiou abolitionniste e<it née â\in mouvement clérical protestant, qu*clleejîl l*aMjvro d iine ligue religieuse, eonresBionnelle;
Qu^elle a été fondée el, depuis lors, toujours dirigée par une série de pasteurs ou de membres* animés du mérae esprit évangéliqiie, non moins qu'affiliée à quaniité d'églises d'Angleterre et du Conlinenl, non moins qu'assistée par nombre de congrégations, d'associa lions féminine!^ h dévotion fervente:
Quelle est toujours restée fidèle au programme de sa fondatrice,
"• j. Butler, programme toujours ctirieux k rappeler: '* (tuerre Isainie contre t'impttrelt\ dan» taîlenle du jour oit non seuiemenl ies foHereêses officielles du rice seront renversées en Angleterre et ailleurs, mftis oit, dans ehaque p*itjs chrétien^ veux qui invofjuenl le nom du fJhrisl rout/ iront de parler du vice comme d^ une né ce m dé, el de permet ire qu'une partie de la Société soit assujettie u rortjanîsation diahoUque connue sous le nom tle réf/temenlalion officielle de a proHliluées » ;
Que révolution de celte Sociale n*a jamais cessé de s accentuer [dans le sens du sentiment religieux, voire du piélisme, jusqu'au point ^de u s'abriter sous le drapeau de V Armée du Sfdul » et d'éloigner d elle, par cette alliance compromettante, certains de ses membres, comme M. Yves Guyol. *u.. Jai cru que votre Fédération, écrivait ce dernier au président de l'ccuvre, M. de Laveloye, était un mouvement de Hberlê,., Elle s'est Itansformée en un mouvement de com{ pression. Je ne saurais vous suivre rlans cette voie, ^
Bref, qu'elle est et n'a jamais été qu'une Société relttjieuse lei religieuse de la plus étroite faron, qu'il me ?^oil permis de le dire), une Société exclusivement dévouée à la défense de prineipe^^ spirituels, mais se désintéressant de tout progrès hygiéniijue, de (oui eîTort lendatit à un but sanitaire.
Cela dit, je ne me permettrai certes pas de pousser la discussion
plus avant. Les choses d ordre religieux ne relèveni que de la conscience, el je m'inclinerai respectueusement devant la foi el les croyances des abolitionnisles. Mais ce que j'ai le droit et le devoir de dire ici, e est qu*un programme restreint *le la sorte aux seuls întérî^ls spirituels et moraux ne saurait nous salklaire, nous médecins. Car,
(1) Lettres ouvcrliî A M. le D' :^trr>hmt>er^ (*ie Dorpal) (»nc M™* Schevën, publiée d(inf« scm journal Uer ÂboUimnnUt , 1*f mai lUu:^, et reproduite Atir 8« demande pur le Buîittin de U Société internationaU dt* prophylaxie sunilAÎre et moraif. de Bru^elle», t. l^ I9CI2, n-* t, p. î»2.
514 DE l'abolitionnisme»
médecins, nous avons à remplir vis-/i-vi§ de la Soci'U^, des deDoirs d*aulre genre, des devoirs qur notre situation nous impose, el auxquels nous n'avons pas la liberté de nous soustraire.
Ces devoirs, resl de loul faire» de loul m élire en œuvre pour la défense de rhumaaîté contre le péril vénérien, notamment contre ce néfaste, ce terrible (léau qui s appelle la vérole.
La vérole (à ne parler qued'ellepour Tinstanl), nous la connatssonSf tiouSf pour la voir à rœuvre chaque jour, et, pour la connaître, nous avons appris à la redouter. Nous la savons quadruplement nocive : nocive pour Tindividu qui a le malheur d'eu être aîTeçté, pour la famille oii rintroduit l'époux conlamiué, pour rentant et pour la patrie. Je précise :
1^ Nocive pour tindwidu^ de par ses manifesta lions si extraordinairement multiples cl variées, de par son lertiarisme de sinistre renom, et surtout de par ses séquelles parasyphili tiques plus dangereuses encore et plus inexorables. Tout cela est de notion commune et je nV insisterai pas. .le ne ferai que signaler au passade un point qu'en général on ne remarque pas assez : c*est que le pronostic de la syphilis n'a pas cessé de s'accroître et de s'accroître considérablement depuis une quarantaine d'années, c'esl-^-dire depuis qu'on a étudié la maladie êtiologiquemenî^ j*enlends en tant que cause morbifique, etqu'on luia justement rapporté nombre de méfaits qui lui reviennent de droit. Qui donc parlait, il y a quarante ans, de pneumopalhies, de cardiopathies, d artérites, de néphriles, d'anévrysmes syphilitiques, etc., etc.? Qui supposait, il y a vingt-cinq ans, que la syphilis pûl êlre ce qu'elle esl fréquemment, à savoir rorigine du tabès, de la paralysie générale, de la Icuroplasic, etc. ?
2° Nocive pour la famille^ el cela à des titres divers ; contamination de la femme, contamination si fréquenleen l'espèce, devenant cause de désunion, de dislocation, de dissolution du mariage, de sépara* tions amiables ou juridiques, de divorces; — ruine malérielle de la famille par maladie, incapacité ou mort de son chef, etc. Très fréquemment, en elTet, c'esl le mari qui paie à la syphilis la delte du y arçon. Et (pie de fois celte dette no se solde- 1- elle pas par Fentrée de la misère au foyer domestique I Que de drames de ce genre la syphilis ne réalise-t-elle pas!
3* Nocive^ incrotiahiemenf nocive pour t enfant. Tous les travaux contemporains s accordent è reconnaître que la syphilis constitue un véritable danger social en raison de ses conséquences héréditaires, notamment de parl'efîroyable morlalilé dont elle menace les enfants. Positivement, l'hérédilé syphilitique tue les enfants par hécatombes, el la polymorlalilé infantile de la syphilis esl devenue proverbiale. En ville, par exemple, la morlalilé des enfants issus de mères syphilitiques
DE l'abolitionnisme. 515
varie de 60 à 61 p* 100 (approximalivemenl). — A Thôpilal je Taî vue s'élever jusqu*à 84 p, JOO (S^iinl-LouisJ et 86 p* 100 ^Lourcme). — Mon éminent colltVguc et ami, le P'Pifiard, me disait derni^rcmenl que, sur 100 avorletnents qui se produisent dans sa clinique, il en compte 42 (au moins) qui incombent à la syphilis comme cause! — A Nancy» M. le D' Etienne a m<^me vu « une mortalilc ierrifmnte de 05 p, 100 frapper les enCanls issus de mères syphilitiques non traitées u.
Et je ne parle pas des lares, des dy atrophies, des dégénérescences qui peuvent dériver hérédilairement de la même origine, toutes défaillances natives du développement aboutissant à des imperfeetionsi à des incorrections organiques, à des formations enrayées ou défectueuses, voire à des monstruosités. Voyez, h n*en citer qu'un seul type, ces infirmes de rintcUigence qu'engendre Thérédo-syphilis et que, suivant la variété ou le degré do leur déchéance psychique, on appelle des arriérés, des simples, des bornés, des déséquilibrés, des détraqués, des imbéciles, des idiots, etc.
4° Nocive pour ia grande collée tivUé qui s* appelle la nalion^ la patrie. Car, il n'est pas d exagération à le dire, la syphilis, de par les obstacles qu'elle apporte au mariage ou à la fécondation dans le mariage, et surtout de par cette elt'royable mortalité des jeunes dont je parlais à l'instant, constitue un véritable facteur de dépopulation, facteur intense et non encore apprécié, j'cïi suis bien sûr, à sa véritable valeur. Est-ce que ces hécatombes d'enfants ne créent pas une perte sèche pour les intérêts de la nation? Esbce que la moitié ou le tiers des enfants que tuera la syphilis cette année, je suppose, n'aurait pas composé autant de conscrits dans vingt ans? Soit dit incidemment et par avance, avons-nous le droit de faire bon marché de tant de vies humaines et de courir h un tel déficit d'iiommes, alors surtout que notre population décroît par rapport à celle de nations voisines?
Voilà ce que la [pratique médicale apprend aux médecins. Et ce n'est pas tout, tant s'en faut.
Ainsi, à ne plus citer qu'un seul exemple comme complément, elle nous apprend encore ceci : qu'en fait de syphilis, il n'est pas que ceux qui s'y exposent qui en sont frappés. La syphilis vit essentiellement de ricochets, et à tout instant on la voit passer de ceux qui s*y exposent à ceux qui ne s'y ck posent pas. D'oii il suit, comme ensei* gnement de prophylaxie, qu'assainir le lupanar n*est pas seulement défendre ceux qui le fréquentent; c'est ausâi, du môme coup, proie* ger le foyer domestique, Thonn^te femme, la famille et Tenfanl.
Aussi bien, conséquents avec ces résultats iléduilsde l'expérience. les médecins et les hygiénistes n*hésiterant ils pas un instant à conclure que:
DK L*AnOLIT[ONNISME*
1" La Société trouve dans la multiplicité et la haute gravité dangers inhérents aux alTections vénériennes le droit légitime, incc lestable, de se défendre contre elles par des mesures de propliylal
puldique ;
"2" Ces mesures sonl d aulanl pins légi limes qu'elles ne servent seulement à proléf^^er eeux qui s exposent à la contamination e pourraient trouver un plus simple moyen de se protéger eux-mèm mais qu*cUes servent aussi â sauvegarder ceux qni ne s*y expos\ pas, notamment lepouseet renfant.
A ce double titre la Société n'a pas seulement le droit de se fendre contre le péril vénérien ; elle eu a aussi, très certaine m eal l 'obligation, \c ilevoir.
Ce dernier mol — n est-il pas vrai? — contient Ja condamnatil même de la doclrine abolitionnisle.
Somme toutes me direz-vous, comme conclusion vous aboutis: à ceci :
Au nom de rbjgiérie et de la santé publique, nécessité d^unî surveillance adminletratlve de la prostitution; — ^urveillano se traduisant, au point de vue de la prophylaxie spéciale, par deux mesures : visile méflk-aie imposée aux lilles convaincues prostitution professionnelle, et internement fie ces fiHes en cas di maladie conlagieuse reconnue surettes.
Parfaitement, vousrépondrai-je. Mais, entendons-nous bien* Cet surveillance de la [irostitutioni avec TAcadémie, avec les hygiénistes, avec mes collègues, je la veux et ne Ta d mets que conforme à Tesp moderne, c est«îVdire iégaie et hnmaniiaire.
mçê
t al
ÏS,
iJijah^ de par la substitution de la loi à rarbîtraire, du droit commun au pouvoir discrétionnaire policier;
//«/ï7iff/N7fn>t\ de |iar la substitution au vieux régime de la prison, avec sa discipline et ses us péiïitentiaires, de Thospilalisation simple, de rhospitalisation clémente, éclairée, tolérante, charitable; — oui charitable, et même doublement charitable, car je voudrais qifè l'hôpital la prostituée trouvât non pas seulement rassistance médi cale, mais en outre une assistance morale et moralisatrice lui oll'rît en permanence une voie de retour vers une vie meillei et lui en facilitât laccès.
DE LABOUTIONNISME.
El, mainlenânl, aî-jc l'obi i galion de rt'^ pondre à ce vieil ei sol argument, ressassé latil de fois, ruluté lanl tic fois, tlaprè^^ lequel les mesures ré|iressiveâ que je viens de dim consUlueraicnt autant d'allenlaLs à la liberlé individuelle et à ce que M. de Morsier appelle t* rimprescriptible dignité de Tôlrc »'l Qui ne votl, en efîet, pour peu qu on raisonne sans passion, que Icsdites Diesures ne sont pas plus attenlaloires à la liberté individuelle que ne Test le fait d'incarcérer un voleur?
A loul instant, dans la vie sociale « la liberté de cliaeun se trouva limitée ou même suspendue par la liberté d'aulrui ou par Tinlérêt général. Le plus formel exemple du genre est le service militaire, pour lequel la liberté de l'individu est immolée pendant Irois ans à rintérét de la patrie. C'est de même Tinlérét de tous qui crée les servitudes des quarantaines, Tobligalion de la vaccine, les obligations diverses auxquelles sont soumise>7 les industries insalubres ou dangereuses, etc* Eh bien, appliquons au cas spécial qui nous intéresse pour Tinstanl ces principes reconnus et consacrés par le bon sens en général. Est-ce tju'iine femme a le droit d'tmmoraîiser la rue? Estce qu'elle a le droit d'exciler les passants à un acte qui peut compromettre leur santé? Ecoutons, sur ces deux points, l*éminent professeur Ad, Franck :
" Une femme peut foii*e ce qu*elle veut de son corps, le donner ou le vendre,
mais en secret. Elle n'a pns le droit de l'offrir dans les rues^ parce qu'alors elle ûUenle nu droit tpi'oiit les passants d'être respectés dans leur pudeur. '> ...De même, a^i une [irostktuée mntade communique la maladie dont elle 9C sa il alteinLe, elle commet un altcntat contre la sanié du prochain, elle commet nu délit qui doit être poursuivi, d'autant que le ^erroe dlnfection peut, en passant h travers le vice, alleîndre T innocence et la vertu, u
El alors se présente, voire s impose un rapproe tiennent. Pourquoi ne pas assimiler, administrativemenl, l'industrie de la prostitution aux industries insalubres qui tombent sous la surveillance de laulorité, an grand profit de rinlérét général? El, en efTeL que fait done la prosliluée sur le trottoir? Klle s'olfre, elle se vend; c est un commerce qu elle exerce là, et inutile de dire si ea commerce est insalubre. Aussi bien est-ce à cetlo sol utionqu aboutissent actuellement nombre de juristes, de socîotogues, de pliilosoplies, de penseurs, tels, par exemple que M, le P'^ Duclaux, dans son beau livre sur rhygiéne sociale (1), C'est encore à cette môme ^oluljon qu'a abouti, ces temps derniers, lu Ligue des droit tt de l homme ^ devant laquelle la
518 hE ï/abolitioknisme
Fédéralion abolilioïiDJsteavuit imprudemment porté le cjt^bal, el qui^ après longue enquête et mûre médilalion, s est prononcée sur ce point dans les termes suivants :
» ,., La profttilulioîi individuelle ne peuttHre, en elle-môme, con- BJ dérée co rame u n d é lit; mais el le do il él re ra n gée par m i les comm erce^ et inftuslries tnsai libres. A ce tilrBi elle peut être soumise, comme toute industrie ou commerce insalubre, à des examens de surreiUance desUnes à garantir les intérêts de la collectiviUS dont le premier de tous est la santé publique »*
Et, ajouterai*jû eneore, au point de vue même de la s^eniimeniâlîlé^ J est-elle donc bien intéressante et digne de pitié cette fille qui «e #ai7 malade et qui continue quand même à exercer sa profession? Elle est là, sur le trolloir, malade et elle y reste; et, en pleine connaissance de cause, elle distribue la vérole aux passants, et au plus grand nombre possible de passants. Pourquoi donc ne va*t*eUe pas à rhôpilal qui lui serait gratuitement ouvert? Elle n'y va pas ou bien par inilifTérence slupide, ou bien parce qu'elle préfère continuer sou existence de paresse et de débauche» ou bien encore (et cela plus souvent qu'on ne pense, je l'affirme pour avoir rei^u cette confession plus d*une fois) parce que son souteneur n entend pas quelle y aille» cesL-a-dire nVnlend pas ([u elle interrompe le métier dont il vil, luïî El vous trouvez cela m respeclable •* au nom de la liberté individuelle, au nom de <* rimprescdidiblc dignité de Têtre «», comme dit M. de Morsier! a Et vous voudriez, tomme Ta ires bien dit le Iv Bon, que nous. Société, nous ne puissions lui dire : Ualte-là ! ISous ne pouvons vous empêcher de vous prosliluer, mais nous voulons et nous pouvons empocher que vous n'empoisonniez sciemment un nombre illimité d mdivjtlus.„ >* 1
EL, lie même, le D" Mougeot : « On exproprie pour cause d utilité publique les plus belles années de la vie d'un homme pour en faire un soldat, et Ton hésiterait à exproprier, pour cause de salubrité publique, quelques heures, quelques jours, tjuelques mois, s il le faul^ de la liberté d'une fille de mœurs suspectes ou méprisables! »
El, de môme encore, M. Trarieux, comme conclusion : m Le droit est, en l'espèce, dans la défense de Tinlérôl sociaL »
Ainsi parle le bon sens, éclairé par la clinique, pour conférer à la Société le droit, voire, dirai-je, Tobligation de s'armer en guerr© contre le terrible fléau des alTec Lions vénériennes, et cela, je le répète encore, au nom des in térOls sacrés de la femme honnête, de reniant^ de la famille et de la patrie.
LE DISPENSAIRE VÉNÉRÉOLOGIOUE,
CE QU*IL DEVRAIT ÊTRE POUR LETHÂITEMKNT ET L'ÊNSElG^iEMËNT ORS MAUDtES VÉNÉRIENNES (l)
Je Taj dit de vieille date et maitiles fols ri*péLé depuis lors, ce n'esl pas avec des hôpitaux, c'est avec un système fortement organisé de dispensaires ù consul talions externes, c|u*ou parviendra à traîler la syphilis comme ello doit être traitée pour le plus grand bien des malades et la sauvegarde d'antrui.
Des hôpitaux, certes, il en faut pour traiter la syphilis, cela va de soi* Car, comment traiter ailleurs que rhùpital , c'est-à-dire autrement qu'avec les conditions de repos» d'alitement et de surveillance médîcale assidue que réalise rinternement hospitalier, les manifestations graves ou même simplement importantes de la syphilis, telles, par exemple, que la plupart des accidents du tertiarisme, ou bien encore certains accidents de la pt'^riode secondaire (comme Tirilis ou la néphrite), ou même quelques complications inflammatoires ou ulcératives de la période primaire? Nulle conteslation possible à ce sujet. Mai*^, notez-le bien» pour un certain nombre d'à ITec lions de cet ordre* combien en est*il d'autres, et en proporlion inliniment supérieure, pour lesquelles l'hospitalisation serait vraiment superflue! Sur cent chancres, par exemple, en esl-il plus d'une demi -douzaine qu*il y ait nécessité et môme avantage à interner? Et de même, à quelques réserves près, pour la presque totalité des manifestations secondaires? Quelle utilité y aurait-il à hospitaliser un sujel, d'ailleurs bien portant, pour une roséole* pour une syphilide papuleu?*e, pour un psoriasis palmaire ou plantaire^ pour un onyxis, une alopécie, des adénopathies cervicales, elc* ? Parlons aussi du plus commun (et de beaucoup) de tous les accidents secondaires, de celui
(t)Ce rap(>ort, qui m'A éU dcniAndé pour te Conférés de OmicêllÊi (ISHtS), contient on certain nombre de points communs iivcc le *ujctd'iïn mémoire que j'iivais anlé* rieurt^nii^nt pressenti} à l'Académio de médecine. Koredment j'ai dû reproduire »ur ces point» ce que j'en avais dil niU^'uriik De h\ un cerlûtn nombre de rtdites que Je ne potivab éviter^ maU doolje Liens ù m'o&ctiser près des lecteurs de ce volujme.
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LE DtSPELXSAtRE VEKÊR£oLt««*iv>l. E.
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^ ft^ettlfHienl «or etis âTi»! une eidmitdmjfip facidté de repul** Jolfttioil, à J9toir b plaqot mm^memâe hmtr^^f^ÈtÊruk^ A cela prè& de la ganmlie de fireoiité pour aolrtti qu'offritml rinlcmemeoi, qoei aTinlAge n'^aliscrajl rhofipilalîsâUoii de bi plaiftit iiioi|yetKse bocrcale?
Offrir riMwpitaUialioo à des soj^s qui ae pnéseoti^ot que des *Ti»pl6ise9 de eei mûm lerati itoe cbarilé gnal inspirée, d'autaut que rAKsifftaace paliliqur. oatis le saTuos de reste, i»e dispose pas d'un eici^dtf Ifis. iaril «î'eofaut' D*aûlefln« la latir ofl^ririuos-oous qu'elle f>emtl r(*ruH'e par I éiiurme majofilé d*eiilre eux- A cela près de quelques Oâjieiirs. loti§ déci lotiraient celle fareur eu iiou< disanl que, ï-e trouva ni valides et bien porlaols, ils ne î^eotetit en rien kr tief^i^io d'entrer k rii6pîlal, qu'un séjour à rb6pital leur ferait perdre leur etaploj. qu ils ont à gàf^oer leur vie, qu^ils ont à pajer leur Irrme, à soulenir Itfur fa mille, etc.
A fortiori, enfuif la syphilis latente n'a-1-elle que faire de riièpilàU pui^|udlf* e*ît latente. Or, inutile de n spécifier T ex tn^foe fréquence, l'ineOftip»ratili* fK-qiieiice fiar rap|»ort à la î^^yphdté en action.
Donr, on le voit, la syphilis a bien plus souvent — iiitrn phis souveni ^ je répète à dei>&cîn, — besoin d'avis, de conseils médicaux que d internement liospilalîer. f ^est là un premier point, un ^Kïiat formel, irn^cit^able, qui N'rvira de prémisse el de base aux coD&idératioQS auivaiitei^*
Eh liien, me djra-t-on, pour!=atisfaire à ce besoin davis, de conseils itiMicaux, vous B\ez les consultations externes des hôpitaux,
Fri^'cifi^^nH^nt, répond rai- jp, c'est là le point te pitia déferhteii.r de fimie notre oryanisation. ( -ar ces consulta lions externes des hôpitaux, lumt bien loin d*élre ce qu elles pourraient être, cequ*elles devraieut être* On les croit bonnes de confiance; on les juge lelles, de loin; mai» quand on les analyse de près» on les trouve défectueuses, voire détestables par bien des côtés.
Jai déjà longuement insisté sur ce point dans une publication antérieure. Fone rn esl dy n* venir comme préface au programme de réformes cjui fî*il Tobjel de ce mémoire. On m*exeusera donc de reproduire ici» au moins sommairement, une partie de rargumentation ijue j'avais alors consacrée à ce sujet,
J*ac<use les consultations d'hôpital, telles du moins qu'elles fonrli DU nent actuellement, de ne pas répondra à ce qu'on serait endroit dVn attendre pour le trailrmont des afîectîons vénériennes. Et» jiour pr*5ciser, je formule contre elles les six accusations suivantes :
CONSULTATIONS HDSPITALlËHBâ ACTUELLES. &21
1* D abord, ce sont des consul (alirms encombrées, et souvent m<^ me encombrées à Texcès, jusqu'à Louriier à la cohue. A prendre comme exemple celle de mon hr^pital {Saint-Louis, hôpital mixte à la vt^rité, oi'i la dermalologie s'associe aux alTecllons vénériennes), croirail-on ijaUl y a quelques années encore nos consul la tions se cliilTraient chaque malin par 3<î0, 350 et parfais même 400 raalades? La force des choses a fait que, successivement, on nous a soulagés par Tadjonction d'assislanls, puis par la création de consultations de raprès-midi et du dimanche^ puis par ta fondation de cliniques spéciales en divers hôpitaux, etc. Mais nous nen restons pas moins avec des moyennes de 'iOO à 2hO consultants, ce qui est trof>i beaucoup trop, ce t[ai est excessif et préjudiciable aux intériUs de tous.
En médecine comme eu toutes choses^ trop de besogne aboutit à besogne mal laUe ou moins bien faite qu'elle ne devrait Tétre, Quand un médecin a institué une cinquantaine de diagnoslics (sur des malades pour la plupart inconnus, nouveaux) et une cinquantaine de traitements, il a fait cequ'il [ieui bien faire. Mêlions qu*il puisse arriver à la centaine, par enlraînement et dévouement. Mais au tielà? Au delà, fatigué, excédé, énervé, fourbu, ce nest plus forcément le même homme; il n'a plus qu'une aspiration : en finir. Aussi bien, la lîn d'une telle consultation aboutit-elle le plus souvent à être, je ne ilirai certes pas sabrée et bilcléc, mais activée plu^ qu'il ne conviendrait, précipitée, et très inférieure comme rendement utile, j'en suis persuadé, à ses deux premiers tiers. Tant pis, alors, pour les derniers venus!
A parler net, une consultation encombrée en arrive presque nécessairement h devenir une eonï^ultation imparfaite» défectueuse, inférieure comme rendemeut utile (je reprends le mot à dessein) h ce qu*elle serait en des conditions dilTérentes,
2* De là encore une autre conséquence que je signalerai immédiatement.
r/est que ces dites consultations, loin d'être ce qu"'on les croit, à savoir tjratuites, dégénèrent en des consultations payées et chèrement payées par les malades. Kt, en elTet» en raison de Tencombremenl, de la longue attente (deux a trois heures eu moyenne et souvent davantage), chacune d'elle coûte a chaque consultant ou sa matinée ou sa journée, Ponr y venir, il faut ([ue le malade ouvrier ou petit employé généralement} obtienne une permission de son patron, permission qui lui sera bien concédée pour une fois, pour deux fois, mais qui au delà lui sera refusée, CVst lui, donc, dans ce dernier cas, qui paiera de sa poche le temps qu exigera sa consultation.
Au surplus, j'ai tenu à être complètement édifié sur ce point, et voici les chifTres précis que m'a fournis une petite enquête :
Chaque fois qu'un ouvrierou une ouvrière vient, sans la permission
522 LE DISPEN^SAIFIE VÉNÉftÉOLOGIQUE*
de son patron, prendre une consultation près de nous» cela lui revient en moyenne (suivant qui^ le pain m concède ou non la deniijournéê) à toi ou tel des prix suivants :
Pour une femme : de 75 centimes à 2 et 3 francs;
Pour un liomme : de 2 à 4, 5 et (3 froncs.
Cela ressemble peu k des consultations gratuites» on en conviendra, surtout pour les pauvres gens à qui on les présente comme telles.
3^ Mais voici bien pis, et ceci vraiment est un grief tout à fait majeur.
Telles qu'elles fonctionnent actuellement, je n'hésite pas à qualifier nos consultations hospitalières de dësobltgeantes, dlDconvenant es, d'humiliantes f d odieuses. En principe, elles devraient être telles que les malades fussent tentés d*y venir et invités à y revenir* En fait elles réalisent exactement le contre-pied de ce programme.
Elles sont désobligeantes à plusieurs titres : d'abord, comme je le disais à Tinstant, affluence excessive de consultants de Tun et Tautre sexe, d'où rencontres et reconnaissances possibles qui no sont faites en rien pour plaire aux malades; — attente impatientante, énervante, onéreuse; — promiscuité souvent pénible; — entassement sur les mêmes bancs, au voisinage de gens visiblement affectés parfois de maux divers dont Taspectn'a rien de rassurant; — entrée /ia/*/bnrrt<^^* dans la salle de consultation ; — ià^ déshabillage, puis rhabillage en commun; — colloque, en public, eoram popido^ avec le médecin, examen en public, prescription rei^ue publiquement; — donc, au cas de syphiUs, confession publiciue de la syphilis.
Oui, j'ai bien dit» confession publique de la syphilis, à savoir : interrogatoire, aveu, examen en public, et énoncé pubUc du traitement, rien n*y manque.
Comment, en eifet, les choses se passent-elles à nos consultations» à la mienne, par exemple, h T hôpital Saint- Louis? Le voici, avec une exactitude photographique.
Une énorme salle. Au centre» une grande table, autour de laquelle se groupe le service. Derrière cette table, trente, quarante, cinquante étudiants ou médecins. Devant, une trentaine ou une quarantaine de consultants, les uns se déshabillant, les autres attendant l'ordonnance qui vient de leur être prescrite, tes autres déshabillés, demi-nus, et attendant leur tour de consultation. Ces derniers se pressent, s'cntasssent devant moi (car c*est à qui, naturellement, passera le plus tôt, tout le monde étant pressé). Eh bien, Tun d'eux» je suppose» se présente à moi avec une éruption ou des lésions buccales qu'au premier coup d'œil j'ai lieu de croire ou de supposer syphilitiijues. Alors, forcément, s*engage de lui à moi, publiquement» le dialogue que voici :
Ma
CONBtîLTATlONS HOSPITALIÈRES ACTUELLES*. 523
Mais ce que vous me montrez-là, mon ami, c est de la syphilis. ^ De Ja syphilis? Comprends pas.
— De la vérole, si vous aimez mieux,
— De la vérole? Mais**.
— Voyons ! il faut que vous ayez eu un chancre il y a ([uelques mois; un chancre, c'esUà-dire une plaie à la verge, une maladie de femme.
— Ah \ oui, monsieur, en effet, j'ai eu un petit bouton à la verge.
— Et après? »>
Et ainsi de suite. Je vous fais grâce du reste, messieurs, car vous connaissez comme moi le surplus de lentretien.
Or, cet entretien, n'aurait-il lieu qu'à demi-voix, est forcément entendu, perçu par tout realourage qui, curieusement, regarde, écoute^ épie, qui, d'ailleurs, me voit examiner la verge, la bouclie, lanus, etc., et qui» somme toute, comprend.
En sorte que ta syphilis du consultant, soit avouée par lui, soit découverte par rînterrogaloire du médecin, devient un fait de notoriéié publique. Kn sorte que la syphilis de cet homme — ou de celte femme (car la scène que je viens de décrire est exactement la même pour les deux sexes) — se trouve révélée à tout le groupe des assistants, à la merci desquels en reste la divulgation possible*
On me dira, ou plutôt on m'a déjà dit : t* Mais de quoi vous inquiéteZ'Vous? Vos malades se moquenl bien d'avouer leur syphilis en public, puisqu'ils viennent la faire traiter dans une consultation publique* Cela, d'ailleurs, leur est bien égal qu'on sache s'ils sont ou non en étal de syphilis, n
Vous en parlez bit*n à votre aise, répondra i-je* D abord, si ces pauvres gens viennent chercher un avis médical dans une consul* talion pu relique, c*est qu1ls n ont pas les moyens d'aller payer chez un médecin une cunsul talion privée. D'autre part, s'il peut être indifl'érent à certains d*entre eux que leur étal de syphilis soit divulgué eoram popiitOf il peut en coûter à d'autres de confesser en publie une telle maladie ou *le se T entendre annoncer publiquement. Bon nombre même (j'en parle en pleine connaissance de cause) en sont choqués, blesî>és, humiliés. Puis, pour les femmes» cela devient une autre allai re* Nous n avons pas à nos consultations de Saint- Louis que des gourgamlines, des filles, des « horizontales » de profession, qui se soucient (jeu d'étro convaincues publiquement de syphilis— et encore? — ; nous y recevons des femuies de toutes catégories, des ouvrières, par exemple, qui, pour n'tHre pas des vertus, n'en ont pas moins un reste de pudeur à respecter, des femmes demi-honnêtes, ou même honnêtes, très honnêtes, telles que des femmes mariées ou de braves mères de famille qui tiennent la syphilis de leur mari* Elï bien, je le demande, combien doit être
LE DlSPË^iSAlftE